Brésil : soyons clairs et nets.

Soyons clairs et nets : ce qui s’amorce au Brésil,  ce sont des bandes de petits et grands bourgeois, de petits et grands patrons, de nervis, de tueurs à gage, de petits chefs, de flics, de clientèles mafieuses, d’évangélistes, de pentecôtistes, qui vont lyncher en masse : les homos, les syndicalistes, les paysans sans terre, les indiens, les intellos, les pas-comme-il-faut.

Au Brésil le seuil est franchi. Il y a là un mouvement ouvrier – et paysan – que des meutes, des hordes, veulent anéantir physiquement. Avec lui, les homosexuels, les femmes « libérées », les intellos … Il n’y a pas une forme unique de bandes de type SA qui bastonnent, pillent et violent. Mais des bandes de lyncheurs, des groupes de tueurs, s’interpénétrant avec police et armée, oui, c’est évident.

De plus, il nous faut analyser la banalisation de la référence à la torture en tant que référence positive chez Bolsonaro, après que pendant 7 années Bachar a massivement torturé avec, en somme, les bons vœux à lui accordés par le silence de tous les grands de ce monde.

Cette invocation positive de la torture est un signal politique d’ultra-violence, ce n’est pas simplement un « langage décomplexé » comme disent les gentils commentateurs. La question contre Bolsonaro, c’est bien entendu le vote Haddad dans tout le Brésil dimanche 28. Mais cela ne suffit pas. Les bandes s’apprêtent à déferler même voire surtout s’il ne gagne pas le scrutin qui, d’ores et déjà, va se dérouler dans le terreur.

Militants du PT, de la CUT, du MST, de Conlutas, du PCdoB, de l’UNE, du PSOL, du PSTU … ont la responsabilité de s’unir dans l’urgence, et dans la rue, d’organiser la protection des locaux et des personnes, et l’autodéfense. Oui, de s’armer. Un premier échec physique infligé à ce qu’il faut appeler, maintenant, les bandes fascistes en formation, pourrait peut-être avoir une grande portée.

En France, partout, il faut passer aux manifs de solidarité. En espérant que nous n’aurons pas à manifester dans quelques mois pour exiger l’accueil des réfugiés brésiliens.

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Rassemblement pour la libération de Sentsov – Vendredi 12 octobre à 18 heures

Vendredi 12 octobre à 18h place Stravinsky (métro Rambuteau), une initiative a été lancée sur Facebook : un rassemblement pour la libération d’Oleg Sentsov et de tous ses camarades emprisonnés (rappelons que la revendication de la grève de la faim qu’Oleg Sentsov a dû arrêter sous la menace d’être nourri de force, était la libération de tous les prisonniers ukrainiens séquestrés en Russie).

Il est très important qu’au delà même de cette grève de la faim, l’action continue sans s’interrompre.

Le blog APLS sera présent et il appelle particulièrement les militants syndicalistes et le mouvement ouvrier à se manifester sur ce sujet !

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Feux et Lumière, le film de Pierre Schoeller « Un peuple et son roi », par Robert Duguet

La Révolution Française est le moment fondateur de notre histoire moderne qui a été singulièrement maltraitée par les cinéastes : entre le Renoir de la Marseillaise soutenu par le PCF et la CGT de la période stalinienne, un Guitry dont le projecteur reste braqué sur la vie à Versailles dans son Si Versailles m’était conté et un Philippe de Broca, nostalgique de la monarchie avec Chouans et une comédie sans envergure des Mariés de l’an II, il a fallu le Danton de Wajda pour rencontrer un peu de grandeur historique.

Un peuple et son roi, ce sont sept années de travail de Pierre Schöeller pour mener à bien ce projet d’une fresque historique sur la Révolution Française qui va de la prise de la Bastille à l’exécution du roi Louis XVI, le 21 janvier 1793 . Sept années de travail dans les archives, de dialogue avec les historiens, de travail avec les décorateurs, costumiers, comédiens avec un seul souci : filmer un peuple dans une période révolutionnaire qui s’ouvre, dans une vie quotidienne faite des séquences de vie les plus simples, voire triviales.

Le film commence sous le faste de Versailles le jeudi « saint » de l’année 1789 : à la façon du Christ lavant les pieds de ses apôtres la veille de sa passion, le monarque lave ceux des enfants pauvres. Il rappelle par là le caractère de la monarchie française de droit divin. La caméra se déplace alors dans les faubourgs bouillonnant de Paris, à l’ombre des tours de la Bastille, dans l’atelier d’un maître verrier. Symbolique de l’ombre et de la Lumière…

Ceux qui voient dans la Révolution Français uniquement ce qu’en expriment ceux et celles qui l’ont représentée dans la constituante, à la Législative ou à la Convention – l’histoire faite par les grands hommes – n’aimeront pas ce film. Ils lui reprochent d’ores et déjà son caractère brouillon ou étrange : ainsi l’article commis par Olivier Lamm dans le journal Libération développe les méchancetés suivantes :

« Toute l’étrangeté d’Un peuple et son roi provient du fait que le film, malgré ses inventions, n’en contient aucune, pas plus qu’il n’abrite le moindre personnage, la moindre interaction qui soit plausible, la moindre incarnation. On comprend bien la volonté de Schöeller de remettre à plat la Révolution, de la repolitiser en quelque sorte en opposant les grands mots et les symboles face à la réalité – de quelles libertés, égalités, fraternités la période 1789-1793 fut-elle effectivement le terreau ? Mais comment expliquer alors l’étroitesse à l’écran de son petit théâtre d’idées, brouhaha de commentaires sur l’action politique qui n’aboutit à rien d’autre qu’à du trépignement ? De la maladresse de ces images incapables d’aboutir à un quelconque énoncé ou, pire encore, à celui inverse de celui escompté, telle cette éclaboussure de sang du roi décapité finissant dans les mains d’un enfant ? Le ratage de Pierre Schöeller est d’autant plus déroutant qu’en échouant à apporter un souffle vivant à son projet, il échoue à faire honneur à sa passion au moins autant qu’à celles de ses héros, qu’il finit par abandonner à leur destin quand ils proclament «la liberté ou la mort ».

