Sous la crise du Brexit, l’affaiblissement séculaire de l’impérialisme britannique.

Ce 19 octobre 2019, le parlement britannique, réuni un samedi pour la première fois depuis la guerre des Malouines, devait, espérait la presse européenne, ratifier l’accord enfin trouvé sur un Brexit « pas dur » entre Boris Johnson et la Commission européenne.

Car, oyez la bonne nouvelle, l’impossible s’était réalisé, un accord avait été trouvé ! Ceci mérite une explication, car la version officielle qui, en gros, en attribue le « mérite » aux cernes sous les yeux de M. Michel Barnier, ne permet pas d’y rien comprendre.

B. Johnson a capitulé sur un point essentiel, sur lequel les tories et lui-même avaient voici peu fait tomber Theresa May : le maintien de l’Irlande du Nord dans l’espace économique de l’UE et le positionnement de la frontière douanière dans la mer d’Irlande. A juste titre de leur point de vue, les nostalgiques de la gloire de l’Empire, les défenseurs de l’United Kingdom (le Royaume Uni – unissant quoi ? eh bien, précisément : la Grande-Bretagne et l’Irlande colonisée, aujourd’hui réduite à l’Irlande du Nord, d’où son nom !), et les unionistes « protestants » du DUP, poussent des hurlements.

C’est là-dessus que Boris Johnson est soudain devenu conciliant, et les cernes de Michel Barnier ne sauraient en expliquer quoi que ce soit. Pour comprendre ce recul clef sur une question tout à fait centrale concernant la monarchie et les vieux habits défraîchis de l’impérialisme britannique, il faut remonter quelques semaines en arrière et franchir l’Atlantique. Au mois d’août, 54 élus au Congrès américain, démocrates et républicains, se définissant comme d’origine irlandaise ou comme « amis de l’Irlande », ont formé un « caucus » rappelant que les États-Unis sont garants de l’accord dit du « vendredi saint » [Good Friday Agreement ] qui a mis fin à la « frontière physique » séparant l’Irlande du Nord du reste de l’Irlande. Et, surtout, ils ont affirmé qu’il ne saurait y avoir d’accord commercial tel que celui que préparent Trump et Johnson comme alternative à l’UE pour Londres, en cas de remise en cause de cette absence de frontière. Leurs soutiens au Congrès US ont augmenté depuis, Nancy Pelosi , sa présidente, s’y joignant.

Naturellement, ces développements sont concomitants à la formidable crise au sommet de l’impérialisme US autour de l’impeachment et des « trahisons » militaires de Donald Trump. Il est apparu à Johnson que sa politique d’alignement économique sur Washington demandait ce recul. Et il l’a concédé.

Rien n’est plus faux que de raconter, comme on peut encore le lire ça et là, que ce serait le « capital financier de la City » qui combat le Brexit, lequel serait exigé par la légitimité populaire du référendum de 2016. Les personnages qui entourent Johnson, comme Jacob Rees-Mog le notoirement méprisant représentant de son gouvernement aux Communes, et Johnson lui-même, forment une clique typiquement britannique, si l’on peut dire, aux intérêts fondamentalement financiers et immobiliers. A la différence de Trump, dont la fortune, elle aussi financière et immobilière, est directement liée au blanchiment de l’argent des oligarques russes, cette clique pro-Brexit, ultra-conservatrice, ultra-thatchérienne, n’est pas ressentie comme un corps étranger à l’establishment : elle est au contraire la quintessence, la substantifique moelle de ce qu’est aujourd’hui la jet set assise sur la City.

Mais justement, elle incarne fort bien le déclin historique de la City et, en ce sens, l’échec historique du thatchérisme en tant que le thatchérisme était une tentative de ressusciter l’impérialisme britannique dans une connexion étroite avec Washington (l’axe Reagan-Thatcher), comme épicentre de la mondialisation financière relié aux paradis fiscaux du monde entier (et rétrocédant, dans la perspective de son intégration à ce processus, Hong-Kong à la Chine « populaire »). Pendant des années la City a été à nouveau n°1 pour la capitalisation boursière planétaire, mais non plus comme foyer central d’exportation de capitaux comme au bon vieux temps de l’Union Jack, avant 1929, mais en position de centre mondial des services financiers, ce qui toutefois faisait illusion : c’était là, au fond, l’illusion principale du thatchérisme. Ce n’est plus le cas : le London Stock Exchange n’est plus que la 6ème place boursière mondiale, après Wall Street, le NASDAC également à Wall Street, Tokyo, Shanghai, Hong-Kong.

Le véritable point de blocage, depuis 2016, sur la mise en œuvre du Brexit, portait sur l’Irlande. Le maintien de l’Irlande du Nord dans l’espace économique de l’UE, bien que sa monnaie soit la Livre Sterling et non l’euro, porte en lui la réunification de l’Irlande, vieille exigence démocratique et nationale dont la disparition de la frontière physique entre les deux Irlande en 1998 était la vraie victoire. Que Paris surtout, et Berlin, puis le « caucus » des congressistes US, se soient montrés d’une telle inflexibilité sur ce point avec l’impérialisme britannique, non pas par sympathie pour la réunification démocratique de l’Irlande mais par crainte de la crise qu’ouvrirait le rétablissement d’une frontière physique terrestre, permet de mesurer à quel point l’impérialisme britannique, qui fut le cœur du capitalisme mondial, de l’industrialisation, où Marx écrivait le Capital, est dévalué.

