APLS – Réunion publique dimanche 2 février 2020 à 14H

Arguments Pour la Lutte Sociale organise une réunion-débat

le dimanche 02 février 2020 de 14H à 18H

au Maltais Rouge (40, rue de Malte – Paris 11eme)

sur le thème :

  • Situation française  : auto-organisation et question du pouvoir
  • Situation internationale  : crises révolutionnaires

Avec la participation de Dan La Botz, militant socialiste révolutionnaire nord-américain, animateur de la revue New Politics, membre des Democratic Socialists of America (DSA).

D’autres orateurs seront annoncés après confirmation.

Le flyer en PDF : à faire circuler !

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DEVANT NOUS. Editorial du 18-01-2020.

Élèves et profs dans la cour du premier lycée où les épreuves du faux Bac Blanquer n’ont pu se tenir. Photo Snes-Fsu.

Oui, réalistes et donc pas pessimistes.

Notre camarade Olivier Delbeke, interviewé comme syndicaliste CGT par Le Monde du 16 janvier, explique que «Les gens sont du côté du mouvement», puis, à la question de la journaliste «Pourquoi, alors, les gens ne se mobilisent pas plus , il affirme n’être nullement pessimiste, et il est donc optimiste, mais de l’optimisme du réalisme : si le pas est sauté alors «ça peut devenir très puissant, d’une façon qu’on n’a pas connu depuis longtemps. Si on n’y arrive pas là, ce ne sera que la fin du premier round

Le pessimisme qu’on veut nous imposer.

Selon les médias et le gouvernement, c’est fini, ça devrait être fini, ça devrait être bientôt fini … on assisterait au «baroud d’honneur», à la «giletjaunisation», à la «radicalisation minoritaire» d’un mouvement qui n’aurait que trop duré (mais qui, mystérieusement, persiste à recueillir dans les sondages des plus officiels instituts un soutien ultra-majoritaire). L’heure de la violence minoritaire aurait même, parait-il, sonné, à en juger par les commentaires que leur inspirent les trois incidents de ce vendredi 17 janvier que sont le blocage du Louvre, la petite invasion du siège de la CFDT et l’exfiltration de Macron d’une salle de théâtre.

En somme, ils voudraient nous rendre pessimistes pour nous faire accepter l’inacceptable : la destruction de tous les droits sociaux et celle des libertés démocratiques restantes.

L’inquiétude des acteurs de la lutte.

Mais beaucoup de militants sont, et c’est bien naturel, pessimistes ou, du moins, inquiets.

Cela s’exprime de deux façons.

Il y a ceux qui déplorent que «le privé» et plus généralement «les gens» ne partent pas en grève généralisée sinon générale, alors qu’ils font tout pour y arriver et pensent dans une certaine mesure que leurs organisations (CGT, CGT-FO, FSU et Solidaires) font tout elles aussi : c’est ce responsable École Émancipée de la FSU qui salue le fait que «les appels de l’intersyndicale appellent explicitement à la grève reconductible», et qui vitupère «les gauchistes» pour qui quand ça va pas,«c’est forcément les directions», mais ce sont aussi, dans un autre registre, ces militants CGT sur la brèche depuis des semaines qui, tout en s’interrogeant parfois sur la méthode des blocages et des barrages de troupes militantes qui ne sont pas des piquets de grève pour autant, s’inquiètent de rencontrer assurément une large sympathie, mais que la grève ne «parte» pas, et ce sont bien entendu ces cheminots et ces traminots qui voient arriver les retenues violentes et impitoyables sur la paye de janvier et expliquent à juste titre qu’il faudrait que «ça s’étende», que «la grève s’étende».

Et il y a ceux qui voudraient lancer la dénonciation des directions qui n’ont pas fait en sorte à leurs yeux que ça débouche. Le camarade Eninel du métro nous écrit qu’à son avis c’est plié, «les saboteurs» ayant fait leur travail, qui plus est, relayés selon lui par les mêmes «gauchistes» dénoncés d’un autre point de vue par le camarade que nous citions au paragraphe précédent. Notre camarade Marc Lévy dénonce «la duplicité de la direction confédérale de la CGT» qui appelle tout le temps à l’action et finit par fatiguer ses propres militants, et oppose «DES grèves PARTOUT» à «LA grève», «l’appel déterminé à tous les secteurs et à toutes les autres organisations à engager la lutte jusqu’au retrait

La plupart des travailleurs et des militants engagés dans cette grande bataille ont un sentiment de malaise quand on leur explique que «les directions», en tout cas celle de la CGT, ou de toute l’intersyndicale CGT/FO/FSU/Solidaires, sont irréprochables, mais ils savent souvent mal l’exprimer et ils ont souvent autre chose à faire – étendre la grève et nouer des contacts dans toutes les directions, justement.

Et inversement, si on leur explique que c’est perdu à cause des mêmes directions, ceci ne correspond en rien à leur sentiment profond, et ils ne voient pas très bien quoi leur reprocher au juste, et, là aussi, ils ont autre chose à faire.

Méthode.

Tout cela est explicable par la façon dont la situation s’est réellement développée ces dernières semaines. On doit certes l’analyser en utilisant les éléments d’analyse que nous fournit la tradition politique du «marxisme» (pour le dire vite), mais on doit l’analyser en partant du mouvement concret lui-même et pas en plaquant sur lui des schémas, conduisant à la limite, dans les deux types d’inquiétudes légitimes que nous rencontrons et qui viennent ici d’être rapidement présentés, soit à incriminer «les gens», soit à incriminer «les directions» (voir à incriminer les deux). Or, c’est précisément si on analyse le mouvement réel à partir de son développement réel – soi-dit en passant ça devrait être cela, le «marxisme» ou quelque nom qu’on lui donne – que l’on saisit que tout cela n’est en rien fini, que le pessimisme est en l’occurrence erroné, que le gros de l’affrontement est certainement devant nous.

C’est en fonction de cela qu’il faut trouver comment «aider les masses» à avancer. Déplorer qu’elles ne «bougent» pas plus ne les fera pas avancer, d’autant que c’est ignorer ce qu’elles font déjà réellement la plupart du temps. Leur annoncer que «les directions» forment un mur infranchissable et que, comme des camarades d’un groupe se voulant marxiste révolutionnaire nous ont récemment proposé de le leur expliquer dans un tract, « le gouvernement n’a aucun souci à se faire» à cause des dites directions, ne serait rien d’autre qu’une autre façon, non de combattre lesdites directions, mais de démoraliser les plus larges masses (à ceci près qu’elles ne lisent même pas ce genre de tract).

La politique des directions syndicales.

Les directions de l’intersyndicale CGT/FO/FSU/Solidaires appellent en effet à «des grèves».

