La macronnerie : passage à l’acte.

Depuis la formation du gouvernement Macron/Philippe n°2, produit de la première crise au sommet de l’exécutif « jupitérien » (car les tenants et aboutissant de la démission de la ministre de la Défense sont loin d’être éclaircis …), deux faits caractérisent l’évolution de la macronnerie.

Le premier est l’amplification hyperbolique du bonapartisme, à un point de perfection qui d’ores et déjà se situe sur la ligne de crête du ridicule et de la chute.

Le second, moins relevé, est la « normalisation » rapide de la politique étrangère de notre Jupiter au petit pied. Commençons par ce second aspect car, exprimant les rapports de force internationaux, il conditionne largement, en dernière analyse, le premier aspect.

Macron, Merkel, Trump, Poutine.

Rappelons que cette politique étrangère avait été célébrée comme devant intimider Trump à la poigne de main écrasée, intimider Poutine remis à sa place dans les ors de Versailles, relancer le couple franco-allemand tout en entraînant Merkel vers plus de budgétisation européenne et de financements, le tout amorçant une reprise économique générale en France et en Europe, et, qui sais, stoppant illico le réchauffement climatique, sauvant le monde, par la magie de la venue de l’Emmanuel hexagonal trônant dans le choeur des anges en marche.

Quelques semaines et une canicule alarmante plus tard, force est de constater :

– qu’en ce qui concerne le couple franco-allemand et la relance européenne, ce qui est présenté par la presse française comme le « soutien d’Angela Merkel » à la réforme de la zone euro selon E. Macron, et notamment à la création éventuelle d’un ministère de l’économie et des finances de la zone, dans son discours du 20 juin dernier, outre que ceci est en partie conditionné par le contre-choc du Brexit aggravé par l’affaiblissement politique de l’exécutif britannique, est en fait à double tranchant : l’exigence préalable d’un resserrement budgétaire drastique et des « réformes » concernant le marché du travail en France a été vigoureusement réaffirmée, le tout dans le contexte des élections législatives allemandes du 24 septembre prochain qu’en l’état actuel des causes, Martin Schulz n’étant pas Jeremy Corbyn, la CDU-CSU semble en mesure de gagner.

– qu’en ce qui concerne Trump qui était censé avoir été subjugué par Zeus, ce dernier a d’une part affirmé que la hausse du budget militaire à 2% du PIB, exigée par Trump, serait effectuée d’ici 2025 (pensions et surcoût des opérations extérieures non compris), d’autre part il a, comme on sait, invité Trump au défilé du 14 juillet …

– qu’en ce qui concerne Poutine, que Macron était censé « défier », ce dernier n’a fondamentalement rien changé concernant l’Ukraine et la Crimée – la référence reste le « processus de Minsk » c’est-à-dire la poursuite indéfinie de la pression impérialiste russe sur l’Ukraine, qui a donné lieu à une attaque informatique spectaculaire voici quelques jours -, et s’est explicitement aligné sur lui à propos de la Syrie, avec cet argument méprisant pour le peuple syrien : Bachar el Assad n’aurait pas de successeur évident ! La poutinosphère est donc en train de faire les yeux doux à E. Macron qui retrouverait la ligne diplomatique d’un petit Zeux antérieur, dénommé De Villepin. Elle est, de plus, enchantée de la diffusion sur une chaîne publique de l’hagiographie d’Olivier Stone en faveur de Poutine …

Même avec Jupiter, l’impérialisme français de seconde zone manoeuvrant entre Washington, Berlin et Moscou, reste ce qu’il est.

Coup d’Etat permanent et accès de grosse tête.

En même temps, donc, que cet atterrissage international, la nécessité, d’ailleurs rappelée par Merkel, de démarrer le quinquennat sur des chapeaux de roues conduit Macron et son gouvernement à une logique de coup d’Etat permanent à la puissance deux.

Le premier ministre Edouard Philippe nous fait le coup du bilan faussé, avec l’aide de la Cour des comptes, une institution qui est tout sauf neutre. On croirait entendre le gouvernement … grec, d’il y a quelques années ! Les comptes auraient été faussés – par le ministre des Finances du précédent gouvernement, un certain Macron Emmanuel ? Il y aurait près de 9 milliards de déficit supplémentaires. Notons en passant qu’avec les 4,5 milliards de recapitalisation d’Areva, dont M. Philippe était un homme il y a peu, et les cadeaux fiscaux aux plus riches, il y a largement de quoi trouver ces 8 milliards, sans parler des 80 milliards de la fraude fiscale de ces messieurs. Qu’à cela ne tienne : alors même que, de GM&S à Michelin en passant par Tati, les plans « sociaux » se succèdent, le ministre sarkozyste des « comptes publics » annonce le blocage totale du salaire des fonctionnaires et celui de l’Education nationale le blocage de toute création de postes !

