Comprendre l’affaire de la mer d’Oman.

Les faits.

Jeudi 13 juin, deux pétroliers, un japonais et un norvégien (sous pavillon, respectivement, du Panama et des Îles Marshall), transportant du pétrole saoudien et émirati, ont été attaqués et incendiés par des agresseurs non identifiés, puis secourus par des garde-côtes iraniens, en mer d’Oman, peu après être sortis du golfe persique en franchissant le détroit d’Ormuz. Immédiatement, la présidence états-unienne a dénoncé une agression iranienne, puis diffusé une vidéo montrant les supposés secours iraniens aux flancs du navire, en train de procéder à une opération sur sa coque. Selon Trump (avec sa certitude habituelle à proclamer tout et son contraire) et Bolton, ils enlevaient une mine iranienne n’ayant pas explosé pour effacer leurs traces. L’opérateur japonais affirme quant à lui que le navire a reçu un projectile aérien.

Le gouvernement iranien a dénoncé un «sabotage diplomatique» relevant du «terrorisme économique» des États-Unis – une formulation qui reprend les termes des communiqués chinois visant la «guerre commerciale» de Trump.

«the quintessential false flag operation»

Le plus grand scepticisme est de rigueur et il prévaut de fait dans la diplomatie internationale, concernant le récit états-unien. Même aux États-Unis, ce n’est rien moins que le New York Times qui a évoqué, dans un article important paru le 14 juin, l’incident du golfe du Tonkin en 1964, où le président Johnson prit prétexte de l’attaque de deux destroyers US au large du Nord-Vietnam pour élargir considérablement la guerre du Vietnam en train de s’aggraver (une guerre qui n’a jamais été déclarée mais qu’au moins à partir de cette affaire le monde a très justement tenue pour telle). Les termes du New York Times appliqués au golfe du Tonkin visent bien entendu la mer d’Oman : «the quintessential false flag operation» – l’opération sous faux drapeaux, le coup monté, la provocation, par excellence.

Outre le coup du Tonkin en 1964, on pense forcément aussi aux prétendues «armes de destruction massive de Saddam Hussein» (qui avait en réalité commencé à s’en doter depuis les années 1980 mais avait ensuite tout annulé bien avant la guerre de 2003), ce que le régime iranien ne se prive pas de rappeler. Il y a, dans la manière dont Trump et la camarilla des Bolton, Pompeo et Kushner gesticulent sur ces événements, une sorte de bégaiement de l’histoire assez pathétique. Car monter des provocations navales ou laisser faire un gros coup dans l’espoir de l’exploiter à fond n’est pas une nouveauté dans l’histoire des États-Unis : bien avant le coup du Tonkin, on a eu l’incendie du Maine dans le port de la Havane en 1898, attribué à l’Espagne, sans revenir ici sur les doutes et les débats concernant le niveau d’information de la présidence nord-américaine à propos du raid dévastateur de Pearl Harbor, fin 1941.

Il est donc facile de voir en Trump et Bolton les héritiers maladroits, grossiers, et que de moins en moins de monde ne croie, d’une certaine tradition.

Pourquoi serait-ce l’Iran ?

Car l’intérêt du pouvoir iranien à attirer ainsi l’attention sur lui n’est pas évident. Certes, l’Iran est étranglé par ce qui ressemble de plus en plus à un blocus, ce qui, en «droit international», est une situation de guerre. Mais le double attentat de jeudi dernier, comme déjà le sabotage de quatre navires commerciaux émiratis le 6 mai dernier, et de deux pétroliers saoudiens le lendemain, tous deux attribués à l’Iran, ne favorisent absolument pas de manière évidente les intérêts iraniens, sauf à penser que ceux-ci résident dans le déclenchement de la guerre. Mais alors, celle-ci ne demande pas de telles opérations secrètes. Et en attendant, ces actes ne surmontent en rien le blocus dont souffre l’Iran.