Le glorieux programme de Johnson est celui du déclin convulsif. Son accord mis en œuvre conduirait inéluctablement à la demande par l’Écosse soit de l’indépendance, soit, pour le moins, d’un statut comparable à celui de l’Irlande du Nord. Les données économiques d’un pacte de libre-échange commercial avec les États-Unis conduisent à la précarisation accrue du salariat et à la déstructuration des services publics, notamment du NHS (Santé publique), au cœur des discours de Jeremy Corbyn, qui, dépecé, serait livré aux entreprises « médicales » US (dont le grand succès, rappelons-le, est d’avoir rendu addicts aux opiacés des millions de working poors aux États-Unis …). Johnson reculait sur la question irlandaise tout en maintenant tout ce qui, dans le « Brexit » qu’il prépare, vise à reprendre la thatcherisation au point où elle s’était arrêtée.

Seulement, cette « thatcherisation au carré » ne restaurera pas la puissance britannique. Elle ne peut être mise en œuvre qu’en agressant les salariés de tout le pays et en commençant par tenter de les diviser, au nom du Brexit, entre nationaux et non nationaux : les dizaines de milliers d’espagnols et de portugais travaillant dans le NHS, le million de polonais, les centaines de milliers de salariés français, jeunes ou non, précaires ou non, … seraient les premières victimes d’une régression généralisée. Régression au terme de laquelle le reste de l’empire – une Angleterre clivée entre un centre londonien parasitaire et financier mais perdant une grande partie de son cosmopolitisme, donc décadent, et des campagnes post-industrielles dévastées – pourrait presque devenir à terme, en caricaturant (un peu ?) quelque chose comme … le 52ème État croupion des États-Unis (Porto-Rico étant, dans ce cas de figure, le 51ème) !

Il n’est donc pas surprenant que, ce samedi 19 octobre, les Communes n’aient, une fois de plus, pas marché – que ce soit par opposition à la menace sur le NHS et les droits sociaux comme le dit Corbyn, ou par dépit de la décomposition de l’empire acceptée par le capitulard Johnson – et que les Communes aient voté un amendement tentant de reporter l’échéance. Il ne s’agit pas là d’un affrontement entre les représentants de la volonté populaire – Johnson et Rees-Mog ! – et un « parlement bourgeois », comme une pensée conservatrice (dominante dans les milieux militants, à la différence des couches sociales révoltées) peut le croire en France, où il est temps de ne pas plaquer sur le Royaume-Uni notre propre histoire du référendum manqué par Chirac en 2005, car ce n’est pas exactement la même histoire.

Comme on l’a vu, suite à ce vote de samedi, Johnson a enrichi encore l’opéra bouffe en cours en envoyant une lettre signée et une lettre non signée à Bruxelles, et en en faisant écrire une troisième par son ambassadeur. Il est parfaitement possible que, dans quelques jours, le Brexit soit proclamé accompli par Downing Street et reporté par Westminster. On verra. Ce qui est sûr est que l’implosion des deux grandes constructions anglo-saxonnes, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et République des États-Unis d’Amérique du Nord, 11 ans après l’entrée dans la crise financière globale du capitalisme en 2008, et alors que la crise climatique s’accélère, constitue un moment nouveau de l’histoire globale sur lequel il y a largement matière à rire, à pleurer, et surtout à comprendre.

Surtout à comprendre : la pire imbécilité serait de ricaner de cette crise, comme si la France, l’Allemagne, l’Italie, sans oublier la monarchie espagnole, défiée par la nation catalane, sans pour autant représenter les Espagnols … se portaient mieux !

L’UE n’est pas une construction démocratique associant les peuples, le Brexit montre que la rupture capitaliste avec elle peut être pire encore, et donc la question de la prise en charge de ces aspirations démocratiques à la libre association des peuples est pleinement ouverte, pour l’avenir et dès à présent.

VP, le 21/10/2019.

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LES CHEMINOTS ONT RAISON.

Ce qui s’est passé à la SNCF le vendredi 18 octobre est un évènement politique important, qui donne la température réelle du pays et de la société.

Un accident ferroviaire dans les Ardennes a fait 11 blessés et le conducteur, blessé lui-même, seul dans le train, a dû tout gérer – et a géré.

En apprenant cela, massivement, les cheminots excédés par ce qui n’est rien d’autre que la goutte d’eau supplémentaire faisant tout déborder, ont exercé leur droit de retrait. Dans toute la France une grève sur le tas des trains a commencé à se généraliser. Les syndicats SUD-Rail, CGT, FO et Fgaac-CFDT ont appuyé le mouvement.

La direction de la SNCF dénonce une « grève sans préavis » et, au risque de tout envenimer, annonce vouloir aller en justice contre les travailleurs ayant exercé leur droit de retrait de manière « illégitime ».

Soyons clairs : oui, il s’agit du droit de retrait, et oui, cela s’appelle la grève !

Oui, il s’agit du droit de retrait : l’accident a mis à vif la situation de danger dans laquelle les contre-réformes ont placé personnels et usagers. Ce droit de retrait est parfaitement légitime et si les patrons de la SNCF ne veulent pas le reconnaître, c’est parce que la situation dans laquelle ils ont mis la SNCF justifie le droit de retrait dans toute la France et dans tous les trains !

Oui, il s’agit d’une grève : grève sur le tas, ne respectant pas les dispositifs légaux mis en place sous Sarkozy dans les transports et les écoles, qui sont des dispositifs anti-grèves et liberticides.

Il n’y a nulle contradiction entre ces deux affirmations. En exerçant leur droit de retrait par la grève sur le tas, les personnels défendent des trains sécurisés qui arrivent à l’heure et tentent de prévenir les prochains accidents, les prochains déraillements, littéralement programmés par un gouvernement et une direction qui, à l’heure du réchauffement climatique, font tout pour assassiner les transports collectifs. Le droit de retrait et le droit de grève sont les remparts de l’intérêt social général !

