Les confédérations et Macron.

« Dialogue social » au sommet.

Le Macron triomphant est tout nu. Tout nu ? Pas tout à fait : il organise avec son premier ministre E. Philippe et sa ministre du Travail Muriel Pénicaud – de plus en plus poursuivie par « les affaires », elle aussi – de très nombreuses séances de « concertation ». Voici comment la Commission exécutive confédérale de la CGT du 27 juin dernier résume celles-ci :

« D’un côté, les syndicats sont reçus sans que le ministère ne dévoile précisément ses intentions. De l’autre, il faut lire la presse pour découvrir les principales mesures du futur projet de loi.

On y apprend, par exemple, qu’un CDI de « projet », dans la droite ligne du CPE (Contrat Première Embauche) rejeté par la rue en 2006, serait créé pour allonger dans le temps la précarité et pour supprimer toutes contraintes financières pour les employeurs. Ce n’est ni plus ni moins qu’une vieille revendication du Medef.

On y apprend également qu’il serait laissé la possibilité de licencier des salariés qui refuseraient d’adapter leur contrat de travail à un accord d’entreprise, même minoritaire. Dès lors, un salarié refusant une baisse de son salaire prévu dans un accord serait licencié sans possibilité de recours.

Et la liste est longue… »

L’instance centrale de la CGT déclare, et on la comprend :

« La CGT refuse de servir d’alibi ou de faire-valoir dans le cadre d’un dialogue social pipé d’avance.

Nous refusons d’ores et déjà d’entendre dire fin septembre que les ordonnances, présentées par le gouvernement, auraient été co-élaborées avec les syndicats. »

Certes. Mais alors ne serait-il pas judicieux de ne plus aller à ses séances si bien décrites, qui n’ont d’autre but pour l’exécutif que de faire semblant et de se faire cautionner ?

L’appel de la CGT au 12 septembre.

A l’issue de sa déclaration, la CEC de la CGT annonce ceci :

« C’est pourquoi elle propose de faire du 12 septembre, une journée d’action et de grève dans toutes les entreprises et services. » (le passage souligné l’est par nous, NDLR).

BFM Business News a traduit cela par : « La CGT appelle à la grève générale le 12 septembre ». Ce n’est pas tout à fait cela mais cette traduction faite par une officine patronale est significative. Et les milliers de délégués, militants CGT, et pas seulement CGT, sont en train d’appréhender ainsi cette journée, comme l’aboutissement d’une montée en puissance devant déboucher sur la grève effective partout.

Ainsi, fonctionnaires et enseignants, d’ores et déjà frappés et menacés par les ministres Darmanin et Blanquer, pourraient se joindre à la grève, avec leurs revendications, renforçant le mouvement pour empêcher la promulgation de la loi de destruction du Code du travail.

Il s’agit bien en effet de ne pas répéter des journées d’action déjà trop souvent répétées, et de frapper tous ensemble le même jour par la grève.

La meilleure manière de commencer la montée en puissance ne serait-elle pas de cesser ostensiblement de participer à la mascarade de « dialogue social » au sommet ?

Et la réussite de la grève le 12 septembre – un mardi – ne demande-t-elle pas, sachant que c’est le mercredi 20, la semaine suivante, que l’adoption de la loi El Khomri au carré est envisagée en conseil des ministres, d’annoncer qu’il s’agit d’en faire un tremplin vers la centralisation ce jour là, contre le gouvernement, par la grève totale et une manifestation centrale à l’Elysée ?

J.C. Mailly contre les militants FO.

Ces questions se posent comme se pose avec elle la question du maintien et de l’extension de l’unité entre syndicats s’étant opposés à la loi El Khomri. Le maintien de cette unité ne semble pas être la préoccupation première de J.C. Mailly, secrétaire confédéral de la CGT-FO qui, comme P. Martinez, participe aux séances de « dialogue social » au sommet, et il ne semble pas l’être car c’est bien, il faut le dire, l’indépendance syndicale envers le gouvernement qui semble en cause dans ses propos. Dans Le Monde du 28 juin il déclare :

« On est dans un processus de concertation intense.