De plus, l’attaque d’un pétrolier japonais survient précisément le jour où le premier ministre japonais, Shenzo Abe, est en visite … en Iran. Première visite officielle japonaise en Iran depuis 1978, le Japon se démarquant de manière sans précédent des États-Unis sur ce sujet : où serait l’intérêt iranien de dynamiter cela ?

Les États-Unis n’ont pas intérêt à cette guerre là.

L’intérêt états-unien, plus exactement l’intérêt des «faucons» autour de Trump, est-il pour autant de disposer de prétextes à la guerre ? Autrement dit, leur intérêt réel est-il la guerre ? Dans la tête de John Bolton, peut-être. Mais il n’y a pas que la tête de Bolton et la mèche de Trump à peser dans la balance.

L’intérêt général de Wall Street et du capital nord-américain a tout à craindre d’une guerre avec l’Iran, techniquement gagnable mais s’annonçant clairement comme une répétition à la puissance x du gouffre qu’a été la guerre irakienne de G.W. Bush, autrement dit, un acte de grande puissance accélérant un grand déclin.

Voilà pourquoi (à la différence de 2003, malgré les divisions internes qu’elle connaissait déjà) la classe dominante et les médias aux États-Unis ne sont pas va-t’en-guerre sur ce coup-là. Et encore moins leurs alliés européens bousculés et inquiets.

Comme nous l’expliquions dans notre article du 2 juin dernier, les États-Unis ont en fait intérêt à signifier à l’Iran que si ses forces armées ou mercenaires ont eu licence de massacrer les Syriens, elles n’ont pas l’autorisation de prendre des positions durables en Syrie, au Liban et en Irak. Ceci nécessite une pression forte, mais pas une guerre, d’autant que Poutine se montre coopératif sur ce point.

Cette guerre de l’impérialisme nord-américain contre l’Iran, qui était le dernier acte du programme des années Bush, acte qui n’a jamais été accompli, est aujourd’hui irréaliste pour les États-Unis. Le peuple américain et la société la refuseront, ils se retrouveront avec les pertes et les coûts de la gestion de vastes territoires, et les autres puissances impérialistes, à commencer par la Chine et la Russie, mais aussi l’Allemagne et la France, leur savonneront la planche (seul, le Royaume-Uni en chute libre dans l’attente de l’arrivée d’un clone comique de Trump à Downing Street n’en aura pas les moyens ni la volonté).

Si l’on regarde à qui profite le plus le crime …

Dans ces conditions, il est remarquable que les commentateurs patentés n’envisagent pas d’autres pistes, comme celle du régime saoudien de Mohamed Ben Salman, intéressé à fournir aux États-Unis tous les motifs d’une guerre contre l’Iran et qui, en attendant, est le principal bénéficiaire de la hausse des prix pétroliers que, sans pour autant s’emballer car eux non plus semblent ne pas croire à la guerre immédiate, les marchés mondiaux ont tout de même opérée rapidement …

La caverne des brigands.

Soyons clairs : la bande de la Maison Blanche en apesanteur, les mollahs iraniens ou leurs pasdarans incomplètement sous contrôle, le petit prince violent et ambitieux d’une Arabie saoudite en plein déséquilibre sur tous les plans, et d’autres encore, sont tous susceptibles de monter de telles provocations et, sans vouloir la guerre maintenant, ils sont capables de la provoquer «par inadvertance» en s’en accusant les uns les autres.

Politiquement, il est important de se garder des deux visions qui relèvent de tel ou tel camp capitaliste en présence : ne pas répéter de manière au fond paresseuse que l’oncle Sam refait toujours les mêmes coups et la même histoire, car, même si c’est peut-être le cas, alors il le fait dans des conditions historiques différentes, différentes de 1964 comme de 1991 ou de 2003 ; ne pas s’imaginer, inversement, que des rogue states (États voyous selon la terminologie US) cherchent à faire la guerre aux «démocraties». De tous les méfaits dont ils s’accusent mutuellement, ils sont tous parfaitement capables.

Leur intérêt commun.