En 2018 des semaines de grève alternée de deux jours tous les trois jours, annoncées par avance, n’ont malgré la combativité et la discipline des cheminots pas empêché la contre-réforme de la SNCF. Ce vendredi, la masse des cheminots a montré qu’elle reste disposée à contre-attaquer et elle a signifié par le fait que la contre-attaque, c’est la grève, la vraie grève, partie d’en bas, celle qui bloque tout sans prévenir et sans date butoir.

Bien entendu, Macron, Pépy et compagnie ne peuvent tolérer un tel mouvement qui met à nu la réalité : leur illégitimité, sociale, politique et au plan de la sécurité des passagers et des personnels.

Alors ils vont vouloir frapper. Ils vont vouloir traîner les cheminots en justice. Pour eux, il ne doit plus y avoir ni droit de retrait, ni droit de grève.

La réponse ? c’est le Tous ensemble. Pour les stopper, pour les battre, pour les chasser. On en parle pour le 5 décembre. Mais s’il faut avant pour défendre les cheminots en retrait et en grève contre les saboteurs et les dérailleurs, alors il le faudra.

SOLIDARITÉ TOTALE AVEC LES CHEMINOTS QUI ONT STOPPE LES TRAINS CE 18 OCTOBRE.

DROIT DE RETRAIT POUR PEPY, CASTANER, PHILIPPE ET MACRON !

TOUS ENSEMBLE, TOUS ENSEMBLE POUR LES CHASSER !

19-10-2019.

Retrouvons-nous, discutons-en le 20 octobre !

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5 décembre et perspective politique : en avant !

Il ne se produit maintenant plus une journée sans que l’exécutif Macron-Philippe-Castaner, à la manière d’un Donald Trump, n’en fasse une belle.

Les pompiers sauvagement réprimés et provoqués à Paris, l’un d’eux éborgné, alors même que Le Monde, qui n’est pas un journal atteint de « haine anti-flics » comme on dit du côté de l’officine « Alliance », expose « comment les forces de l’ordre ont fait usage d’armes dangereuses sans respecter les principes de nécessité et de proportionnalité, ni les règles en matière d’assistance et de premiers secours. » et cela pas dans une seule manifestation mais dans la plupart.

Cela, c’était il y a deux jours.

Voici un peu plus d’une semaine, un déséquilibré se réfère à l’idéologie islamiste en assassinant ses collègues. Problème : il est responsable de la maintenance informatique du service central des renseignements généraux à la préfecture de Paris ! Un tel fait illustre avant tout, comme bien des violences policières, la « radicalisation » et les phénomènes de décomposition affectant les forces dites de l’ordre sous l’égide de ce pouvoir exécutif. Mais Macron s’en saisit pour appeler à une nouvelle variante de sa  « révolution » à lui : que la société française se transforme en une « société de vigilance » reniflant partout l’« hydre islamiste ». Propos d’incendiaire … De sorte que l’agressivité raciste d’un élu régional RN contre une femme maghrébine et voilée n’est en réalité rien d’autre que la mise en œuvre du vœu présidentiel ! (1) Et voila Macron rétropédalant sans rétropédaler, mais en pédalant bel et bien, avec des propos confus sur « communautarisme » et « terrorisme »

Cela, c’était ces derniers jours.

Et puis, le 26 septembre dernier, une catastrophe industrielle majeure se produisait à Lubrizol, à Rouen. Depuis, préfecture et pouvoir exécutif ne cessent de répéter qu’ils ont fait preuve de « transparence ». En fait, ils ont fait de de la com’ (de la mauvaise com’) et rien d’autre, méprisant l’inquiétude justifiée de la population, et des pompiers – déjà eux …- empoisonnés. Ils osent prétendre que se méfier ou avoir des craintes, c’est être victimes de complotisme !

Là aussi, sur la question directe de la « sécurité des personnes et des biens », ce gouvernement, ce président, s’illustrent comme catastrophiques, non qu’ils seraient stupides (c’est la différence qu’on peut, sans doute, leur concéder envers D. Trump ; mais est-elle fondamentale ?), mais parce qu’ils n’ont de cesse de mettre en œuvre leur contre-révolution, leur réaction sur toute la ligne pour imposer une société sans droits ni garanties, une société de la violence et de la misère.

Détruire les droits et garanties, telle est l’essence du projet de loi en préparation contre les retraites. Il est urgent de simplifier les explications, chers camarades syndicalistes. Macron ne veut pas qu’il y ait « un seul » régime au lieu de « 42 », il veut qu’il n’y ait plus de régimes de retraites du tout. Pour personne. Chacune et chacun n’aura qu’une offre individuelle d’un certain nombre de points dépendant de sa « carrière », la valeur du point étant fixée par Macron et ses successeurs chaque année. C’est la fin du régime général, c’est aussi la fin du code des pensions civiles et militaires des fonctionnaires dont le statut doit être détruit, et des régimes spéciaux qui, historiquement, ont préparé le régime général. Plus de garanties, plus de droits. Misère pour l’immense majorité, misère pour tous et, plus encore, pour toutes.

Parce que dans ses profondeurs, le corps social et salarial sait cela, parce que la lame de fond de l’affrontement rentrée sous la vague est toujours là, des Urgences aux écoles et lycées où les suicides d’enseignants attisent la colère rentrée, parce que la direction indiquée par l’irruption des gilets jaune voici un an s’avère être l’issue politique et démocratique, à savoir affronter, défaire, chasser ce pouvoir exécutif, une idée a circulé, depuis l’appel des syndicats de la RATP au 5 décembre : la grève générale le 5 décembre.

