Billet du samedi 23 mars 2019 à 0h00

Manif Climat du 16 mars 2019 – Détournement Gilets Jaunes d’une affiche de recrutement de l’Armée de Terre

Mediapart révèle que le garde du corps n° 1 (et bon copain) de Macron, un dénommé Christian Guédon, est un ancien du GIGN recruté par Benalla et dont il est prouvé qu’il est resté longtemps en contact avec lui bien après son éviction officielle. Cet individu est, en outre, expert en « effraction », en « infiltration », et en « techniques d’ouvertures discrètes de serrures de bâtiments et de véhicules ».

Dans la matinée, le général Bruno Le Ray, responsable de « Sentinelle » en Ile-de-France, déclare que (c’est pour lui une évidence) les soldats pourront ouvrir le feu sur la foule s’ils estiment que leurs vies ou celles de leurs protégés sont en danger.

Dans la soirée, Macron joue les grands seigneurs, appelle à se calmer et prétend que bien entendu, en France, l’armée n’est pas en charge du « maintien de l’ordre ».

Les interdictions de manifester concernent des dizaines de préfectures …

A peu près à la même heure, le général Lecointre, chef d’état-major des forces armées, nommé par Macron à l’été 2017, fait savoir discrètement (mais la nouvelle circule vite) que c’est par les médias qu’il a appris la décision d’utiliser l’armée samedi pour aider au « maintien de l’ordre » tout en ne faisant pas de « maintien de l’ordre » …

L’on parle beaucoup des palinodies de pitre de Donald Trump ou de celles de Theresa May confrontée à l’ingouvernabilité de l’impérialisme britannique en crise. Mais c’est bien sur le terrain militaire et policier que Macron est l’égal de l’une et de l’autre !

Chaque jour qui passe signifie que cet exécutif nuisible et dangereux doit être chassé.

23-03-2019.

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LA MESURE DE LEUR CRISE – Billet du 21 mars 2019, 23h59.

La plupart des commentaires politiques ne relient pas encore ce qui doit être relié, à savoir le développement rapide de la crise de régime cette semaine.

Premier moment : les manifestations du samedi – non seulement « le saccage des Champs Élysée » mais les manifestations de la jeunesse « pour le climat », c’est-à-dire contre le système social qui détruit nos milieux – remettent les pendules à l’heure. Macron, Philippe, Castaner et toute la bande n’ont pas « repris le dessus ».

Aussi incroyable que ceci puisse sembler, en tout cas d’après la presse réputée informée comme le Canard Enchaîné, ils l’avaient cru et Macron était parti skier, et Castaner faisait, comme on l’a su, la bringue …

 Il semble en effet étonnant que ces messieurs n’aient pas vu venir la reprise des manifestations parisiennes massives ce samedi avec leur tonalité d’affrontement avec l’appareil d’État. Cynisme et mise en scène ou véritable bêtise aveugle ? Quoi qu’il en soit, leur story-telling à partir de samedi soir est parti en vrille.

 Après des rumeurs de démission de Castaner, on apprend que celui-ci va pondre, à chaud et en une nuit, une « nouvelle doctrine du maintien de l’ordre ». C’est le second moment de la crise : lundi, Castaner pond, et on n’est pas déçus. Qu’est-ce qui a affaibli le « maintien de l’ordre » ce samedi ? Mais c’est la modération dans l’emploi du LBD ! Et que faut-il pour « maintenir l’ordre » ? Des équipes rapprochées façon cow-boys-BAC et des drones !

Le message à peine subliminal envoyé sciemment par l’exécutif est : « nous pouvons tuer, nous allons tuer« . Peut-être estiment-ils qu’il faut accoutumer au meurtre, après avoir accoutumé à l’énucléation, pour pouvoir continuer à aller cahin-caha, dernier exécutif d’un régime en quenouille, missionné pour casser la fonction publique, casser l’école, casser les retraites, casser tout court, et puis le déluge ?

Associé à ce message à peine subliminal, la purge à la préfecture de police de Paris. Le préfet Delpuech et sa Direction de l’ordre public sont purgés, c’est le mot, avec une violence rarement vue même sous la V° République. Ils sont accusés de … laxisme. Delpuech est remplacé par le préfet de Bordeaux, capitale des violences policières depuis des semaines, Lallement. Dans les bureaux de Beauvaux, Delpuech était surnommé Louis XIV mais Lallement arrive avec le surnom de l’ayatollah. Il est fait appel à l’ayatollah des violences policières bordelaises après que, selon le Canard Enchaîné, le Directeur général de la police, Eric Morvan, ait refusé le poste, ce qui n’est pas non plus ordinaire.

Ces éléments prononcés de crise dans l’appareil d’État renvoient officieusement à l’affaire Benalla. L’équipe préfectorale avait en effet, lors des auditions parlementaires,contribué, volontairement ou non, à placer peaux de bananes et contradictions sous les versions élyséennes successives concernant les frasques de celui qui était promis à commander la garde prétorienne de Macron 1°.

Du second moment de la crise, on passe vite au troisième moment. Ou plus exactement, entre le lundi et le mercredi, il y a eu le mardi, avec, se saisissant de la journée d’action lancée par les directions de la CGT et de FO et répercutée dans leur secteur par les syndicats de la FSU, la claire poussée vers la grève unie dans l’enseignement public. Blanquer, le beau ministre techno qui n’était pas grillé, est en voie de l’être. Qu’à cela ne tienne, mercredi, donc, Castaner en rajoute une : il sera fait appel à l’armée, dans le cadre de « Sentinelle » c’est-à-dire de l’ « anti-terrorisme », dès samedi prochain.

Il fallait entendre le discours de ce jeudi matin, où Castaner, réceptionnant Lallement, a annoncé que l’armée aiderait au « maintien de l’ordre », étant entendu que sa mission n’est pas « le maintien de l’ordre ». Comment l’armée va-t-elle concourir à une mission qu’elle n’a pas à accomplir ? Mystère. Tout est possible, en somme …

Officieusement, il est d’ailleurs notoire que ce complément du mercredi, apporté à la prétendue « nouvelle doctrine » du lundi, l’a été sous la pression d’Alliance, qui n’est pas un « syndicat », mais une officine policière au rôle central dans l’appareil du ministère de l’intérieur, truffée d’éléments liés à l’ultra-droite, l’extrême-droite et la droite dure. A noter que la mesure a été communiquée par Macron en personne en conseil des ministres. Macron et Alliance …

Quatrième moment de la crise dans cette intéressante semaine (qui n’est pas finie) : le Sénat demande une enquête judiciaire, dans le cadre, justement, de l’affaire Benalla, non seulement sur les faux témoignages des sieurs Benalla et Crase, mais sur ceux des trois mousquetaires de l’Élysée (on serait tenté de les appeler « les pieds nickelés », mais ce serait manquer de respect à cette vielle bédé bien plus proche de l’esprit gilet jaune !) : Alexis Kohler, Patrick Stroszda et Lionel Lavergne. La garde rapprochée de Macron, encore et toujours, la camarilla.