Attirer l’attention du monde sur une supposée guerre de destruction massive éclatant autour du golfe persique et de la mer d’Oman jette d’ailleurs un rideau de fumée sur les guerres réelles : celle du régime syrien aidé par la Russie, l’Iran, bien présent, étant tenu à carreau, contre les centaines de milliers d’habitants et de réfugiés d’Idlib, dont les récoltes sont en train de brûler pour les faire crever de faim ; celle d’Erdogan contre les Kurdes en Turquie et en Syrie ; celle du régime saoudien surarmé par Trump et par Macron contre les Houthis et au-delà contre la population yéménite ; et celle des miliciens Janjawid contre la révolution soudanaise.

Paix et révolution.

On ne contrera pas une éventuelle guerre US contre l’Iran par le silence sur ces causes et par l’alignement prétendument anti-impérialiste sur un régime contre-révolutionnaire que les prolétaires, les femmes et les nationalités opprimées affrontent et menacent : le régime iranien. L’alternative aux guerres de Bush et de Trump et Bolton ne réside pas dans les mollahs, dans Bachar el Assad ou dans l’alignement derrière Poutine ou Xi Jinping. Bien au contraire, ils se nourrissent mutuellement et sans Bush ou Trump, le régime des mollahs serait tombé : il se renforce de toutes leurs menaces.

La voie de la paix, le véritable anti-impérialisme, passe toujours et plus encore par le soutien aux révolutions syrienne et soudanaise et le combat démocratique du prolétariat pour la destruction des régimes iranien, syrien ou saoudien.

VP, le 16-06-2019.

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Golounov : leçons d’un recul du pouvoir russe.

Dernière minute. Quelques heures après la mise en ligne de cet article on apprenait que plusieurs centaines d’arrestations ont été opérées dans une manifestation ce jour à Moscou, aux mots-d’ordres démocratiques comprenant la protestation contre l’opération « Golounov » et la libération de Sentsov.

 

Les choses sont allées vite. Yvan Golounov arrêté et maltraité en prison, une forte et rapide mobilisation, russe et internationale, s’est déclenchée. Fait sans précédent, trois quotidiens russes, Vedomosti, Kommersant et MBK, sortent une Une « Nous sommes Golounov ». Le festival de cinéma de Sotchi se lève.

Hier mardi, après que Golounov ait déjà été sorti de prison et mis en « résidence surveillée », voila que les poursuites sont arrêtées. Notons au passage que des juristes ont fait savoir que, dans le cas de son arrestation comme dans d’autres cas précédents, le poids de la drogue « trouvée » par la police correspond exactement, au gramme près, à la quantité nécessaire à une poursuite pénale …

Cette disculpation et cette reculade complète, véritable tête-à-queue des « organes », participent vraisemblablement d’affrontements internes à l’appareil d’État. Le ministre de  l’Intérieur a annoncé la mise à pied des responsables policiers de Moscou et du secteur où s’est produit cet « incident ». Simultanément, le responsable de Mémorial pour la Tchétchénie, lui aussi en prison depuis un certain temps pour la détention d’une quantité de drogue calibrée au gramme près, a bénéficié d’une « libération conditionnelle ». D’autre part, la rédaction du site « Snob » a été « visitée » et … détruite.

Il n’en reste pas moins que cette reculade sur une question démocratique porte un coup à la « liberté de l’arbitraire » du pouvoir russe. Ce coup s’inscrit dans le contexte créé par les manifestations massives provoquées par le projet poutinien de recul de l’âge de départ à la retraite, qui l’avait conduit à un recul très partiel (âge de départ des femmes porté de 55 à 60 ans et non plus 63 ans pendant que celui des hommes a été porté de 60 à 65 ans … soit l’espérance de vie). Coup de sifflet social puis coup de sifflet démocratique : Poutine attention !

Voila qui doit encourager à reprendre la lutte pour la libération des prisonniers politiques en Russie, dont les ukrainiens Oleg Sentsov et Alexandre Koltchenko.