C’est le pari fait par le cinéaste : dans une période où ceux qui sont en haut ne peuvent plus gouverner comme avant, et où ceux d’en bas ne peuvent et ne veulent plus continuer à accepter le joug qu’on leur impose, un peuple se met en mouvement, sans savoir exactement où il va. C’est précisément ce caractère brouillon et étrange, qui s’exprime par divers types sociaux campés par le cinéaste, qui porte ces masses d’hommes et de femmes en mouvement vers la conscience : comment un peuple, à travers sa relation avec son Roi,  va rompre avec des siècles de monarchie pour finalement se donner une République une et indivisible qui commence par un « régicide ». Comment sa représentation va concilier la démocratie à définir avec le principe monarchique, et comment le Roi et sa caste isolée va rompre avec son peuple, rendant l’issue inéluctable. Comment le rapport du peuple des faubourgs, les « sans dents », va se nouer avec la représentation qu’il s’est donné par le suffrage universel :  les travaux de la Législative, puis de la Convention se tiennent sous la pression des sections et des clubs qui forcent la main des élus, lorsque ceux-ci ne veulent pas aller dans le sens voulu par la population : on en rêve d’une situation pareille, avec cette Vème république quasi-monarchique qui n’en finit pas de crever!

Dans un dialogue entre Pierre Schöeller et l’historien Patrick Garcia, l’artiste dit ceci :

« Les enfants sont là dans la ville. Ils sont là dans la rue, ils travaillent. C’est un temps où si on ne travaille pas, on ne mange pas. Le peuple de Paris a traversé la Révolution, il est là à la Bastille, au Champs-de-Mars. La Révolution devient quelque chose de très humain et plus un cours d’Histoire. Aussi, il était très important qu’il y ait une sensibilité politique des femmes. Les comédiennes sont magnifiques. Les chants des femmes, c’est la vie, la jeunesse, la spontanéité…Je voulais le mettre au cœur du film »

Et plus loin :

« C’est un même monde. Ce n’est pas l’un contre l’autre. Robespierre est chahuté au début et 2-3 ans après, on l’écoute dans un silence de cathédrale. La Révolution, ce sont des anonymes qui peuvent avoir un rôle très fort dans l’Histoire ».

« Je ne sais pas. La politique appartient à tous. Il ne faut pas penser que la politique appartient à quelqu’un. Elle fait partie de la vie. Là, dans ce film, j’ai essayé de retrouver un sentiment de satisfaction, de montrer qu’on peut changer le monde, que l’égalité ce n’est pas un vain mot, qu’au contraire c’est un mot fort, tout comme la fraternité qui peut être un mot joyeux ».

L’année 1791, baptisée année des trahisons : la machine s’emballe. Le Roi fuit à Varennes. Le gouvernement, sous l’influence de Lafayette, fait tirer sur les manifestants du Champs de Mars : ceux là même, y compris dans le peuple, qui ne souhaitaient pas toucher au principe monarchique, sont entraînés plus loin qu’ils ne l’avaient voulu. Les gens du faubourg Saint-Antoine interviennent à l’Assemblée nationale, puis à la Convention. Ils débattent dans les clubs, prennent les armes.

Pierre Schöeller fait revenir sur la scène de la révolution des personnages oubliés par l’histoire officielle, les textes des interventions sont soigneusement choisis. Le rapport entre les sans grades et la représentation politique est constamment traité. Sans cette pression de la base, la révolution n’aurait pas été aussi loin qu’elle ne l’a été : on voit se dérouler le combat pied à pied que mènent Barnave – partisan éclairé de la monarchie constitutionnelle – et les députés girondins, pour limiter la révolution à ses revendications bourgeoises et donc sauver le principe monarchique. Rappelons la formule de Marx : le jacobinisme va alors aider la bourgeoisie à se libérer de ses ennemis féodaux, malgré ses propres réticences. Le 21 janvier 1793 la révolution ira à son terme.

Vous qui êtes saturés par la petitesse des personnages politiques que nous subissons à nos dépens, allez voir ce film, il donne des raisons de continuer à combattre. Une génération d’hommes ce n’est rien à l’échelle de l’histoire, puisque les élites de la nôtre – à gauche j’entends – s’est vautrée dans le mitterrandisme et la trahison. La vieille taupe continue de creuser !

RD, 09-10-2018.

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Oleg Sentsov, premier bilan.

Lettre d’Oleg Sentsov du 5 octobre 2018 à ses proches et soutiens

La grève de la faim d’Oleg Sentsov a pris fin.

Le vendredi 28 septembre 2018, arrivé à son … 139° jour de grève, Oleg a été emmené à l’hôpital civil de Labytnangui, la localité de Iamalo-Némétsie, en Sibérie occidentale, au Nord du cercle polaire, où se trouve, depuis le Goulag, son centre de détention réputé « dur ». La menace d’alimentation de force s’est alors précisée.

Le dimanche 30 septembre, 141° jour de la grève de la faim d’Oleg Sentsov, le journal russe indépendant Novaïa Gazeta recevait des « indiscrétions » voulues, de provenance étatique, dont il faisait immédiatement état, selon lesquelles l’État russe aurait fait savoir à l’administration états-unienne qu’il lui proposerait une « action humanitaire » consistant à échanger Oleg Sentsov contre trois individus, de nationalité russe, emprisonnés aux États-Unis :

– Konstantin Yaroshenko, condamné à 20 ans de prison pour trafic de drogue,

– Victor Bout, condamné à 25 ans pour trafic d’armes et « soutien au terrorisme »,

– et Maria Butina, arrêtée en juillet dernier juste avant la visite de Trump à Poutine et qui est un maillon important de « l’enquête Mueller » contre le président Trump.

