Amérique et France : remarques sur les élections présidentielles

Mme Le Pen.

Un candidat capitaliste, mais dont le grand capital ne souhaite pas l’élection, juste l’utiliser comme bouffon et comme épouvantail, qui échappe partiellement à son contrôle et gagne l’élection : on s’en doutait, mais plus de doute, c’est donc possible.

Transposé en France, cela veut dire Mme Le Pen présidente en 2017, résultat final de la politique de la gauche et de la droite officielles, et particulièrement de MM. Hollande et Valls, ou d’un petit sacripant risible à la Cambadélis, qui affirme qu’il faut arrêter « les enfantillages » parce que le danger est là, ce danger dont il est l’un des premiers coupables. Aux États-Unis, les pouvoirs établis avaient choisi Mme Clinton, en France ils sont en train de se grouper autour de M. Juppé, et celle ou celui qui est présenté comme la seule issue pour laquelle le peuple est condamné à voter, ce que majoritairement il ne fera pas ainsi que le montre aussi l’exemple nord-américain, peut parfaitement échouer.

L’arrivée de Trump au pouvoir ne signifie pas l’écrasement de tout mouvement social et démocratique mais inaugure une phase d’affrontements à tous les niveaux. Pour affronter et vaincre l’adversaire lepeniste, comme pour Trump et toutes choses égales par ailleurs car tout n’est pas non plus identique, il ne faut pas le prendre pour un fascisme pur et simple, mais pour un courant politique ayant une filiation avec le fascisme, ce qui n’est pas la même chose. Le capital financier français et les sommets de l’État ne souhaitent pas son accession au pouvoir qui produirait rapidement une aggravation de toutes les contradictions et de tous les affrontements, tout en posant la question de la sortie de l’UE ou du reniement du FN sur ce sujet.

L’heure est aux « enfantillages » (Cambadélis ) : lutte de classe !

Cambadélis nous appelle, pathétiquement car de toutes façon c’est inaudible, à faire profil bas envers le gouvernement et la présidence devant le danger FN.

Au contraire, seule la lutte sociale ouverte maintenant peut préparer valablement les affrontements éventuels de demain, et cette lutte doit affronter l’exécutif Hollande-Valls et briser le pacte de paix sociale de facto qui s’est remis en place depuis le lendemain du 15 septembre : le briser contre les licenciements, le briser pour la défense des services publics, le briser contre les décrets d’application de la loi El Khomri, le briser contre la « réforme du collège ».

A propos de l’amalgame Sanders-Mélenchon.

Le fait, qui s’est imposé aux yeux de tous, qu’un Bernie Sanders candidat démocrate aurait probablement battu Trump, est saisi par certains, notamment par Jean-Luc Mélenchon et ses partisans. J-L. Mélenchon serait le « Sanders » seul à même de battre Mme Le Pen au second tour, ce qui exige, pour qu’il y soit, le ralliement inconditionnel et immédiat de quiconque est « de gauche » et en opposition avec la politique de l’exécutif Hollande-Valls. La patrie est en danger, en quelque sorte, et l’heure serait à l’alignement rapide car il y a le feu, mais une issue, une seule, est possible : « JLM2017 » président !

Cette transposition de l’expérience Sanders au cas français se comprend, psychologiquement, de la part des partisans de J-L. Mélenchon, mais elle ne correspond pas à la réalité de cette expérience et, surtout, elle participe d’une méthode et d’une orientation politique qui conduisent à la défaite et présentent bien des points de parenté avec les leçons de morale qu’ose nous faire un Cambadélis.

La nouvelle équation « Sanders=Mélenchon » ne correspond pas aux réalités du phénomène Sanders. Celui-ci aurait sans doute gagné s’il avait été le candidat du parti démocrate, pas comme indépendant : or cette investiture était, littéralement, impossible en raison de la nature capitaliste du parti démocrate, Sanders étant, lui, quoi que l’on puisse dire de son orientation humaniste et modérée, un socialiste issu de l’extérieur de ce parti et non le énième progressiste de service en son sein. Le caractère maléfique des « primaires » serait démontré par le fait que Sanders n’a pu être candidat, mais en réalité, ce sont les primaires démocrates qui lui ont permis d’exister politiquement, ou plus exactement leur détournement et leur subversion lui ont barré la route, ouvrant la crise du système des « primaires » US en tant que tel.