Or, sous-titres et rumeurs en étaient sûrs jusqu’à jeudi : Gérard Larcher, le président du Sénat, aurait réussi à calmer sa « base » et avait garanti à l’Élysée que le renvoi à l’institution judiciaire serait limité à Benalla et Crase, parce que pour ceux deux là, c’était vraiment impossible de faire autrement – et attendu que le Sénat ne dit mot des opérations tchadiennes de Benalla, qui mettraient en cause à nouveau Macron et les campagnes de bombardements et de contre-guérilla menées au Tibesti, le tout devant rester sujet tabou …

Que s’est-il passé pour que Larcher ne calme pas ses sénateurs, et en particulier pas le dirigeant LR du Sénat, Bruno Retailleau, l’auteur de la loi scélérate anti-« casseurs » ?

Il est tout à fait vraisemblable que nous avons là une conséquence directe des gesticulations de Castaner et de la purge à la préfecture de Paris. Le message est : « Macron, on ne peut pas te remplacer pour l’instant mais décidément, tu est un mauvais Bonaparte qui casse la vaisselle, ça suffit ! « .

Du coup, le Sénat apparaît à bon compte comme le dernier îlot de parlementarisme dans ce régime en décomposition !

D’où le quatrième et joyeux moment de la crise, ce jeudi après-midi Édouard Philippe … boycotte le Sénat, là encore du jamais vu sous la Cinquième (ainsi d’ailleurs que sous la Quatrième et sous la Troisième ! )!!!

Résumons : l’exécutif n’est pas renforcé, et ses initiatives achèvent de déstabiliser le régime, ce que le Sénat lui signifie, non dans l’intérêt du droit, mais au nom de la V° République, lui criant « casse-cou ».

Que ce soit ce samedi ou un peu plus tard dans la poussée vers la grève unie de l’enseignement public et la levée en masse possible de la jeunesse, ce nouvel accoup de la crise au sommet va se traduire dans le mouvement d’en bas.

Macron dégage ! A bas la V° République ! Grève générale ! 

 21-03-2019 à 23h59.

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16 mars au soir : où en sommes-nous en France ?

2019-03-16 Paris – Manif climat : une ambiance plus calme que sur les Champs Elysées mais un objectif commun.

Les pendules à l’heure.

Les manifestations de ces 15 et 16 mars 2019 ont un mérite : avoir remis les compteurs à zéro, ou plus exactement avoir remis les points sur les i. Le « grand débat » (ni grand, ni un débat) n’y a rien changé, la perte de légitimité de l’exécutif de la V° République est entière, et les forces sociales d’en bas sont en mouvement, plus ou moins rapidement, plus ou moins lentement, mais en mouvement.

Il était parfaitement prévisible et prévu que le mouvement des gilets jaunes, qui s’était conforté dans l’idée qu’avec la fin officielle du « grand débat » il allait en force se rappeler au bon souvenir des gouvernants ce samedi 16 mars, reproduirait à cette occasion les formes qui avaient fait sa force explosive, parce que ce sont les formes de l’insurrection populaire démocratique, en décembre dernier : la concentration sur Paris et ses beaux quartiers, vers l’Élysée.

Le pouvoir exécutif a, une fois de plus, délibérément favorisé et recherché la violence, en concentrant l’essentiel des forces armées de l’appareil d’État sur la protection de l’Élysée évacué par le président (au dire par exemple de l’UNSA-Police), de façon à ce que les médias mettent en évidence les dégradations sur les Champs, cela non pas en laissant agir « les casseurs » comme le déplorent les « syndicats » policiers, mais en violentant à nouveau les manifestants, la population. Macron était parti ostensiblement au ski et est revenu tout aussi ostensiblement. Ces gesticulations tournent à vide : les scènes de violence ne renforcent pas l’image du pouvoir et l’incendie du Fouquet’s peut difficilement passer pour « la profanation d’un symbole républicain ».

Certes, c’était là une répétition, un rappel, rien de plus, mais rien de moins, indiquant que la lame de fond, en gilet jaune ou non, est là et va encore se déployer.

Important est à cet égard le fait que les gilets jaunes n’étaient pas isolés, et que le mouvement mondial dans la jeunesse pour que la crise climatique soit enfin prise à bras le corps, une exigence qui menace l’ordre capitaliste dont le taux général de profit reste addict aux hydrocarbures, s’est développé simultanément, avec la seconde vague de grèves lycéennes de masse dans le pays depuis celle de décembre et les larges manifestations de ce samedi.

Il résulte donc de la « mise au point » opérée par ces deux journées de vendredi et de samedi, que la crise n’est en rien réglée et que la cassure que le président Macron et le régime de la V° République ont subie n’est pas réparée. Nul besoin ici de s’appesantir sur le « grand débat » !

Le régime de la V° République, animal blessé.

Mais en même temps, l’exécutif et le régime ont tenu. Dans quel type de régime sommes-nous exactement ?

Avant la crise pré-révolutionnaire de novembre-décembre-janvier, Macron avait entrepris de restaurer la V° République dans tout son autoritarisme, par la mise en œuvre de réformes antisociales violentes visant à faire « drastiquement », comme disent les journalistes, baisser le niveau de vie réel des plus larges masses – ce qui a commencé à se produire.

Plus qu’une restauration, c’était même un achèvement de la construction bonapartiste de la V° République, qui était engagé. Ce régime en effet, était resté à mi-chemin dès ses origines, ce qui permet aux constitutionnalistes de le qualifier pompeusement de « régime semi-présidentiel ». A la différence du Premier et du Second Empires, il ne s’est pas formé par des guerres de conquête, mais dans la guerre coloniale perdue d’Algérie, c’est-à-dire en assurant la préservation de l’impérialisme français face à la première révolution algérienne.

Taillé pour le général De Gaulle, il a conduit à la grève générale de mai 68. Resté plusieurs décennies dans une situation intermédiaire, où un parlement sans pouvoir législatif réel était néanmoins nécessaire à la légitimité présidentielle, ce que le quinquennat, avec le calendrier électoral présidentielles-législatives, devait pérenniser, il s’avérait trop fragile pour mener à son terme l’offensive capitaliste engagée depuis des années contre l’ensemble des acquis sociaux et démocratiques.

Macron prétendait donc le parachever, comme Sarkozy avant lui, et comme Hollande et Valls après le crime de masse du Bataclan. Un jeune roi de France, avec une garde prétorienne menée par son pote Benalla, et une assemblée de larbins en mode start up, avec une révision constitutionnelle à la clef annulant le caractère de couverture de l’exécutif qui était encore celui du parlement, pour en faire une chambre d’applaudissements à la façon du Premier et du Second Empires. Comme on le sait, c’est précisément l’affaire Benalla qui a produit le report de cette révision constitutionnelle, que Macron, Castaner and co envisagent de refourguer au nom du « grand débat ».

Car ils n’ont pas le choix. Leur seule raison d’être est la poursuite des « réformes » voulues par le capital financier. Or ils sont politiquement cassés. Plus jamais Macron ne sera le jeune roi de France pour lequel on a voulu le faire passer et pour lequel, sans doute, il s’était pris. Comme il n’y a pas, pour l’heure, d’alternative du point de vue du capital financier, il lui reste à passer du statut de jeune roi à celui de vieux patriarche autoritaire, en faisant oublier le moment où il fuyait devant la population un soir de décembre au Puy-en-Velay, tel Louis XVI reconnu à Varennes. Voila qui est loin d’aller de soi.