Mais elles ont depuis le début décidé qu’on allait s’installer «dans la durée» et cela, c’est particulièrement terrible quand on demande en même temps d’être en «grève reconductible» et que LA grève, pas la «grève reconductible» localisée ou sectorielle, mais la grève de tous, a été engagée par les cheminots, les agents RATP et beaucoup d’enseignants.

Elles évitent effectivement dans leurs communiqués l’expression, aujourd’hui courante pourtant, de «grève générale».

Et elles participent aux fausses négociations du gouvernement, quitte à les dénoncer : tous annoncent qu’ils se rendront, s’ils sont invités, et veulent l’être s’ils ne le sont pas, à la «conférence de financement» annoncée par Édouard Philippe et demandée par la CFDT, et qui n’est rien d’autre qu’une conférence de mise en œuvre du projet dont CGT, FO, FSU et Solidaires exigent le retrait.

Ces faits : installation dans la durée au risque de l’épuisement (cela dès avant les vacances de Noël…), évitement de formules, d’appels et d’initiatives unifiant et généralisant de manière explicite, comme «grève générale pour le retrait» et pas seulement «allez-y, faites des grèves !», et participation persistante à ce qu’eux-mêmes dénoncent comme des mascarades, ces faits sont des questions politiques bien réelles qui pèsent sur les conditions réelles de la lutte.

Il faut donc les expliquer.

Parler de manque de combativité n’explique rien, car il faut parfois une combativité formidable pour dépenser l’énergie requise par la lutte «dans la durée» et dans tous les sens.

Parler de trahison en général ne rime à rien : on parle ici d’organisations qui sont nos organisations et auxquelles nous voulons faire jouer leur rôle et en l’occurrence leurs directions n’opèrent aucune virevolte mais perpétuent une attitude solidement ancrée, nullement nouvelle, tout à fait prévisible, et même attendue. Laquelle ?

Celle de l’évitement maximum de l’affrontement social et politique central et donc de l’évitement de la victoire. C’est d’ailleurs pour cela que, par en bas, a été imposé le «mur du 5 décembre» : pour forcer la situation en ouvrant une crise dans laquelle cet affrontement serait possible et gagnant. Et nous y sommes.

Nul, parmi ces dizaines de milliers de travailleurs, de militants, de gilets jaunes, ne s’attendait à ce que, passé le mur, ça aille comme sur des roulettes. Mais ils ont engagé la bataille et ils ont eu raison. Et ils ont démontré notre capacité à gagner, par le 5 décembre et à nouveau par le 9 janvier, et, on va y revenir, par ce qui s’annonce.

La politique dont a besoin notre classe.

Si nous disons que parler de manque de combativité n’explique rien, et que parler de trahison ne rime à rien, c’est parce que c’est pointer ce qui permet de gagner qui explique et qui sert.

Que manquait-il pour gagner ? Si les directions avaient appelé, après le 5 décembre ou après le 9 janvier, à la grève générale pour le retrait avec montée sur l’Élysée, nous aurions gagné. Et nous aurions aussi renversé Macron et ouvert la crise du régime, la crise révolutionnaire. C’est pour cela qu’elles ne l’ont pas fait.

Ce mur-là est-il infranchissable ? Non. Mais son franchissement appelle une condition, qui consiste précisément dans ce qui se recherche en profondeur : de l’auto-organisation, de l’auto-organisation, et encore de l’auto-organisation.

Deux faits majeurs.

L’intersyndicale a dû se constituer sur le mot d’ordre de retrait, mais elle a peur du retrait de Macron et de son régime qui serait ainsi produit. Qu’elle soit entourée, de comités de grèves élus, de collectifs, de réseaux, faisant d’elle un exécutif intégré à la volonté commune, voila le scenario idéal. Bien entendu la réalité ne s’y conformera pas. Nous ne savons pas exactement quelle forme elle prendra. Mais si on s’intéresse vraiment au mouvement réel, on peut s’en faire une idée.

Les deux faits majeurs des derniers jours sont l’extension désordonnée (en apparence désordonnée) des formes d’auto-organisation que l’on pourrait qualifier de rhizomatiques, et la montée d’un second mur après celui du 5 décembre, le «mur des E3C».

Revenons sur ces deux aspects décisifs.

Pas canonique : rhizomatique !

Nous avons toujours écrit que la marche à l’auto-organisation serait un processus difficile. De plus ce n’est pas un processus canonique. Nous l’abordons forcément avec notre tradition politique (les soviets !) et nos souvenirs militants (les AG véritables et les comités de grève que nous savons rechercher). Ces formes se dessinent parfois, mais elles sont emportées dans un flux qui peut sembler tantôt les liquider, tantôt les porter à une échelle supérieure.

Certes il est idéal, et nécessaire, de réaliser de vraies assemblées générales désignant de vrais délégués à des comités de grève intégrant les syndicats. Certes : la preuve, le piétinement dans la pétrochimie. Voila deux mois que la FD Chimie CGT qui passe pour oppositionnelle et se pose en «dure de dure» annonce qu’on va voir ce qu’on va voir, et on ne voit rien, en tout cas pas de pénurie (décevant les cheminots). Mais à aucun moment elle n’a voulu réellement faire en sorte que tous les ouvriers du secteur se réunissent pour décider eux-mêmes. Ils sont appelés tous les deux-trois jours à des «actions», éventuellement musclées, et quelques fois sauvées par les barrages d’équipes militantes, en grande partie extérieures – à ne pas confondre avec des piquets de grève : ça peut y ressembler beaucoup mais ça n’en est pas. Ils se rappellent 2010 et 2016 et ne veulent pas perdre des semaines de salaires pour rien au bout.

Ils iront, tous ensemble, s’il y a un appel clair tous ensemble et que la pénurie des carburants pour aider la grève générale est le but affiché, pas si on leur dit et re-dit «blocage pendant trois jours ce coup-ci ! Allez-y les gars, montrez vos muscles !». Des muscles ils en ont, mais pour servir.

Cet exemple important montre que la question des vraies AG, auquel le syndicat doit ouvrir la voie en montrant qu’il fait confiance aux salariés, et à partir d’elles des comités de grève, est bien réelle.

Cela dit, et aussi compte-tenu de ces difficultés qu’il intègre, le mouvement réel crée des formes. Cela s’est déjà produit avec les gilets jaunes qui sont un ingrédient fort de l’évolution à présent généralisée des formes d’auto-organisation. Elles sont souvent rhizomatiques, disions-nous, c’est-à-dire qu’elles font réseaux, et adorent court-circuiter les secteurs, les branches, les localités et les échelons (et bien entendu les organisations, tout en les reconnaissant comme des réseaux qu’il faut se rendre utiles).

