La question, c’est le pouvoir, c’est l’État.

Le « grand débat national » devrait être, pour ses promoteurs, au centre de la situation politique. Méthode Coué et incantations magiques sont convoquées : « Cette semaine, quelque chose a bougé. La domination du champ médiatique a changé de camp« , proclame l’éditorialiste de La Montagne sous le titre La semaine du virage. Diantre !

Le samedi étant dans la présente période le moment le plus important de la semaine, celui-ci n’a pourtant pas apporté de « virage » :

  • toujours 84 000 manifestants selon le ministère de l’Intérieur, c’est-à-dire nettement plus, sans compter les manifestations de femmes du dimanche ;

  • une forte combativité sur un mot d’ordre : Macron dégage ;

  • l’une des plus fortes manifestations à Toulouse depuis le début ;

  • et des violences policières, encore et encore, encouragées par le sieur Castaner qui en nie l’existence, ce qui vaut permis de mutiler.

On peut raconter ce que l’on veut, mais cette durée, conjuguée aux grèves et à la fermentation dans les établissements scolaires, sur lesquelles nous allons revenir, atteste que non, il n’y a pas eu de virage. Nous sommes, ainsi que nous l’avions prévu, dans une période de turbulence ouverte depuis la crise pré-révolutionnaire de novembre-décembre. Et ce n’est pas fini !

Le Monde de samedi titre :  » … des gilets jaunes aux allures de cortège syndical« . Plus encore qu’à Paris, les fusions de cortèges « gilets jaunes » et syndicaux sont nombreuses dans tout le pays – en fait, chaque fois ou presque qu’il y a un cortège syndical : Toulouse justement, Le Havre, Rouen … soit des villes qui ont vu de puissants cortèges syndicaux encore en 2016-2017, justement. Ce titre du Monde cache une interprétation ambiguë : le regroupement des uns et des autres inquiète, mais en même temps les « allures de cortège syndical » sont censées signifier un assagissement (1) !

Ce n’est pas le cas, au vu des « violences », surtout policière mais aussi de la résistance croissante qu’elles rencontrent, de l’indignation qu’elles suscitent.

Ce n’est pas non plus le cas eu égard à ce qui se cherche encore en profondeur dans le salariat à travers un nombre de grèves qui ont significativement augmenté depuis deux mois et qui arborent souvent elles-mêmes le gilet jaune, sans aucune contradiction avec la couleur rouge. Plusieurs de ces grèves remportent de petits succès sur les salaires et les primes, qui renforce le moral des travailleurs et vont totalement à l’encontre de la politique de Macron et du MEDEF.

Nous aurons l’occasion de revenir sur l’appel de la CGT à une journée d’action le mardi 5 février, déclinée dans certaines unions départementale comme « journée de grèves généralisées » voire de « grève générale ». Mais penchons-nous sur les développements immédiats.

Par exemple, les personnels de restauration de la caisse des écoles de Paris 15° avec leur syndicat CGT ont gagné par la grève une augmentation des heures de travail dans les contrats, le paiement des heures supplémentaires en retard, un meilleur régime indemnitaire et d’importantes promesses de créations de postes pérennes, ainsi que le paiement des heures de grève (pas de retrait sur salaire). De telles « petites » victoires n’ont rien de négligeable et doivent être mises en relation avec la situation politique, dans laquelle l’affaiblissement de Macron peut conduire à affaiblir tous les patrons (dont des employeurs publics, comme ici).

Dans l’Éducation nationale, les syndicats de la FSU en lycées et collèges (SNES, SNUEP, SNEP et SNETAP), avec notamment les fédérations CGT et SUD et les organisations lycéennes, appellent à une grève jeudi 24 janvier assortie de réunions d’établissements et d’assemblées générales visant à discuter de la suite. Cet appel intervient alors que les baisses de dotations, suppressions de postes et fermetures de classes arrivent dans les lycées, les collèges et aussi dans les écoles. Les revendications mises en avant sont : « le retrait de la réforme des lycées, du baccalauréat et de Parcoursup, l’abandon du projet de service national universel, l’arrêt des suppressions de postes, l’augmentation des salaires, le respect de la liberté d’expression et de manifestation. » Ces revendications essentielles sont incompatibles avec le maintien de Macron !

Les données réelles de la situation nous conduisent donc à répéter encore que, non, même si le « champ médiatique » (pour reprendre les termes de l’éditorialiste de La Montagne) a tourné, la réalité, elle, n’a pas tourné … et le « grand débat » n‘y peut pas grand chose.

Macron s’est livré à deux shows, tenant de la performance sportive (encore que des milliers d’enseignants dans ce pays parlent tous les jours aussi longtemps qu’il l’a fait à deux reprises !), d’où il ressort, selon le « champ médiatique », que le contact serait renoué avec les maires (à défaut de l’être avec la population) et tout le monde pourrait s’exprimer.

Sauf que les doléances dont la Fédération des Maires Ruraux a fait la synthèse le 14 janvier, ont pour aspect central le maintien et le rétablissement des services publics, alors que Macron demande à son « grand débat » de dire lesquels doivent fermer !

Sauf que selon René Revol, maire (FI) de Grabels dans l’Hérault, le débat avec les « maires », présidé par un ministre, a vu les préfets désigner les maires autorisés à s’exprimer !

Les préfets désignant les maires : voila bien l’essence de l’autoritarisme bonapartiste, issu tout droit du coup d’État de Brumaire (1799) qui, pour mettre fin à la Révolution, avait instauré la nomination des maires : l’exact contraire de la libre administration locale dans le cadre de l’égalité des droits et de l’égalité devant la loi, devant l’impôt, devant le service public !

On remarquera la prudence et la difficulté du pouvoir exécutif dans sa gestion des « corps intermédiaires » : les organisations syndicales, appelées par lui à plusieurs reprises au secours et dont les directions nationales ont répondu à ces appels, ne sont pas pour autant associées es qualité au dit « grand débat ». Si Laurent Berger (CFDT) appelle ses militants à y participer « comme citoyens », la CGT parle d’ « enfumage », ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle aurait « quitté les lieux de dialogue social » comme le raconte Le Monde, car celui-ci se déroule aussi, « grand débat » ou pas, dans des pseudos concertations sur la casse des retraites, des droits des chômeurs ou des statuts des fonctionnaire – notons que toutes les fédérations de fonctionnaires demandent maintenant le retrait des projets de casse des statuts.

Le projet du pouvoir est de se refaire, cahin-caha, une petite santé afin de reprendre l’offensive en même temps ou juste avant les élections européennes, par un éventuel référendum, couplé à un éventuel changement de gouvernement, qui tentera de replâtrer le régime de la V° République, faute de pouvoir le faire advenir dans son autoritarisme plénier comme le voulait initialement Macron.

La place des Européennes dans le dispositif de replâtrage du régime doit nous conduire à mettre en discussion leur boycott. Il est tout à fait logique que les sondages ne voient émerger que LREM et le RN (outre le fait que DLF mange LR !). L’un et l’autre, LREM et RN, se posent en parti de l’ordre. Marine Le Pen en dit le moins possible, espérant que la noyade de Macron et de tous les autres chefs de parti aspirants Bonaparte (pour J.L. Mélenchon c’est pratiquement fait …), la laissera émerger, mais uniquement par défaut. (2)

Aucune force politique officielle ne met en exergue la vraie question centrale qui est pourtant celle que scandent des centaines de milliers de manifestants : le président est, pour l’heure, cassé, et il n’a pas de remplaçant potentiel. Voila pourtant une situation inédite dans l’histoire de la V° République !

C’est de cela que des militants révolutionnaires responsables doivent parler, et mettre au centre des discussions : chasser Macron et la grève générale. Tout n’est pas résumé ainsi, mais tout passe par là : la question du pouvoir et de l’État doit être mise sur la table !