Donc l’exécutif prépare la mise en œuvre des « réformes » déjà programmées, contre les retraites, par ordonnances sur le système de santé, et en tout premier lieu les lois Blanquer et Dussopt, la première s’attaquant aux libertés démocratiques des personnels de l’enseignement public ainsi qu’à son caractère national, la seconde s’attaquant au statut de tous les fonctionnaires, en généralisant la contractualisation, ainsi que, pour ce faire, aux attributions des commissions administratives paritaires où siègent les représentants syndicaux. Telles sont les lois les plus urgentes du point de vue de ce pouvoir, avant même la contre-réforme contre les retraites annoncée de très longue date. Il est essentiel de comprendre que leur urgence tient à ce qu »elles touchent aux libertés publiques, en détruisant fonction publique, services publics, école publique, en tant qu’institution dont les règlements et statuts avaient intégré des conquêtes sociales égalitaires.

Du coup, ces deux lois scélérates que sont les lois Blanquer et Dussopt sont en cohérence profonde avec la loi « anti-casseurs », ou plutôt anti-gilets jaunes, qui permet aux préfets d’interdire à tel ou tel individu, arbitrairement, d’exprimer son opinion en manifestant.

Le fait que l’auteur de cette dernière loi scélérate soit le dirigeant LR Bruno Retailleau a son importance. La peur sociale a agrégé au pouvoir macronien une partie de la vieille camarilla néo-gaulliste de LR, avec les ralliements « spectaculaires » de M.M. Juppé (dont la nomination au Conseil constitutionnel n’a pas d’autre signification) et Raffarin.

L’adoption, dans la loi Blanquer, du ridicule amendement Ciotti sur la Marseillaise et le drapeau dans les salles de classe, venant renforcer l’article 1 sur un prétendu « devoir d’exemplarité » des enseignants, a le même sens. Il s’agit de reconstituer le bloc présidentiel non plus en prétendu parti du mouvement, mais en parti de l’ordre social menacé, uni par la haine sociale contre les gueux.

Les gueux, justement, frappés, énucléés, massivement … et Macron qui ose dire qu’il est « inadmissible dans un État de droit » de parler de « violences policières » !

Le niveau de violence d’État en France n’a jamais été tel depuis la première révolution algérienne, celle contre laquelle est né ce régime, qui l’appelle « guerre d’Algérie ». Le négationnisme officiel sur la violence vaut permis de frapper, de même que le silence sur les morts, dont au moins une, Mme Zineb Redouane, a été clairement tuée par des tirs policiers (à sa fenêtre). Le procureur de Paris assume d’ordonner la garde à vue illégale de tout gilet jaune appréhendé, de même que les arrestations préventives. Symbolique est la polémique entre l’ancien ministre chiraquien, « défenseur des droits », Jacques Toubon, et le ministre Castaner, qui fait de M. Toubon un défenseur de l’État de droit contre l’illibéralisme violent de ce pouvoir.

Il faut le dire : la France est clairement sortie de l’État de droit. Cette tendance à la « sortie du droit » (du droit bourgeois avec toutes ses limites, mais aussi ses garanties) a été récurrente sous la V° République. Elle est à présent ce qui reste de la tentative d’achèvement du bonapartisme par Macron. L’accumulation de lois, mais aussi le non respect assumé des lois par président, ministres, certains procureurs et certains commissaires, dessinent en France une situation où il ne tient qu’au rapport de force social, dans les entreprises et dans la rue, de tenir en respect la dérive vers une situation à la Orban ou à la Erdogan.

Nous avons donc affaire à un régime bonapartiste affaibli, qui, tel une bête blessée, est d’autant plus dangereux.

 Montée dans l’enseignement public et dans la jeunesse.

Dans cette situation, l’étape suivante est constituée par la journée d’action de mardi 19 mars, appelée par la CGT, la CGT-FO, la FSU et Solidaires. Ce n’est rien de plus qu’une journée d’action, une fois de plus, appelée longuement à l’avance sans tenir compte du rythme réel des mobilisations. Mais il est clair, dans le secteur de l’enseignement public, qu’elle va être importante – premier appel « interpro » à être suivi massivement dans ce secteur depuis des années. Car, que ce soit dans les écoles, chez les profs, chez les lycéens, et dans les facs, il y a montée vers l’affrontement dans ce secteur, qui, faisant écho à la crise pré-révolutionnaire de novembre-janvier, et découvrant l’ampleur des attaques – « réforme du lycée », suppressions de postes, cartes scolaires, loi Blanquer et loi Dussopt – est à nouveau entré en mouvement, pour la première fois à cette échelle (même si ce n’est pas encore à ce niveau) depuis 2003, et après plusieurs années de reflux.

Voila qui confère à nouveau une responsabilité particulière à la FSU qui, pour l’heure, en même temps que ses syndicats, sections et militants animent un nombre croissant de lutte locales, appelle à des manifestations le samedi 30 mars. La question qui va se poser est celle de manifester centralement aux ministères, de l’Éducation nationale et de l’ « Action et des Comptes publics » (rappelons qu’il n’y a plus de ministère de la Fonction publique dans l’exécutif Macron, mais un secrétariat d’État), de généraliser et de centraliser ces affrontements locaux en train de se multiplier, car tous ont le même contenu : le retrait des lois Blanquer, Dussopt et de la réforme du lycée. Ce qui ne signifie rien d’autre qu’infliger une nouvelle défaite à l’exécutif, sur la voie de son renversement.

Un mot sur les élections européennes.

Dans ce contexte, la préparation des élections européennes apparaît comme un théâtre d’ombres, totalement déconnectées des préoccupations et des mouvements réels.

En l’état actuel, ce scrutin ne peut que servir Macron. Non pas qu’il parvienne à nouveau à passer pour l’anti-Orban et l’anti-Poutine, ce qu’il n’est pas, mais qu’il faisait croire plus facilement avant ces derniers mois. Mais la décomposition de la gauche, des partis issus du mouvement ouvrier, décomposition qui concerne aussi la FI qui avait voulu passer pour la solution « populiste », ainsi que le caractère même de ce scrutin, consistant à élire une assemblée bidon préposée à la figuration, font que, toutes choses égales par ailleurs, le parti de l’ordre autour de Macron, d’une part, et le RN (flanqué des divers « souverainistes »), d’autre part, ont la voie libre pour former deux blocs électoraux équilibrés, le RN et les « souverainistes » étant les faire-valoir de Macron (et LR étant étrillé entre les deux). Le tout sur fond d’abstention massive.

La bataille politique de l’heure n’est pas celle-là.

Même sur les questions européennes, la bataille politique de l’heure n’est pas la préparation de ce scrutin, mais l’action de solidarité active avec la seconde révolution algérienne qui a commencé – et qui va impacter la crise de régime en France, c’est obligatoire ! -, le soutien aux prisonniers politiques catalans de la monarchie espagnole, la défense du droit d’asile pour tous les migrants arrivant par la Méditerranée, et la prise en compte (nous y reviendrons) de l’impasse politique totale et combinée de l’UE et du Royaume-Uni.

La bataille politique de l’heure est dans la lutte pour la rupture de tout « dialogue social » des syndicats avec le pouvoir, et la centralisation des luttes sociales qui, à leur rythme, sont dans un processus de montée.

Car c’est bien là une bataille politique, et c’est dans cette bataille, visant à dégager Macron, le régime de la V° République et à imposer la démocratie à tous les niveaux, que peut et doit se construire la force politique représentant le prolétariat et la majorité.