Ainsi, Poutine faisait de Sentsov un otage de haut niveau qu’il proposait à sa manière « humanitaire » (sic) d’échanger notamment contre Maria Butina, aidant ainsi Trump et faisant par avance retomber sur le procureur Mueller un non échange …

Si cette manœuvre se prolongeait, on entrerait dans des tractations de brigands n’ayant rien d’ « humanitaire » et mettant en balance l’aide à Trump dans une enquête qui est probablement en train d’établir ses liens mafieux et immobiliers avec les services russes depuis une époque assez ancienne, et la vie du cinéaste, militant des droits humains et combattant de l’indépendance ukrainienne Oleg Sentsov.

Ostensiblement, la proposition officieuse des services russes à Washington passait par dessus le pays dont Oleg Sentsov est citoyen : l’Ukraine.

Mais la mise en œuvre de cette manœuvre exigeait que Oleg Sentsov ne meure pas et soit donc nourri de gré ou de force.

Le vendredi 5 octobre, 146° jour, les médias russes, qui avaient diffusé dans la semaine une photo de Oleg Sentsov squelettique, présentée comme ayant été prise lors de son transfert à l’hôpital le vendredi précédent, affirmaient que Oleg Sentsov avait arrêté sa grève de la faim, « scoop » aussitôt repris sur France info, et assorti en Russie de propos douteux du style « il a mangé du poulet« .

C’est le samedi 6 octobre qu’à son 147° jour Oleg Sentsov a pu remettre à son avocat la lettre suivante, aussitôt rendue publique par ce dernier :

« À tous ceux qui s’intéressent encore à moi.

En lien avec l’état critique de ma santé et les changements pathologiques dans les organes internes qui ont commencé, dans un futur très proche, je suis programmé pour être nourri de force. Mon opinion n’est plus prise en compte. À ce qu’il paraît, je ne suis plus en état d’évaluer moi-même l’état de ma santé. L’alimentation forcée sera effectuée dans le cadre de la réanimation, pour sauver la vie du patient. Dans ces conditions, je dois arrêter ma grève de la faim demain, c’est à dire, le 6 octobre 2018.

145 jours de combat, vingt kilos en moins, plus un corps déchiré, mais mon but n’a jamais été atteint. Je suis reconnaissant à tous ceux qui m’ont soutenu, et je m’excuse auprès de ceux pour lesquels j’ai échoué…

Gloire à l’Ukraine!

Oleg Sentsov, le 5 octobre 2018. »

Oleg Sentsov n’a pas échoué : sa mort était devenue un problème pour Poutine et c’est pour cela qu’il allait être nourri de force. Il n’a pas forcément été informé des tractations diplomatiques sordides annoncées à son sujet pour associer son sort à celui de … Donald Trump, mais la publication de sa lettre leur porte un coup. Oleg, tu es et reste un combattant : honneur à toi !

Le Collectif de soutien à Oleg Sentsov et aux autres prisonniers politiques ukrainiens emprisonnés en Russie, en France, qui avait notamment impulsé les piquets de cinéastes, d’artistes et de personnalités devant l’ambassade russe depuis début septembre, a rendu public le communiqué suivant :

« Aujourd’hui, 6 octobre 2018, après 145 jours, le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov a arrêté sa grève de la faim pour ne pas être plus torturé qu’il ne l’a déjà été, ne pas être intubé et gavé de force sur ordre de Vladimir Poutine.

Par cette menace sur l’intégrité physique et morale d’Oleg Sentsov, en lui retirant la seule arme à sa disposition : son propre corps, Poutine s’assoit une nouvelle fois sur les lois internationales – pourtant signées par la Russie – interdisant cette forme de torture particulièrement abjecte qu’est la « nourriture forcée« .

On se demande vraiment ce qu’attendent Emmanuel Macron, Angela Merkel et les dirigeants des autres démocraties européennes et mondiales pour taper du poing sur la table et exiger de la Russie de Poutine qu’elle cesse de se comporter comme un État terroriste et de bafouer ouvertement, sans crainte de représailles, le droit international.

Oleg Sentsov a arrêté sa grève de la faim, mais le combat chaque jour un peu moins solitaire qu’il mène au nom des valeurs démocratiques : de liberté, de justice, de paix… continue.

Ce combat étant aussi le nôtre, celui de tous les démocrates, nous continuerons, comme nous le faisons depuis le 14 septembre, à protester à ses côtés, en nous relayant toutes les 24h, à 9h30 devant l’ambassade de Russie à Paris, tout en réfléchissant à d’autres types d’action pour obtenir dans les plus brefs délais la libération d’Oleg Sentsov et de ceux pour lesquels il se bat.« 

Relevons l’accent critique envers Emmanuel Macron et les dirigeants européens, de la part d’intellectuels et d’artistes qui avaient, jusqu’à la décision de tenir un piquet devant l’ambassade, sincèrement espéré qu’ils interviennent sérieusement, ce qui n’a pas été le cas.

Quels que soient, en effet, les discours macroniens sur l’opposition entre les libéraux et démocrates comme Macron prétend l’être, et les « illibéraux » et poutiniens comme Salvini et Orban, sa Realpolitik réellement existante suppose que l’ordre social règne en Europe, que Poutine garde la Crimée et continue à répandre crime et mafia dans l’Est de l’Ukraine, aussi bien que les bandes esclavagistes lybiennes continuent à séquestrer les migrants et les réfugiés que les bateaux comme l’Aquarius ne doivent pas secourir.