Voila pour les erreurs que comporte cet amalgame eu égard aux réalités nord-américaines.

Ploucs de la Rust Belt et ch’tis d’Hénin-Beaumont.

Mais surtout, Sanders pouvait attirer l’électeur populaire potentiel de Trump car cet électeur ne ressentait pas de mépris ou de condescendance de la part de Sanders.

En France, solide est la tradition de jugement moral porté sur le « plouc qui vote Front National » et c’est là l’atout maître du FN, qui se le voit depuis belle lurette offrir sur un plateau.

J-L. Mélenchon participe de cette tradition et, pire encore, un choix politique décisif de sa part fut celui, à l’automne 2013, lorsqu’éclatait le premier mouvement social de masse contre la politique des gouvernements de Hollande, sous la forme d’une vague de grèves dans des entreprises petites et moyennes de Bretagne mêlées à des mouvements de petits paysans et d’artisans, de traiter ceux que l’on allait appeler les « bonnets rouges » de « nigauds » et d’ « esclaves ». C’est suite à cela, et à la décision politique de toute la gauche officielle, gouvernementale comme mélenchonienne, de manifester à part (à Carhaix) en laissant les prolétaires bretons seuls avec la FNSEA, que les « bonnets rouges » ont été récupérés. Suite à cela, et pas avant.

La partie clef de l’électorat de Trump, pas tout son électorat mais celle qui a fait basculer le résultat, est décrite comme composée de « prolétaires ». Il s’agit d’anciens travailleurs industriels et de travailleurs faussement « indépendants », qui ploient souvent sous les dettes, que la robotisation de l’outil de travail et les délocalisations vers la Chine ont chassé de la production directe de valeur et de plus-value, et qui forment une couche de semi-ex-prolétaires vivant de petits boulots, de solidarité familiale et locale, d’aides sociales et de jardinage. Tous sont loin d’avoir voté Trump. (1)

Les cartes du vote par comté, au Michigan ou en Pennsylvanie, de l’élection présidentielle et de la primaire démocrate, donnent une correspondance géographique frappante entre le vote Trump et le vote Sanders à la primaire démocrate.

Cela ne veut pas forcément dire que ce sont majoritairement les mêmes : en gros, c’est la jeune génération qui a soutenu Sanders. Il y a certainement des jeunes pro-Sanders dont les parents ont voté Trump dans la Rust Belt (La Ceinture de Rouille, expression désignant l’ancienne partie industrielle en déclin du Nord – Nord Est des USA). Le terreau social est le même.

Si l’on considère que les « prolos qui votent Front national » sont des nigauds ou des salauds (et rappelons qu’en Bretagne fin 2013 ces qualificatifs mélenchoniens ne visaient pas des prolos votant FN, celui-ci étant d’ailleurs plus faible qu’ailleurs en Bretagne, mais des prolos faisant grève!), ou si simplement on ne peut pas leur cacher qu’on les méprise, on ne les attirera évidemment pas et, quels que soient les proclamations contre « le PS » qu’on accumule par ailleurs, ils vous assimileront à celui-ci.

(1) Notons que ce mépris social, qui confine au racisme social, transpire dans plusieurs analyses « sociologiques » du vote Trump. Nous avons ainsi sur Mediapart une étude sommaire et laborieuse des sondages de sortie d’urnes et de l’abstention aux États-Unis, par Eric Fassin, qui vise à affirmer, à l’inverse des premières déclarations de B. Sanders, que ce ne sont pas les facteurs sociaux qui ont primé mais bien le racisme et la xénophobie des ploucs qui ont voté Trump, et que donc mieux vaudrait miser, contre eux, sur ceux qui se sont abstenus (effectivement plus nombreux). L’auteur nous explique que c’est maintenant « l’intersectionnalité » qui doit primer : en clair, à bas les petits blancs ! C’est la meilleure façon de les renvoyer, de les assigner, chez Trump, au Ku-Klux-Klan ou au FN.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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