16-03-2019.

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Révolution algérienne, première victoire : ce lundi 11 mars, Bouteflika a renoncé : qu’il dégage !

الشعب يريد سقوط النظام
Ach-chaab yourid isqât al-nizâm 
Le peuple veut la chute du régime

Révolution algérienne, première victoire : ce lundi 11 mars, Bouteflika a renoncé : qu’il dégage !

Ce sont la généralisation des manifestations et la grève générale qui l’ont imposé. Puissance de la grève générale !

Les manœuvres du régime se poursuivent : ils veulent toujours organiser des élections présidentielles, mais … dans un an. Et en attendant Bouteflika resterait président en titre et on aurait le coup de la « conférence nationale » avec des représentants non élus. Pour les Algériens, ça ne va pas se passer comme ça :

  •  Démantèlement et jugement de la Sécurité militaire et de l’appareil mafieux au pouvoir !

  •  Que partout se forment des comités prenant en charge les besoins immédiats et l’administration, c’est ainsi qu’une assemblée constituante réellement souveraine peut être élue.

  •  QU’ILS DÉGAGENT TOUS !

Le combat continue et va donc affronter de nouveaux obstacles. Mais d’ores et déjà, les leçons et les fruits sont très riches.

Première leçon, premier fruit : la grève générale peut faire démissionner le président !  Cela, c’est valable pour la France. A bons entendeurs …

Autre leçon : le même jour où Bouteflika renonce, le slogan des révolutions, « le peuple veut la chute du régime« , retentit à Alger comme à … Deraa. Oui, Deraa, la ville martyre de la révolution syrienne, reconquise par le régime de Bachar après avoir été bombardée par Poutine, s’est soulevée aujourd’hui : contre l’humiliation suprême d’une statue géante d’Afez el Assad, le père de Bachar ! Deraa est dans la rue, celles et ceux qui n’ont rien à perdre défient les tortionnaires et leur crachent à la figure que la révolution syrienne est vivante !

Deraa, Alger, Khartoum, la voila la révolution : c’est aussi un soufflet pour tous les tenants de l’ordre établi qui ne veulent surtout pas qu’un « printemps arabe », un printemps démocratique, un printemps prolétarien, se produise aussi en Algérie.

C’est trop tard, messieurs les policiers, messieurs les petits idéologues, la vielle taupe vient, une fois de plus, de saper le sol sous vos pieds !

Vive la révolution algérienne ! Deraa, Alger, Khartoum, et Paris : « Le peuple veut la chute du régime ». La démocratie, c’est la destruction de l’État du capital !

11-03-2019

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Campagne Bernie 2020 – Le débat au sein des DSA

Présentation par la rédaction d’APLS

Les deux textes que nous reproduisons ci-dessous en PDF (voir en fin de texte), répondent de manières opposées à la question : les Democratic Socialists of America (DSA) doivent-ils soutenir la candidature Sanders – c’est-à-dire, plus précisément, la candidature Sanders à son investiture par le Parti démocrate des États-Unis ?

Rappelons que les DSA sont issus du vieux Parti socialiste américain, et que, après bien des années dans une certaine marginalité, ils sont « sortis du bois » en soutenant la précédente candidature du « seul sénateur socialiste américain », Bernie Sanders, sénateur du Vermont, à l’investiture démocrate en 2016, et en fournissant les premières équipes militantes de cette bataille. Le succès imprévu de sa candidature, puis la volonté de combat contre la présidence ultra-réactionnaire de Donald Trump, ont en l’espace de deux ans et demi fait passer le nombre de membres des DSA de 5000 à 50 000, faisant de cette organisation la principale (mais pas la seule) des forces politiques nouvelles, à gauche, dans l’échiquier étatsunien.

Les adhésions nouvelles sont venues de syndicalistes, et, beaucoup plus massivement, de jeunes et très jeunes, dont une proportion majoritaire de femmes, et beaucoup de noirs et de latinos. Cela a produit une poussée à gauche qui s’est traduite par la décision des DSA, dont l’emblème ressemble au « poing et la rose » des PS français et portugais des années 1970, à quitter l’Internationale dite socialiste et à condamner les politiques des PS au pouvoir en Europe. Les deux sénatrices « phares » de la nouvelle gauche du Parti démocrate, Alexandra Ocasio-Cortez et Rachida Taib, sont issues des DSA mais, justement, leurs liens avec eux se sont distendus depuis leurs élections lors du renouvellement du Congrès US l’automne dernier.

Lors de ce scrutin ainsi que dans de nombreux scrutins locaux, les DSA ont soutenu dans certains endroits des candidats, et surtout des candidates, à l’investiture démocrate, et dans d’autres localités ont présenté leurs candidats directement, de manière indépendante. Les militants des DSA sont en première ligne dans les grèves de masse des institutrices et instituteurs qui balayent les States depuis un an et demi, remportent des victoires partielles (salaires, défense de l’école publique, embauche d’infirmières), et mobilisent largement la population des quartiers les plus pauvres, de Charleston à Los Angeles. DSA était aussi présente, comme telle, dans les affrontements physiques avec l’extrême-droite trumpiste à Charlotteville à l’été 2017, aux côtés de Black Lives Matter, des IWW et de Socialist Alternative.

L’annonce officielle de sa candidature à la présidence des États-Unis, via l’investiture par les primaires démocrates, faite par Bernie Sanders le 19 février dernier, suivie d’un meeting massif à Brooklyn, a suscité l’entrée des DSA dans un grand débat véritable et démocratique, motivé par un grand espoir. Les 50 000 adhérents sont invités à trancher si oui ou non, au terme de ce débat, les DSA doivent soutenir cette fois-ci cette candidature, qui n’est pas l’émanation indirecte de leur propre parti, alors bien plus petit, comme en 2016, mais qui apparaît d’emblée comme un phénomène de masse susceptible de gagner, au niveau du Parti démocrate et au niveau du pays. Avant de se prononcer plus avant, il nous faut saluer le caractère fraternel et démocratique qui semble être celui de ce débat tel que l’on peut en juger d’après les sites et pages Facebook des DSA, et espérer qu’il se poursuive jusqu’au bout sans pressions affirmant que l’on n’aurait pas le choix.

Ces deux textes sont ceux du lancement initial de ce débat, à la fois interne et public. En « pour », Ella Mahony, en « contre », Dan La Botz. Ella Mahony est une jeune militante new-yorkaise ayant rejoint les DSA en 2016 et travaillant avec la revue Jacobin. Dan La Botz n’est pas un inconnu pour les lecteurs fidèles de notre site. Militant lui aussi new-yorkais, il œuvre depuis des années, avec une efficacité certaine, à la formation et à l’information des militants syndicalistes américains, il est l’un des animateurs de la revue New Politics.