VP, le 20-01-2019

Notes 

(1) Pour le second samedi consécutif le groupuscule Unité continentale, avec son chef l’ex-para mercenaire pro-russe dans le Donbass Victor Lenta, a noyauté le SO des gilets jaune à Paris, et s’est précisément opposé à la jonction de la grande manif gilets jaunes et du petit cortège CGT en lançant « Martinez pote de Macron ». De quoi la présence deux samedi de suite de Lenta dans ce SO est-elle le nom ? Pas du « fascisme » des gilets jaunes, qui ne sont tout simplement pas au courant, mais de la gabegie et de l’absence coupable des forces politiques et syndicales du mouvement ouvrier. Au lieu de conspuer un tel fait, ce sont elles qui ont la responsabilité d’être avec les travailleurs et d’éviter les provocations et autres infiltrations ! Ajoutons que les défenseurs de la liberté ukrainienne s’interrogent sur l’absence de poursuite envers cet individu. Au moment où on en apprend tous les jours sur les Benalla, Crase and co, c’est une vraie question !

(2) En outre, cette place des Européennes dans le dispositif de sauvetage du régime va susciter l’interférence entre la crise française et la crise britannique, l’échec de Theresa May à faire adopter par le parlement les modalités du Brexit qu’elle avait négociées avec les autres puissances impérialistes d’Europe, conduisant à un risque juridique majeur, expression de la crise politique globale de l’UE, qui ne manque pas de sel : ces élections européennes pourraient s’avérer invalidables si le Royaume-Uni, dont la sortie n’est pas encore actée, n’y participe pas, mais elles pourraient aussi s’avérer invalidables si le Royaume-Uni, dont la sortie est convenue, y participait !

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Du prolétariat et des populistes

« Sont-ce des populistes ? – Non, sire, c’est le prolétariat ! »

Les commentaires et analyses concernant le mouvement des gilets jaunes ont souvent un point commun : ils insistent sur sa supposée hétérogénéité, sur l’éclectisme et le confusionnisme fréquent des références idéologiques, parlent de « peuple », de « classes moyennes », de « perdants de la mondialisation », etc.

Nous parlons, pour notre part, de prolétariat, et nous insistons au contraire sur la réelle homogénéité d’un mouvement social dans lequel de larges secteurs du prolétariat se constituent comme tel, dans l’action commune et tout ce qu’elle implique de vie en commun, de discussion et de chaleur humaine.

Le prolétariat n’est pas un sujet prédestiné ni un ange rédempteur. Il a tous les défauts de l’humanité aliénée, exploitée et opprimée, dont il tend aujourd’hui à être la principale composante, si on agrège les masses paysannes paupérisées vouées à la prolétarisation.

Il se définit simplement ainsi : celles et ceux qui pour vivre ne peuvent que vendre leur force de travail.

Notez bien que cette définition englobe les chômeurs, les précaires et les « auto-entrepreneurs », qui forment actuellement une très grande partie du prolétariat. Elle englobe aussi les retraités et la jeunesse en formation. C’est donc une expression à la fois synonyme et plus large que « classe ouvrière » et que « salariat ».

Dans la lutte, c’est-à-dire la lutte des classes, le prolétariat s’auto-constitue. Actuellement, on peut même voir les femmes du prolétariat s’auto-affirmer comme telles, par les manifestations de femmes gilets jaunes du 6 janvier dernier, renouvelées à Montpellier notamment ce samedi 12 janvier.

Le prolétariat en dehors de sa lutte est une poussière humaine. « La classe ouvrière est révolutionnaire ou elle n’est rien. » (Marx au dirigeant lassalien, principal dirigeant du mouvement ouvrier organisé en Allemagne à cette date, J.B. Schweitzer, 13 février 1865).

Dans cette lutte il se dote d’organisations, qui jouent ensuite un rôle important dans son existence comme classe, mais qui sont des organisations existant dans la société civile bourgeoise, dans le mode de production capitaliste. L’existence du prolétariat comme classe ne saurait se réduire à une « lutte de classe traditionnelle » passant nécessairement par ses anciennes organisations.

Elle se renouvelle en permanence et certaines organisations n’apparaissent que lorsque la lutte des classes se généralise et se centralise, tels les soviets russes en 1905, les räte (conseils) allemands en 1918, etc.

On voit alors bien des représentants des anciennes organisations se crisper et protester : ils défendent les appareils de celles-ci et non plus la constitution du prolétariat en classe révolutionnaire, mais bien au contraire la préservation de l’ordre social et politique existant dans lequel ils s’étaient fait une niche, même lorsque, sincèrement, ils pensaient défendre les intérêts ouvriers.

La défense de ses organisations en tant qu’organisations de classe, et non en tant qu’appareils de l’ordre existant, suppose au contraire qu’on agisse pour leur unité dans l’action de classe, avec la classe (y compris donc, et surtout en ce moment, les samedi et sur les ronds-points !), tout en combattant leur intégration à l’État capitaliste par le moyen de mauvais accords, de structures étatiques d’intégration, de participation, cogestion et « dialogue social ».

Il n’est pas de combat sérieux pour l’indépendance des organisations en dehors du combat pour leur pleine implication dans la lutte des classes, lequel conduit forcément à affronter leurs directions, lesquelles poussent au contraire, avec des contradictions, vers leur intégration à l’État et à l’entreprise.

 * * *

Revenons aux gilets jaunes. Les considérations ci-dessus aident à comprendre que les caractériser comme « populistes » est absolument sans signification. Un mouvement social se caractérise par ses composantes sociales, leurs revendications et la dynamique de leur action.

Ici la principale composante sociale est prolétarienne, les revendications portent sur le niveau de vie (niveau des salaires et impôts indirects), et la dynamique va vers l’affrontement avec le pouvoir exécutif régnant. Que ce soit pour le dénoncer ou pour le louer, croire avoir caractérisé ce mouvement par le terme de « populiste » revient à s’aveugler complètement.

Ensuite, c’est justement en misant sur ce contenu social et cette dynamique démocratique que l’on peut, et que l’on doit, combattre les confusions, infiltrations, tentatives de dévoiement, etc.

 Heurs et malheurs du populisme.

 Par contre, s’agissant de courants idéologiques et d’organisations politiques constituées sur des fondements idéologiques, la caractérisation, qui vient d’ailleurs de ces propres organisations, comme « populiste », a un contenu beaucoup plus prégnant.

Voici un prolétaire qui entre en lutte pour la première fois de sa vie, ou la seconde – s’il est vieux il a autrefois fait mai 68, s’il est jeune un ou deux blocages lycéens voici une décennie -, affronte la police, appelle les syndicats à venir aussi, refuse toute représentation, puis envisage d’élire ses propres délégués sous contrôle permanent, et s’agrège à un collectif de lutte matérialisé par le port d’un vêtement de travail fluorescent : il parle un langage confus, dénonce « l’oligarchie », « les riches », « les politiques », « le pouvoir de l’argent », il n’est pas très familier de l’informatique mais il va sur les réseaux sociaux où il like ce qu’il voit passer et donc souvent n’importe quoi, d’ailleurs il lui arrive de lâcher des vannes racistes, mais il se met à comprendre que dans la lutte tous sont ensemble.

Au demeurant, ses emballements momentanés sur tel ou tel thème, avec le « RIC » ou le « tirage au sort », et ses confusions de vocabulaire, répètent sur le mode d’une expérience concrète accélérée toutes les bévues, toutes les confusions, que les représentants patentés de la « gauche radicale » ont pu faire et ont commis depuis trois décennies, et dont ces derniers ne sont généralement pas sortis, bien qu’ils se pensent bien supérieurs à ces confus gilets jaunes si suspects à leurs yeux !