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Barcelone – Leçon de choses politique.

Manuel Valls a, comme prévu, largement échoué électoralement, avec Ciudadanos, à la mairie de Barcelone.

Mais il utilise sa capacité de nuisance pour empêcher l’élection d’un indépendantiste de l’ERC, dont la liste a fait le plus de voix. Il choisit la maire sortante Ada Colau, « figure des gauches alternatives en Europe », soutenue par Podemos (et qui, concernant la France, appelait à voter Ian Brossat -PCF aux Européennes), favorable à l’Espagne monarchique unique.

Clarification politique : auparavant Ada Colau avait été investie par un «Bloc de gauche» dont l’ERC faisait partie, ainsi que sa propre liste et celles du PS catalan et de la CUP. Son alliance avec Ciudadanos pour conserver son poste a clairement la signification de liquider le bloc de gauche sur l’intérêt supérieur de l’État espagnol, les listes non indépendantistes « de gauche » totalisant loin des 50%.

Ada Colau, otage politique volontaire de Manuel Valls et du roi, a ainsi perdu toute légitimité démocratique et tout honneur politique -et toute marge de manœuvre : le cerveau de la municipalité, au compte de l’État monarchique, s’appelle bien Valls.

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Clash démocratique contre Poutine.

Depuis quelques temps le site russe Meduza (en russe : https://meduza.io/, en anglais : https://meduza.io/en), créé fin 2014 et basé à Riga (Lettonie), a fortement développé ses rubriques d’investigation, traitant des oligarques poutiniens, de l’intervention russe en Ukraine, de la mafia immobilière à Moscou, des détournements de fonds dans le secteur de la santé, de l’industrie pornographique …

L’un des principaux journalistes d’investigation de ce qui commence à ressembler à une sorte de «Mediapart» russe, Yvan Golunov, a été arrêté pour … trafic de drogue, le 6 juin dernier.

Trois jours après les services judiciaires faisaient savoir que son état de santé s’était dégradé. Qu’on en juge : les «maladies» qu’il a contractées en prison s’appellent traumatisme crânien, hématomes nombreux, côtes cassés … si vous n’avez pas compris … Il a ensuite été exhibé dans une cage métallique, apparemment dans un état ne lui permettant pas de s’exprimer.

Mais Meduza et les milieux des médias indépendants ont lancé une campagne en Russie et à l’international – signez la pétition !

Cette campagne a manifestement eu pour effet qu’au lieu d’être envoyé en prison pour au moins deux mois, il a été mis en résidence surveillée – comme le cinéaste Kyril Serrebrenikov.

Cet épisode a donc à la fois souligné la capacité répressive du régime de Poutine mais aussi ses faiblesses et ses hésitations. Un mouvement ouvrier et démocratique conscient de lui-même et libéré de toute union sacrée avec des régimes d’oppression qu’ils soient «occidentaux» ou non, voila ce qu’il doit craindre par-dessus tout …

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Soudan, Algérie : les nervis des appareils d’État ont commencé à frapper.

Soudan – La répression contre le printemps du peuple (DR)

Pendant des semaines, l’intelligence collective des dizaines de millions de manifestants, ayant pris en compte les terribles leçons des révolutions de 2011 notamment en Syrie et en Égypte, avait réussi à imposer par sa massivité le rassemblement au grand jour des exploités, des femmes, de la jeunesse et de la démocratie, chassant tant Bouteflika qu’Omar el Bachir.

Nous sommes entrés dans une autre phase.

A Khartoum, l’odieux général Mohamed Dagalo dit Hemeti (1), numéro 2 de la junte militaire dite «de transition», a «pris les choses en main». 108 morts ont été décomptés, jetés dans les eaux du Nil. Des dizaines et sans doute plus depuis. Les milices d’Hemeti sont celles qui se sont faites la main au Darfour. Le viol est leur arme de guerre n°1.