En lisant la contribution d’Ella Mahony, nous ne pouvons nous empêcher d’être frappés par le contraste entre le tableau sombre qu’elle trace de la situation, mondiale et nord-américaine, et l’immense espoir mis dans la possible élection de Bernie Sanders à la Maison Blanche. De sorte que l’on a un peu une impression de « quitte ou double ». Nul doute que ceci ne traduise sincèrement les sentiments de très larges couches de la jeunesse nord-américaine. Cependant, à voir répéter que la tendance dominante est à droite, voire à l’extrême-droite, on se demande d’où est venu ce miracle soudain que fut la candidature Sanders de 2016, suivie, dans l’échelle de valeur des événements dessinée ici, des grandes grèves des écoles publiques parcourant le pays d’Est en Ouest. Cela semble avoir été, pour Ella Mahony, une sorte de sursaut salutaire qui, maintenant, peut gagner. Mais s’il ne gagne pas ? (s’il gagne et déçoit ? – une éventualité qu’elle ne veut manifestement pas aborder). Alors un second mandat de Trump serait une défaite profonde et durable, écrit-elle.

La contribution de Dan La Botz semble donc, aux militants révolutionnaires que nous sommes, beaucoup plus réaliste, même si elle aussi aboutit à assez peu de perspectives, et même moins, puisque la victoire de Sanders est, chez lui, beaucoup moins nettement envisagée – il aborde plutôt le fait qu’il pourrait se voir à nouveau barré au plan des primaires démocrates, un aspect que ne traite absolument pas Ella Mahony. En conclusion, Dan préconise de continuer une large construction des DSA à la base, dans les luttes de classes, les luttes féministes et les luttes pour les droits (il dépeint comment les luttes de classes avec le New Deal, les luttes pour les droits civiques dans les années soixante, les luttes féministes des années 70, ont été successivement absorbées et gelées, justement, par le Parti démocrate, instrument clef de la domination de classe du capital). Mais du coup, la question du pouvoir aux États-Unis demeure un horizon lointain, dans le meilleur des cas « pour la prochaine fois ». Une jeune révoltée peut-elle s’en contenter ? Poser la question souffle la réponse … (et d’ailleurs Dan la connaît puisqu’il admet par avance que l’on puisse faire campagne pour Sanders le démocrate progressiste, mais veut avant tout préserver l’indépendance politique des DSA).

Il nous semble qu’il faut pousser le débat plus à fond en intégrant la situation d’ores et déjà inédite que connaissent les États-Unis au plan politique et institutionnel.

Sanders d’une part, Trump d’autre part, ont été le résultat de l’usure profonde du système politique et constitutionnel pendant les années de crise financière, et du fait du coût élevé, contre-productif pour l’impérialisme nord-américain, de la domination mondiale réaffirmée suite aux crimes de masse du 11 septembre 2001 sous Bush. L’élection de Trump n’était pas prévue, à commencer pour Trump et sa bande eux-mêmes.

Le démarrage en fanfare de la campagne Sanders, qui, bien qu’il s’agisse en fait en l’état actuel d’une candidature à l’investiture démocrate, est menée « comme si » c’était une campagne gagnante directe pour la présidence, prend en compte une donnée de la situation politique curieusement absente tant de la contribution de Ella Mahony que de celle de Dan La Botz. Mais au fond, ce n’est pas si curieux. Nos camarades n’ont pas l’habitude de raisonner en fonction de batailles proches ayant pour enjeu le pouvoir. On peut les comprendre. On est aux États-Unis …

Il n’empêche que c’est bien la crise du sommet de l’État qui motive probablement le choix et le démarrage en fanfare de Sanders, car le spectre de la démission ou du blocage institutionnel total hante Washington.

Robert Mueller serait prêt à déposer ses conclusions. Et ses conclusions nous les connaissons, même s’il ne dépose pas tout, s’il attend, s’il fait pression, s’il ruse : Trump est lié aux services russes (pour des raisons nullement politiques et entièrement affairistes et mafieuses) depuis belle lurette. Il y a là de quoi le renverser, mais ils n’osent pas par peur pour l’État. Or une démission à l’amiable est peu probable, comme l’ont signifié les propos de Michael Cohen, ex-avocat de Trump devant la commission du Congrès : « Le fait est qu’informé par mon expérience d’avoir travaillé pour M. Trump, je crains que s’il perdait les élections en 2020, il ne pourrait y avoir de transition pacifique du pouvoir, et c’est pourquoi j’ai accepté de comparaître devant vous aujourd’hui. ». En fait ces propos ne concernent pas que l’hypothèse 2020, ils valent pour maintenant. Ils signifient que Trump joue au poker menteur avec son État et peut gagner et ainsi tenir et même imposer sa candidature. Le Washington Post du 3 mars a titré sur un important article, ceci : En Amérique, on parle d’une chose dont on n’avait pas parlé depuis 150 ans : la guerre civile. Soit dans très peu de temps si la pression pour faire démissionner Trump arrive sous son nez et qu’il joue le maître chanteur, soit en 2020 s’il est candidat de ce qui reste du Grand Old Party et qu’il perd et ne reconnaît pas sa défaite, comme l’annonce explicitement son ancien très proche avocat.

Dans cette situation de crise à la fois latente et extrême, la candidature Sanders peut, en effet, gagner, et c’est la raison pour laquelle Sanders et ses équipes l’ont cette fois-ci conçue non comme une opération de progressistes socialisants investissant les primaires démocrates, mais comme un positionnement en tant que seule force apte à sauver le capitalisme nord-américain par un toilettage radical et un programme de réforme conséquent, mais demeurant, en principe, dans le cadre du système. Ce n’est donc pas une candidature de même nature qu’en 2016 : elle n’est pas l’expression de l’explosion du système à travers l’explosion du cœur politique de ce système qu’ont été les précédentes primaires, elle est l’expression du fait que cette explosion a eu lieu, et sur cette base elle consiste en un deal, un new deal, proposé au capital, pour se redonner un bail.

Ce qui ne met d’ailleurs pas en cause la sincérité réformiste de Bernie Sanders (précisons au passage que, vu son âge, les conditions sont réunies pour qu’Alexandra Ocasio-Cortez, qui semble avoir été un élément moteur de ces derniers développements, le supplée victorieusement si besoin).

On le voit, cette analyse froide penche plutôt pour la conception de Dan La Botz, mais elle en diffère parce qu’elle ne reprend pas simplement ce que l’on sait déjà – que le Parti démocrate est une institution du capital – mais prend en compte la crise de l’État, de l’exécutif, de la constitution, et du système de domination impérialiste. Mais, surtout cette analyse conduit à des perspectives d’action, et pas seulement au seul patient travail d’organisation à la base pendant que les jeunes vont faire leur tour chez Sanders le démocrate (en espérant qu’ils en reviennent).

Ce qu’il y a plus préoccupant à la lecture des deux contributions de nos camarades américains, est que l’une comme l’autre retardent énormément par rapport au Washington Post, par rapport à Michael Cohen, par rapport au rapporteur de la commission du Congrès Cummings, et même par rapport aux fourriers de guerre civile de la droite suprématiste blanche : les cercles du capital parlent de guerre civile après une implosion du système constitutionnel qui s’est produite, ou qui a largement commencé, lors des présidentielles de 2016, et pendant ce temps nos camarades soit parlent d’une victoire réformiste qui ferait à nouveau rêver soit de continuer, somme toute, comme avant. Un petit tour dans le rêve ou la continuation de la vieille patience militante ? Mais ce n’est pas cela le sujet. Le sujet c’est que la première puissance capitaliste mondiale est à bout de souffle et que sa classe dominante ne sait plus comment gérer ses propres contradictions.