Chose nouvelle, les directions nationales de la CGT, de FO, de la FSU, de Solidaires et de l’UNEF, ainsi que des organisations lycéennes (UNL, FIDL et MLN), ont été conduites à fixer une date centrale en fonction d’un calendrier voulu par celles et ceux d’en bas, appelant donc à leur tour au 5 décembre.

Mais pour en faire quoi ? De quoi a besoin ce mouvement ?

Bien sûr, nombreux sont les militants qui disent que le 5 décembre ne doit pas être une simple journée d’action, ou qui souhaitent que cela continue les jour suivants. Il semble s’imposer d’ores et déjà (réserve faite des manœuvres et contre-manœuvres possibles d’ici là, mais le mouvement est profond et il est fort ) que ce sera beaucoup plus qu’une « journée d’action ». Ce sera le rassemblement au grand jour des opprimés contre les oppresseurs.

Donc un début, ou plutôt la reprise de ce qui est là, sous-jacent, mais qui doit s’exprimer et s’organiser. Pour qu’il y ait une suite, il faut que nous soyons de plus en plus nombreuses et nombreux à indiquer la perspective politique : celle de la grève générale, pas pendant des semaines mais pour se centraliser tous ensemble et défaire le pouvoir exécutif, ouvrant la voie à la démocratie par l’élection, au niveau national et à tous les niveaux, de représentants mandatés et contrôlés.

Cela c’est l’étape suivante, mais l’étape présente a besoin que cette perspective soit affichée. Car qu’affichent les directions politiques et syndicales ? Elles affichent le maintien de Macron jusqu’en 2022, et donc la participation, fut-ce en maugréant pour la galerie, aux « concertations » et au « dialogue social » sur ce qu’il veut mettre en œuvre d’ici là : la fin de tous les droits, de toutes les garanties.

Ce dimanche nous allons donc notamment discuter de la préparation du 5 décembre dans cette perspective-là, pour en assurer la puissance en allant au-delà.

16-10-2019.

Notes :

(1) Une fois fait ce constat essentiel sur le rôle du pouvoir exécutif, une discussion libre et sans amalgames est nécessaire sur le fond à propos des questions relatives à la laïcité, revendication démocratique fondamentale.

 

 

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Halte à la répression contre les prisonniers politiques catalans !

Comme nous en informent le réseau ColSolCat et l’ANC, la sentence du procès de Madrid est tombée. Entre 9 et 13 ans de prison.

Le Tribunal Suprême vient d’inculper les 9 prisonniers politiques de Sédition.

La sédition est couverte par l’article 545 du Code Civil et concerne les actions qui affectent l’Ordre Public.

  • Oriol Junqueras : 13 ans de prison
  • Carme Forcadell : 11,5 ans
  • Joaquim Forn : 10,5 ans
  • Jordi Turull : 12 ans
  • Jordi Cuixart : 9 ans
  • Jordi Sanchez : 9 ans
  • Dolors Bassa : 12 ans
  • Raul Romeva : 12 ans
  • Josep Rull : 10 ans

Les 3 autres accusés M. Borras, S. Vila et C. Mundo, inculpés de désobéissance, sont condamnés à une amende de 60000€ (sous la forme d’une amende journalière de 200 euros pendant 10 mois ) mais sans prison, plus la privation des droits civiques pendant 20 mois.

Ce soir, lundi 14 Octobre, un premier acte est convoqué. Rassemblement Place de la République de 18h à 19h appelé par l’ ANC et le CDR-Paris.

Nous vous appelons à y participer et à vous joindre à ceux qui sont convoqués dans les villes de Province.

Voir aussi pour les infos pratiques :

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5 décembre, une date dans le paysage.

Nous avions noté dans un article précédent que l’appel des syndicats de la RATP à une grève illimitée à partir du 5 décembre pour bloquer la destruction du droit à la retraite par Macron pouvait constituer un début de propagation de l’idée d’un «soulèvement général» à cette date, « rééditant le 17 novembre 2018 des gilets jaunes mais, cette fois-ci, sur la base de la grève ».

Le projet de destruction du système de retraites apparaît de plus en plus comme la question la plus explosive du prétendu acte II du quinquennat de Macron. La nomination du Haut-commissaire à la réforme des retraites au rang de ministre du gouvernement Philippe, la relance de la concertation avec les organisations syndicales, la mise en place de groupes de travail, le report de la loi cadre à l’été 2020 et le retour du «grand débat» à Rodez, montrent l’importance de l’enjeu pour le gouvernement. Mais contrairement aux apparences, Macron n’a pas changé de méthode. La concertation succède à… la concertation.

Après des mois de discussion avec le Haut-commissaire Delevoye, la CGT, FO, FSU etc. fixent maintenant leur calendrier de discussion avec le ministre Delevoye. La méthode du dialogue social orchestre chacun des actes du quinquennat et il n’y a aucune autre possibilité de détruire les conquêtes ouvrières. Sans base sociale, empêtré dans les mensonges d’état, pris entre «fumées bio» et grève des urgences, dans une situation de conflits sociaux permanents, le gouvernement ne peut avoir d’autre choix que de faire co-produire la destruction des retraites par les bien nommés «partenaires sociaux».

C’est la collaboration des directions syndicales avec le gouvernement qui prolonge la présidence Macron bien au-delà de ce que les travailleurs et les jeunes peuvent supporter. C’est la collaboration des directions syndicales qui permet à Macron de durer malgré les crises à répétition qui secouent l’exécutif, provoquent le départ de ses collaborateurs et de ses ministres, torpillent son agenda.

Le dernier épisode de cette collaboration c’était mercredi 2 octobre à l’Élysée où le secrétaire général de la CGT était reçu pour « faire des propositions à Macron » en matière de retraites notamment. Philippe Martinez rassure d’emblée le journaliste de Libération : «ça s’est bien passé» et d’ajouter «Sur les retraites, il a au moins clarifié une chose : il a convenu que nous avions raison, que ce soit un âge légal ou la durée de cotisation, le résultat c’est que l’on va travailler plus longtemps.»