Mais tout le pays est en grève générale. Les milices tiennent la rue, le peuple est en grève. La principale organisation constituée depuis le début des «évènements», l’Association des professionnels du Soudan, issue des syndicats de l’enseignement, de la santé et des travaux publics, appelle à la «grève générale» et à la «désobéissance civile», lesquelles sont massivement suivies, avant même tout appel d’ailleurs. En ce dimanche 9 juin, les manifestants tentent de ressortir au grand jour.

A Alger, le tournant est moins brusque mais tout de même : brutalité et arrestations s’accumulent, et Kamel Eddine Fekhar, militant des droits de l’homme et défenseur de la minorité mozabite, est mort en prison. Selon ses avocats, la santé de Louiza Hanoune, arrêtée en relation avec les enquêtes contre les principaux potentats des clans Mediene-Bouteflika, par un pouvoir qui n’a aucune légitimité à arrêter qui que ce soit, se dégrade.

Funérailles du militant des droits de l’homme et de la minorité mozabite Kamel Eddine Fekhar (DR)

En même temps les militaires au pouvoir ont renoncé à organiser des élections présidentielles. Le peuple ne veut pas de telles élections. La vraie démocratie à laquelle il aspire passe par une assemblée constituante et par la formation de comités élus à tous les niveaux, détruisant l’appareil d’État militaro-mafieu.

La question de l’État, la question des armes, revient au centre de la situation. L’immense majorité veut la démocratie, elle doit pouvoir se battre. L’alternative la moins violente est celle-ci.

De même que la France arme l’Arabie saoudite pour l’aider à tuer au Yémen (où les milices de Hemeti fournissent un gros contingent aux côtés des Saoudiens), le régime soudanais est soutenu notamment par la Chine, la Russie (voir la dernière séance à huis clos du Conseil de sécurité du 5 juin), l’Arabie saoudite, les Émirats Arabes Unis et l’Égypte – intéressant regroupement qui dément tous les fantasmes soi-disant anti-impérialistes!

Mais, devant le constat de la résistance populaire ultra-majoritaire, les chefs d’État africains ont dépêché le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, pour une «médiation» ce vendredi. Il a fait se rencontrer le «conseil de transition» militaire, au pouvoir, et l’Alliance pour la Liberté et le Changement, représentation politique formée à partir de l’Association des Professionnels, agrégeant avec elle trois partis – deux groupements religieux hostiles ou issus de ruptures avec les Frères musulmans liés au pouvoir, et le Parti communiste, ainsi que, fait important, des délégués des guérillas du Darfour, du Sud-Kordofan et du Nil bleu. Cette alliance a accepté le principe de la médiation éthiopienne, mais, pour bien montrer ce qu’il est en est réellement, les nervis Janjawid ont kidnappé deux de ses représentants, dont le dirigeant syndical des employés de banques en grève, au sortir de la réunion!

Toutes les puissances impérialistes ont aidé ce régime et celui d’Algérie, et leur modèle en matière de restauration (provisoire) qu’est l’Égypte, à s’armer, à s’équiper en matériel de «maintien de l’ordre», à torturer, à bloquer les frontières, leur renvoyant des migrants et des réfugiés, et à mener la soi-disant «lutte anti-terroriste».

Le premier devoir internationaliste digne de ce nom est donc de combattre pour la solidarité avec les peuples soudanais et algérien, en visant au blocage de l’aide logistique et financière de toutes les grandes puissances envers eux, quelques soient leurs larmes de crocodiles.

Ce devoir est mis en avant dans l’appel, essentiellement syndicaliste, que nous avons publié. Il est un exemple de ce que devrait faire, à plus grande échelle, un mouvement syndical international indépendant. La CSI (Confédération Syndicale Internationale, qui regroupe l’essentiel des organisations syndicales mondiales et est donc une immense force … sur le papier) ne fait que de l’humanitaire et ne sait ni ne veut appeler à la lutte, cependant que la FSM (Fédération Syndicale Mondiale, ce qui reste de l’ancienne fédération « communiste » siégeant à Prague avant la fin de l’URSS, puis à Damas avant 2011 et depuis à Athènes) soutient les régimes menacés, leurs tortionnaires et l’étatisation de leurs syndicats. Mais on trouvera des signatures du monde entier au bas de cet appel. Avec une exception notable: la France !