Le gouvernement ukrainien lui-même n’a pas vraiment été en pointe, c’est le moins que l’on puisse dire, pour défendre le plus héroïque de ses ressortissants. Et la droite nationaliste ukrainienne est plus occupée à traquer les Roms et les gays qu’à combattre l’annexion de la Crimée, l’occupation du Donbass et la séquestration des prisonniers ukrainiens en Russie. La défense de la cause nationale, de l’indépendance et de l’unité ukrainienne, a été assumée par la bataille de Sentsov pendant des mois.

En ce qui nous concerne – militants d’APLS – nous sommes intervenus pour que le mouvement ouvrier prenne sa place indispensable dans cette bataille.

Ainsi, nous avons pesé, de manière sans doute décisive par son rôle initial, dans la prise de position d’une majorité de députés communistes français et de députés européens du groupe GUE/NGL, contre ceux qui, dans les mêmes groupes, ont refusé de prendre position voire soutenu ostensiblement les forces d’occupation dans le Donbass. Récemment c’est même le groupe parlementaire de la France insoumise qui s’est prononcé pour la libération de Sentsov et aussi des prisonniers politiques ukrainiens en Russie, certes très tardivement ; une prise de position qui a probablement été permise par la crise montante de la FI après la relativisation de la place du commissaire aux affaires extérieures de J.L. Mélenchon, D. Kuzmanovic.

Nous sommes intervenus pour que le Collectif Koltchenko se mobilise réellement sur ce sujet en reprenant la bataille pour des prises de positions de syndicats, au nombre desquels s’est ajouté Infocom-CGT cet été. Mais l’inertie a été grande ici et ne peut s’expliquer par le seul facteur « estival ». La FSU, Solidaires, le NPA et Alternative libertaire sont membres de ce collectif mais leurs forces n’ont pas été mobilisées. Se pose ici la question de la reconstitution d’un véritable internationalisme, avec les peuples et pas avec des États.

Enfin, invité comme membre de ce collectif, notre camarade V. Présumey a pu animer une réunion publique précédant la diffusion du documentaire remarquable de Askold Kurov, avec Hanna Perrekhoda, militante ukrainienne de gauche, et Pierre-Antoin Shorderet, président du comité exécutif d’Amnesty International en Suisse, à Lausanne à l’initiative de SolidaritéS et du cinéma City-Club. Il y a répété ce que nous disons depuis le début : le mouvement ouvrier a la responsabilité de mener campagne et d’aller devant les ambassades.

On touche là du doigt ce qui a manqué, et ce pour quoi un bulletin de débat comme celui-ci existe.

La bataille continue : l’indépendance et l’unité de l’Ukraine sont une exigence démocratique qui, comme telle, doit faire partie du programme et du combat européens d’une force révolutionnaire et démocratique dont le regroupement est de plus en plus nécessaire.

06-10-2018.

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Quelques notes politiques pour une réunion publique de « l’Espace Citoyen du Val d’Yerres », par Robert Duguet

Manifestation de la décomposition du régime, le troisième personnage de l’État bonapartiste quitte le navire.  Je pense, de la part de celui qui avait largement promu la candidature de Macron, qu’il faut l’apprécier à sa vraie dimension : le gouvernement Macron-Philippe vient d’éclater. Est-ce que cela va être la crise finale du régime ? Dans les heures qui ont suivi, les commentateurs à la solde du régime tentaient, sans beaucoup de conviction, de minimiser l’événement. La possibilité d’un effondrement final du régime est posée, donc la question de l’après. Malgré la position totalement légitimiste de France Insoumise, d’emblée soumise au calendrier électoral, Jean Luc Mélenchon commence à parler de fin de règne. Frappé, Macron continue : aujourd’hui, c’est une nouvelle déclaration scandaleuse : que les retraités arrêtent de se plaindre. Papy, ferme-là et paie !

Malgré la rancœur, la haine sociale qui s’accumule dans les couches sociales qui sont frappées au premier chef par la politique de Macron, cet éclatement, suite à la scandaleuse affaire Benalla, n’est pas le produit d’une offensive du mouvement ouvrier, des confédérations syndicales, des forces politiques du 26 mai contre l’exécutif. L’absence d’unité, de perspectives politiques à gauche ont empêché une mobilisation plus large. De même, il est difficile de taire que la grève des cheminots en défense du statut, a débouché sur une défaite ouvrière. Difficile de taire que la stratégie des journées d’action, appliquée ce printemps, est une nouvelle fois en cause. D’ailleurs, ça continue avec le calendrier d’octobre-novembre. Le gouvernement Macron éclate, non sous la pression de la mobilisation des salariés, des retraités et de la jeunesse, mais sous l’effet de ses propres contradictions. Pas plus Martinez que Mélenchon n’ont joué un rôle dans les causes de cette déconfiture.

Un adhérent de l’association, Jean Marie, m’écrit : il fait un parallèle avec les processus révolutionnaires du passé, notamment la révolution française et la convocation des États Généraux, institution d’ancien régime. Ce sont les oppositions des classes en mouvement au sein des États Généraux qui cassent la représentation par ordre (clergé, noblesse et tiers état) et permettent au tiers état de poser la question du pouvoir CONSTITUANT : dès lors la révolution commence. C’est vrai : toutefois le parallèle peut difficilement être poussé jusqu’au bout et appliqué à la situation présente. Car en amont de 1789, il y a le mouvement des Lumières, il y a le profond processus social qui conduit aux cahiers de doléances : la contradiction traverse toutes les classes de la société d’ancien régime, y compris un clergé qui à la base est gallican et une aristocratie terrienne qui est très largement ruinée… En haut, on ne peut plus gouverner comme avant, et en bas, on ne peut plus accepter. La différence avec maintenant et elle est de taille : dans le processus de décomposition des institutions d’ancien régime, la bourgeoisie française, de par sa place quasi-dominante dans l’économie, est en position de prendre le pouvoir. Le mouvement ouvrier est-il dans la même position aujourd’hui, bien évidemment non. Nous n’avons pas nos « cahiers de doléances », comme la société espagnole a eu à son heure le mouvement des Indignés.  