Il fallait bien aller à l’Élysée pour essuyer quelques remarques cyniques de ce tonneau : le ton de l’Acte 2 non plus, ne sera pas différent. Mais le Secrétaire général de la CGT a-t-il exigé le retrait du projet de destruction des retraites ? Non, Philippe Martinez a plaidé «qu’il fallait améliorer le système mais pas le casser». C’est d’ailleurs la démarche du Bureau confédéral de la CGT qui exprimait le 19 août dernier la «nécessité de mettre en avant des propositions pour ne pas tomber dans le Non à la réforme». Bien que rares deviennent les salariés et même les militants auxquels on puisse faire croire que ceux qui ne savent pas défendre les anciennes conquêtes vont pouvoir en faire de nouvelles, certains pensent que le problème ne relève que de la tactique. Les trop fameuses journées d’action saute-mouton. Mais les formes d’action imposées par les directions syndicales sont parfaitement adaptées à la ligne de la «proposition». Elles s’inscrivent dans une logique de pression pour que des propositions syndicales légitiment l’ordre du jour des concertations. De fait, le 24 septembre dans les tracts de la CGT, le mot d’ordre de retrait du projet de destruction des retraites disparaissait au profit des propositions CGT et des financements de haut niveau pour les retraites du XXIème siècle et autres campagnes de reconquête de la Sécurité sociale.

Alors Martinez peut noyer la perspective du 5 décembre, comme appel à engager le combat contre le gouvernement, dans un agenda de dialogue social et de journées d’action en faisant mine de considérer que «le 5 décembre, c’est une date dans le paysage». Une date parmi d’autres… Mais une date à laquelle il convient surtout, selon lui, de ne pas appeler parce que, répétons-le, et Philippe Martinez est bien placé pour le savoir : le projet de destruction du système de retraites apparaît de plus en plus comme la question la plus explosive de l’acte II du quinquennat Macron.

Rupture du dialogue social ! Unité sur le seul mot d’ordre du retrait de la réforme Macron-Delevoye : c’est dans ce mouvement que les salariés décideront des formes d’action les plus appropriées pour affronter le gouvernement et le chasser. C’est là une question politique : la lutte efficace requiert la discussion. Nous vous invitons à l’engager avec nous le 20 octobre

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Bas les pattes devant Greta Thunberg ! Bas les pattes devant Extinction Rebellion !

Nous n’avons pas eu le temps de traiter de manière approfondie de la très importante vague mondiale de manifestations de la jeunesse sur la question climatique, qui a pris le nom, après les mouvements des femmes ayant également employé ce terme, de grève mondiale pour le climat.

Il y a bien entendu des débats à avoir et des éléments à analyser avec ces mouvements et leurs différentes composantes. Mais depuis quelques semaines, se développent des phénomènes de haine venant des secteurs les plus arriérés de la société, dans certains cas il faut le dire aussi dans le mouvement ouvrier, le tout avec en arrière-plan les lobbies du climato-scepticisme (charbon, pétrole, gaz, armements …).

On a vu des groupes fascisants pendre Greta Thunberg en effigie à Rome et un « philosophe » médiatique, se voulant subversif, français, dénoncer cette jeune fille sur le plan de son physique, comme si la menace n°1 était constituée par elle.

Ces réactions ont le caractère délirant et pathétique d’un vieux monde capitaliste qui sait qu’il n’a pas d’avenir mais refuse de laisser la place et qui, en effet, ne la laissera pas : pour avoir un avenir, nous allons le chasser.

Et puis, last but not least, c’est Mme … Ségolène Royal qui appelle à ce que Extinction Rebellion, mouvement récemment apparu qui organise des happenings, blocages et occupations de lieux publics, soit « réprimé très rapidement ».

La sottise est un facteur historique, qui survient quand les forces agonisantes ne veulent pas céder la place. Les mots de Mme Royal trahissent une peur. La peur de ce qu’ils appellent, dans leur langue, la « radicalisation » de la jeunesse. Nous disons, nous : vive la jeunesse radicalisée ! Place à la jeunesse radicalisée ! Bas les pattes devant la jeunesse radicalisée !

Greta Thunberg appelait les employeurs et les chefs d’État à « écouter les scientifiques ». Constatant leur refus, leur paternalisme suffisant et leur irresponsabilité, elle leur a crié à l’ONU : « comment osez-vous ? » Ces mots entreront dans l’histoire. Pour un Macron, elle s’est « radicalisée ». Elle exagère, elle pose problème ! Non, c’est vous, les destructeurs, les pollueurs, les négateurs d’avenir, c’est vous le problème. Et les actions, pour l’heure spectaculaires mais inoffensives, d’Extinction Rebellion, annoncent ce qu’il va falloir faire, ce contre quoi Mme Royal veut une « répression rapide » : l’action directe contre les gros pollueurs, contre les pétroliers, contre les banquiers, contre les navires fumants, contre les bases militaires.

Parce qu’il s’agit de sa vie, la jeunesse va aller vers l’action directe.

Militants ouvriers révolutionnaires, nous serons et sommes avec elle. La grève mondiale pour le climat ne se réduira pas au happening que certains voudraient voir en elle. Elle pose la question de l’action directe pour stopper l’incendie en affrontant les incendiaires.

Bas les pattes devant la jeunesse !

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Crise à Washington et guerre contre la révolution au Proche et Moyen-Orient.

