Manifester le 12, oui, mais pourquoi ? Autrement dit : où va la FI ?

Ce mardi 11 juillet, le projet de loi d’habilitation du gouvernement à légiférer tout seul par ordonnances sur le code du travail est, depuis la veille, en «discussion» à l’Assemblée nationale. Les guillemets sont indispensables au mot «discussion»: à ce jour, aucun des nombreux amendements du groupe communiste et apparentés, et surtout du groupe FI, n’a été retenu. C’est très clair : aucun.

Voila qui donne tout son sens à l’idée selon laquelle cette Assemblée, qui n’est pas une Assemblée nationale ou qui l’est de moins en moins, pourrait en quoi que ce soit être le cadre de la lutte contre les ordonnances !

La France insoumise appelle à des «rassemblements populaires» le soir après le travail, le mercredi 12 juillet, jour du vote. Il est légitime de manifester ce jour là et les confédérations syndicales auraient pu et dû appeler, même si l’on comprend parfaitement que la mobilisation demande un temps de gestation et de montée, dirigé sur la rentrée de septembre – à condition de préciser qu’elle demande ce temps, non pas parce qu’il faudrait tout «expliquer aux salariés» qui perçoivent fort bien ce qui se prépare, mais en raison de la défaite politique qu’a constitué, après l’adoption et le début d’application de la loi El Khomri, l’absence de candidat issu de la gauche et du mouvement ouvrier au second tour de la présidentielle, le 23 avril dernier.

Notons toutefois que la France insoumise n’appelle pas à manifester pour le retrait des ordonnances – oh certes nul doute que les participants à ces rassemblements le souhaitent, ce retrait, mais le mot ne figure nulle part dans son appel -, mais pour le fameux «programme L’avenir en commun». Celui-ci, rédigé avant la présidentielle, ne parle pas des ordonnances Macron (il comporte l’abrogation de la loi El Khomri et le rétablissement de la hiérarchie des normes en droit du travail). Et il préconise de transformer «la CSG et l’impôt sur le revenu actuel en un nouvel impôt citoyen qui garanti les recettes de l’État et de la sécurité sociale

Il est tout à fait caractéristique de trouver dans ce programme ce point qui conduit à l’étatisation de la Sécu, ignorant totalement l’origine de la socialisation d’une partie du salaire sous forme de cotisations (salariales et patronales). Mais au fait, MM. Macron et Philippe veulent supprimer les cotisations maladie et chômage au 1°janvier 2018. Juste après les ordonnances : bien entendu, il s’agit de faire passer la pilule des baisses de salaires entreprise par entreprise, permises par l’inversion de la hiérarchie des normes en droit du travail, en faisant miroiter des hausses (temporaires) du salaire net alors que le salaire brut baissera. S’il est tout à fait légitime et nécessaire de manifester contre le vote de l’habilitation des ordonnances par la fausse Assemblée nationale, peut-on combattre les ordonnances en ne demandant pas leur retrait et en invoquant à chaque respiration un programme qui assimile État et Sécurité sociale ?

Le sens politique donné à ces rassemblements par les chefs de la FI est de soutenir les «amendements» de leur groupe parlementaire. Les ordonnances Macron seraient donc amendables ?

Mieux encore, on peut lire sous la plume de J.L. Mélenchon qu’il espère bien que des députés macronistes «En marche» vont évoluer, découvriront «l’insoumission» comme le leur ont demandé certains intervenants «insoumis» dans la pseudo «discussion» parlementaire.

L’unité des organisations, partis et syndicats, issues du mouvement ouvrier, est refusée d’un tournemain com me incarnant «l’entre-soi» de l’ancienne politique (alors que c’est par cette unité uniquement que les députés FI ont été élus au second tour de la législative), mais la «politique de la main tendue» s’applique… aux députés «En marche»!

Force est donc de constater que les «rassemblements populaires» du 12 juillet sont une contrefaçon totale de ce qui aurait été nécessaire et possible.

Concernant le devenir de la France insoumise, ils posent maintenant la question, après qu’elle se soit constituée avec comme finalité l’éradication des partis politiques, de ses rapports au syndicalisme : va-t-elle vouloir l’éradiquer à son tour ?

Si c’est le cas, ce n’est pas à l’accouchement à l’envers, c’est-à-dire du sommet vers la base, d’un Podemos à la française, comme l’espère sans doute la grande majorité des adhérents FI qui voudraient maintenant faire de celle-ci un «mouvement social», que nous assisterions, mais à une exaspération rapide de toutes les contradictions dont est porteur ce mouvement.

2017-07-11.

 

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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