Aujourd’hui, nous avons un gouvernement qui ne tient presque plus debout, dont les contre-réformes alimentent la colère sociale, mais dont les représentations à gauche restent entièrement légitimistes et respectueuses des institutions bonapartistes qui permettent qu’un tel pouvoir puisse encore frapper nos acquis. C’est vrai qu’il y a des luttes un peu partout, mais la coagulation pour un mouvement d’ensemble ne prend pas, du moins à l’étape. La question politique qui reste posée est bien : comment on fait pour construire ce pouvoir CONSTITUANT des citoyens ? Comment on fait pour construire les outils qui permettent aujourd’hui d’avancer dans cette voie ?

L’espace citoyen que nous voulons continuer à construire doit garder ce cap. Poser ces interrogations et associer. L’éclatement du gouvernement Macron-Philippe pose la question de la légitimité de ce dernier et de l’arrêt des contre-réformes. Un parti ou un mouvement de gauche digne de ce nom doit poser cette question. En tout cas, nous nous devons la poser.

RD, le 05-10-2018.

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#EleNào : lutte des classes, lutte des femmes au Brésil

Qui est Jair Bolsonaro ?

Passé par à peu près tous les petits partis bourgeois de « droite » et du « centre » au Brésil, Jair Bolsonaro est à présent connu comme l’homme des trois « B ».

B pour Bala, les balles de l’armée. Jair Bolsonaro a été formé dans une école militaire brésilienne sous la dictature. Il est « entré en politique » en faisant campagne pour élever le salaire des officiers. En 2016, il a dédié son vote de parlementaire pour la destitution de Dilma Roussef, présidente élue du Brésil en suppléance de Lula (PT), sociale-libérale, au colonel Ustra récemment décédé, qui avait torturé Dilma Roussef jeune guérillériste. Le droit des colonels à torturer les jeunes femmes, voila l’éthique et ce que doit être le monde selon Jair Bolsonaro.

B pour Boi, les bœufs appartenant aux ruralistas, les grands propriétaires qui détruisent la forêt, tirent sur les paysans qui réclament des terres, déversent leurs agro-carburants. Pour eux, l’élection de Bolsonaro sera un signal. Le signal du retour à la pleine impunité. En clair, ils pourront dire à leurs hommes de main de tirer sans retenue. Il l’a dit récemment : « Nous allons donner des fusils aux producteurs ruraux, ce sera leur carte de visite contre les envahisseurs ». Précisons que les véritables producteurs ruraux sont ceux qu’il traite d’envahisseurs, que ceux qu’il appelle producteurs sont les destructeurs de la terre, et qu’ils ont déjà des fusils.

B pour Biblia, celle des « évangélistes » de l’Église évangélique de l’Assemblée de Dieu et celle des « pentecôtistes » de la Congrégation chrétienne du Brésil et de l’Église universelle du Royaume de Dieu. Les premiers passent pour moralistes et les seconds pour consuméristes, mais tous sont aux anges quand ils entendent Bolsonaro dire « si mon fils était homosexuel, je serai heureux qu’il meure », et autres propos de cet acabit. Bien que lui-même catholique, Jair Bolsonaro est devenu l’idole des églises évangéliques et pentecôtistes que leur dynamique rendrait majoritaires d’ici quelques années.

Jair Bolsonaro, qui se targue de ne pas avoir d’idéologie, revendique trois modèles de virilité en politique : Donald Trump, le président philippin praticien du massacre des adolescents considérés comme délinquants, Rodrigo Dutertre, et celui dont le nom est un programme d’action : Augusto Pinochet.

Il est difficile de dire si Bolsonaro est aussi bête que Trump ou si, plus vraisemblablement, son cynisme sans borne explique chacun de ses propos.

En cours d’année 2018, Bolsonaro, candidat à la présidence du Brésil, a été promu par les sondages premier derrière Lula si Lula avait pu se présenter, puis premier tout court. L’attaque au couteau dont il a été la cible le 6 septembre dernier l’a encore fait monter et son accession à la présidence des États-Unis du Brésil, plus grand État, à tous les sens du terme, du continent sud-américain, apparaît comme un risque possible.

Comment en est-on arrivé là ?

Retour sur l’histoire du Parti des Travailleurs.

 Le Parti des Travailleurs (PT), en relation avec la Centrale Unique des Travailleurs (CUT), le Mouvement des Sans Terres (MST), et l’Union Nationale des Étudiants (UNE), est devenu la représentation politique des prolétaires du Brésil au cours des années 1980 et 1990. Il a été formé par des chefs syndicaux de la métallurgie issus des syndicats officiels corporatistes de l’ancien régime militaire mais ayant rompu avec eux, agrégeant autour d’eux la plupart des courants d’extrême gauche d’origine trotskyste ou maoïste, et développant des réseaux de masse via le soutien de nombreuses communautés catholiques de base défendant la théologie de la libération.

La reconquête des libertés démocratiques démantelant progressivement le carcan de la dictature et la montée du PT furent liées et ce double mouvement culmina en 1992 dans le mouvement anti-corruption de masse et la mobilisation de la jeunesse contraignant le président Collor à la démission. Mais en même temps les dirigeants du PT amendèrent son programme, gardant le socialisme pour les jours de fêtes et reniant, par exemple, la dénonciation de la dette « publique », tout en multipliant les pratiques de collaboration dans la gestion des grandes villes avec les partis bourgeois traditionnels, les principaux étant le PMDB et le PSDB (Parti du Mouvement Démocratique Brésilien et Parti Social-Démocrate Brésilien). Le chef historique et fondateur du PT, Luis Inacio Lula da Silva dit Lula, fut élu président au suffrage universel en 2002 (46% des voix au premier tour et 61% au second tour).