A l’Institut géographique national où intervient comme syndicaliste notre camarade Olivier, un «comité de grève» est apparu qui a cherché au travers de tournée de bureaux systématique à entraîner les 900 personnes du site central dans l’action sous une forme ou une autre. C’est d’autant moins un comité de grève canonique qu’il n’y a pas ou pas encore de grève en dehors des journées d’action, mais il se vit comme comité de préparation à la grève et les gens s’en saisissent. Dans l’Allier, où intervient comme syndicaliste notre camarade Vincent, responsable FSU, celui-ci a proposé à la première AG significative d’enseignants et d’autres personnels de l’enseignement, permise parce que des réunions nombreuses l’avaient précédée dans certains établissements, de lancer un «comité départemental de grève de l’enseignement public» qui a réellement pris forme dans une AG tenue après invasion de l’inspection d’académie quelques jours plus tard. Mais celui-ci n’a pas reproduit, pour l’heure, la forme de 2003 (une sorte d’intersyndicale élargie avec des délégués d’AG se réunissant au centre du département). Il est devenu la référence de dizaines de profs, en lycées, collèges et écoles, et pas que des profs, englobant les 4 syndicats, et via notamment un groupe Whatsapp, drainant des cheminots, et s’étendant à d’autres secteurs professionnels, de façon totalement «incontrôlée». On va s’en plaindre ? Certainement pas nous !

Sans aucun doute, ce genre de développement est en train, depuis décembre, de couvrir le pays d’une espèce de toile d’araignée souterraine. La vieille taupe qui creuse devient la tisseuse arachnéenne des nouveaux réseaux de l’auto-organisation. Il est probable que le comité des grévistes RATP-SNCF sur Paris, avec sans doute une surreprésentation de groupes politiques en son sein et les conséquences compliquées que ceci peut avoir, est au moins en grande partie une forme de ce type. Et ce développement à la fois extensif et intensif n’est en rien un obstacle à des formes plus massives, sous formes de vraies assemblées de masse, qui viendront à leur heure si nous sommes nombreux à mener la bataille politique pour leur ouvrir la voie. Ne prescrivons pas des formes mais aidons à ce que le courant casse le barrage !

Nous ne confondons pas de tels réseaux en train de se démultiplier, où la professeure d’école rencontre le cheminot et tous deux la femme de ménage de l’EHPAD, avec cette autre forme canonique mais devenue peu productive qu’était l’«AG interpro» de plusieurs mouvements précédents, le plus souvent autoproclamée. Des couches nouvelles, des couches plus larges, ont commencé à construire leur unité, leur «interpro» dans leurs formes à elles.

Nous ne les confondons pas non plus avec les équipes volantes et autres barrages et blocus ambulants par lesquels la volonté d’action de milliers de militants notamment CGT est gérée en lieu et place de la grève générale à laquelle ces militants aspirent.

Mais sans doute peut-on observer un cycle dans ce type d’actions. Juste après le 5 décembre, beaucoup de militants CGT qui les avaient beaucoup pratiqués notamment en 2010 et 2016 étaient bien conscients que ce n’était qu’un pis-aller par rapport à la vraie grève et que ça pouvait parfois être contre-productif. Toutefois ils s’y sont de nouveau largement engagés depuis une grosse semaine. S’agit-il de l’épuisement «dans la durée» se consumant en actions dispersées ? Ou plutôt d’un regain dû au fait qu’il y a des gens nouveaux, souvent liés à telle ou telle entreprise du secteur, qui rappliquent dans ces opérations, et qu’en outre les violences policières qui les ont ciblées suscitent solidarité et volonté d’en découdre ?

De fait, on peut risquer de dire que les équipes volantes héritées des luttes inaugurées en 1995 et ayant donc une longue histoire, sont, après les gilets jaunes et en symbiose croissante avec les réseaux de grève ou de recherche de la grève qui se multiplient, en train de rebondir comme un cadre dans lequel des groupes venus de telle entreprise ou de tel lycée, des isolés et des précaires, viennent prendre des forces et étendre leurs propres réseaux.

Ce processus n’est pas canonique, il est souvent difficile à interpréter, mais il est là et bien là. En fait il s’approfondit. Il est, bien sûr, la suite du mur du 5 décembre, voulu, construit et imposé par en bas grâce à l’ancrage fourni par la première grève générale de la RATP le 13 septembre dernier. Rappelons ce que fut le 5 décembre : une grève générale, par son contenu, par sa massivité, et par l’élan, dans des dizaines et des dizaines d’entreprises, des jours suivants. Le 5 décembre a modifié la situation, redoublant le 17 novembre 2018 des Gilets jaunes, mais il ne l’a pas réglée. Nous évoluons dans ce cadre : il ne s’agit pas d’une «grève des transports publics».

Les incidents médiatisés du vendredi 17 janvier.

Les «incidents» du vendredi 17 janvier doivent être jaugés dans ce cadre-là.

L’intersyndicale du Louvre a, pour la première fois, bloqué l’entrée à la «pyramide». Rappelons que c’est là le lieu symbolique du couronnement de celui qui, à l’époque (2017) était «Jupiter».

D’autre part, une invasion -manifestement bon enfant- du siège de la CFDT a été menée par un groupe issu de la coordination parisienne des grévistes RATP-SNCF. Macron a immédiatement dénoncé ce qu’il voudrait pratiquement faire passer comme un attentat contre la démocratie.

Macron, justement, a dû être le soir exfiltré d’un théâtre parisien où il s’était rendu.

Le journaliste-militant Taha Bouhafs, qui n’est pas à l’origine de la manifestation mais qui avait informé de la présence de Macron, se trouvant lui-même dans ce théâtre, est depuis en garde-à-vue : sa libération est une exigence démocratique immédiate.

Médias et certains responsables politiques font du foin sur ces incidents. Ils voudraient faire croire que des petits groupes (armés ?) passent à l’action. En réalité, ils ragent parce que tout cela n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le front unique rhizomatique de notre classe est en train de pousser.

Du mur du 5 décembre au mur des E3C.

Et, dans ce cadre, arrive un second mur : le mur des E3C. Quèsaco ? E3C veut dire «Épreuves Communes de Contrôle Continu», c’est du jargon Blanquer. Ce sont les premières épreuves du nouveau «Bac Blanquer» qui n’est plus un Bac et détruit toute égalité, tout traitement égal, dans l’attribution de ce diplôme. La résistance du monde enseignant depuis l’an dernier, plus le mur du 5 décembre et ses suites, plus l’incroyable barnum de l’organisation de ces «E3C» qui stressent tout le monde à commencer par élèves et profs, se conjuguent à présent : le mouvement est ascendant dans les lycées.