Pour réparer ça, Aplutsoc appelle ses amis, camarades et lecteurs à signer tout de suite cet appel, en mentionnant vos mandats syndicaux : écrivez-nous et nous enverrons les signatures. Mais à présent il faut aller plus loin, plus fort. Une vraie internationale manque cruellement. Mais elle ne naîtra pas de l’expression de regrets, mais de combats réels. En voici un, urgent, essentiel.

Des armes pour les manifestants, pas pour les miliciens !

Dehors les régimes militaires ! Khartoum, Alger, solidarité !

(1) Sur le « général » Hemeti.

Ce «général» n’a jamais fait partie de l’armée «régulière», et il s’est élevé en prenant la tête des milices Janjawid rebaptisées «Rapid Support Forces». Il a envoyé des commandos au Yémen pour soutenir le régime saoudien, et il s’est présenté en gardien des frontières au service de l’Union Européenne.

Ses milices comporteraient aussi dans leurs rangs des «soldats» tchadiens, et il aurait commencé à prélever sa rente sur l’exploitation de gisements aurifères au Nord du Darfour, ce qui n’est pas sans ressemblance avec les louches affaires franco-tchado-benallienne au Nord du Tchad …

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Lettre ouverte internationale de solidarité avec le Soudan et l’Algérie

Soudan – La révolution en marche pour imposer la démocratie et la justice sociale (DR)

Présentation:

Alors que ces dernières heures ont vu le sanglant visage de la répression militaire (au moins 108 morts décomptés et de nombreux blessés) de la junte soudanaise contre le formidable mouvement populaire pour la démocratie et la justice sociale qui, depuis des semaines, occupe les rues et les places et se concrétise aussi par des grèves massives dans différents secteurs, et a commencé à ébranler la structure du régime dictatorial, la rédaction d’Aplutsoc a pris connaissance et traduit le présent appel issu de plusieurs militants syndicalistes ou politiques du monde anglo-saxon.

Nous le portons à la connaissance de nos lecteurs et appelons à le signer et à le faire connaître largement pour déboucher sur le plus d’actions concrètes des organisations ouvrières en soutien aux mobilisations populaires au Soudan et en Algérie.

Source :

https://www.sudaneseprofessionals.org/en/international-open-letter-of-solidarity-with-sudan-and-algeria/

Appel au format PDF

LETTRE OUVERTE INTERNATIONALE DE SOLIDARITÉ

AVEC LE SOUDAN ET L’ALGERIE.

Des syndicalistes, des parlementaires et des militants ont lancé cette lettre ouverte pour construire la solidarité des travailleurs et du mouvement syndical du monde entier avec les soulèvements au Soudan et en Algérie.

Chers camarades,

Les révolutions au Soudan et en Algérie arrivent à un moment crucial. Des millions ont manifesté et fait grève ces derniers mois, renversant des dictateurs en place depuis des décennies, mais les revendications pour une vraie démocratie et la justice sociale sont encore loin d’être satisfaites, car les appareils militaire st de sécurité des anciens régimes tentent de conserver leur pouvoir politique.

La question de la solidarité avec nos sœurs et nos frères qui risquent tout pour la paix, la liberté, la justice sociale et la démocratie ne saurait être une question abstraite. Les gouvernements de par le monde, eux, ont renforcé la capacité répressive de ces régimes, en leur fournissant des armes et du matériel militaire et de sécurité, et en coopérant autour du «contre-terrorisme» et des contrôles aux frontières.

Lors de la journée internationale des travailleurs cette année (1er mai) on a vu la police à Alger tirer avec des gaz lacrymogènes sur les manifestants. Au Soudan à présent, le général Mohamed Dagalo, à la tête de la junte militaire, chef de la tristement célèbre milice des «Forces de Soutien Rapide», a déclaré que les milliers de manifestants pacifiques, dont ceux des syndicats indépendants affiliés à l’Association Professionnelle Soudanaise, causent le «chaos» et ne sauraient être plus longtemps tolérés.

