Recompositions.

Benoît Hamon.

Ce samedi 1° juillet, Benoît Hamon a réuni environ 10 000 personnes sur la pelouse de Reuilly, à Paris. Les autres orateurs étaient Edwy Plenel, président de Mediapart, Denis Robert, journaliste à l’origine de l’affaire Clearstream, Yanis Varoufakis, ancien ministre de l’économie de la Grèce, Yannick Jadot, candidat désigné par la primaire EELV qui avait renoncé pour rejoindre Hamon, Dominique Bertinotti, ancienne secrétaire d’État PS à la famille sous Hollande, Olivier Le Bras, syndicaliste FO aux abattoirs Gad dans le Finistère et élu régional PS, Dominique Meda, sociologue, Thomas Porcher et Gaël Giraud, économistes, Christian Piquet pour le PCF, ainsi que Barbara Romagnan, ancienne élue PS « frondeuse » du Doubs, qui animait un « atelier ».

Il a, dans son discours, commencé par opposer le « nous », le collectif, à la V° République s’attaquant explicitement à Jupiter-Macron, qualifié de « représentant de la bourgeoisie » dont il aurait réunifié « la vieille » et « la nouvelle » composante, ayant surmonté le « clivage surjoué » entre PS et LR, et implicitement à J.L. Mélenchon, puis a notamment développé une critique de la prochaine loi Travail et de la précarité et dénoncé la perpétuation de l’état d’urgence. Après avoir rendu hommage à Rocard, Jospin, Aubry, Emmanuelli, il a annoncé son départ du PS (quelques jours après Manuel Valls, en sens inverse). Départ du PS « mais pas de l’idéal socialiste », lançant un « Mouvement du 1° juillet »(M1717) pourvu de 15 000 adhérents à ce jour, en rupture « avec la V° République, plus césarienne et jupitérienne que jamais ».

Il éclaire ainsi ce choix dans une interview à Mediapart du même jour :

« La nécessité de lancer ce mouvement découle de l’analyse que nous avons faite de la défaite. Nous ne pensons pas qu’il suffit d’attendre que le balancier de l’alternance revienne. Nos électeurs nous ont quittés depuis longtemps. (…) Il faut avoir la lucidité de constater que nous avons été remplacés. 

Je ne veux pas faire le PSU, même si j’ai beaucoup de respect pour les idées qui y ont été développées (…) Ce ne sera ni une écurie “hamoniste” – il nous faut penser l’homme collectif et non plus providentiel – ni un club ou un nouveau courant socialiste. Il s’agit de s’inspirer de ce qui se fait de mieux en France ou à l’étranger, pour enfin trouver l’accord entre démocratie et horizontalité. En France, les Insoumis sont parvenus, dans le sillage de Podemos en Espagne, de Momentum (Corbyn) ou de Our Revolution (Sanders), à élargir la base citoyenne d’un mouvement politique. Hélas, sur le même modèle, la France insoumise ou En marche se résument selon moi à un “T à l’envers”, avec une forte horizontalité à la base et une direction de fer autour d’un chef (…)

Je propose de lancer à la rentrée de septembre un processus d’états généraux de toute la gauche. » dans laquelle il compte « les socialistes, les communistes, les insoumis, les syndicalistes, les écologistes, les républicains ».

Gauche démocratique et sociale.

Une semaine auparavant, les amis du journal Démocratie et Socialisme animé par Gérard Filoche tenaient une réunion nationale à Montreuil qui décidait de structurer une organisation dénommée Gauche démocratique et sociale à laquelle l’adhésion directe est possible. Ils appellent à une sorte de fédération, incluant tous les courants existants, à l’exclusion des secteurs macronistes, vallsites et hollandais du PS.

Au nom du Conseil national de la Gauche démocratique et sociale, Gérard Filoche, Jean-Yves Lalanne (maire de Billières dans les Pyrénées Atlantiques), Claude Touchefeu (élue municipale à Toulouse), appellent à « construire une opposition majoritaire au projet d’ordonnances de Macron » puis à envisager des regroupements aux prochaines élections européennes et municipales. Dans l’immédiat, Gérard Filoche s’affirme candidat à la direction du PS pour le sauver comme Jeremy Corbyn le Labour, présentant cela comme la dernière chance.

Une remarque : nul doute que l’opposition aux ordonnances de Macron ne soit majoritaire. La question politique immédiate est celle de la bataille syndicale unitaire et indépendante sur ce sujet.