Et voici un ancien ministre d’un gouvernement de cohabitation de la V° République, qui, s’opposant aux dérives les pires de son ancien parti le PS, a fini par agréger sur sa personne l’espoir d’une alternance politique, mais qui, prenant conscience de ce fait, a alors choisi de proclamer qu’il fallait se mettre au dessus de la lutte des classes (dont il ne nie pourtant pas l’existence), dépasser la « forme parti », reléguer les syndicats aux seules luttes salariales en semaine, et rassembler au delà des anciens clivages, autour de sa personne, contre la seule « oligarchie », pour « fédérer le peuple » toutes classes sociales confondues, ce qui le conduit à mettre une sourdine aux positions qu’il avait eu, à un moment donné, en faveur de l’accueil des migrants.

Il est possible que le premier personnage présenté ici et le second aient, dans leurs trajectoires respectives, un vocabulaire qui se croise et se ressemble.

Mais le premier est un prolétaire qui apprend dans la lutte (sans aucune prédestination), le second un politicien qui a théorisé et systématisé, théorie et pratique, son « populisme ». Ils sont en fait très différent l’un de l’autre.

La différence essentielle réside dans la dynamique de leur action politique.

Le prolétaire gilet jaune cherche l’affrontement avec le pouvoir exécutif. Son mot d’ordre central c’est « Macron dégage ». Quand on lui demande par qui remplacer Macron cette question le surprend, soit parce qu’il n’y avait pas pensé soit parce qu’il a déjà pensé qu’il ne faut pas, justement, le remplacer.

Le politicien « populiste de gauche » a, lui, redéfini son opposition à la V° République ainsi : me faire élire président, et ensuite, octroyer une pseudo constituante à ma botte en mixant la dénonciation de la « forme parti » et le tirage au sort, pour définir une supposée VI° République.

La dynamique de l’action du premier va vers la république sociale, démocratique, dont le trait décisif est le suivant : la DESTRUCTION de l’appareil d’État préfectoral et parasitaire mis en place dans ce pays depuis Napoléon.

La dynamique de l’action du second va vers la préservation et la reproduction, sous un autre nom ou pas que celui de V° République, de l’État capitaliste français ayant cette forme spécifique, l’État préfectoral bonapartiste.

D’un côté, le mouvement du prolétariat, qu’il faut rendre conscient, former, organiser, vers l’Etat-Commune, la démocratie effective, de l’autre la préservation de l’État capitaliste toujours plus autoritaire et envahissant, que ce soit en mode « Bolsonaro » ou en mode « Maduro » !

Voila pourquoi il ne saurait y avoir aucun état d’âme à avoir combattu la politique de rupture avec le mouvement ouvrier de J.L. Mélenchon, et à soutenir la lutte des gilets jaunes sur le terrain. Dans les deux cas, il s’agit de politique prolétarienne.

L’explosion sociale et la crise de régime ouvertes en novembre-décembre 2018, loin de confirmer les pronostics de J.L. Mélenchon, les ont infirmés : sa « révolution citoyenne » devait passer par les urnes, manière imprécise de dire qu’elle devait passer par les institutions de la V° République. Il devait gagner la présidentielle pour ce faire, mais en refusant de regrouper le mouvement ouvrier, il a juste raté le coche. Il devait ensuite gagner les législatives pour imposer une cohabitation à Macron, dans le cadre des institutions, le résultat fut bien entendu l’inverse : une assemblée croupion à hégémonie macroniste, aujourd’hui rejetée, comme le président, par la lutte sociale. Il a ensuite, c’est déjà loin, appelé à manifester contre les ordonnances Macron contre le code du travail en fixant par avance une date (le 20 septembre 2017) qui suivait leur adoption …

La suite à l’avenant : ce n’est pas tant pour des raisons idéologiques (« populisme », « populisme de gauche », ou retour à l' »union de la gauche » ?), écume des questions de fond, qu’en raison de l’opposition pratique du chef de la FI à toute rupture avec la V° République, ne dénonçant Macron que pour anticiper la cohabitation avec lui, n’ayant que les Européennes comme perspective, et déclarant être contre « la grève générale » (intervention à l’Assemblée nationale, début juillet 2017), que la FI s’est affaiblie, divisée, et a finalement reçu les gilets jaunes sans doute comme une divine surprise, mais à laquelle elle n’avait contribué en rien. 

Appendice.

Dans ce processus, le fonctionnement bonapartiste dit « gazeux » de cette organisation [ La France Insoumise ] a produit un phénomène spécifique qui pourrait faire les délices d’une étude socio-psychologique : la sécrétion continuelle de candidats au rôle de conseillers-courtisans du chef, régulièrement éconduits et mis au piquet – « bannis », sic.

Ce samedi 12 janvier une partie de ces pieds écrasés, adhérents sincères ou non du « populisme », tout court ou « de gauche », se sont rassemblés sur la base suivante : « la souveraineté de la nation et des droits sociaux », saluant la levée du « peuple oublié » (mais surtout pas du prolétariat, terme absent de toutes leurs proclamations), et posant la question, pour y répondre oui : « la souveraineté d’une république laïque, démocratique et sociale, est-ce suffisant pour rassembler ? » (Jacques Cotta).

Le trio central de ce regroupement est constitué du tandem Collin-Cotta, qui avaient tenté de retrouver le rôle de conseiller-coach-porte-plumes de J.L. Mélenchon, plus un grand éconduit récent de celui-ci, D. Kuzmanovic, représentant de la « ligne Poutine », contre les Ukrainiens, contre les Syriens, pour Maduro, pour l’armée française, sa présence en Afrique, son arme nucléaire …

L’appel sur lequel se base ce regroupement ne dit pas un mot de la V° République, et pour cause. Or, pour reprendre les termes de Cotta, comment avoir une république laïque, démocratique et sociale sans rompre avec la V° et son appareil d’État ?

La préservation de celui-ci est le non-dit qui sert de base à ce regroupement. Causons souveraineté, laïcité, démocratie, Europe, mais gardons « notre » État.

Du point de vue de la démocratie réelle et conséquente, qui est celui du prolétariat, cet appareil doit être DÉTRUIT. Pas de constituante souveraine sans destruction de l’armature préfectorale et bonapartiste !

Ainsi castrée, la « souveraineté d’une république laïque », etc. façon J. Cotta, est effectivement une base pour rassembler large, puisque la NAR (Nouvelle Action Royaliste), organisation qui préconise une monarchie constitutionnelle, rompant avec l’UE, et rénovant les corporations maurassiennes sous une forme autogestionnaire, est de la partie ! Ainsi la « république laïque, etc. », façon Cotta, pourrait-elle avoir un roi !

Rassembler large vaut bien une messe : n’a-t-elle pas déjà un président, cette chère « république » ?

L’État capitaliste français a aujourd’hui un représentant, Macron. Sa politique, outrances, provocations et gags compris, découle des intérêts généraux du capital en France. Le regroupement des éconduits de Jean-Luc renforcé des monarchistes modernes (plus un secteur issu du MRC, plus le Pardem, ses rivaux du MS21, etc.) s’imagine être plus proche du « peuple » en gilets jaunes que ce dernier, mais en se structurant sur la base réelle de la préservation de l’État capitaliste existant, il ne fait que dessiner, à partir de la crise de la FI, les contours d’une version « gauche » (pour l’instant) de Debout La France.

C’est la question malicieuse que pose la journaliste du Figaro à Jacques Cotta (le Figaro du 11 janvier), à laquelle celui-ci répond que « Dupond-Aignan et Le Pen ne sont pas en faveur d’une véritable répartition des richesses« . Certes, mais ne pourrait-on point considérer qu’à certains égards, ils ne sont pas contre la « souveraineté d’une république laïque, démocratique et sociale » telle que redéfinie en creux par J. Cotta et par l’appel Collin-Cotta-Kuzmanovic, conservant l’appareil d’État de la V° République ? Tout reste donc possible !

VP, le 13/01/18.

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Le point au 13 janvier 2019

Le week-end des 5 et 6 janvier a vu les mouvement des gilets jaunes repartir de plus belle, déjouant les souhaits et prévisions du pouvoir, affrontant directement ses forces de police le 5, mettant en avant les femmes travailleuses dans une vague historique de manifestations féministes au sens fort du terme dans ce pays, le 6.