Via la présidence, le PT a été au pouvoir au Brésil de 2002 à 2016, avec deux mandats de 4 ans de Lula et deux, le second interrompu, de Dilma Roussef qui était associée à Lula, lequel devait se représenter en 2018.

Durant cette longue période, le PT a toujours gouverné en coalition avec des partis bourgeois, les scores du seul PT dans les élections locales oscillant entre 23% et 14%, ce qui indique qu’à l’échelle des plus larges masses la représentation politique s’était portée sur la personne de Lula. C’est donc son capital politique personnel que celui-ci a mis au service d’une politique capitaliste et libérale en économie, tempérée par d’importants programmes sociaux ayant des aspects clientélistes, en direction des plus pauvres, à la ville et à la campagne, programmes qui sont devenus de plus en plus difficiles avec la crise financière globale après 2008.

Le PT apparaît alors, à rebours de ce qu’il était à ses débuts, comme un parti de notables, très logiquement de plus en plus rongé par la corruption. Cette évolution a bien entendu vu des résistances et des ruptures, mais son caractère progressif, massif et d’apparence inéluctable a prévalu. La principale rupture s’est produite sur le terrain syndical avec la formation, à gauche de la CUT, de la CSP-Conlutas en 2010, qui est cependant restée minoritaire. Deux formations politiques sont nées de scissions-exclusions sur la gauche du PT, le PSTU (Parti Socialiste des Travailleurs Unifié) dès 1994, qui est la principale section de la « Ligue Internationale des Travailleurs (Quatrième Internationale) », trotskyste dite moréniste, et surtout le PSOL (Parti du Socialisme et de la Liberté), en 2004, dont la candidate Eloisa Helena, également soutenue par le PSTU et par le PC d’origine stalinienne demeuré en dehors du PT, atteint près de 7% à la présidentielle de 2006, ce qui ne se renouvellera pas.

Le syndicalisme de masse lié au PT n’a plus progressé quand celui-ci était au pouvoir, n’organisant pas les larges masses précaires et les habitants des bidonvilles, et gérant le recul des acquis sociaux pourtant récents dans la grande industrie, le pétrole et la fonction publique. Dans ces « larges masses », les communautés de base ont souvent été supplantées ou rongées par les églises évangéliques et pentecôtistes. Un talon d’Achille des partisans de la théologie de la libération a toujours été leur refus de lutter pour la libre disposition de leur corps par les femmes, par exemple sur la question de l’avortement. Ce talon d’Achille concerne aussi Eloisa Helena et le PSOL. Durant les présidences pétistes, ils se sont fait contourner et ronger par les sectes protestantes de masse, bien financées et ayant une réponse directe et claire, radicalement réactionnaire, aux questions sexuelles, morales et sociétales, renvoyant les pauvres au cadre familial et religieux.

Le coup d’État contre Rousseff et Lula et sa portée.

Le pétisme, et sa nébuleuse (syndicats, mouvement paysan et y compris les petits partis opposants de gauche au PT), a ainsi été grignoté, parfois corrompu, pourri et défiguré, et affaibli de toutes parts pendant les 16 années de gouvernance pétiste du Brésil. Mais en face, la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie « blanche » n’ont eu aucune reconnaissance pour les services rendus au capital et n’ont fait que se radicaliser. Alors que l’identité politique pétiste au Brésil s’est affadie, rosie, ternie, l’identité purement négative de l’anti-pétisme n’a cessé de monter. Anti-pétiste veut dire : qui veut détruire le mouvement ouvrier et paysan, priver les exploités, les opprimés et les pauvres de toute organisation et de tout droit à eux.

La corruption a été l’arme offerte à leurs adversaires par les dirigeants pétistes. Elle a ouvert la voie au scandale anti-démocratique du coup d’État « constitutionnel » (les guillemets sont de rigueur) aboutissant à la destitution de Dilma Roussef le 31 août 2016 et à l’installation à la présidence du politicien bourgeois Milton Temer, puis à l’arrestation de Lula le 7 avril 2018 et à l’interdiction qu’il se présente aux présidentielles, pour lesquelles il était encore donné gagnant, le 31 août dernier.

Il faut bien comprendre que la destitution de Roussef et l’invalidation de la candidature Lula constituent une énorme expropriation politique dont les mobiles n’ont rien à voir avec la corruption et ne visent qu’à interdire toute représentation politique démocratique du monde du travail.

En même temps, il est tout aussi essentiel de bien comprendre que c’est la politique de Lula et de Roussef qui les a finalement exposés et sacrifiés. Des grèves et des manifestations de masse ont démarré au Brésil lors du coup d’État « constitutionnel ». Les dirigeants du PT et de la CUT avaient plus peur de les prolonger que de leurs propres arrestations éventuelles. Les affaires de corruption, beaucoup plus graves que celles concernant le PT et d’ailleurs entremêlées avec elles, ont très vite fait plus qu’éclabousser Temer et compagnie : le pouvoir PMDB était à la fois non-élu et plus corrompu que tous les corrompus qu’il pouvait dénoncer. Une contre-offensive démocratique de masse, visant à chasser Temer et à imposer une assemblée constituante, dont la revendication avait figuré dans les programmes initiaux du PT, aurait été possible sans ces dirigeants, Lula lui-même se voyant mieux en prisonnier sacrifié qu’en leader d’un sursaut démocratique, ouvrier et populaire changeant la face du Brésil … et bien au delà.

L’aboutissement de cette orientation, c’est la renonciation à mener une campagne démocratique de masse, susceptible en effet de conduire à des combats de rue, pour la légitimité de la candidature Lula. Dès le 4 août dernier, la désignation de Fernando Haddad comme suppléant de Lula annonçait la capitulation. Les instituts de sondage ne s’y sont pas trompés qui, dès le 21 août, remplaçaient Lula par Haddad dans leurs questionnaires. La veille, 20 août, Lula était à 37% d’intentions de vote. Le lendemain, Haddad était à … 4% !