L’annonce de Trump : ni une surprise ni une nouveauté, mais …

L’annonce par Trump du retrait des troupes US de Syrie du Nord avec feu vert à Erdogan soulève une vague d’indignation. La chose n’a pourtant par elle-même rien de nouveau et encore moins d’imprévisible, et la défense des Kurdes et des autres peuples de cette région exige de comprendre sérieusement ce qui se passe et de ne pas se payer de mots. La source de l’annonce n’est pas locale, elle est à Washington, dans la spectaculaire et historique crise au sommet de l’impérialisme nord-américain. C’est de là qu’il faut partir pour analyser cette situation.

En effet, voici 10 mois, le même Trump annonçait déjà le retrait des troupes US de Syrie, tout en poussant le secrétaire à la Défense d’alors, James Mattis, à la démission. Et déjà cette annonce était de manière évidente reliée à la montée lente mais, selon nous, inexorable, du spectre de l’impeachment. Elle était d’ailleurs déjà connectée à des attaques de Trump visant un autre secteur clef de l’État impérialiste US, à savoir sa banque centrale, la Fed. Or, ledit retrait n’a finalement pas eu lieu. De facto, le Pentagone et l’état-major ont saboté sans phrases les ordres présidentiels.

Si, cette fois-ci, c’est plus grave, c’est que la situation de Trump est beaucoup plus grave. La plupart des médias et des commentateurs l’ont cru sauvé définitivement après le vrai-faux enterrement du rapport Mueller ce printemps, qui pourtant ne l’innocentait en rien du soupçon notoire, avéré et, de fait, accepté implicitement comme parfaitement exact, d’être, pour des raisons mafieuses, et cela de longue date, un homme de paille de Poutine. Trump a joué la comédie de la montée aux extrêmes avec l’Iran, au bord de la guerre. Dans le même temps, il entreprenait de contre-attaquer à sa manière, en vue des prochaines présidentielles, par rapport au rapport Mueller et à ses suites. Comme on le sait maintenant, pendant qu’officiellement se préparait la guerre avec l’Iran, il exerçait des pressions sur le nouveau président ukrainien, Zelenski, pour que celui-ci diligente des poursuites contre le fils de Joe Biden, éventuel adversaire démocrate de Trump, cet Hunter Biden qui, pour le moins, profite de la renommée paternelle pour faire des «affaires». Depuis, la chose a éclaté en public, ainsi que le fait que Trump a remplacé l’appareil d’État régulier des Affaires étrangères US, concernant les relations avec l’Ukraine, par une bande privée conduite par Rudi Giuliani, et a envoyé Mike Pence sur place (son vice-président qui serait donc président en cas d’impeachment) fin août pour le compromettre, ce qui semble être fait.

Les analystes superficiels, ceux pour qui il n’y a jamais rien de nouveau sous le soleil ou pour qui la crise aux sommets d’un État n’est jamais que turpitude superficielle, peinent à comprendre que cette fois-ci, c’est plus grave que jamais pour Trump, parce que tout ce qui s’est accumulé de charges explosives aux sommets de l’État est en train de pétarader en cascade. Dans les sommets, la question est celle de savoir à quel degré les hautes sphères républicaines vont le lâcher en prenant le risque d’être emportées avec lui. A la base, cette crise intervient alors que la polarisation sociale monte, alors que se déroule la plus grande grève depuis très longtemps, dans l’automobile.

L’annonce concernant le Nord de la Syrie et la Turquie, de la part de Trump, est un coup directement lié et fonction de la crise qui le cerne. Il fait mine d’appliquer son programme pour son noyau électoral (plus de «guerre sans fin» soi-disant contre le terrorisme). Il le fait en catastrophe dans des circonstances qui profitent avant tout à tout ce que l’impérialisme US compte de partenaires-adversaires dans le secteur, d’Erdogan à Daesh en passant par Bachar, Rohani et, bien entendu, Poutine. Il le fait dans le prolongement du congédiement de John Bolton début septembre, le conseiller à la sécurité nationale qui incarnait la ligne dure anti-Iran, et alors que depuis, le bombardement (iranien, houthi ou chiite irakien, donc à chaque fois iranien en dernière analyse) du principal site pétrochimique saoudien, et les coups reçus par le régime de Mohamed Ben Salmon au Yémen, ont commencé à pousser l’Arabie saoudite vers l’effondrement.

En résumé, Trump sème la panique du propre point de vue des intérêts impérialistes US bien compris, tout en se conformant à une dimension de ses intérêts : garder le lien avec la Turquie (toujours membre de l’OTAN) voire le reconstituer. Que cette politique soit incohérente, erratique, cause de désordre du propre point de vue de l’«ordre mondial», est désormais une évidence communément admise. Au-delà de la personne de Trump qui convient parfaitement à ce phénomène, nous assistons à la volcanique implosion de l’impérialisme américain (1).

Trump suscite Erdogan contre son propre état-major.

Ce qui différencie l’annonce actuelle de Trump de celle de fin décembre 2018 est qu’elle a été préparée avec Erdogan, et qu’elle est assortie d’un feu vert apparent donné à la progression des troupes turques sur une «zone tampon» de 30 km en Syrie, c’est-à-dire à la guerre de l’armée turque contre les milices YPG, et, plus fondamentalement, contre le peuple kurde.

En recourant à Erdogan, Trump tente de court-circuiter son propre état-major acculé à ce qu’un éventuel sabotage de ses ordres soit rendu impossible, à moins de tirer sur les troupes turques, autrement dit de faire la guerre à l’encontre de la volonté du président des États-Unis d’Amérique et contre son partenaire et allié – ce qui, a priori, semble impossible, mais soyons prudents car cette crise est justement celle de toute cohésion et cohérence dans le propre appareil d’État, ici l’appareil militaire, des États-Unis.