En France, nous venons de vivre une expérience importante qui a de la valeur pour nos camarades américains. Depuis juin dernier le pouvoir exécutif français est en proie à des scandales et des phénomènes mafieux qui présentent des ressemblances avec ce que connaissent les États-Unis, y compris par les connexions « russes » de la bande à Benalla, que Macron voulait faire chef de sa garde prétorienne, peut-être chef de la police et des armées si tout n’avait pas explosé. Mais pendant des mois et des mois cette crise au sommet se déroulait en vase clos, largement médiatisée, et nous étions parmi les très rares à dire que « Macron dehors » allait forcément, depuis cette crise au sommet, devenir le thème d’un mouvement de masse à contenu social. C’est arrivé, nous sommes maintenant dans la phase suivante, la lutte continue. Alors, toutes choses égales par ailleurs, est-ce que « Dehors Trump » n’est pas un mot d’ordre répondant à un besoin social et démocratique de masse aux États-Unis, suggéré pour les plus larges masses par le spectacle de la crise au sommet ?

« Dehors Trump », c’est pour tout de suite. Et cela ne veut pas dire « Mike Pence président à sa place ». De fait, comme cela est sous-entendu dans ce qui se dit autour de la déposition de Michael Cohen, comme cela était apparu déjà largement avec les tentatives de coups d’État de Trump sur les troupes en Syrie, sur le «Mur » contre les latino(et indiens)-américains, sur le Shutdown, la crise constitutionnelle est là, ici et maintenant. Il manque la réponse sociale et démocratique, celle d’en bas. En mettant « Dehors Trump » au premier plan, on peut discuter des élections anticipées qui seraient nécessaires, pourquoi pas même d’un congrès constituant, et dans ce cadre, pourquoi pas aussi, intégrer le fait que l’aspiration à avoir un président Sanders sous contrôle démocratique des masses, donc indépendant du Parti démocrate, est une aspiration légitime. Ce faisant, sans s’opposer frontalement à sa candidature, sans non plus s’y opposer de manière résignée comme paraît l’accepter Dan (« laissez-les faire »), on s’oppose en fait au deal qu’il propose au capital.

C’est pourquoi, en dehors de l’alternative de soutenir tout de suite la campagne de Sanders pour les primaires démocrates ou pas, une autre alternative politique semble possible, que nous situons pour notre part sur la base d’une orientation prolétarienne posant la question du pouvoir et appelant à chasser Trump, à savoir une approche positive de sa candidature, mais en posant la question : « Bernie si tu veux vraiment gagner, Bernie si tu veux vraiment que ça monte d’en bas comme tu le dis si bien, et pas que ça descende d’en haut, alors Bernie, soit candidat directement, ne fait pas dépendre ta candidature, et le reste avec, du Parti démocrate, parce que le Parti démocrate, c’est le Big Business ! »

(sous réserve de plus amples informations, cette suggestion semble d’ailleurs assez proche de la position adoptée par Socialist Alternative à l’annonce de la candidature Sanders :https://www.socialistalternative.org/2019/02/20/lets-use-bernies-2020-campaign-to-launch-a-mass-working-class-fightback/)

Le 10-03-2019.

Accéder à notre traduction des textes d’Ella Mahony et de Dan La Botz, format PDF

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Algérie Révolution

Des millions et des millions de manifestantes et de manifestants, dans toute l’Algérie, la jeunesse, les anciens, les femmes en première ligne, partout, occupant les balcons des immeubles, et un seul cri : « Bouteflika dégage » ; « le régime dégage ». De manière répétée. (1)

Ceci s’appelle la révolution.

C’est à la fois la continuité des combats de la nation algérienne depuis la révolution qui l’a constituée comme telle, contre le colonialisme français, et le renouveau à l’aune des grands rassemblements populaires au grand jour, défiant l’ombre et la hogra des officines policières, tels que ceux des « révolutions arabes » des années 2011-2013.

(1) 15 millions. Tel serait le chiffre des manifestants algériens hier 8 mars. Sur près de 43 millions d’habitants, de tels chiffres signifie la reprise des « révolutions arabes » au point atteint par les manifestations égyptiennes contre les islamistes, confisquées par le coup d’État militaire d’al Sissi, à l’été 2013 !

 Le rythme algérien de la lutte des classes.

Constituée comme nation par la guerre d’indépendance mieux appelée la première révolution algérienne, l’Algérie, culturellement berbère, arabe et francophone, a sa temporalité propre.

Lorsque la Tunisie sa petite voisine se soulève dans l’unité contre Ben Ali début 2011, la jeunesse entre en mouvement dans l’Est algérien, mais les choses semblent en rester là, répression aidant bien entendu. C’est que l’Algérie a déjà derrière elle la dure expérience du soulèvement généralisé de la jeunesse à la fin des années 1980, et de son dévoiement par l’islamisme d’abord, par la sale guerre des généraux et de la Sécurité militaire ensuite.

L’Algérie sait que liberté et démocratie, indispensables à son existence comme nation, exigent que soit détruit le régime de la mafia militaire et rentière et que soient écartés ses « ennemis » complémentaires les islamistes.

Mais du fait de ce rythme propre par rapport au Machrek et même encore par rapport à la Tunisie, l’Algérie sonne aujourd’hui le retour de la jeunesse, des femmes et du prolétariat – souvent, ce sont les mêmes ! – au premier plan de la scène de l’histoire pour l’ensemble des pays arabophones, à l’encontre de la restauration sanguinaire et contre-révolutionnaire des Bachar el Assad et des Al Sissi.

En particulier, l’ouverture de la révolution en Algérie résonne avec son ouverture au Soudan, où des dizaines de milliers de manifestants défient le régime d’el Béchir et ses miliciens équipés par Poutine.

 « Bouteflika dégage » et ce que ça implique.

La cause de ce qui est salué comme un « réveil », mais qui était à l’évidence latent dans l’humiliation et l’impatience de tout un peuple, et qui est désormais plus qu’un réveil, car c’est la remise en marche de l’histoire, est, comme on le sait, l’incroyable prétention de la mafia militaro-rentière d’organiser des « élections présidentielles » pour assurer un cinquième mandat à un président zombie, dont on ne sait trop depuis combien d’années il n’a pas parlé lui-même en public.

Cette effarante et scandaleuse parodie est le symbole, pas seulement algérien mais mondial, des régimes corrompus et vermoulus que leurs propres contradictions internes paralysent au sens propre comme au sens figuré. En clair, ils se déchirent sur qui doit sauter pour que les autres ne sautent pas et gèlent la situation en attendant :

« D’un côté, l’entourage d’un président à bout de souffle et invisible, soutenu par le président du patronat Ali Haddad et d’autres affairistes et appuyés par les généraux Gaid Salah et Bachir Tartag dit « La chignole », respectivement chef d’état-major et chef de la police secrète. De l’autre, une nébuleuse autour d’un des trous noirs du régime, l’ex-indéboulonnable général « Toufik » Médiene, chef de la police politique – et donc avec ses collègues janviéristes des escadrons de la mort – et des businessmen écartés de la mangeoire rentière. Entre ces deux factions, la coupole militaire réunie en conclave aurait – le conditionnel est de mise – choisi de maintenir un président fantôme tandis que certains généraux balancent entre les deux, espérant rallier le vainqueur du bras de fer en cours. » (article de M. Andaloussi pour Algeria-watch, 6 mars).