On voit pourquoi l’invalidation de la candidature Lula, malgré toute la critique indispensable de son orientation et de son parcours, était nécessaire au capital et constitue une défaite pour le prolétariat : le vote Lula en soi était une arme pour le prolétariat, parce qu’il le considérait comme tel. L’histoire des quatre dernières décennies faisait qu’aucun autre candidat du PT ne pouvait avoir cette place. Qui plus est, Haddad est (on serait tenté de dire : comme de bien entendu) un candidat réputé droitier et sans chaleur …

En dénonçant la « corruption » les « honnêtes gens » ont sapé leur propre assise.

Le processus du coup d’État soi-disant constitutionnel a aussi eu pour effet non prévu de saper l’assise des notables traditionnels du Brésil « républicain », les dignitaires du PSDB et autres PMDB, qui croyaient en tirer le bénéfice mais sont apparus comme les rois des corrompus – ce qu’ils sont, en effet.

L’opération « mains propres » conçue comme un paravent pour engager la destruction du mouvement ouvrier et paysan s’est développée de manière autonome, le paravent devenant boomerang, en rasant toute assise et toute crédibilité à la classe politique traditionnelle qui, après avoir collaboré avec le PT et l’avoir corrompu, voulait s’en débarrasser. La fragilité des institutions et le caractère aventurier, financier, rentier, mafieux, de la « bourgeoisie », les masses petites-bourgeoises blanches ayant été lâchées dans la rue dans la campagne soi-disant « anti-corruption » avec une dynamique politique autonome, tout cela a creusé une sape sous les pieds des initiateurs de la manœuvre, dont, donnée subjective qui a son importance, la compétence technique et politique ne dépasse pas celle d’un petit caïd et les appétits ne sauraient se contenir quelles que soient les circonstances.

Le dispositif anti-Roussef et anti-Lula devait assurer l’élection du candidat du PSDB en 2018, le vieux politicien Geraldo Alckmin. Or, il piétine à moins de 10% dans les sondages.

La paralysie du mouvement ouvrier laisse le champ libre à ce que le vide politique ainsi créé soit rempli. Ainsi s’est formée la chose appelée Bolsonaro.

L’enjeu de la lutte qui s’engage.

Haddad est parti, disions-nous, avec des sondages catastrophiques signifiant que le prolétariat ne se trouve plus aucune représentation réelle ou fictive sans Lula. Il remonte depuis la pente, mais péniblement : en tant que vote défensif contre Bolsonaro. Au dernier sondage de ce samedi 6 octobre, veille du scrutin, il serait à 22% et Bolsonaro à 35% – et les sondages de second tour, qui valent ce qu’ils valent mais quand même, donnent 44%/43% en faveur de Bolsonaro.

Par sa personnalité et ses « idées », Bolsonaro est un fasciste, sans guillemets. Les guillemets peuvent se justifier du fait que la genèse de ce phénomène politique n’est pas de même nature et n’a pas du tout connu le même déroulement que le fascisme historique servant de référence. Mais le point commun central est bien là : il s’agit de détruire le mouvement ouvrier. L’élection d’un « fasciste » à la présidence du Brésil est donc, d’ores et déjà, en tant que possibilité, une donnée clef de la situation politique régionale et, disons-le sans exagération, mondiale.

En effet, son éventuelle victoire, et d’ores et déjà sa montée, est un facteur qui pèse du mauvais côté du rapport de force au delà du Brésil, se conjuguant avec l’effondrement du Venezuela soi-disant « socialiste » et la répression somoziste, pardon orteguiste, au Nicaragua.

Il y a en particulier une résonance sinistre entre Bolsonaro et Brett Kavanaugh, qui est en train d’être investi comme juge de la Cour suprême voulu par Trump aux États-Unis. Bolsonaro cultive la culture du viol dont Kavanaugh fut un praticien dans sa jeunesse dorée. Leur « fascisme », c’est aussi cela : la brutalité, et le mépris des corps humains comme des milieux naturels. L’un et l’autre sont en effet, en somme, des partisans du réchauffement climatique et de son emballement, autrement dit des criminels, voulant lever tout obstacle à l’agro-business brésilien comme au gaz de schiste yankee.

Mais cette résonance en suscite une autre. LN a décrit ici, dans un précédent article, le combat des femmes, dont des syndicalistes en grève ce printemps dans les écoles, en Virginie occidentale, contre le sénateur – démocrate – Joe Manchin qui a voté pour Kavanaugh. Leur combat rejoint celui de ces millions de manifestantes et de manifestants qui, le samedi 29 septembre, sont sorties dans la rue au Brésil.

C’était le jour de la sortie de l’hôpital de Bolsonaro, et donc de son retour officiel sur l’arène (bien qu’il joue de sa blessure pour éviter tout débat public avant le 1°tour). Ces manifestations ont bien entendu vu se rallier des milliers et des milliers de militants syndicaux et de gauche qui, depuis l’acceptation de la destitution de Rousseff et de l’invalidation de Lula, étaient comme orphelins et privés d’expression. Mais ce ne sont pas leurs organisations traditionnelles qui le leur ont permis. Une nouvelle organisation est apparue le 30 août dernier : Mulherer Unidas contra Bolsonaro, Femmes unies contre Bolsonaro, avec le hashtag #EleNào, Pas Lui.

Face à la barbarie portée par les Bolsonaro, les Trump et les Kavanaugh, en Virginie occidentale comme dans tout le Brésil, le nouveau mouvement montant des femmes opère la jonction avec la lutte du prolétariat qui toujours se fait voler ses représentations, et pose les questions vitales qui sont les questions politiques centrales.