A l’Assemblée, chaque jour qui passe prouve que nous n’avons pas affaire à … une Assemblée nationale. Le spécialiste de l’enrichissement familial sur le dos des mutuelles E. Ferrand est élu à main levée président du groupe LREM, les groupes d’opposition sont maltraités, M. De Rugy est élu au perchoir, et, clou du spectacle, le président Macron va s’adresser au Parlement … à Versailles, avant la déclaration de politique générale du premier ministre et le vote de la confiance.

La décision des groupes FI et PCF de boycotter ce cirque est totalement justifiée. La poussée d’ivresse bonapartiste du président va jusqu’à refuser d’être interviewé le 14 juillet parce que, selon les services de l’Elysée, la pensée du président est « trop complexe » pour se prêter à un question réponse avec les journalistes ! …

A ce stade, les limites sont proches.

Triomphant, mais nu.

Alors, dirons-nous (avec l’éditorialiste d’Informations ouvrières, Marc Gauquelin, du 22 juin) que « Le roi est nu » et que, « privé de ses piliers fondamentaux l’édifice de la V° République (…) ne fonctionne plus. » ?

Notons que l’auteur de cette affirmation met en œuvre une orientation politique qui tient en deux points : aucune critique envers les dirigeants syndicaux qui prennent part aux réunions de « concertation » avec le gouvernement sur sa prochaine loi El Khomri en pire, qu’il s’agisse de Martinez qui y a va tout en disant qu’il y a tromperie, ou de Mailly qui y va tout en disant que ça avance bien et dans le bon sens, et annonce frénétique d’une « période nouvelle » où tout va changer, ce changement semblant consister dans l’existence de la « France insoumise ».

Ou dirons-nous à l’inverse, avec l’éditorialiste du Club politique Bastille : « La crise de la Vème République ? Disparue. Quand les salariés sont impuissants à changer la situation, la bourgeoisie, au bout du bout, trouve toujours les solutions. Son véritable parti, n’est pas un programme, par définition aménageable, mais l’État. Et Macron l’a reconquis. »

Du coup, celui-ci, qui déplore aussi le « présidentialisme aigu » de J.L. Mélenchon, ne s’attend à aucun mouvement social sérieux dans les prochains mois et semble penser quasi inévitable la défaite devant la seconde loi « Travail ».

L’une et l’autre de ces positions ont une forte part de vérité. Il est exact que le roi est nu, que l’Assemblée nationale n’en est pas une et que le premier ministre assume son rôle de grouillot de conseil d’administration. Il est exact que Macron a conquis l’Etat et organise à partir de rien, c’est-à-dire à partir de l’Etat (et des restes des anciens partis), une phalange prétorienne d’adulateurs animés par un revanchisme de riches d’une extrême violence sociale.

Considérer que Macron est automatiquement perdu revient à s’exonérer de tout combat politique et à donner quitus aux directions syndicales d’une part, à celle de la « France insoumise » de l’autre, pour sauver les acquis sociaux. Autrement dit, ça, c’est la défaite assurée.

Inversement considérer que Macron a déjà gagné revient à confondre le spectacle, qui certes a du poids et de l’importance, et la réalité. L’éditorialiste de la Tribune, organe financier, du vendredi 30 juin, lui, ne s’y trompe pas :

« Il faut donc s’attendre à de sérieuses révisions dans le programme et à des arbitrages déchirants : [l’auteur souligne ensuite que les réductions d’impôts annoncées sont compromises et que la hausse de la CSG sera dure ] Et pour Emmanuel Macron, certes très habile dans la gestion de son image pour l’instant immaculée, il sera bientôt temps de redescendre de son Olympe afin de se confronter à la plus triviale des réalités. »

L’épreuve de la réalité, la transformation de l’essai, restent à faire. C’est pourquoi la bataille politique contre la nouvelle « loi Travail » est décisive. Nous ne savons certes pas si nous la gagnerons. Mais nous savons que la suite dépend d’elle.

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