Une telle paralysie devait, tôt ou tard, appeler l’intervention directe des masses, de la démocratie, de la rue.

Nous y sommes, et ce ne sont pas les menaces sanguinaires d’une répression à la syrienne, ainsi que les rumeurs récurrentes des prétendus « anti-impérialistes » d’une intervention US, rumeurs visant à justifier la répression, qui vont y changer quelque chose.

Le premier objectif du soulèvement national qu’est, initialement, cette révolution, est donc le retrait définitif du zombie Bouteflika, actuellement « président » de l’Algérie.

Mais cet objectif pose en lui-même tous les problèmes et induit sa dynamique propre. Car si Bouteflika dégage, il ne saurait bien entendu être question de tenir des « élections présidentielles » qui n’avaient d’autre fonction que d’assurer son élection truquée.

De fait, tout s’effondre. Est ouverte la nécessité de détruire, et de juger, la mafia corrompue au pouvoir, toute la mafia. Donc de défaire les institutions du renseignement, de la sécurité et de l’armée.

L’appel d’air de la démocratie soulève la question d’une assemblée constituante, réellement souveraine dont l’élection soit organisée par la population formant ses comités.

Une telle organisation requiert la reconquête des syndicats UGTA et la réquisition des entreprises d’État par leur personnel. La refondation démocratique de la nation se confronte à la rente pétrolière et à l’insertion de la mafia oligarchique dans le capitalisme mondial. Elle englobe la libre expression de toutes les différences culturelles et notamment de la composante kabyle, au cœur d’une véritable nation algérienne démocratique et laïque.

Bref, ce qui est à l’ordre du jour est la destruction non pas seulement d’un « système » et d’un « régime », mais bien d’un État, qui a été construit par le FLN pour interdire le libre développement et l’auto-détermination de la nation algérienne et assurer son insertion dans le monde capitaliste et les circuits néo-coloniaux.

Dans une déclaration du 26 février, le PST (Parti Socialiste des Travailleurs, l’une des deux organisations issues du trotskysme en Algérie, avec le PT dont il sera question plus loin), met l’accent sur la nécessité d’aller vers la grève générale pour assurer les premiers conquêtes démocratiques de fait (droit de manifester *) et éviter une confiscation par l’opposition « libérale ». Mais le plus important pour aller dans ce sens est la perspective, non pas générique, mais proche, d’une assemblée constituante, réelle, en lieu et place des « élections présidentielles » de la mafia.

  * Quand on sait qu’à la dernière manif de vendredi, la police s’est retirée et a laissé la rue aux manifestant(e)s qui les applaudissaient au passage, (on en est pas la en France où la police matraque, mutile et emprisonne…).

Enjeu mondial.

 On comprend que malgré le caractère caricatural de la marionnette Bouteflika, tous les chefs d’État du monde soient bien silencieux sur la simple question de bon sens élémentaire de son retrait une fois pour toutes !

Ouvrant la voie au processus révolutionnaire, constituant, en Algérie, la perspective de son retrait secoue la monarchie marocaine et relance l’espoir des pays du Machrek, tout en retentissant à travers tout le Sahel.

Ce serait une mauvaise nouvelle pour les tenants de l’ordre établi, qui, partout dans le monde, voudraient bien que s’arrête la vague d’aspirations démocratiques du XXI° siècle ouverte en janvier 2011 en Tunisie et qui depuis a balayé l’Égypte, la Libye, la Syrie, le Yémen, l’Ukraine, et atteint récemment … la France, et délégitimé depuis déjà deux ans le représentant d’une mafia rentière qui ne manque pas de présenter quelques ressemblances avec celle qui tire les ficelles de Bouteflika – nous voulons parler de Nicolas Maduro.

Car la perte de toute légitimité de ce dernier précède largement l’opération Guaido par laquelle Trump et Bolsonaro, avec le soutien de Macron, voudraient régler la crise ouverte au Venezuela, et la permet. Là comme en Algérie, tout soutien au régime corrompu en place, fut-ce au nom de l’ « anti-impérialisme », ne peut que faire le jeu de l’impérialisme.

On ne peut aller de l’avant si l’on craint la démocratie, les élections libres, la liberté politique la plus totale !

 Balayer les paravents de l’Etat-voleur : le cas du PT.

Le mouvement de la révolution démocratique, et par là prolétarienne, qui s’ouvre en Algérie, vise à balayer toutes les institutions du régime.

C’est ainsi que Louisa Hanoune a été expulsée des manifestations d’Alger, par la foule, le vendredi 1° mars.

Louisa Hanoune a certes été une militante féministe réprimée par le régime dans les années 1980. Mais l’organisation qui avait été construite avec l’aide du courant dit ‘lambertiste » en France, dont l’héritage politique initial aurait dû la porter à combattre pour la destruction de l’Etat-FLN et de la Sécurité Militaire, est devenue un soutien du régime, à travers son rôle actif dans le « processus de Sant’Egidio », en 1995, visant à réconcilier militaires et FIS (et donc à taire le noyautage des GIA par l’armée), puis sa participation aux élections législatives de 2002 faisant suite à la répression du soulèvement kabyle, seule formation notable de l’opposition à ne pas boycotter, se voyant alors littéralement, au vu et au su de toutes et de tous, octroyer un groupe parlementaire par la Sécurité Militaire, groupe appelant à « préserver l’État » contre l’hydre du « régionalisme » (c’est-à-dire du berbérisme, kabyle ou targui notamment). En 2004 Bouteflika, qui donne de la « chère sœur » à L. Hanoune, l’adoube comme, littéralement, une institution du régime, autorisée à tenir un discours « oppositionnel » qui se tient sous le sceau de la « préservation de l’État« .

La « préservation de l’État » c’est la contre-révolution. Cet État n’est pas né de la révolution algérienne, il a été construit par en haut, à compter du 1° novembre 1954, contre elle et pour se substituer à la nation algérienne (se rallier ouvertement à cet État a été d’ailleurs le fait de beaucoup de députés du PT au FLN sur la durée, et la source de plusieurs scissions et « affaires » internes produisant des déballages sur des liaisons policières et affairistes). C’est la fiction « anti-impérialiste » de la « défense des États » (et non des peuples, et non des nations) contre « l’impérialisme », État syrien, État égyptien …, qui fournit le ciment idéologique de ce soutien. « Le pays est menacé d’une explosion révolutionnaire », avertissait à juste titre L. Hanoune … en appelant à tout faire, par le renforcement du « front intérieur », c’est-à-dire de l’État, pour l’éviter ! Le 26 février encore la candidate aux présidentielles L. Hanoune expliquait que les manifestations ne visaient pas … Bouteflika ! Le bouchon a sauté et les masses l’ont expulsée : elle a alors annoncé qu’elle « boycottait » la présidentielle. Trop tard …

Ceci n’est pas anecdotique : cette organisation avait des racines dans le mouvement ouvrier international et dans l’histoire du nationalisme algérien, et son « gel » a aidé le régime. La vengeance de l’histoire finit toujours par arriver. Et ceci impacte, même s’ils n’en disent rien, les deux courants de la « IV° Internationale » reproclamée par P. Lambert en 1993, à savoir en France les animateurs du POI, associés à L. Hanoune, et ceux du POID (1), qui ne lui sont plus liés mais qui ont respecté la loi du silence sur ce qu’ils savent des compromissions du PT, car celles-ci mettent en cause le mythe de Pierre Lambert …