Pas plus qu’à la SNCF et la RATP, ce n’est une question sectorielle. Cet affrontement se greffe sur le processus engagé et ce sont les réseaux du type «comités de grève rhizomatiques» constitués en décembre qui deviennent les meilleurs préparateurs de ce choc qui commence. Et bien entendu, c’est le sort de toute la jeunesse qui est en cause. Les premiers ébranlement lycéens vont arriver, ils arrivent.

Le choc se prépare partout. Il a commencé ce samedi matin 18 janvier au lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, et il s’agit bien d’un évènement national : les «E3C» ont dû être annulés, le lycée (qui est à Clermont, pour que l’on comprenne, le lycée classique urbain central, au cœur de l’équivalent local d’un «Quartier latin»), étant investi par les manifestants.

Le choc se prépare partout et il va durer car les «E3C» sont étalés de ces jours-ci à mi-février. Il va se combiner avec la journée du 24 janvier appelée par l’intersyndicale. Ainsi dans l’Allier un lycée central sur le département appelle à venir pour tenir une AG départementale : ce sera le rebondissement du comité de grève rhyzomatique, il deviendra un peu plus canonique, ou pas, on verra.

Empêcher le bac Blanquer, le bloquer à ce stade, est un objectif politique et démocratique de masse comparable au retrait de la contre-réforme contre les retraites. Les deux se combinent et donnent plus de densité à l’affrontement. La période des E3C et celle du calendrier parlementaire, en fait gouvernemental, de cette contre-réforme, se chevauchent largement.

L’objectif que vont se donner les secteurs massifs ébranlés va donc être, dans l’immédiat, de refaire un 5 décembre le 24 janvier prochain et d’empêcher les «E3C» en aidant la jeunesse à se lancer. Ensuite est rapidement posée la question d’une manifestation centrale contre l’Assemblée de Macron, où le « débat parlementaire » est censé commencer le 4 février, après le dépot en conseil des ministres le 24 janvier. C’est là le mouvement réel de la grève générale, qui n’est pas un happening hors d’atteinte mais qui est le cadre politique dans lequel nous agissons.

Mme Le Pen.

Pour conclure, observons que Mme Le Pen, après avoir déclaré avoir «toutes les raisons de détester la CGT», a annoncé sa candidature à la prochaine présidentielle, et a «condamné les agissements» de celles et de ceux qui, hier soir, ont manifesté contre Macron exfiltré de son théâtre.

Voila qui fixe exactement les enjeux.

Marine Le Pen tient à ce que Macron reste au pouvoir pour qu’elle puisse y accéder, tout en rappelant clairement qu’elle est dans le camp de classe ennemi de la majorité en mouvement. L’intersyndicale CGT/FO/FSU/Solidaires a peur de renverser Macron. Le mouvement social majoritaire dont elle est à ce stade la seule représentation au niveau national se dirige, lui, vers la solution : en défaisant la loi anti-retraites et le Bac Blanquer, défaire et chasser Macron, ouvrir la crise révolutionnaire mettant fin au régime de la V° République.

Associons-nous.

Il ne suffit pas de le constater, il faut le préparer et s’y préparer. C’est ce que nous disent ces lecteurs de nos publications :

Sophie : Radio France est en grève depuis plus de 40 jours, des dizaines de secteurs sont en grève avec des flux et des reflux car personne ne propose trois jours de grève générale tous ensemble et en même temps. Et quoi si Macron tombe ? Quant aux vagues à venir, elles seront plus redoutables pour qui si nous perdons sur la retraite ?

R. Sagheton : Avancer vers le parti, ce ne serait pas faire des comités locaux aplutsoc, quitte à chercher un meilleur nom ? Et proposer une stratégie à d’autres groupes ?

A tous deux nous répondons oui : associer tous ceux qui veulent aider à l’auto-organisation pour que notre classe renverse Macron et prépare la suite – dont il faut débattre aussi comme y invite Sophie- est la tache de l’heure.

C’est le but de notre seconde véritable «réunion nationale» avec notre camarade militant socialiste révolutionnaire et syndicaliste américain Dan LaBotz, le dimanche 2 février à 14h au Maltais rouge, 44 rue de Malte Paris.

Le 18-01-2020.

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A Ispahan on crie : « L’ennemi est dans notre propre pays » (ça vous rappelle rien ? Liebknecht, 1914 ! ).

Le régime iranien que l’assassinat d’un assassin par Trump allait requinquer, vient de perdre l’aubaine d’une possible union sacrée, en tirant sur des manifestants iraniens .

Les manifs sont parties des facs où se trouvaient des étudiants ou des parents de victimes du tir de missile sur l’avion ukrainien, dont une majorité de passagers étaient de familles à cheval sur l’Iran et le Canada.

Le processus semble avoir été le suivant : le régime a bel et bien abattu par erreur l’avion ukrainien et a d’abord essayé de le cacher. C’était impossible. Ils ont alors tenté “la transparence”.

Les victimes étaient des profs de fac, des étudiants de haut niveau, des entrepreneurs d’import-export tournant le blocus, leurs proches ont réagi en demandant des comptes, d’abord dans les halls des facs, puis dans la rue. Et se sont tout de suite pris les bassidjis.

Mais d’autres les ont rejoints et au mot d’ordre de vérité, justice et vengeance pour les victimes du missile, sont venus s’ajouter massivement les mêmes exigences pour les 1500 morts de la répression de décembre.

Et c’est parti.

Les bassidjis tirent sur les manifestants. Les portraits récents de Soleimani sont arrachés (désolés pour les « anti-impérialistes » d’union sacrée). Principal slogan des manifestants : « Bi Sharraf » – en farsi « déshonneur ». Puis : « Khamenei dégage ». Le son des manifs sur les premières vidéos montre une participation féminine massive. Elles éclatent dans tout le pays. Et les bassidjis tirent.

La lutte contre la guerre de Trump, c’est le soutien à la révolution qui détruira la république islamique !

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La guerre qui était censée venir : premières leçons déjà une semaine après !

Voici maintenant une semaine que Trump a fait tuer le n°2 du régime iranien et 8 autres dignitaires de l’appareil chiite iranien, provoquant une crainte mondiale, celle de la guerre. Où en est-on ?

Comme l’écrivait le 8 janvier notre camarade John Reimann, animateur du blog Oaklandsocialist (Californie) :

« Je ne pense pas que ni Trump ni Khamenei / Rouhani ne veut une guerre totale. Mais ces derniers devaient répondre à l’assassinat terroriste commis par Trump. Cela aussi bien pour des raisons de politique intérieure que pour des raisons liées à l’influence iranienne dans toute la région. Un scénario possible, sur la vraisemblance duquel je m’interrogeais, serait qu’il y ait une entente, arrangée par des intermédiaires, où l’Iran répondrait par une sorte de représailles, et Trump de même, mais le tout de manière limitée et progressivement désamorcée.