A l’heure où sont écrites ces lignes, l’aviation turque a déjà commencé à bombarder des postes-frontières dont celui de Semalka, sur la frontière non pas turko-syrienne, mais irako-syrienne, par où transitait le matériel envoyé par la «coalition» (principalement les États-Unis) aux FDS («Forces Démocratiques Syriennes», principalement le parti kurde PYD et ses milices YPG), testant ainsi la non-résistance de l’appareil militaire US paralysé par Trump.

L’annonce de Trump : une trahison ?

L’indignation soulevée par cette initiative de Trump a deux motifs.

L’un est qu’elle déstabilise clairement la situation et relance de nombreux foyers de guerre. De manière immédiate, guerre de l’État turc d’Erdogan contre les Kurdes, mais également possible exploitation de cette conjoncture par Daesh et, plus globalement, approfondissement de l’emprise iranienne sur la région.

L’autre motif est la «trahison» des Kurdes. Les États-Unis avaient fait des FDS, structurés autour des YPG-PYD (c’est-à-dire autour du Parti des Travailleurs du Kurdistan, principal parti national kurde en Turquie, de facture stalinienne et longtemps tenu pour «terroriste» par les États-Unis), leur principal allié, puisque c’est l’impérialisme russe qui « tient» et qui soutient l’appareil d’État de Bachar el Assad ou ce qu’il en reste. Il y avait donc un soi-disant axe américano-kurde. Ce soutien levé, Erdogan peut attaquer.

Sauf qu’il fallait vraiment être aveugle pour ne pas voir que le soutien étatsunien au PKK-PYD-YPG valait ce que vaut le soutien de la corde au pendu.

D’une certaine manière, la mimique de l’indignation de la part de secteurs «anti-impérialistes» à propos de la «trahison» des «Kurdes» par «les Américains» masque le fait qu’ils sont, somme toute, rassurés que tout rentre dans l’ordre, car ce soutien US faisait tache dans leur vision du monde et de la région. Selon cette vision, le Rojava était une sorte de commune libre où des femmes combattantes affrontaient les islamistes. Une terre promise de la révolution, une de plus, mais soutenue et armée par l’oncle Sam, une inexplicable étrangeté …

La réalité est bien entendu différente. C’est Bachar el Assad, lorsque les coups de l’insurrection populaire généralisée et tendant à s’armer l’ont mis au bord de l’effondrement, qui a concédé la gestion de ce territoire au PKK-PYD. C’est donc un morceau d’appareil d’État policier du régime baathiste qui est passé sous le contrôle de ce parti – chambres de torture comprises. Comme zone libérée, on fait mieux : mais l’on a vu jusqu’à des «communistes libertaires», ayant tant et plus le mot «Cronstadt» à la bouche, faire l’apologie du «Rojava libéré» avec des accents dignes du poète Aragon chantant le Guépéou au début des années 1930 !

Une fois sous le contrôle du PKK-PYD cette zone a connu sa propre évolution et ne doit pas être assimilée à la zone contrôlée par le régime de Bachar, mais pas non plus prise pour une enclave libertaire, féministe ou on ne sait quoi. La dynamique de la révolution syrienne a pu sembler devoir l’entraîner, par des alliances avec les forces syriennes insurgées, mais à partir de 2015 le PYD a principalement fait la guerre aux rebelles syriens, à Alep notamment : cette «trahison» là, généralement ignorée par les «anti-impérialistes» qui refusaient de soutenir le peuple syrien, a été très durement ressentie sur le terrain et elle a eu des effets contre-révolutionnaires importants.

Aujourd’hui le secteur réellement insurrectionnel de la Syrie n’est pas le Rojava, c’est Idlib. C’est là que des travailleurs et des citoyens auto-organisés continuent, quand les bombardements russes s’interrompent, à manifester contre les islamistes. La légende du «Rojava autogéré» a largement servi, en Europe et en Amérique du Nord, à faire le jeu du régime tortionnaire et pillard de Bachar dans sa guerre contre le peuple syrien, même s’il est justifié, lors d’affrontement entre Daesh et les YPG, de soutenir ces derniers. Cette fameuse «autogestion» procède, on le sait, de l’ordre donné par le chef omnipotent du PKK, Ocalan, de se rallier au «confédéralisme démocratique et féministe» théorisé aux États-Unis par Murray Bookchin. Concrètement, ceci permet de peindre une magnifique vitrine à l’usage de militants occidentaux, tout en écartant toute revendication nationale kurde démocratique et unificatrice qui remette en cause les frontières et donc les États capitalistes et dictatoriaux existant dans la région, où sont opprimés des Kurdes (Turquie, Syrie, Irak, Iran), laissant la porte ouverte à toute alliance avec n’importe lequel de ces États, et donc surtout, à présent, avec Bachar el Assad, manière de quémander le parrainage de Poutine à la place de celui du Pentagone.

Le soutien aux Kurdes, c’est l’alliance des peuples contre Bachar et compagnie.

Les vertueux indignés qui «soutiennent les Kurdes» et ne connaissent pas les révolutions arabes et les assimilent aux islamistes, et qui ne voient que «le Rojava» et «Gaza» sur la carte de la région, vont, s’ils lisent ces lignes, s’étouffer un peu plus d’indignation en s’écriant qu’il n’y a pas à faire la leçon à «celles et ceux qui se battent sur le terrain» et sont bien obligés de faire des «compromis» avec qui leur livre des armes.

Mais de ce point de vue, celui de l’efficacité combattante, c’est justement la seule solution véritablement efficace dans la durée qui a été écartée à chaque étape par la direction du PKK-PYD : l’alliance avec le peuple syrien insurgé, la démocratie pluraliste réelle dans toutes les zones libérées, la lutte commune contre les dictatures.