Les organisations de la classe ouvrière ripostent. En Algérie, des fédérations syndicales indépendantes ont lancé un appel à la grève générale pour le premier jour du Ramadan (7 mai). Au Soudan, les dockers et les travailleurs de Port-Soudan, les médecins et d’autres secteurs ont rejoint les manifestants et affirmé leur soutien à la révolution.

Nous avons besoin d’aide. Rejoignez-nous pour :

  • affirmer notre soutien aux syndicalistes d’Algérie et du Soudan qui se mobilisent en soutien au soulèvement populaire par des grèves de masse, des protestations et des sit-ins, et luttent pour constituer des syndicats indépendants, démocratiques, brisant le contrôle des partisans du régime sur les organisations syndicales ou professionnelles.

  • appeler le mouvement syndical du monde entier à l’action en solidarité avec les sit-ins, les manifestations et les grèves au Soudan et en Algérie.

  • combattre les accords militaires et de coopération sécuritaire avec les anciens régimes (et tout groupes responsables de violation des droits humains) ; exiger de nos gouvernements l’arrêt des envois d’armes et d’équipement pour la répression.

  • affirmer la solidarité avec le combat pour imposer une pleine démocratie en Algérie et au Soudan, en rupture avec toute forme de régime militaire.

Les signataires initiaux comprennent :

Vidal Aragonés, Member of the Catalan Parliament, Catalonia

Safak Ayhan (Teachers’ union Egitim Sen Bursa/Yenisehir branch), Turkey

Patrick Bond, Distinguished Professor of Political Economy, University of the Witwatersrand, Johannesburg, South Africa

Richard Boyd Barrett, People Before Profit TD (Member of the Dail), Ireland

Christine Buchholz, Member of the Bundestag, Die Linke, Germany

Maria Carvalho Dantas, member of the Spanish Congress (MP)

Gerry Carroll People Before Profit MLA (Member of the Legislative Assembly) Belfast, Ireland

Petros Constantinou, councilor, City of Athens, Greece

Merve Diltemiz (Peace academic purged by state of decree, the teachers’ union Egitim Sen, Ankara University), Turkey

Yang Dong-gyu, Vice-President of the KCTU, Korean Confederation of Trade Unions, South Korea

Carolyn Egan, president of the United Steelworkers Toronto Area Council, Canada

Arghyri Erotokritou, GC member, Federation of Hospital Workers Unions (POEDIN), Greece

Oihana Etxebarrieta, Member of the Basque Parliament for EH Bildu

Sara Vilà Galán, member of the Spanish Senate

Panos Garganas, editor, Workers Solidarity, Greece

Orestis Ilias, councilor, Vrilissia municipality, Greece

Kim Jong-hoon, MP Minjung Party, South Korea

Ronnie Kasrils, former Minister, South African Government

Senol Karakas (Co-chair for DSIP, the Revolutionary Socialist Workers Party)

Costas Katarahias, chair Hospital workers union, Ag. Savvas cancer

hospital, Athens, Greece

Alex Kenny, National Executive Member, NEU, UK

Gino Kenny People Before Profit TD, Ireland

Ferda Keskin (Peace academic, Sosyal-Is union, Bilgi University Istanbul)

Zanetta Lysikatou, GC member, Federation of Hospital Doctors Unions (OENGE), Greece

Cllr Tina MacVeigh, People Before Profit, Dublin City Council, Ireland

Costas Mantaios, chair SFEA (Association of prisoners and exiles during the Junta 1967-1974), Greece

Cllr Eamonn McCann, People Before Profit, Derry , author and journalist, Ireland

Rasigan Maharajh, PhD. Professor Extraordinary: Centre for Research on Evaluation, Science and Technology, Stellenbosch University, South Africa