Cela pourrait être complètement faux à 100%. Il se pourrait que le fou Trump, avec les timbrés Pompeo, Pence, & co., y aillent à fond. Cela sera alors dévastateur pour le peuple iranien ainsi que pour les peuples de toute la région. Nous verrons ça dans les prochaines 24-48 heures. »

Ce qui s’est passé ressemble à ce « scenario », pour l’instant.

Premièrement, le régime iranien a mis en scène l’unité nationale : de soi-disant « manifestations de masse » groupant nervis du régime, fonctionnaires et employés des grandes entreprises encadrés et acheminés par cars, de manière obligatoire, et pauvres bénéficiant de distribution de repas pour cause d’ « obsèques ». 50 morts à Kerman, chez Suleimani, par piétinement.

Deuxièmement, l’Iran a « riposté » contre une base US en Irak. Les informations de provenance US sont contradictoires : ils auraient mal visé et pourtant les tirs étaient précis et ajustés, touchant des équipements. Le plus probable est qu’ils ont bien visé et évité de faire trop de dégâts – tuant par contre des civils irakiens … et plus encore : selon CNN, l’Iran avait prévenu le gouvernement irakien qui a prévenu les troupes US. « Cela ressemble aux frappes US contre Assad en Syrie » quand le Pentagone prévenait la Russie qui prévenait Assad, commente John Reimann. Personne n’a cru aux « 80 morts » américains proclamés à Téhéran.

Troisièmement, mais ça, ce n’était semble-t-il prévu ni d’un côté ni de l’autre, un avion ukrainien – transportant surtout des iraniens ayant de la famille au Canada – s’est écrasé à Téhéran après son départ, 176 morts ; tout semble indiquer qu’il a reçu un missile. Trois possibilités : une attaque délibérée visant une compagnie d’un pays supposé pro-US et anti-Poutine ; la présence dans l’avion d’une cible que les mollahs voulaient éliminer à tout prix ; ou une erreur de la DCA iranienne sur le pied de guerre, cette dernière hypothèse semblant la plus vraisemblable.

Pour l’heure donc, la « riposte » iranienne n’a pas fait de morts américains et a tué des dizaines d’iraniens, d’irakiens, de canado-iraniens, et des ukrainiens. Le vœu du parlement irakien pour le retrait des troupes américaines, voté par les députés chiites mais pas par les kurdes ni les sunnites, est un vœu, pas une décision exigeant application.

Trump, après avoir tweeté qu’en cas de morts américains, « 52 sites » iraniens seraient rayés de la carte, dont des « sites culturels », et avoir ainsi provoqué les protestations anticipées de l’UNESCO et un communiqué du Pentagone le démentant de facto, a pu constater que les sondages aux États-Unis ont vu augmenter, frisant les 50%, la proportion officielle de citoyens des États-Unis souhaitant son empeachment. Sanders a proposé au Congrès une loi interdisant au président d’ordonner une intervention en Iran sans avoir demandé son autorisation, laquelle a été votée par la Chambre des représentants. Trump a tweeté jeudi que tout allait pour le mieux et qu’on va vers l’apaisement.

En résumé, s’il est clair qu’avec ces gouvernements de tarés capitalistes, un incendie peut se déclencher, force est de constater que pour l’heure la III° guerre mondiale se fait attendre. On ne va pas s’en plaindre, mais il ne faut pas oublier que la plus grande partie de la gauche et de l’extrême-gauche dans le monde s’était immédiatement auto-alimentée sur ce thème et que les communiqués et déclarations du type « bas les pattes devant l’Iran, troupes US dehors », ne soufflant mot des masses iraniennes et irakiennes, mais aussi syriennes, libanaises … en pleine insurrection ou confrontées à la barbarie et tachant de lui résister, se sont multipliées.

En titrant pour notre part « Contre la guerre : révolution ! » nous n’étions ni dans le suivisme envers tel ou tel camp capitaliste, ni dans l’utopie. Pourquoi ? Parce que c’est bien avant tout contre la révolution que cette escalade guerrière a eu lieu. Et que là réside son effet principal. En assassinant cet assassin, les forces US ont fourni au régime iranien un prétexte à l’union nationale, et à ce régime et toutes les forces en place dans les secteurs du pouvoir en Irak, des moyens renforcés pour réprimer et pour noyer la vague de manifestations. C’était là la cible, la vraie cible. Comprendre cela ne signifie pas croire directement que Trump et Khamenei s’entendent consciemment contre ce qui est réellement le plus gros risque pour eux, mais que de fait leur action concourt avant tout à ce résultat : étouffer les foules en Irak, en Iran et dans toute la région.

Par conséquent, toute analyse ne partant pas du fait que la menace de guerre est avant tout dirigée contre la révolution et contre les mobilisations réelles en cours, et plaçant en première ligne la menace du plus puissant impérialisme du monde contre une puissance régionale, et du coup se voulant « anti-impérialiste », était une analyse ignorant la réalité, la lutte des classes. Comprendre cela n’occulte en rien la contradiction entre les États-Unis, puissance dominante en crise, et les bourgeoisies nationales de la région, mais permet de mettre à la place n°1 ce qui s’y trouve réellement. Répéter comme des perroquets le schéma des guerres du golfe de 1991 et de 2003 et la représentation selon laquelle « l’impérialisme » affronte ici des « pays dominés » comme cela fut le cas à un autre stade, justement, de l’histoire de l’impérialisme, c’est s’interdire tout combat anti-impérialiste réel, car celui-ci ne peut que se fonder sur le mouvement réel des exploités et des opprimés. Et cela conduit bien entendu à soutenir des forces contre-révolutionnaires contre eux, comme en Syrie.

Le 10-01-2020.

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« Et on ira jusqu’au retrait – Macron démission ! » Editorial du 10-01-2020

La journée du 9 janvier a été perçue par ses participants comme par leurs adversaires comme celle d’une remontée des grèves et des manifestations – près de 1 million et demi dans le pays avec un grand nombre de manifestations ou de rassemblements dans de petites localités. Le caractère des manifestations, avec des salariés groupés par collectifs de travail (établissements d’enseignement, lignes de métro, centres techniques SNCF notamment, mais aussi Opéra de Paris si remarqué à juste titre !), leur a redonné courage et confiance après la vraie-fausse trêve des vacances, les directions syndicales ayant fixé cette date du 9 janvier dès avant celles-ci. Tout le monde a noté la forte montée en puissance de l’enseignement, surtout lycées et collèges, dans les cortèges, et l’ébranlement de certaines universités.