En choisissant de ne jamais couper complètement les ponts avec Bachar, de se positionner en bons miliciens des fournisseurs d’armes par des opérations qui n’ont pas visé que Daesh, mais aussi la résistance syrienne, la direction du PKK-PYD a consciencieusement livré ses positions, armes et bagages, en otages à l’impérialisme US et cela en n’ayant pour toute alternative politique que d’aller faire des enchères analogues avec telle ou telle autre puissance. Ce qui arrive aujourd’hui était prévu, prévisible, attendu, connu. Il n’y a aucune surprise.

Cette critique politique est certes dévastatrice pour cette direction, et nous ne confondrons pas, nous, le courage des combattantes et des combattants qui agissent sous sa tutelle, avec elle. Cette critique ne s’oppose pas au soutien total et inconditionnel dans les affrontements directs opposant FDS et milices YPG à l’armée turque en territoire kurde (à distinguer des opérations de supplétifs de Bachar contre des secteurs syriens insurgés). Bien au contraire, seule cette critique radicale permet d’avoir un soutien désintéressé et internationaliste efficace et réel.

Plus généralement, le soutien efficace aux Kurdes, c’est la défense des revendications démocratiques de tous les peuples de la région.

C’est le soutien aux Égyptiens qui se sont remis à manifester contre al-Sissi malgré la répression.

C’est le soutien à la jeunesse irakienne affrontant les milices chiites du pouvoir, qui ont déjà assassiné des centaines de manifestants depuis une semaine d’affrontements.

C’est le soutien aux revendications démocratiques de l’auto-détermination palestinienne.

C’est le combat pour bouter l’armée saoudienne et ses alliés hors du Yémen tout en refusant la reconstitution d’un État corrompu et policier sous égide houthie.

C’est la perspective de la chute de la monarchie saoudienne et des autres mafias rentières au pouvoir, de ce régime engagé dans une fuite en avant rénovatrice et, surtout, militaro-rentière, par Mohamed Ben Salmon et qui est en train d’entrer dans une crise décisive.

C’est la perspective de la chute du régime islamiste-chiite d’Iran contre lequel grèves, manifestations, mouvement des femmes, persistent à se lever.

Le soutien efficace aux Kurdes ne consiste pas à chanter les louanges du PKK-PYD et à couvrir sa recherche de nouveaux alliés impérialistes après avoir tu pudiquement son alliance avec le Pentagone. Ce soutien efficace passe par un mot d’ordre qui se fait entendre depuis Alger et Khartoum, qui a surgi à Istanbul aussi en 2013, qui est crié maintenant la nuit au Caire et à Suez et qui retentit à Bagdad : Le peuple veut la chute du régime, en arabe, en persan, en kurde, bientôt en turc !

En manière de conclusion.

La chute «du» régime, la chute des régimes : cette perspective révolutionnaire est celle qui doit ordonner toute solidarité sérieuse ne se payant pas de mots (ou de mythes). En face de cela, l’avenir immédiat promis par le capitalisme pétrolier et rentier, c’est la guerre. L’époque des «grandes» interventions américaines type «guerre du golfe» est révolue (elle a d’ailleurs engendré l’époque actuelle), mais la méthode «Obama» puis la méthode «Trump» sont tout autant celles des fauteurs de guerre, à ceci près que plusieurs autres puissances impérialistes et puissances régionales viennent combler les vides. Le régime iranien tout particulièrement, est conduit à exercer une tutelle sur l’Irak, la Syrie, le Liban, le Yémen, et, d’une certaine manière, le Qatar, tout en portant des coups réels au régime saoudien qu’il ne veut pourtant pas renverser car cela, ils le payeraient tous. Cette hypertrophie iranienne temporaire ne conduit à aucune stabilité, mais à l’effondrement. La seule issue démocratique et raisonnable est le renversement des régimes en place. Et si le moment présent est aussi sombre et meurtrier, la responsabilité en incombe avant tout aux forces politiques internationales qui ont décidé que mieux valait Bachar que le peuple syrien.

Ces enjeux concernent le mouvement ouvrier, les partisans de la démocratie et de la révolution dans le monde entier, et aussi la jeunesse mobilisée pour le climat dont la dégradation est causée par la combustion des hydrocarbures, fondement des pouvoirs capitalistes rentiers et tortionnaires de cette région du monde.

Tout particulièrement aux États-Unis. Chasser Trump et Pence et construire une alternative démocratique indépendante représentant la majorité de la population, construire un mouvement socialiste et démocratique de masse dans l’indépendance à l’égard de toutes les forces du capital, passe aussi par le combat pour une politique étrangère démocratique qui, définitivement, ne sera ni celle des Bush, ni celle de Trump, et qui rompe avec quelque camp géostratégique que ce soit. Ceux qui ont soutenu Bachar contre les peuples syrien et kurde sont alignés sur un camp capitaliste.

08-10-2019.

Notes :

(1) «Le capitalisme des États-Unis se heurte aux mêmes problèmes qui ont poussé l’Allemagne en 1914 sur le chemin de la guerre. Le monde est partagé ? Il faut refaire le partage. Pour l’Allemagne, il s’agit d’ « organiser » l’Europe. Les États-Unis doivent « organiser » le monde. L’histoire est en train de conduire l’humanité à l’éruption volcanique de l’impérialisme américain.» (Léon Trotsky, La guerre et la IVème Internationale, 1934).

Depuis que ces lignes furent écrites, l’impérialisme américain a «organisé» le monde. A présent, il n’y arrive plus et il le désorganise tout en se désorganisant lui-même : d’où notre expression de volcanique implosion de l’impérialisme américain !

 

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