Résistances à l’appel à la dissolution.

Le Collectif national d’Ensemble !(Front de gauche), tenu également ce samedi 1° juillet, confronté à une forte pression externe et interne (deux députées sont membres de ce mouvement mais se définissent avant tout, à ce stade, comme « France insoumise » : Clémentine Autain et Caroline Fiat) pour intégrer la FI et se liquider en tant qu’organisation politique autonome, a décidé de continuer cette existence. La discussion allait au delà du simple enjeu concernant cette organisation : faut-il que tous les courants intègrent la FI, qui y appelle avec l’intention que tous se dissolvent ?

A cette question, le POI (Parti Ouvrier Indépendant) va-t-il répondre … oui ? Est-ce à cela que préparent les éditoriaux accumulés sur le thème « une nouvelle époque », « rien n’est plus comme avant » ? Tout en observant un silence remarquable sur les débats qui traversent les organisations syndicales et notamment la CGT-FO, Informations Ouvrières est de plus en plus dans la « ligne FI ». Celle-ci, poussée jusqu’au bout, nécessiterait une petite négociation préservant le journal et une association « pour la défense des acquis ». Cette négociation a-t-elle déjà eu lieu et reste-t-il à convaincre les militants de son bien fondé ? Si cela se produisait, le POI serait le premier parti issu du mouvement ouvrier à se dissoudre officiellement dans la FI …

laissant ainsi un espace élargi au POID avec son journal la Tribune des Travailleurs, qui, lui, n’a nullement l’intention de se dissoudre et qui, lors de son congrès des 24-25 juin, a accusé le gouvernement de vouloir « placer les syndicats sous tutelle », appelant à la mobilisation contre les ordonnances, affirmant que la confrontation ne se joue ni à l’Assemblée, ni dans le « dialogue social », et à la construction d’un « parti ouvrier ».

Ce qu’en pense J.L. Mélenchon.

Interviewé dans le Journal du dimanche, Jean-Luc Mélenchon a regroupé l’ensemble de ces faits et d’autres encore (comme les velléités de changement de nom du PCF) en une seule formule :

« Ne focalisons pas sur l’ambiance de décomposition de la vieille gauche ! Les spasmes d’agonie du PS, du PCF, d’EELV, leur échec électoral terrible et celui de leur complicité pour bloquer la percée de La France insoumise, leurs congrès respectifs, la réunion de Hamon : ce ne sont que des entre-soi juxtaposés. Laissons décanter. La vie est ailleurs »

Prétendant avoir 500 000 adhérents, représenter 7 millions de voix, J.L. Mélenchon appelle à rejoindre la « France insoumise » : « Bienvenu à tout le monde pour y travailler ».

Apparemment, cette invitation est très large puisque J.L. Mélenchon se fait fort de « faire changer d’avis beaucoup de députés » de LREM, le parti du président. Politique de la main tendue ?

Sans évoquer la mobilisation et les débats montant parmi les militants syndicaux, il affirme que la FI appellera elle-même à des « mobilisations populaires ».

Un seul commentaire suffira : ces propos sont de nature défensive. Pour parvenir à faire élire 17 députés se réclamant de la FI, il a bien fallu qu’en contradiction avec ses discours, J.L. Mélenchon appelle à voter « communiste ou socialiste frondeur » au second tour des législatives. L’effervescence politique, la multiplication des débats, l’affirmation ou la réaffirmation des courants, n’est pas un « entre soi » : c’est le mouvement par lequel le monde du travail se recompose et cherche les moyens de se défendre et de contre-attaquer.

L’objectif.

Notre bulletin a pour finalité d’aider à la construction d’une représentation politique démocratique du monde du travail et de la jeunesse. Le verticalisme, son idéologie et le refus du pluralisme par la FI la caractérisent non comme une étape vers l’accomplissement de cet objectif, mais comme un nouvel obstacle né de la crise des anciens appareils. A présent, l’unité dans la lutte sociale devient la première question politique, et le débat démocratique la condition de tout progrès.

Nous pouvons, nous devons maintenant dire nettement : cet objectif doit être atteint dans la période qui vient de s’ouvrir. Il nous conduira à la victoire, ou bien il permettra d’assurer nos arrières. Cela commence maintenant.

Cet article a été publié dans France. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.