Un fait important a été non seulement la multiplication des violences policières, avec plusieurs attaques devant des lycées comme à Châlons-sur-Saône, mais la montée de la résistance de masse à celles-ci. Ce qui s’était produit dans la région de Rouen-Le Havre, nourrie de la tradition des dockers, s’est reproduit de Paris à Nantes et Avignon : des cortèges refusant d’être tronçonnés, agressés, interdits d’accès sur les parcours pourtant autorisés préalablement. Dans certains cas, des manifestants disent avoir été sauvés des coups, protégés ou soignés par des « black blocks » de moins en moins coupés de la masse, par les SO syndicaux, ou par les groupes mobiles de street medics. Mais surtout, on commence à voir des groupes compacts, banderoles en avant, faire front, refuser de bouger ou avancer lentement en séances de « pousse-pousse », situation plus problématique, pour les forces dites de l’ordre confrontées à la masse, que lorsqu’ils coincent des petits groupes préalablement éclatés. D’autres témoignages attestent de flottement parmi celles-ci, allant d’un relatif « laxisme » à des déchaînements agressifs ne suivant pas les ordres des officiers.

Et la même volonté montante qui fait refuser de plus en plus, désormais, de se faire casser et nasser, pousse à aller devant les commissariats exiger la libération, exiger des informations, des amis et camarades que les bandes policières ont kidnappés. De Lille à Valence en passant par Avignon, on ne compte plus de tels rassemblements.

Nous nous permettons d’insister sur ces éléments en fait politiques au plus haut point, touchant aux relations et confrontations avec une police qui, rappelons-le, vient d’être achetée par la préservation de son régime de retraite (les « fonctions régaliennes » autorisent des « dérogations à l’âge de départ en retraite »¸Castaner !), dans une perspective de « garde prétorienne » de la part de Macron, qui veut en finir avec les pensions (et le statut) des fonctionnaires, mais pas avec les pensions des militaires !

Le déroulement de l’énorme manifestation parisienne (au moins 200.000) illustre ces données politiques. Plusieurs fois attaqué par les bandes policières, le cortège tout entier a poussé pour aller au bout du trajet (officiellement autorisé) place Saint-Augustin, que le préfet Lallement avait visiblement tenté d’interdire, et la manifestation a occupé et tenu la place, dans la nuit, aux cris de « Et on ira jusqu’au retrait – Macron démission ! »

Ce mot d’ordre, qui s’est imposé dans la densification de la manif et l’ambiance d’affrontement, concentre parfaitement le contenu politique du mouvement réel tel qu’il est engagé. Il fusionne tout naturellement une formulation syndicaliste, celle du retrait, et le « Macron démission » venu des profondeurs et des gilets jaunes. Ce n’est pas qu’une chanson de manif, c’est la volonté réelle des masses réelles.

C’est un affrontement politique qui se joue entre le pouvoir exécutif du capital et le prolétariat.

Sa force et ses difficultés sont concentrées dans l’expression de son unité qu’est l’intersyndicale nationale CGT/FO/FSU/Solidaires (étendue dans certaines branches à des secteurs de l’UNSA, mais envers laquelle la CFDT, ultra-présente dans les discours gouvernementaux et médiatiques, est renvoyée dans les cordes : depuis le 5 décembre une partie de sa base est présente mais ne s’en réclame pas).

Tout l’art, notamment de Philippe Martinez, consiste à avoir vraiment l’air d’appeler à la grève générale, mais en n’appelant surtout pas à la grève générale. « Allez-y les gars, faites grève ! », ainsi peut se résumer, sous toutes les modalités possibles, la ligne générale de Montreuil et de l’intersyndicale nationale à sa suite, renvoyant les responsabilités à la base quand la bataille est centrale, ce qui revient à placer ladite base en situation d’agitation permanente sans possibilité de trancher et de décider réellement.

L’autre volet de cette politique consiste à participer envers et contre tout aux séances de « dialogue social », quitte à souligner que cela ne rime à rien, organisées au niveau national le 7 janvier (FSU et Solidaires protestant de ne pas avoir été invités… !), et dans certains secteurs.

Les deux volets – l’agitation, le « Allez-y les gars, c’est à vous ! » permanent, et le « dialogue social » – ont un fond politique commun : le refus de battre Macron car le battre maintenant, c’est le liquider, c’est mettre fin au quinquennat en ouvrant la crise révolutionnaire du régime de la V° République. Une montée en puissance centrale appelée par l’intersyndicale aurait été possible en décembre : trois-quatre jours de grève avec marche sur l’Élysée, et elle reste possible.

En même temps, l’intersyndicale est « verrouillée » positivement sur le mot d’ordre de retrait, lequel signifie Macron dehors comme l’a dit la manif parisienne place Saint-Augustin, mais elle refuse cette conséquence et aligne sa tactique sur ce refus. Ceci donne une tactique de « temps forts » et d’ « inscription dans la durée » bien connue, mais qui peine par rapport à la poussée des secteurs en grève ou en fermentation dans lesquels montent les formes d’auto-organisation sur lesquelles nous allons revenir : les « temps forts » deviennent alors des cycles de deux jours à trois jours, comme ces 9-10-11 janvier dans beaucoup de départements, et comme, nationalement, les 14-15-16 la semaine prochaine : flirter le plus possible avec l’idée de grève générale sans jamais faire le pas, allonger, allonger, allonger (quitte à féliciter, à décorer, à afficher le portrait de ceux qui « tiennent » en reconduisant la grève !) sans jamais centraliser une bonne fois contre Macron.

Une conséquence de cette tactique est le vrai-faux départ de la grève générale des raffineries et des sites pétrochimiques, toujours attendue depuis le 5 décembre : la fédération CGT Chimie – officiellement « dure », semi-opposante et « FSM »- annonce en moyenne tous les trois jours qu’on va voir ce qu’on va voir, et si on a bien vu des cycles de blocages, on ne voit toujours pas « le » blocage qui passe par la prise en main de leur propre action, de leur propre grève, des ouvriers des raffineries. Le résultat est palpable : 36 jours après le démarrage du mouvement, on n’a pas encore vu de pénurie généralisée de carburant dans les stations service.

Soucieux de l’unité à tous les niveaux, les éléments d’auto-organisation ne cherchent pas la confrontation avec l’intersyndicale nationale, mais cherchent à s’appuyer sur son existence, soudée sur la revendication du retrait, et cherchent à étendre la grève et à pousser le plus loin possible, étayée sur un sentiment de puissance et de confiance montantes.

De la veille des vacances au 9 janvier ce fut long, et grandes étaient les craintes de constater un effritement ce jeudi : ce fut tout le contraire et du coup on se dit « bon sang on a tenu, on est capable, on peut gagner et donc on doit gagner ».