Tout au long de la semaine, la ligne de dénonciation de la « foule haineuse », lancée par Macron dans ses vœux du nouvel an, a prévalu au niveau du pouvoir et des principaux médias. Le prétendu philosophe Luc Ferry a dit tout haut ce que toute la macronie pense et dit plus ou moins ouvertement, à savoir qu’il serait temps de tirer sur la foule (il a en effet appelé police et armée à se servir de leurs armes !). Et le trouble Castaner, la veille du samedi 12, lançait la provocation : les manifestants, annonçait-il, seraient les complices des casseurs.

La journée du samedi 12 janvier a donc été une nouvelle défaite politique pour ce pouvoir exécutif engagé dans la fuite en avant répressive, suite logique de sa fuite en avant dans les contre-réformes antisociales.

D’une part, il n’y a pas eu de morts (en France ; en Belgique un gilet jaune renversé par un camion est décédé sur un barrage) malgré les violences policières (au moins deux yeux crevés, à Paris et à Bordeaux …).

D’autre part, Castaner a bien dû avouer que la mobilisation était en hausse, bien qu’il ait arrêté les compteurs à 86 000, chiffre aussi absurde qu’à l’accoutumé.

Il faut prendre la mesure de ce qu’est une situation dans laquelle se pose, de samedi en samedi, la question de combien de morts et de blessés fera la répression.

Elle entraîne bien entendu la nécessité de l’unité contre la répression et de l’organisation du secours et de la défense juridique contre un État qui n’est pas, si tant est qu’il l’ait déjà été, l’État de droit, et en la matière on constatera une fois de plus la carence du mouvement ouvrier et démocratique « traditionnel » dans ses principales composantes.

Mais plus encore, la répression et l’hystérie de la « macronie » attisent la question démocratique centrale, celle que tous les états-majors politiques esquivent : qu’ils dégagent.

Parmi les gilets jaunes, la poussée vers l’auto-organisation consistant dans la délégation et la coordination, prenant la place des porte-paroles autoproclamés et incontrôlables, progresse depuis le second appel de Commercy, auquel ont répondu favorablement de nombreux regroupements de gilets jaunes comme celui de Montreuil.

Et, même mouvement sur le fond, les gilets jaunes de Toulouse s’adressent aux organisations syndicales pour aller les chercher afin d’aller à la grève générale.

Unité avec les organisations ouvrières et élections de délégués mandatés et révocables, là est la voie du succès.

Dans l’intérêt d’un tel développement, il convient donc de dénoncer et de faire toute la lumière sur la manière dont s’est constitué un « service d’ordre » de « brassards blancs » dans la manifestation parisienne des gilets jaunes d’hier.

En effet, il apparaît que l’extrême-droite a infiltré ce SO d’une cinquantaine de membres, très mobiles, au point de le contrôler de fait. Victor Lenta, ex-para, « identitaire », soupçonné d’avoir pris part à l’incendie d’une mosquée en 2009, et mercenaire de Poutine dans le Donbass alors que beaucoup de gilets jaunes se réfèrent, à juste titre, au Maïdan ukrainien pour définir leur mouvement, a été identifié dans ce SO.

Beaucoup de gilets jaunes veulent à juste titre un SO, mais pas pour les encadrer eux, pour les protéger et, au besoin, faire bloc contre les charges policières. Ce n’est pas ce qu’a fait le SO façon Lenta, soucieux d’interdire tout affrontement avec la police au motif de ne pas céder aux provocations : le cas échéant les liens policiers de ce provocateur poutinien devront eux aussi être éclaircis.

Enfin, ceci évitera aux anti-gilets jaunes professionnels de compléter la provocation en affirmant mensongèrement, ainsi qu’on peut le lire sur les réseaux sociaux, qu’en « choisissant » un Lenta les gilets jaunes auraient « choisi leur camp » !

 * * *

Où en est Macron ?

La fuite en avant répressive, déjà en cours, ne marchera pas, c’est clair. S’ils tirent, la marée ne refluera pas, bien au contraire.

La dissolution de l’assemblée en l’état actuel n’aurait qu’un seul résultat certain : l’élimination des élus macronistes. Un référendum tel qu’il en est question dans les hautes sphères suppose d’avoir fabriqué un minimum de faux consensus auparavant, et ils n’en sont pas là.

Macron ne peut donc que continuer à naviguer à vue en combinant répression et participation, en une sorte de caricature bégayante de ce qu’avait été l’action de l’exécutif gaullien entre mai-juin 1968 et le Non au référendum de 1969.

Le « grand débat » a commencé par deux épisodes illustratifs.

Le Conseil Économique, Social et Environnemental, institution vouée à la « participation » et à l’association des syndicats aux décisions du pouvoir, a lancé un questionnaire qui, trusté par la droite et l’extrême-droite, a vu quelques milliers de réponses (autant dire rien du tout) mettre en tête des « préoccupations des Français » la remise en cause du mariage pour tous. Tout en faisant accuser les gilets jaunes d’être les coupables, le pouvoir a confirmé que, à la différence de l’ISF, un tel sujet n’est pas tabou pour lui !

Deuxième épisode, la présidente du machin censé organiser les débats publics, Chantal Jouanno, a démissionné de l’organisation du « grand débat », son salaire indécent de haute fonctionnaire, de près de 15 000 euros (une paille il est vrai, comparé aux grands actionnaires !) ayant été connu suite à des questions sur Twitter.

Ces deux petits épisodes résument bien les choses. CGT et Solidaires ont boycotté la réunion inaugurale. Mais c’est la totalité du « grand débat » que les organisations syndicales ainsi que les associations d’élus doivent boycotter !

Non pas seulement parce qu’il s’agit d’une farce et que tout le monde le sait. Mais parce que c’est, avec le dialogue social sur les retraites et le statut de la fonction publique, l’ultime planche de salut de Macron qui veut ainsi tenir jusqu’aux Européennes.

L’unité « gilets jaunes/gilets rouges », la voie du succès pour les gilets jaunes comme pour la jeunesse et pour les grévistes dans des centaines de petites et moyennes entreprises de tous les secteurs, exige que l’on ne collabore pas avec Macron ou ses ministres mais qu’on les combatte, pour nos revendications !

 Pas de participation à la farce du « grand débat » !

Que les représentants syndicaux arrêtent tout « dialogue social » sur la casse sociale !

L’issue politique c’est : Macron dégage !

Ce ne sont pas les droits sociaux qu’il faut casser,

c’est l’État de la V° République : unité dans le blocage et la grève générale !

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Les menaces de Castaner, les raisons de manifester

Castaner a déclaré que « tous ceux qui manifesteraient demain seront complices des casseurs ».

C’est une attaque frontale contre la liberté d’expression, de manifestation. C’est la menace physique comme seule politique.

LA DÉMOCRATIE C’EST DEHORS MACRON, CASTANER et BENALLA !

DEMAIN SAMEDI MANIFESTONS EN MASSE.

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La fabrique présidentielle de la haine

L’extrême gravité de la crise au sommet de l’État en France, avec le message venu d’en bas avec la crise des gilets jaunes, mais aussi le mouvement lycéen et les grèves, forme un précipité explosif contenant la virtualité du renversement insurrectionnel d’un pouvoir exécutif, non plus seulement en Tunisie, en Égypte, en Libye, ou en Ukraine, mais dans l’un des principaux pays impérialistes du monde.

Difficile unité de l’État contre l’Ennemi.

L’appareil d’État menacé de déstabilisation doit donc être repris en main et ceci n’est possible que par son unité contre l’ennemi. Et l’ennemi – l’Ennemi – ce sont les prolétaires, la majorité de la population, qui ne veulent pas de la destruction des conditions humaines d’existence que portent les contre-réformes macroniennes. Mais cet Ennemi ne peut pas être désigné comme tel en public. En public il est désigné ainsi :

« Que certains prennent pour prétexte de parler au nom du peuple : mais lequel, d’où, comment ? Et n’étant en fait que les porte-voix d’une foule haineuse, s’en prennent aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c’est tout simplement la négation de la France. » (discours de Macron le soir du 1° janvier).