Oskar Matute, MP in the Spanish congress for EH Bildu

John Molyneux, Editor Irish Marxist Review

Yildiz Onen (“No to racism – we are all refugees” campaign), Turkey

Cagla Oflas (Anticapitalists platform), Turkey

Meltem Oral (Co-chair for DSIP, the Revolutionary Socialist Workers Party), Turkey

Can Irmak Ozinanir (Peace academic purged by state of decree, the teachers’ union Egitim Sen, Ankara University)

Prokopis Papastratis, professor, History dept, Panteion University, Athens, Greece

Katerina Patrikiou, councilor, Petroupoli municipality, Greece

Eleni Portaliou, professor, School of Architecture, National Technical University, Athens, Greece

Serafeim Rizos, councilor, Chania municipality, Greece

Sid Ryan, past president of the Ontario Federation of Labour

Sadik Sahin (Teachers’ union Egitim Sen Istanbul branch), Turkey

Nita Sanghera, UCU Vice-President, UK

Han Sang-gyun, Former President of the KCTU, Korean Confederation of Trade Unions, South Korea

Woo Seok-kyun, Co-representative of Korean Federation of Medical Activist Groups for Health Rights, South Korea

Brid Smith People Before Profit TD, Ireland

Vasilis Sylaidis, EC member, Athens Labour Centre, Greece

Ozan Tekin (Editor for Marksist.org daily website), Turkey

Katerina Thoidou, councilor, Nikaia municipality, Greece

Kiri Tunks, Joint President, NEU, UK

Baha Uzbilek (Health workers’ union SES, Izmir branch), Turkey

Prof. Salim Vally, Faculty of Education, University of Johannesburg, Director: Centre for Education Rights & Transformation (CERT), South Africa

Paru aussi sur : https://menasolidaritynetwork.com/algeriasudanletter/

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Trump, l’Amérique et le monde. Juin 2019.

Présentation :

Ce long article consacré à la première puissance capitaliste mondiale, à la crise de son exécutif et à ses rapports au monde est aussi disponible au format PDF.

Une situation qui déroute les commentateurs «normaux».

Depuis le 23 mars, jour où le procureur Mueller a rendu son «rapport» au procureur général (ministre de la Justice) de Trump, William Barr, les États-Unis, et le monde avec eux, sont installés dans une situation institutionnelle et politique des plus étranges, apte à dérouter (voire à ne pas être aperçue du tout) par les commentateurs ordinaires des médias dominants(1). Tous ont en effet, peu ou prou, avalisé le fait que Trump était censé s’être sorti des menaces extrêmement lourdes qui ont caractérisé son mandat présidentiel depuis ses débuts. Nous n’étions pas de cet avis, allant jusqu’à dire que si la crise n’avait pas été ouverte au sommet, à savoir la pression ouverte pour faire démissionner Trump ou pour son impeachment, c’était en raison de l’impasse totale que tant le maintien que l’évacuation de Trump représentent pour la «gouvernance», comme ils disent, de la puissance capitaliste centrale de la planète.

Lentement mais sûrement, la crise revient au-devant de la scène, au grand dam des géniaux commentateurs de tout acabit, et nullement parce que les supposés ennemis institutionnels de Trump, à savoir le Congrès démocrate et sa présidente Nancy Pelosi, l’auraient souhaité. Bien au contraire, Mme Pelosi ne cesse d’aller répétant qu’à l’impeachment il ne faut point penser, s’érigeant en protectrice n° 1 de Trump dans la situation politique nord-américaine. Selon elle, vouloir chasser Trump serait faire le jeu de Trump …(2)

Ce retour de ce qui avait été faussement refoulé par l’opération du 23 mars dernier, s’effectue parallèlement à la montée des tensions internationales depuis la Maison blanche, concernant le commerce international, c’est-à-dire les relations avec la Chine, et concernant l’Iran, notamment. Ces deux aspects doivent être analysés en connexion l’un avec l’autre sous peine de ne pas saisir les enchaînements réels.

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