Gagner impose de passer de la situation présente de lame de fond qui affleure partout à celle de la grève générale comme le 5 décembre, mais se centralisant contre Macron et l’Élysée.

Ceci demande l’association politique de ceux qui n’ont pas peur de ça, de ceux qui veulent aider leur classe à gagner – non pas faire la démonstration de qui aurait raison, qui aurait tort, qui sont les bons, qui sont les traîtres, mais aider à gagner : c’est comme ça que le parti de la révolution peut se construire et pas autrement. Répétons-le (cf. notre édito du 16 décembre) : « Le rôle d’une force politique agissant pour gagner n’est ni de renchérir sur les mots d’ordre syndicaux nationaux, ni – encore moins – de présenter la situation comme un mur infranchissable tant que « les appareils » n’ont pas appelé à la grève générale et refusé toute négociation : il est de désigner le pouvoir politique du capital comme l’ennemi à abattre, et ainsi de susciter, d’appuyer et d’étendre toutes les formes d’auto-organisation, vers les comités de grève élus. »

Ce qui, répétons-le aussi (cf. notre édito du 7 décembre), n’a rien de facile, c’est au contraire une bataille extrêmement difficile, qui demanderait une organisation politique centralisée, centralisée au bon sens du terme bien entendu ! Elle est extrêmement difficile parce que l’auto-organisation n’est pas dans les habitudes de la société capitaliste et que toutes les pratiques existantes, politiques, syndicales souvent, «gauchistes» souvent aussi, s’y opposent en réalité.

De fait, les formes « classiques » de comités de grève élus groupant des délégués d’assemblées générales et intégrant les syndicats n’émergent pas ou pas encore, alors qu’il y a floraison de formes diverses qui tendent à former des « réseaux », des caisses de grève, des groupes téléphoniques, qui sont déjà plus et mieux que les « AG interpro » des dernières années, et qui voient, en particulier en région parisienne, des assemblées régulières attirant beaucoup de profs se cristalliser autour de tel centre RATP, après le rôle joué pendant les vacances par la coordination francilienne des grévistes RATP-SNCF.

Il faut certainement intégrer cette dimension « réseaux », comme il faut assimiler la dimension « ronds-points » des gilets jaunes, se greffant sur les sites de la circulation du capital, aux formes prochaines de l’auto-organisation de masse. Mais demeure incontournable la question des AG sur les lieux de production et de travail, éventuellement prolongées par des « réseaux » associant les intérimaires, les sous-traitants, les vacataires, voire … les voisins. Il n’y a pas de formes canoniques, mais rien ne remplace la réunion réelle de la masse prolétarienne elle-même.

Arguments Pour la Lutte Sociale s’oriente vers la tenue d’une réunion-débat de caractère internationaliste le 1° février, en présence du camarade nord-américain Dan LaBotz, réunion qui discutera bien entendu, dans le prolongement de la première rencontre significative du 20 octobre dernier, de cet objectif, qui, pour nous, est la seule manière réaliste d’aller vers un parti de la révolution : l’association, la fédération, de toutes celles et ceux qui agissent pour aider notre classe à son auto-organisation réelle, sans lui donner d’ordre mais en s’efforçant d’y voir clair pour avancer, donc au moment immédiat, plus que jamais, sur le double, et en fait unique, objectif :

RETRAIT du projet anti-retraites et DEHORS Macron !

Le 10-01-2020.

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Réunion-débat-concert : les peuples veulent la chute des régimes.

https://www.facebook.com/events/2380351478743713/

16h-20h : RENCONTRE INTERNATIONALE
20h30 : DÎNER SYRIEN
21h30-24h : CONCERTS

💥 [Français/العربية] 💥

Huit années après la vague de soulèvements de 2011, le Moyen-Orient et le Monde Arabe se retrouvent à nouveau agités par les secousses de la révolte.

Au Liban, après que la population s’est levée au cri de « Thaoura ! » (révolution), le Premier Ministre a certes quitté le pouvoir mais les manifestants n’entendent pas s’arrêter là. Au Soudan, après de long mois de manifestations, le dictateur Al-Bashir est tombé, et les négociations ont abouti à un système incertain entre gouvernement civil et militaire. En Algérie, si la rue a eu raison de Bouteflika mais demande toujours la chute du système, les généraux refusent de quitter le pouvoir. A l’heure où ces lignes sont écrites, le peuple iranien, dernier en date à avoir rejoint ces soulèvements, paye dans le sang le prix de la contestation. En Irak, enfin, la répression, terrible elle aussi, ne parvient pas à éteindre le feu de la colère qui a embrasé le pays : à Bagdad, en ce moment même, un quartier entier du centre ville reste tenu par les insurgés qui, comme tant d’autres avant eux, exigent la chute du Régime.

La Révolution, en Syrie nous l’a montré : les enjeux au sein d’une situation locale ne peuvent être réduits à leurs cadres nationaux. Pendant que les gouvernements, de ces pays et d’ailleurs, discutent de la meilleure façon de mater cette colère régionale et internationale, à nous de faire dialoguer nos situations, de partager nos expériences, nos outils et de renforcer nos liens.

Nous proposons donc ce samedi 11 janvier à Montreuil, une première rencontre autour de ces questions :
Qu’est-ce qui a déclenché ces soulèvements ? Quelles formes et méthodes d’organisations y trouve t’on ? Quelles stratégies répondent à la répression ? Quels horizons y sont recherchés ?

16h30-17h : Présentation de la Cantine Syrienne de Montreuil

17h-19h30 : Interventions ou messages d’activistes et chercheurs.e.s impliqué.e.s dans différentes révoltes de 2019 (Iran-Liban-Soudan-Algérie-Irak ) sur place ou en exil. Suivis d’une discussion croisées entre les intervenant.e.s sur les circulations internationales entre ces soulévements et sur les tâches de l’internationalisme aujourd’hui

20h: Grand repas servi par @La Cantine Syrienne de Montreuil المائدة السورية (à prix libre)

20h30 : Appel vidéo avec des habitant.e.s de quartiers en lutte du Chili

!!! Concerts !!!

