À la suite de la réunion-débat fort dense tenue le 7 avril dernier sur le thème « Guerre, armements, question du pouvoir : quelle stratégie pour l’émancipation ? », le Comité de rédaction d’Aplutsoc organise une rencontre publique ce 1° mai, que nous avions évoquée à la fin de cette réunion-débat, et propose de la structurer sur les thèmes suivants :

1°) En Europe, y compris « occidentale », France comprise, les larges masses sentent et savent qu’il y a danger d’agression armée, non pas d’une façon générale comme le spectre de « la guerre » ou comme « des guerres » diverses et nombreuses, mais de manière tangible comme une menace qui porte deux noms : Poutine et Trump.

Le premier a attaqué l’Ukraine dès 2014, tente de la détruire depuis 2022, a vassalisé la Biélorussie et la Géorgie, menace la Baltique, la Moldavie et la Pologne, le second favorise les menées du premier, projette l’annexion du Groenland, l’un et l’autre appuient les extrêmes droites dans toute l’Europe ainsi que le gouvernement d’extrême droite de Netanyahou qui veut détruire les Palestiniens et vassaliser le Liban, et avec lequel Trump agresse l’Iran tout en y favorisant la répression des peuples.

2°) Le sentiment massif du danger d’agression des impérialismes russe et nord-américain fonde la volonté de se défendre, mais celle-ci n’est pas de même nature que les politiques des gouvernements européens ainsi que des institutions de l’UE. Leurs attaques contre les droits sociaux, les services publics, ainsi que leurs menées illibérales contre les libertés démocratiques et les migrants, et la défense de ce qu’il leur reste de sphères coloniales dans le monde (« outremer » et zones maritimes françaises notamment), ne protègent pas les peuples de Trump et de Poutine, bien au contraire.

Il serait de la responsabilité des mouvements sociaux, du syndicalisme, et de la gauche et des écologistes s’ils veulent représenter les besoins de la majorité, de porter une politique de défense se distinguant des plans officiels de réarmement, susceptibles d’être saisis, eux, par l’extrême droite ou l’union des droites si elles parviennent au pouvoir, notamment en France.

3°) La lutte contre l’extrême droite et l’union des droites et la défense contre la menace militaire de Trump et de Poutine sont liées l’une à l’autre. Lutter contre le RN en France sans combattre Poutine ni défendre l’Ukraine, c’est au mieux combattre avec un bras attaché dans le dos, au pire faire le jeu du RN. Associer l’extrême droite et l’union des droites à Trump et à Poutine est un puissant moyen de les combattre dans l’opinion publique.

Ainsi, les attaques de Trump contre l’Espagne et celles d’un Retailleau en France voulant la mettre « au ban des nations » (sic !) sont parfaitement convergentes, et ceci doit être dénoncé publiquement et massivement.

Empêcher RN et union des droites de prendre le pouvoir en France est un combat qui peut être gagné, qui ne peut l’être qu’en étant relié à l’affrontement contre Trump et Poutine et qui serait une puissante victoire contre eux s’il réussissait. Inversement, l’accession au pouvoir de l’extrême droite dans le cadre des institutions présidentialistes autoritaires de la V° République française constituerait un basculement européen.

Autrement dit, la France est politiquement un champ de bataille préalable à l’éventuelle guerre menaçante. Repousser la guerre ne se fera pas par des appels pacifistes à « la paix en Ukraine » et à la négociation avec le pouvoir russe, mais par la défaite des trumpo-poutiniens en France.

4°) Par conséquent, la réalisation de l’unité tant pour combattre le déni de démocratie de Macron en œuvre depuis 2024 que sa suite qui serait l’arrivée au pouvoir du RN et/ou de l’union des droites, unité sociale et syndicale dans les grèves et dans la rue et unité politique dans les élections, a besoin de la clarté contre Trump et Poutine : sans clarté contre Trump et Poutine, pas de clarté contre l’extrême droite.

Le pacifisme politique à gauche est donc aujourd’hui un obstacle majeur au combat pour gagner dans les luttes sociales et politiques et battre l’extrême droite. Il faut le distinguer de la volonté de paix des larges masses, tout à fait normale et saine, mais qui, elle, comprend la nécessité de se défendre contre les tyrans et d’être avec les peuples opprimés. Aujourd’hui, l’incompatibilité entre social-pacifisme et antifascisme apparaît de plus en plus et va s’affirmer.

On le voit à l’occasion du congrès confédéral de FO et dans la préparation du 1° mai, où le POI, organisation qui contrôle en même temps l’appareil central de LFI, permet, au nom de la « lutte pour la paix » et « contre le bellicisme européen », de couper, jusqu’à présent, cette organisation syndicale de la lutte contre l’extrême droite, et de préparer le « dialogue social » avec le RN.

En conclusion, ce que nous tentons et proposons n’est pas seulement une discussion à la fois théorique, politique et technique sur les questions militaires sous l’angle du combat pour l’émancipation, discussion dans laquelle nous ne prétendons certainement à aucun monopole, mais est une démarche avant tout politique situant ces questions comme une composante indispensable du combat immédiat et quotidien dès maintenant. En outre, il est vraisemblable que ce soit ainsi que la réflexion sur les questions militaires puisse trouver un débouché, s’élargisse et ne tourne pas en rond.

De plus, la crise écologique, qui va s’accélérant, va pousser des couches massives des peuples et de la jeunesse à des affrontements contre les pouvoirs établis, pour la survie et pour l’avenir. Le combat écologique vital n’a d’autre issue, lui aussi, que de se combiner avec l’affrontement contre Trump et Poutine, dans lequel les dimensions d’organisation sociale, de lutte politique, et de préparation militaire, ne sauraient être séparées par des frontières étanches.

C’est donc dans cette optique politique précisée par la discussion que nous proposons de nous retrouver pour avancer et approfondir la manière de populariser et d’imposer une saisie émancipatrice des questions du présent comprenant nécessairement leur dimension militaire. Ce texte de présentation est loin de « cadrer » toutes les questions européennes et mondiales, et est concrètement marqué par la situation française, mais cette discussion est naturellement internationale.

Nous vous invitons donc à l’issue de la journée du 1° mai, à 20H en visio :

https://us06web.zoom.us/j/85828246055?pwd=vL8mddXv8UZyqjN1RixauhYjQEIP2L.1