(1) On peut lire  ceci dans l’organe du POID, la Tribune des Travailleurs, du 6 mars : « Ni Libye ,ni Syrie ».. .sous-entendu:les manifestations massives du peuple algérien pour ses droits démocratiques n’ont rien à voir avec les prétendues « révolutions arabes » et l’ingérence impérialiste. » Une telle affirmation niant la continuité révolutionnaire allant des manifestants de Sidi Bouzid, Tunis, Le Caire, Benghazi, Sanaa, Deraa, Alep, du printemps 2011, aux algériens d’aujourd’hui, constitue un soutien à la police, à l’armée, à l’État. Lorsque les manifestants reprennent ces mots d’ordre lancés par des manipulateurs, c’est avec un tout autre contenu : « ils » ne nous écraseront pas dans le sang et la guerre comme en Syrie, comme en Libye ! Mais cette position est une imitation, de L. Hanoune elle-même qui, vitupérant les « cagoulés » qui la chassent, selon elle, des manifestations, appelle à tout faire pour empêcher la transformation du « renouveau révolutionnaire en un printemps arabe ». La charte de la contre-révolution … Mais ne lui en déplaise, le printemps arabe et berbère a commencé en Algérie.

 Lutte des classes en Algérie, lutte des classes en France.

Les précédents paragraphes ont pu sembler s’appesantir sur ce qui peut paraître un détail dans le cours des évènements actuels. Mais, outre ce qu’il indique en profondeur sur l’impossibilité de défendre à la fois la vraie démocratie et l’appareil d’État, ce « détail » a aussi l’intérêt de nous rappeler que, même sur un sujet « pointu » comme celui-ci, lutte de classes en Algérie et lutte de classes en France sont fortement interconnectées.

Les manifestations de masse de l’Algérie se déroulent aussi en France, à Paris ou à Lyon.

La solidarité est donc essentielle. Mais on ne peut s’en tenir à une solidarité consistant à dire « nous sommes solidaires ». La solidarité nécessaire et efficace est celle qui s’assigne le soutien aux objectifs politiques de la lutte. Et l’objectif simple, immédiat, c’est « Bouteflika démission, Bouteflika dehors, Bouteflika dégage ». Et sa simple formulation devrait faire surgir une évidence : c’est ce que l’on entend en France dans la rue, dans les grèves, sur les ronds-points, à propos de Macron, depuis des mois !

Du coup, cette évidence appelle une observation : au niveau des forces politiques organisées, le même refus de formuler explicitement ce que dit le prolétariat, « Macron démission », se retrouve envers … Bouteflika. Oh certes, il est bien difficile de défendre ouvertement la candidature d’un zombie. Mais on ne s’y prend pas ainsi, on fait des litotes, des périphrases, on tourne autour du pot en s’interrogeant sur la façon dont les présidentielles pourraient déboucher sur un mandat raccourci, une « conférence nationale », etc., bref on entre dans les manœuvres de survie du régime algérien.

La lutte des classes en France et la lutte des classes en Algérie l’ont pourtant dessiné ces derniers mois : la revendication prolétarienne et démocratique, c’est « Macron démission » et c’est « Bouteflika dégage ». La liaison des deux, l’explosive liaison des deux, répondant à la liaison de l’ancienne colonie et de l’impérialisme français, porte en elle l’avenir.

09-03-2019.

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France – Manifs du 23 février – Témoignage sur la manif à Clermont- Ferrand

Présentation

Nous publions ce témoignage sur la manif de Clermont illustrant la stratégie de peur du pouvoir face à un mouvement qu’il ne peut endiguer. Notre correspondant souligne qu’il n’y a pas d’habitude locale de confrontation avec les forces de l’ordre, qu’il n’y avait pas de black blocs ni d’antifa organisés…

Document

IL N’Y A PAS DE MAINTIEN DE L’ORDRE EN FRANCE,

IL Y A UNE VIOLENCE ET UN DÉSORDRE ORGANISES PAR LE POUVOIR.

Lorsque nous sommes arrivés Place du 1er Mai à Clermont, un peu avant 13h, nous avons trouvé des GJ pacifiques et une ambiance bon enfant. Quelques centaines de personnes étaient alors rassemblées.

Nous sommes partis en manifestation « dans le calme » à a peu près 1500 pour finir 2500. A ce moment là, nous n’avions croisé ni gendarmes ni policiers (sauf un contrôle a Riom, et notre voiture n’a pas été contrôlée). La manif s’est dirigée sans encombre (et sans forces de l’ordre) vers le centre-ville.

Arrivés près du Palais de justice, je me disais d’ailleurs, alors qu’un artiste chantait et jouait de la guitare, que la campagne de fake news et la propagande de la peur qui avaient conduit à vider Clermont et à barricader la ville (comme une ville américaine menacée d’un ouragan) était une manœuvre grossière.

Quelques minutes plus tard, les premiers gaz lacrymogènes étaient lancés sans aucune raison, ce qui a contribué à éparpiller le cortège, les « forces de l’ordre » étaient cachées et leur apparition était clairement provocante.

Lorsque nous sommes arrivés place de Jaude et que la majeure partie des manifestants s’est retrouvée, les casqués étaient prêts à intervenir, avec derrière eux les camions. La foule était pourtant totalement calme.

La manifestation était de fait terminée, la guérilla pouvait être organisée par les casqués.

Les gilets jaunes restaient, se prenaient de la lacrymo, reculaient, et revenaient, non pas pour être violents, mais, déterminés, pour garder la tête haute.

D’ailleurs, au moment où il y a eu un début de feu à l’écart de la manifestation, les forces de l’ordre étaient trop occupées à viser les manifestants.

Et l’on gueulait « Macron Démission », ça chantait, ça causait.

A partir du Palais de justice donc, l’air sentait partout la lacrymo. Grenades de désencerclement par dizaines, sans raison ni sommation… C’est cette provocation qui a entraîné les tensions, et quand nous sommes partis, les tensions se renforçaient à mesure que la police/gendarmerie attaquait, mais les manifestants étaient calmes.

Une camarade vichyssoise, pacifique et pacifiste, se retrouve à l’hôpital pour une grenade sur le pied.

Toutes celles et tous ceux qui étaient là, et notamment pas habitués aux manifestations difficiles, ont vu la charge brutale qui a été faite. Militant.e.s, gilets jaunes, jeunes et vieux, nous savons le comportement de l’État. Nous savons que nous n’étions pas une menace à l’ordre public, nous savons qu’eux ont organisé le désordre.

Lorsque nous sommes repartis, nous avons trouvé un bistrot ouvert, plein de gilets jaunes, le bar passait la chanson des GJ. Et il y avait là des sourires, le bonheur d’être ensemble comme durant toute la manif. D’ailleurs, quelques petits commerces étaient restés ouverts sur le parcours, et les GJ s’y arrêtaient, il n’y avait pas de menace ni de danger pour les biens.

Le contraste entre la manière dont la ville a été barricadée, dont le dispositif policier a fait preuve de violence, et le comportement des manifestants était immense.

Alors nous sommes en colère, face à la violence de l’État. Mais notre colère face à leur provocation et leur violence ne nous feront pas perdre notre sourire et le bonheur d’être ensemble.

Amitiés

A.

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