La fabrique présidentielle de la haine fonctionne en deux temps.

Premier temps : la haine est celle que porte l’Ennemi, elle n’est pas en nous, qui sommes la vertu contre le vice, la liberté contre l’esclavage, la raison contre les fake news, le bien contre le mal, la tolérance contre le racisme, la bienveillance contre la haine, etc. (la liste des binômes peut bien entendu s’allonger selon les besoins).

C’est l’Ennemi qui est haineux. Il menace la démocratie puisqu’il s’en prend aux élus (Macron s’était pourtant vanté de n’avoir été qu’une seule fois l’élu du suffrage universel !). Donc, « les élus », en réalité un seul d’entre eux, le président de la V° République, l’Élu, représentent la liberté, la bienveillance, le refus du racisme et de l’antisémitisme, et attaquer cet élu, c’est porter en soi tout ce qui menace ces bonnes choses.

C’est l’Ennemi qui représente « la violence » : « la violence », au début de la crise, était imputée par M. Castaner à « l’ultra-droite et l’ultra-gauche« . Ces derniers restes de pudeurs sont abandonnés par l’exécutif à présent. « La violence » est celle de « la foule », euphémisme désignant le peuple ou le prolétariat, la foule méchante.

Par exemple, quand des milliers de femmes gilets jaunes, n’acceptant pas de se faire nasser dans les rues de Paris par des hommes armés, comme cela se pratique depuis Valls contre toutes les manifestations socialement importantes dans la capitale, ont résisté, et ont cassé les cordons policiers.

Par exemple, un boxeur très pro est intervenu pour dégager une voie publique dans laquelle les CRS s’apprêtaient à charger et confiner les gens, soumis aux tirs de grenades, aux coups, et aux tirs de flash-balls visant délibérément la tête et les yeux. LA « violence » n’est pas celle des forces dites de l’ordre, habilitées à frapper de plus en plus : elle est le fait du seul Ennemi, la « foule haineuse ».

La « foule haineuse » est nourrie de fake news. Que des macroniens aillent, délirant, sur les réseaux sociaux à s’imaginer que Poutine paye les manifestants, que l’on impute aux gilets jaunes le fait que le « grand débat » de Macron commence par la remise en cause du mariage pour tous, permise en réalité par le questionnaire du Conseil Économique et Social, ce ne sont pas des « fake news » : seule la « foule haineuse » se nourrit de fake news. La foule haineuse ne sait que haïr et nourrir sa haine.

Et elle est, bien entendu, raciste, antisémite et homophobe. Quand Macron dit, dans le même discours, que « Le capitalisme ultra-libéral et financier, trop souvent guidé par le court terme et l’avidité de quelques-uns, va vers sa fin », il ne fait pas de démagogie à la petite semaine, il ne cherche pas à tromper son monde en organisant une « participation » des exploités à leur propre exploitation au nom du « bien commun » auquel tous doivent se soumettre. Mais si la même phrase, exactement la même phrase, est prononcée par des gilets jaunes ou des opposants à Macron, c’est … de l’antisémitisme !

On ne compte plus, en effet, les tweets et message macroniens traitant d’antisémite quiconque dénonce le rôle de la finance et des banquiers dans la politique de Macron. Et comme il a bel et bien travaillé chez Rothschild, cela tombe bien, si l’on peut dire : cela tombe bien pour les inventeurs d’accusations d’antisémitisme qui sont à l’affût de toute mention, non seulement de « Rothschild », mais des « banquiers » ou du « capitalisme ultra-libéral et financier », et cela tombe bien pour les antisémites qui sont tout heureux de cet amalgame.

D’ailleurs, l’amalgame entre qui dénonce les liens de Macron avec la finance et l’antisémitisme ne redouble-t-il pas celui entre Juifs et finance en laissant croire que parler finance c’est, toujours, parler des Juifs ? Autrement dit, le non-dit antisémite n’est-il pas à l’œuvre et n’est-il pas activé par les propres pourfendeurs patentés de l’antisémitisme commis à la défense de Macron ?

Cette question n’est pas une provocation, elle est réelle et souligne le jeu très dangereux du macronisme menacé et radicalisé. Elle nous conduit en effet au second temps du fonctionnement de la fabrique présidentielle de la haine.

Le premier temps consiste, on vient de le voir, à se convaincre que la haine, c’est l’autre. Macron et son monde ne sont pas la haine, ils sont la « bienveillance » (un terme de management particulièrement prisé par M. Blanquer).

Le second temps est celui où l’on peut haïr en toute immunité, puisque la Haine est attribuée à l’Ennemi.

Si la Haine, c’est l’Ennemi, celui des ronds-points, alors l’Ennemi est forcément nauséabond, puisqu’il est raciste, forcément susceptible d’être frappé, blessé, violenté, puisqu’il est violent, forcément contraignable à des leçons de morale, bienveillantes of course, puisqu’il est sale et homophobe, et il est forcément l’instrument d’un complot, puisqu’il est complotiste.

De sorte que tous les mécanismes psychologiques et psychiatriques du racisme et de l’antisémitisme, imputés comme étant les tares quasi congénitales de l’Ennemi, sont en fait à l’œuvre dans les représentations macroniennes en voie de radicalisation.

Un air de déjà vu.

Les injonctions selon lesquelles reconnaître la réalité prolétarienne des évènements présents constituerait un « déni » de la place de tels ou tels réseaux, de tel ou tel individu porte-parole autoproclamé, de telles ou telles manœuvres, de tels ou tels préjugés s’exprimant parfois dans la masse, toutes choses qui proviennent ou qui pourraient faire le jeu de l’extrême-droite, tombent à plat car il n’est nul besoin d’enjoliver le prolétariat pour comprendre le potentiel et l’actualité de son mouvement.

En fait, ce sont ces injonctions qui ont pour fonction de dénier cette réalité prolétarienne. Ce faisant, ce sont aussi elles qui font le jeu de l’extrême-droite, en tentant d’interdire de l’affronter dans les consciences là où ces consciences se mobilisent, et parfois en lui faisant la faveur de la présenter comme dominant idéologiquement ce mouvement, ce qui relève du fantasme et révèle, en contrepoint, l’état de dégradation de certaines consciences à « gauche » dont la propre pensée est conforme au « complotisme » tant dénoncé.

Il y a comme un air de déjà vu dans la description diabolisante des gilets jaunes.

Quand les Syriens se sont soulevés contre Bachar el Assad, ou les Lybiens contre Kadhadi, des voix se sont immédiatement levées pour dénoncer l’islamisme, le localisme et les provocations de tels ou tels services secrets. Lorsqu’elles étaient sincères, ces voix ont fait le jeu de la répression sanguinaire contre les révolutions arabes, particulièrement en Syrie.

Quand les Ukrainiens se sont dressés pour arracher leur pays aux oligarques liés à la Russie, des voix, les mêmes ou d’autres, se sont élevées pour dénoncer la présence d’organisations d’extrême-droite sur le Maidan, tout à fait réelle, et nier le contenu démocratique du mouvement de masse portant le nom de Maidan. Lorsque ces voix étaient sincères, elles ont fait le jeu de la contre-offensive impérialiste russe et de ceux qui, d’une manière haineuse, qui n’est pas sans évoquer la représentation du peuple chez les macroniens, traitaient en bloc les Ukrainiens de « nazis ».

Les mécanismes de la diabolisation sont les mêmes et, dans tous les cas, ils se servent de la complexité du réel pour la réduire à un schéma binaire, accusant tout point de vue différent de « déni » ou de « dissonance cognitive ».

Pourtant, dans les cas syrien et ukrainien, ces mécanismes relevaient d’une vision géopolitique en apparence symétriquement inverse de celles de beaucoup des dénonciateurs du prétendu « fascisme » des gilets jaunes.