Question vitale : une brute favorable au meurtre et à la torture ne doit pas arriver au pouvoir. Question politique centrale qui en découle : pour l’empêcher il va falloir bien entendu faire élire contre lui Haddad, dans une dynamique de regroupement démocratique et de passage de la défensive à l’offensive. Telle sera la bataille politique du long intervalle entre les deux tours, entre le dimanche 7 octobre et le dimanche 28 octobre. Démocratie contre barbarie ! Droit des femmes contre barbarie !

Alors que l’on peut trouver en France des articles introspectifs pour savoir où en est #meetoo, il est temps de faire passer l’info : #meetoo, maintenant, c’est #EleNào.

C’est le mouvement des femmes comme tel, aujourd’hui en 2018, qui crie No pasaran. Et c’est là une bonne nouvelle.

Le 06-10-2018.

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USA – La parole des femmes doit compter !

Le 1er octobre, un groupe de 19 femmes a occupé le bureau du sénateur démocrate Joe Manchin pour le contraindre à voter non à l’investiture de Brett Kavanaugh candidat à la Cour suprême, accusé d’agression sexuelle et de harcèlement sexuel envers de nombreuses femmes.

Pendant l’occupation des locaux, les militantes de Vote with West Virginia Women témoignent des violences sexuelles dont elles ont été victimes ainsi que des agressions que d’autres femmes leur communiquent par téléphone et sur les réseaux sociaux. Des animatrices de la grève des enseignants de Virginie, à l’origine de la grande vague de grèves dans les écoles primaires de cet état, se retrouvent dans cette action.

Elles prennent la parole.

Caitlin Gaffin :

« La question de l’investiture de Kavanaugh est personnelle, parce qu’elle est en train de me déshumaniser et de déshumaniser d’autres survivants d’agressions sexuelles encore plus gravement. Il envoie aux femmes le message que nos corps et notre sécurité sont secondaires et passent après les carrières politiques. Je participe à cette action aujourd’hui parce que je refuse que mon indépendance et ma sécurité soient niées. »

Britt Huerta :

 » Je suis ici pour m’opposer publiquement à Joe Manchin quant au message qu’il envoie aux femmes de Virginie Occidentale et aux survivants d’agressions sexuelles de tous les genres et de tous les âges, en raison de sa neutralité sur l’investiture de Brett Kavanaugh. À plus d’un titre, l’inaction de Joe nous dit à tous que nous n’avons pas de droits sur notre propre corps ou sur notre vie. Que nous ne serons pas crus. Que nos corps sont à la disposition de ceux qui ont le pouvoir, et que saisir la justice ne sera qu’un traumatisme supplémentaire. Dans un état où le droit des femmes à choisir a été aboli, je ne peux pas rester tranquille. Arrête de t’inquiéter pour ta propre position et ton pouvoir. Choisis ton camp, Joe.« 

Les collaborateurs du sénateur Manchin ont appelé la police mais les manifestantes ont annoncé qu’elles ne partiraient pas tant que Joe Manchin n’aurait pas déclaré voter contre Kavanaugh. Le 2 octobre, la police intervenait.

Les démocrates ont toute l’information dont ils ont besoin pour voter contre Brett Kavanaugh après les deux accusations d’agression sexuelle formulées contre lui et surtout après l’audience de jeudi dernier où Christine Blasey Ford a décrit comment Kavanaugh l’avait agressée sexuellement alors qu’elle était au lycée. Mais une demi-douzaine d’élus Démocrates a refusé de voter contre Kavanaugh.

Néanmoins, un « non » à l’unanimité des Démocrates est encore possible car tout le monde comprend que la situation politique des démocrates de « l’État rouge », comme les médias surnomment la Virginie, serait délicate si l’un d’entre eux ne pouvait pas se résoudre à s’opposer à Kavanaugh, alors qu’il a été accusé de manière crédible d’actes multiples d’agression sexuelle. « La réaction violente des jeunes et des femmes pourrait être assez problématique« , a déclaré Brian Fallon qui dirige Demand Justice, un groupe de militants progressistes intervenant sur le système judiciaire.

De plus, Joe Manchin est déjà défavorablement connu des femmes comme l’un des trois démocrates à avoir voté pour le candidat de Trump à la Haute Cour, Neil Gorsuch.

Votez avec Les femmes de West Virginia a également lancé une campagne de collecte de fonds : GoFundMe. Si le sénateur Joe Manchin s’engage à voter contre l’investiture de Kavanaugh, les fonds seront reversés à REACH, une organisation de Virginie Occidentale qui fournit des services de conseil gratuits aux victimes d’agressions sexuelles. Si le sénateur Joe Manchin votait en faveur de Kavanaugh, les fonds seraient utilisés pour recruter, former et soutenir des candidates pro-femmes de Virginie Occidentale qui diraient «croire les récits des survivantes aux agressions sexuelles» – y compris un futur concurrent du sénateur Manchin, s’il devait se représenter après 2018.

Du salaire des enseignantes au combat contre les violences sexuelles, la lutte des femmes de Virginie occupe tous les terrains, s’organise pour financer des candidates indépendantes, et donnera aux résultats des élections de mi-mandat leur dimension sociale et leur sens politique.

LN, 04-10-2018

Post Scriptum du 06 octobre 2018

On apprend le 5 octobre que Kavanaugh, malgré le témoignage irréfutable de Christine Blasey Ford et malgré l’enquête du FBI, serait finalement investi grâce aux votes de quelques sénateurs « dont le vote était indécis ». Parmi ceux pour lesquels la parole des femmes ne compte pas en regard de leur carrière de politicien on retrouve Joe Manchin que les femmes de West Virginie avaient bien identifié. Joe Manchin a besoin des voix des conservateurs pour sa réélection et il fait ce qu’il faut pour les obtenir.

Les militantes qui veulent combattre toutes les violences faites aux femmes savent désormais qu’elles ne peuvent compter que sur leur organisation indépendante et elles font ce qu’il faut pour la construire et la doter de moyens: « Gofundme« .   

 

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