(…) Au moins oralement, des choses ont déjà bougé. (…) La branche reprend de la vigueur. (…) A partir du moment où on discute sur le fond, je ne vois pas pourquoi on quitterait la table. (…) C’est une différence avec la loi El Khomri (…) » … dont J.C. Mailly semble ici « oublier » qu’elle s’applique et que la nouvelle loi va s’ajouter à elle et se combiner avec elle.

Rappelons ce qui en constitue le cœur, que l’on retrouve dans le nouveau projet : l’inversion de la hiérarchie des normes, mettant le pseudo accord d’entreprise avant la convention collective de branche et avant le code du travail ou ce qui en restera.

Sur ce sujet J.C. Mailly déclare carrément : « Nous ne sommes pas opposés à ce que l’accord d’entreprise couvre un champ plus vaste qu’aujourd’hui … » Auparavant il a paru se satisfaire de ce que, dans les projets gouvernementaux selon lui, « A l’heure actuelle, six thèmes relèvent obligatoirement des branches : les minima salariaux, la prévoyance, les classifications professionnelles, la mutualisation des fonds de la formation professionnelle, l’égalité professionnelle et la pénibilité. » Il se satisfait donc de qu’il ne reste que ces points, tout en se prétendant sans craintes pour la hiérarchie des normes ! Et il n’est « pas non plus fermé » à la fusion des instances de représentation du personnel, liquidant de fait les comités d’hygiène et sécurité, et il n’est « pas non plus hostile à la discussion sur … » le plafonnement des indemnités prud’hommales …

En conclusion, J.C. Mailly tient des propos condescendants sur « ses militants » :

« Nos militants ont encore en tête la loi travail. Ils voient que la confédération a l’air ouverte et ils se demandent pourquoi. Je pense qu’il y a chez eux une forme d’attentisme teinté d’inquiétude. Ils voient qu’il y a un président qui a toutes les clefs en mains et ils se demandent concrètement ce qu’il va en faire. Mais ils savent que nous n’accepterons pas une loi travail grand patron. »

Ces braves militants « ont encore en tête la loi travail » ! Pour sûr, elle s’applique ! Mais ils ne sont pas « attentistes », ils veulent se battre efficacement. En fait, c’est la bronca qui monte dans FO. Marc Hébert, animateur du bulletin l’anarcho-syndicaliste, qui vient de passer la main à Nadine Hourmant, connue pour les grèves des volailleries Doux en 2013, exige la tenue d’un CCN extraordinaire. Ce n’est pas le moment – camarades cégétistes – de reprendre un refrain ancien qui disait « FO trahison », car les militants FO doivent imposer le maintien de l’unité réalisée contre la loi El Khomri comme ils sont d’ores et déjà une majorité à le faire. Et, le 12 septembre il faudra qu’ils mettent leur organisation au carré, que cela plaise ou non à ses dirigeants.

Unité et indépendance syndicale, une question politique.

Ces développements montrent, s’il en était besoin, que les centrales syndicales et avant tout leurs militants, sont les premiers à être confrontés pleinement à cette fameuse nouvelle situation politique que voudrait imposer le triomphe de Macron imperator, ce roi nu, tout puissant au sommet d’un piédestal creux.

Les grèves défensives sont nombreuses. L’unité d’action peut et doit se déployer en toute indépendance envers l’action parlementaire dans ce qui n’est pas une Assemblée nationale, mais la chambre d’enregistrement, d’acclamation et d’accompagnement du président.

La question de l’unité d’action contre la nouvelle loi « Travail », pour la défense de la fonction publique et de l’école publique, pour les libertés publiques et contre l’inscription de l’état d’urgence dans le droit commun, doit donner leur contenu aux initiatives qui visent à « reconstruire la gauche » ou qui tentent de reconstituer des éléments de représentation politique démocratique du monde du travail. Ce contenu immédiat a en lui-même plus d’importance que les programmes pour après-demain.

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