En effet, les contempteurs des révolutions arabes et du Maidan y voyaient des manipulations montées par l »‘Occident », l’Amérique, ou Israël, alors que bien des pourfendeurs de gilets jaunes verraient plutôt en eux l’incarnation d’un certain « Orient », celui de Poutine et des réseaux complotistes liées de près ou de loin à ses services.

Du coup, amusant pied de nez aux « campistes » de l’un ou l’autre camp, qu’ils se disent fascinés ou horrifiés par tel ou tel gilet jaune, il se trouve que beaucoup de gilets jaunes ont découvert le Maidan ukrainien comme très parlant pour eux, et se partagent le documentaire Winter of fire d’ Evgeny Afineevsky, diffusé sur Netflix – la comparaison entre la dimension atteinte, notamment les 1° et 8 décembre 2018 à Paris, et le Maidan, est en réalité naturelle et de bon sens, s’agissant de deux pays européens.

Ces visions opposées ont quelque chose de fondamental en commun : elles partagent le monde existant en camps géostratégiques et elles ont choisi l’un d’eux. Elles défendent donc l’ordre existant dans leur « camp », que se trouve être l’ordre mondial capitaliste commun aux différents « camps », même s’ils se font la guerre. Défendre la révolution syrienne, le Maidan ou les gilets jaunes, ensemble, peut au mieux se faire depuis un troisième et tout autre camp, celui du prolétariat.

Et du point de vue de ce troisième camp, celui de l’immense majorité, le message du Maidan apte à intéresser des gilets jaunes est très simple : c’est un affrontement physique avec l’appareil d’État allant jusqu’au départ du président …

Sédiments charriés et dynamique réelle.

Il n’est nullement nécessaire de se faire une représentation angélique, qui inverserait les termes manichéens de la pauvre idéologie macronienne, de ce que sont non seulement les gilets jaunes, mais le prolétariat en général.

Il n’existe pas de vertu prolétarienne, et le prolétariat n’est pas un sujet révolutionnaire prédestiné, il s’agit simplement de la majorité humaine qui ne peut vivre qu’en vendant sa force de travail, et qui y arrive ou non.

Tout ébranlement massif du prolétariat charrie avec lui pas mal de limon dont quelques composantes peu sympathiques.

A plus forte raison quand il s’agit d’un ébranlement qui, arrivant après des décennies de décomposition du mouvement ouvrier traditionnel tel que l’ont marqué le stalinisme et la social-démocratie, ne s’est pas tourné vers les organisations traditionnelle, rejetant les partis, et décidant d’agir, sans les rejeter, indépendamment des syndicats.

Non seulement des préjugés divers s’expriment – et sont d’ailleurs, ainsi, soumis à publicité, discussion, évolution, la « foule » sachant apprendre et discuter ! -, mais il est clair que des individus et/ou des réseaux complotistes ont joué un rôle important dans l’étincelle initiale, sans qu’ils aient d’ailleurs prévu ce qu’elle allait entraîner. Bien que le RN ainsi que DLF, qui avaient escompté une forte publicité initiale, n’aient pas su ni voulu appuyer le vrai caractère d’un mouvement prolétarien qui revendique hausse massive des salaires et vraie démocratie, certains de leurs émissaires et des réseaux parallèles sont présents. Ils ne déterminent en rien le contenu social du mouvement, et les dénonciations des « gilets jaunes » fascistes font leur jeu, comme les insultes gouvernementales.

Précisons encore qu’il ne s’agit pas d’un mouvement « populiste » au sens des manifestations qui, en Italie, ont conduit au Movimiento Cinque Stelle.

Celles-ci, massives, étaient beaucoup plus dominées par la véritable petite bourgeoisie, notamment le petit patronat d’Italie du Nord, et aussi les couches intellectuelles appauvries qui avaient longtemps soutenu la gauche traditionnelle, les uns et les autres beaucoup moins présents sur le terrain dans la situation française actuelle – les couches « moyennes » intellectuelles culturellement « de gauche » étant souvent méfiantes ou apeurées par les gilets jaunes, alors qu’en Italie elles sont largement passées au M5S.

Ces manifestations italiennes se sont définies d’emblée comme un mouvement politique, remettant certes en cause la « classe politique » dans son ensemble, mais non pas véritablement le régime néo-parlementaire italien, alors que l’effet de centralisation sur la figure présidentielle, qui ne provient pas des gilets jaunes au départ, mais du régime et du président eux-mêmes, conduit le mouvement actuel en France à exiger son départ, et pas pour le remplacer.

De plus, en France, les organisations se définissant peu ou prou comme « populistes » en n’entendant plus être des « partis » sont apparues et occupent le terrain, depuis bien avant le mouvement social des gilets jaunes. Ce sont le FN devenu RN et, sur ses franges, les DLF, Philippot, UPR et autres, c’est d’autre part la FI, et l’on ne peut pas dire que les uns ou les autres soient en train de recruter sur les ronds-points. Et c’est aussi … LREM (sans commentaire !).

Les récentes déclarations de Luigi Di Maio apportent certes de l’eau au moulin de l’antienne que répètent en boucle tous les apeurés de ce côté ci des Alpes, « ça finira comme en Italie« . Mais en Italie, on sait très bien que ce qui inspire le dirigeant du M5S c’est la peur de s’effondrer aux européennes, entre abstentions, concurrence éventuelle à gauche et surtout vampirisation par la Lega. Et donc, les chefs du M5S, qui avaient noué des contacts suivis avec … LREM, se font soudain « gilets jaunes », et Salvini en riposte fait une surenchère démagogique. Visiblement exécutif et Affaires étrangères en France ne croient pas que le gouvernement italien, qui vient de s’accorder avec Bruxelles en reportant à plus tard les mesures sociales du programme du M5S, soutienne réellement leur renversement, au vu de leurs réactions de plus modérées.

Non pas « populiste », donc, que ce soit ou non au sens du « populisme de gauche » à la Mouffe-Laclau, mais prolétarien, et par là populaire et, à sa façon, national et démocratique, ce déferlement ne correspond donc pas non plus à la « révolution citoyenne » de J.L. Mélenchon, sauf à admettre, ce à quoi ce dernier est d’ailleurs peut-être disposé, qu’il a échoué à représenter ce qui arrive finalement.

Le contenu démocratique de cette vague est exprimé maladroitement par le thème du « RIC », le référendum d’initiative citoyenne, qui s’est imposé comme un substitut partiel à l’exigence de démission de Macron après le 10 décembre, mais qui ne l’a pas remplacé dans les slogans des manifestations. Après avoir conspué ce thème en raison de sa défense par les réseaux confusionnistes de Chouard et autres, bien des macroniens s’apprêtent à tenter de le récupérer dans un rafistolage de la V° République en mode panique.

L’attachement de nombreux gilets jaunes au « RIC » se comprend : il signifie une poussée vers la vraie démocratie, non pas une pure et simple démocratie directe, mais une démocratie dans laquelle les représentants seraient élus après de vrais débats, dotés d’un vrai pouvoir au détriment de l’appareil exécutif de l’État dont on pourra se passer, pleinement responsables et donc révocables, selon des procédures (réunion des assemblées primaires) qui avaient été dessinées en 1793.

Ce contenu se dirige purement et directement sur la destruction de l’exécutif parasitaire et superflu, et il est à cet égard autrement plus civilisé que ceux qui nous gouvernent.

Or, la diabolisation de l’Ennemi se polarise sur ce contenu démocratique : le fait de cibler l’exécutif, de manifester vers l’Élysée, est amalgamé au « pire », au fascisme, à l’antisémitisme, etc., afin de légitimer une répression déchaînée.

L’Ennemi, c’est celui qui menace le pouvoir exécutif dans son existence même. Mais cette menace, c’est la démocratie !

VP, le 09/01/2019.