21h30 : Les rappeurs No+oligarquía du Chili et Sinapsis du Perou

23h : Wael Alkak : ELECTRO CHAABI

« Wael Alkak est un musicien, compositeur et producteur Syrien formé au Conservatoire de Damas. Basé à Paris depuis 2012, il présente sur scène son projet solo Wael Alkak Live, résultat d’une création électronique hybride et expérimentale, mêlant rythmes traditionnels Chaâbi, chants populaires syriens et improvisations électro. »

مضت ثماني سنوات على اندلاع شرارة ثورات 2011 في الشرق الأوسط والعالم العربي، لتعود المنطقة وتشهد حراكا ثوريا جديدا.
بعد أن صدحت حناجر الملايين من اللبنانيين بشعار « الثورة »، قدم رئيس الوزراء استقالته، غير أن الشعب اللبناني لا يعتزم التوقف عند هذه النقطة. في السودان، اندلعت احتجاجات شعبية على مدى شهور طويلة، أدت الى الإطاحة بالبشير، لتبدأ بذلك سلسلة من المفاوضات أسفرت عن تشكيل نظام حكم غير واضح المعالم بين سلطة المدنيين والعسكر. وفي الجزائر، أطاح المتظاهرون ببوتفليقة ولازالوا يطالبون بسقوط النظام بالكامل أمام رفض الجنرالات مغادرة السلطة. ولحد كتابة هذه الاسطر، يقوم الشعب الإيراني، وهو آخر من التحق بركب الاحتجاجات، بدفع دمه ثمنا لرغبة في التغيير. القمع الدموي في العراق لم يستطع هو الآخر اسكات الغضب الشعبي المشتعل في البلاد. ففي هذه الاُثناء، يحتل المتظاهرون حيا بأكمله في قلب العاصمة بغداد مطالبين بسقوط النظام.
لقد أوضحت لنا الثورة في سوريا أنه يستحيل حصر الرهانات المتعلقة بقضية محلية في اطارها الوطني المحدود. ففي الوقت الذي تناقش حكومات هذه البلاد مع حكومات أخرى خارجية الوضع من أجل إيجاد السبيل الأفضل لتسكين هذا الغضب الإقليمي والدولي، يجب علينا بدورنا أن نحاول مناقشة أوضاعنا، ومشاركة تجاربنا، وأدواتنا، وتقوية روابطنا.

لذلك ننظم هذا السبت 7 ديسمبر/كانون الأول في مونتروي، لقاء أولا لبحث هذه الأسئلة: ما الذي أثار هذا الغضب الشعبي؟ ما هي أشكال وطرق التنظيم المعتمد عليها؟ ما هي الأساليب التي يقابل بها المحتجون القمع؟ وما الآفاق التي يُطمح الى بلوغها؟
من الساعة 4:30 إلى 5 : تقديم حول المائدة السورية في مونتروي .
من الساعة 5 إلى 7:30 : تدخلات ورسائل من الناشطين المشاركين في مختلف الثورات (إيران – لبنان – السودان – الجزائر – العراق)
و نقاش بين مختلف المشاركين.

الساعة 8: وجبة مقدمة من قبل المائدة السورية بمونتروي بسعر مفتوح/حر.
الساعة 9: تنظيم مكالمة فيديو مع سكان أحد الأحياء المشاركة في الاحتجاجات في شيلي.

الساعة 9: تنظيم مكالمة فيديو مع سكان أحد الأحياء المشاركة في الاحتجاجات في شيلي.

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Contre la guerre, révolution !

Attention : comme en 1914 les chefs d’État impérialistes de tout poil peuvent préférer la guerre à la confrontation sociale chez eux et à la crise de leur pouvoir.

L’élimination, ce 2 janvier, de Qassem Suleiymani (un bourreau que l’on ne va pas regretter), chef de la garde prétorienne du régime iranien, est un coup d’État de Trump, qu’il a pu mener à bien parce que cette fois-ci ça redore son état-major que, lors de son précédent coup, il avait squeezé en lançant Erdogan – et Poutine- sur les régions kurdes de Syrie du Nord. Le coup vise le Congrès US et vise à instaurer à Washington un pouvoir présidentiel sans précédent, déséquilibrant les fondamentaux constitutionnels US. Il « compense » aussi la non-réaction US au bombardement de la plus importante raffinerie saoudienne voici quelques semaines.

Mais la suite de ce coup consiste dans la guerre contre l’Iran sur le terrain irakien – au moins. Trump et les mollahs ont un intérêt commun à se faire la guerre : leur ennemi commun, le peuple irakien, soulevé dans tout le Sud du pays, est celui qu’il s’agit de faire taire et d’étouffer.

Mettre la guerre à la place de la révolution, voila leur programme dans la mesure où ils en ont un. Ou, plus mesquinement, à la place de leur destitution ou de leur mise en accusation (Trump, Netanyahou).

Xi Jinping et Modi seraient ravis d’un tel développement qui, au moins, leur permettrait de serrer Hong-Kong, de persécuter « leurs » musulmans et d’affronter les luttes sociales plus à l’aise.

Quant à Poutine, il peut mener à bien ce qui risque d’être le massacre des millions de Syriens réfugiés dans l’enclave d’Idlib, la Turquie fermant ses frontières et compensant la nouvelle emprise russe sur sa frontière Sud, permise par Trump, en envoyant ses troupes en Libye, du côté de Tripoli, contre le sinistre Haftar (soutenu par Poutine). Le tout en prenant le risque voulu d’une confrontation avec la Grèce sur les routes maritimes, et en permettant au régime d’Alger, dont Poutine devient la béquille, de tenter lui aussi un détournement militariste.

A l’ombre de ces détonations, Poutine quant à lui pourrait gérer sa « succession », ou son auto-succession, paralysant l’Ukraine et en absorbant la Biélorussie, ouvrant un nouveau front, ou l’attisant, au Nord-Est de l’Europe.

Dans tout cela on remarquera la navigation à vue, sans boussole, de la diplomatie française, dont l’action a consisté essentiellement à aggraver directement et indirectement l’effondrement des États du Sahel, le Burkina, et la volonté démocratique de son peuple, étant maintenant directement menacé de destruction.

Le tableau fait ici n’est pas celui de la guerre mondiale, mais d’une guerre régionale effroyable participant d’un processus mondial d’implosion-effondrement du capitalisme, dont la destruction de l’Australie par le réchauffement causé par la combustion des hydrocarbures, cherchant à réduire la tendance à la baisse du taux général de profit, est un autre aspect.

Mais le scenario « guerre mondiale » proprement dit est, dans ce cadre, un développement possible.

L’alternative à ces catastrophes est là et bien là : ce sont les soulèvements populaires démultipliés depuis fin 2019. Précisément, Trump et les mollahs sont en train de mettre le feu à un terrain où les populations se sont soulevées. Les crises révolutionnaires en Irak et au Liban ont la capacité de relancer les révolutions syrienne et égyptienne et le soulèvement en Iran. Ils préfèrent à cela la guerre et les armes de destruction massives.

Soulevons-nous : c’est la voie de la survie contre le capitalisme, la guerre et le réchauffement. En agissant pour la grève générale, pour chasser Macron, nous agissons aussi pour cela.

Le 03-01-2020.

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