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En France, la crise du régime s’approfondit – 2ème partie

Benalla-Macron-Crase-Djouhri-Sarkozy-Déby-Makhmudov-« Lucas P. » … ou la mère de toutes les crises au sommet !

 

Une petite récapitulation à son sujet nous sera utile. Rappelons donc qu’au départ, nous avons la révélation, par la presse (Le Monde puis Mediapart) de faits de violence commis par le dénommé Alexandre Benalla, se faisant passer pour un policier, dans la répression des manifestations du 1er mai 2018. L’on apprend rapidement que cet individu est en charge de la sécurité, publique et privée, de Macron et de son épouse, à la fois majordome et garde du corps très proche, et qu’il est missionné pour réformer tout l’appareil de la sécurité présidentielle, en confiant celle-ci à des officines privées dont il aurait été le manager-coordonateur. Quoi qu’inculpé, Benalla bénéficiera d’un traitement de faveur : perquisition tronquée, passes-droits divers, et, comme on l’apprendra par la suite, restitution de ses passeports diplomatiques.

L’un de ses acolytes, Vincent Crase, permanent LREM et gendarme en disponibilité, a fondé une officine, « Mars conseil » ( « Mars » signifiant pour les initiés : proche de « Jupiter », c’est-à-dire de Macron !), laquelle recevait, au moment même où l’Assemblée nationale fonctionnait comme une assemblée pour la seule et dernière fois de la présidence Macron en formant une commission d’enquête sur Benalla, près de 300.000 euros de la part d’un compte monégasque lié à l’oligarque russe Makhmudov, réputé proche de Poutine, actionnaire des fusils Kalashnikov, et régulièrement accusé par les médias indépendants d’être un mafieux de premier plan. Lequel V. Crase a finalement à son tour été inculpé, comme Benalla, pour des faits de violence commis en commun au Jardin des plantes le 1er mai. Pour terminer (provisoirement ?) sur le cas Crase, ajoutons que cet individu avait publié, en 2011, un recueil de poésies … oui, mais de « poésies » empreintes de références et d’une iconographie relevant de … l’ésotérisme nazi.

Pendant ce temps, les auditions parlementaires terminées et l’Élysée tentant de la jouer en mode « plus rien à signaler », oups, voila qu’A. Benalla est signalé à Londres, en rendez-vous avec un autre Alexandre, A. Djouri, « l’homme d’affaires le plus sulfureux de la Sarkozie » selon Libération (oui, de la Sarkozie, pas de la Macronie), un homme des réseaux « françafricains » de la V° République, au cœur de l’affaire du financement kadhafiste de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007, réputé ne pas mettre les pieds en France pour éviter une garde à vue. L’intermédiaire entre Benalla et Djouhri serait un certain « Lucas P. », fiché S pour des transferts de fonds douteux qui seraient eux-mêmes liés à des trafics d’armes centrés au Nigéria.

Voici ensuite qu’au moment où, juste après avoir peut-être cru surmonter la crise des gilets jaunes, Macron se rend au Tchad rencontrer son partenaire le sanguinaire Idriss Déby pour Noël 2018, l’on apprend que Benalla l’avait précédé de 15 jours pour un voyage qui, selon lui, ne concernait que des « affaires privées » – à savoir l’investissement de 250 millions d’euros dans on ne sait quels grands travaux tchadiens ( ? ), pour le compte de ses commanditaires, millionnaires de diverses nationalités : Benalla en effet, se serait reconverti dans le « conseil » aux chefs d’État africains, et via le « conseil », dans les « affaires ». Pour ce faire, Benalla a rencontré le frère d’Idriss Déby. Puis, finalement, on apprend qu’il s’était entretenu longuement avec le dictateur tchadien en personne …

Compte-tenu des connections « oligarcho-poutiniennes » de son pote Vincent Crase évoquées ci-dessus, il est judicieux, à ce stade de notre petit résumé, de préciser que le véritable objet de la visite de Macron à Déby était la situation en République centrafricaine, où la gabegie françafricaine a permis, depuis un an, à tout un appareil de mercenaires russes de se positionner en protecteurs attitrés du frêle pouvoir théoriquement en place.

Poursuivons. Alors qu’il était encore permis de dire, pour qui voulait tenter de stopper cet entrelacs de « révélations » et d’en enterrer les résonances, que Benalla avait contacté Djourhi (un Benalla de Sarkozy), et rencontré Idriss Déby, pour ses seules « affaires » africaines, et que le fait qu’au même moment, Macron reçoive Sarkozy pour préparer son intervention du 10 décembre (« Macron, c’est moi en mieux » – dixit N. Sarkozy ; mais est-ce que Benalla, c’est Djourhi en mieux ? ), n’avaient bien entendu rien à voir l’un avec l’autre – et que seuls des « complotistes » pourraient, qui plus est, supposer des liens reliant ces deux séries de rencontres avec les connexions russes de V. Crase … -, à ce stade, donc, voici que Benalla vient lui-même interdire qu’on puisse s’en tenir là.

En effet, excédé, à ce qu’il paraît, de la réputation qui lui est faite, ce grand sentimental incompris choisit de faire savoir que de toutes façons, il s’entretient très souvent avec Macron, sur tous les sujets, et notamment sur les gilets jaunes !

L’assurance, très professionnelle, avec laquelle le journal Mediapart affirme que ces propos sont crédibles, achève d’enfoncer le clou.

Ah oui, on allait oublier : les voyages africains de Benalla ont été effectués avec son passeport diplomatique qu’officiellement il n’avait plus.

Donc, Macron est resté en relation, comme avec un très précieux conseiller, avec un délinquant qui frappait ses opposants, et qui aurait dû être, dans son dispositif initial, le chef suprême de la sécurité présidentielle, le prétorien de Jupiter. Ce très précieux conseiller est en relation avec le principal dictateur africain allié de la France et le visite avant Macron, ainsi qu’avec l’homme des affaires africaines scabreuses de Sarkozy, au moment précis où Macron laisse faire savoir qu’il est en relations étroites avec le même Sarkozy. Par ailleurs, le pote de Benalla, Crase (poète ésotérique-nazi à ses heures …), a été payé pour on ne sait quoi par un oligarque proche de Poutine. Ah oui, un dernier détail, Sarkozy s’est rendu en Russie peu de temps avant que ses entretiens si peu protocolaires avec Macron ne soient ainsi connus. Ah oui, autre détail, à une question sur une rumeur concernant un entretien que lui-même aurait eu avec Macron la veille de son intervention du 10 décembre, donc pratiquement en même temps que Sarkozy, Benalla a répondu d’une manière contournée qui ne confirme ni ne dément.

Excusez du peu ! Et parions qu’il y en aura d’autres de cet acabit ! Lequel acabit doit être bien mesuré. Disons-le, l’ampleur des casseroles macroniennes soutient la comparaison avec un Donald Trump, y compris leurs possibles excroissances « poutiniennes » via les Crase, Sarkozy et Djouhri, tout du moins afro-poutinienne, cela en dépit de l’image que ses derniers admirateurs se font du chevalier blanc Macron, censé nous protéger des Trump comme des Poutine. La comparaison porte sur l’ampleur réelle, non encore mesurée par la plupart des commentateurs, de la crise au sommet que révèle cette glissade ininterrompue.

Cela étant dit, elle n’est pas de même nature que celle qui touche, simultanément, Donald Trump. Les casseroles de ce dernier sont très anciennes, sans doute des liens mafieux avec les services russes vieux de plusieurs décennies, d’après ce que laissent comprendre les documents que le procureur Mueller laisse filtrer au compte-goutte.

Dans le cas de Macron, le processus est différent. Il a pris, pour des raisons que lui-même ne maîtrisait pas, la place qui avait été promise à Valls par Hollande (de la même façon, quoi que de manière moins maîtrisée, que Sarkozy avait pris la place promise à De Villepin par Chirac : dans les deux cas ce sont les événements sociaux qui ont liquidé le premier aspirant). Il a été couvé par quelques hauts représentants du capital financier et mis sur le marché électoral, gagnant « par effraction » selon ses propres termes. Il lui restait alors à jouer sur l’effet de choc de son élection et des circonstances de celle-ci pour « réformer » à toute allure tout en se constituant une base personnelle, une camarilla type V° République. C’est dans cette course de vitesse qu’il s’est pris les pieds lui-même, en raison de la résistance sociale, manifestée plus encore dans les EHPAD, chez les retraités, et dans les « grèves invisibles », qu’à travers les journées d’action intersyndicales CGT/FO/FSU/Solidaires.

Avec l’affaire Benalla éclatait au grand jour la dimension à la fois crapuleuse, et l’immense médiocrité d’une petite « société du 10 décembre » (comme on disait déjà au temps de Napoléon III), constituée à toute allure dans le mode « start up » cher à Macron. Or, à partir du moment où sa présidence s’enfonce dans la crise et menace d’emporter l’ensemble des institutions de ce régime avec elle, sa petite bande le lâche. On l’a vu au niveau gouvernemental avec les démissions des ministres politiquement les plus significatifs de son premier gouvernement. On le voit avec Benalla, et surtout avec la possibilité qu’a Benalla de peser toujours sur son propre dispositif. Du temps de De Gaulle, on avait le SAC et l’OAS. Sous Macron, nous avons Benalla et Crase – c’est vraiment « Napoléon le petit » ! Les termes même des petites colères de Benalla contre les « technocrates nuls » qui, selon lui, entoureraient Macron à présent qu’il n’est plus directement là pour le serrer de près, rejoignent les propos prêtés au président dans les rubriques de la page 2 du Canard Enchaîné.

Il ne s’agit pas là de faits anecdotiques, mais d’une crise de l’État d’une gravité exceptionnelle. La « société du 10 décembre » en mode start up a commencé à ruer contre son parrain présidentiel, parce qu’elle ne veut pas sombrer avec lui, ou plutôt parce qu’elle veut tirer le maximum de prébendes, au besoin en le faisant chanter, avant qu’il ne sombre. Comme la crise dite des gilets jaunes à l’échelle du pays, c’est là un développement inédit dans les annales des crises de l’État bonapartiste.

Nota : pour nos lecteurs qui seraient surpris de l’ampleur de ce que nous décrivons, nous précisons que ces lignes s’appuient exclusivement sur la compilation des articles du Monde, de Mediapart, de Libération et du Canard enchaîné des derniers mois.

07-01-2019.

Lire la suite (à venir).

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En France, la crise du régime s’approfondit – 1ère partie

Qualifier une situation mouvante. 

C’est la plus grave crise du régime de la V° République depuis mai-juin 1968. Faut-il parler de crise révolutionnaire ou pré-révolutionnaire ? Pas encore de révolution, car une révolution, c’est une crise révolutionnaire qui remporte au moins une première victoire. Et la victoire serait clairement la destitution de Macron, qui causerait et qui amplifierait l’effondrement de la V° République, c’est-à-dire de l’appareil d’État capitaliste spécifique à la France, à savoir cette armature préfectorale, autoritaire, épaisse, étouffante aussi, voire surtout, quand elle orchestre « décentralisation » et « participation ». Mais c’est bien une telle victoire démocratique que profile, souhaite et appelle le mouvement des gilets jaunes, ainsi que les grèves dans les entreprises et les services sociaux, le mouvement lycéen, la vague qui monte pour les salaires, partout.

Pour comprendre cette crise avant de la caractériser d’une formule telle que « révolutionnaire » ou « pré-révolutionnaire », il faut bien prendre en compte le fait qu’elle combine les deux dimensions, celle de la crise en haut, qui a ouvert le processus et qui porte le nom d’ « affaire Benalla », et à travers lui plus généralement une décomposition accélérée, faisant suite à la tentative forcenée de restauration autoritaire de la V° République par Macron, et celle du mouvement d’en bas. Celui-ci ne date pas des gilets jaunes, mais s’il a pris cette forme, c’est en raison de la protection apportée de facto au régime, d’une part par les sempiternelles « journées d’action » intersyndicales combinées à la participation de toutes les centrales syndicales au « dialogue social », lequel consiste à être associés à la façon dont les retraites, les droits des chômeurs, le code du travail ou le statut des fonctionnaires devront être détruits, et d’autre part par la décomposition des partis traditionnels de gauche (et l’expression la plus avancée de celle-ci, la FI). L’explosion qui couvait clairement – ceci n’avait rien de secret – a donc pris une forme spécifique, particulière, s’emparant d’appels initiaux parfois très confusionnistes, puis balayant tout sur son passage.

Un moment « Benalla », amplifié par le départ de plusieurs ministres et la sectarisation d’un gouvernement de copains et de coquins symbolisé par M. Castaner, a donc été suivi d’un moment « gilet jaune », et c’est dans celui-ci que la dimension pré-révolutionnaire de la situation s’est imposée, s’est réalisée. La poussée sociale, sous ces formes spécifiques contournant et forçant les barrières dressées contre elle, a clairement posé la question de la destitution du pouvoir exécutif et de son renversement par l’action directe des masses insurgées. Elle ne l’a pas réalisée à ce jour, mais elle l’a mis à l’ordre du jour, elle l’a inscrit dans toutes les consciences et tous les esprits (y compris chez ceux qui affectent d’y penser toujours en n’en parlant jamais ou en n’en parlant que sur le mode de l’amalgame avec le fascisme, on y reviendra).

Et les mésaventures du sieur Griveaux en ce samedi 5 janvier prouvent s’il en était besoin qu’elle n’est pas disposée à « oublier » cet objectif : régler son compte au pouvoir exécutif.

Voila qui est déjà considérable, et d’une portée internationale qui inscrit les évènements français dans la période historique de lutte de l’humanité pour la vie, posant la question du pouvoir que le prolétariat doit résoudre, période ouverte par les révolutions arabes depuis 2011.

C’est pourquoi l’on peut, pour trancher la question terminologique en prenant bien garde à ne pas figer les choses, parler de crise pré-révolutionnaire, mais dans un sens bien précis : une crise qui met en perspective la nécessité d’une révolution, et donc aussi le débat sur sa nature et son contenu. Les gilets jaunes de novembre-décembre 2018 ont été l’équivalent pour le régime de la V° République de ce que furent les manifestations de Saint-Pétersbourg de janvier 1905 pour le régime tsariste. Et les « quarante ans » souvent évoqués pour dire que « la colère vient de loin » – quand Macron dit ça, c’est un pauvre exorcisme pour faire croire qu’il n’en serait pas la cause ! – nous renvoient à mai-juin 1968 et au travail commencé alors, mais pas fini, livrant les travailleurs et la jeunesse à la montée de la précarité et de la décomposition sociale. Il faut donc le finir. La démission de De Gaulle, effet différé de mai-juin 1968, avait assuré la longue survie de ce régime. La démission de Macron, exigée spontanément par des centaines et des centaines de milliers de prolétaires, de petits bourgeois paupérisés, de femmes travailleuses, de jeunes scolarisés, doit lui apporter son point final.

La « trêve des confiseurs » n’en pas été vraiment une cette fois-ci. Et les événements des 5 et 6 janvier, non seulement les importantes manifestations, les affrontements et l’intrusion dans le sous-ministère de M. Griveaux, le samedi, mais le mouvement des « femmes gilets jaunes », de ce prolétariat féminin qui, des EHPAD aux gilets jaunes, constitue véritablement le socle du soulèvement actuel, de ce dimanche, confirment que la crise va continuer. Elle ne peut que combiner, de manière croissante, ses deux dimensions jusqu’alors successives en apparence : la crise au sommet et le mouvement d’en bas. Et en effet, à peine Macron avait-il prononcé son discours du 10 décembre, que rebondissait l’ « affaire Benalla ».

07-01-2019.

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Publié dans Editorial, France, Gilets jaunes | Laisser un commentaire