Trump est élu, avec un peu plus de 48% des voix, légèrement derrière Clinton en voix, mais largement devant au niveau des grands électeurs, avec un taux d’abstention de 54 %.

Comme le Brexit, cet événement ne figurait pas à l’agenda du capital financier et des sphères dominantes, qui ont orchestré une campagne de peur autour de lui. La peur est mauvaise conseillère et nous invitons les militants ouvriers à ne pas jouer à se faire peur afin de mieux regarder la réalité en face.

Comme le Brexit, l’événement une fois advenu il apparaît que les mêmes sphères dominantes peuvent faire avec. Dès le matin du 9 novembre, les mêmes qui nous avaient annoncé littéralement la fin du monde commençaient à découvrir le Trump « rassembleur » et « raisonnable », avec le culot sans limite qui les caractérise.

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis n’est pas l’Apocalypse, ou l’avènement du fascisme à la tête de la première puissance mondiale, mais n’est pas non plus, en aucun cas, un épisode que l’on pourrait banaliser : la crise est suraiguë dans les sommets et à tous les niveaux, et elle va s’accentuant. Rappelons que cette élection était compromise il y a un mois, l’appareil républicain et la Chambre de commerce US lâchant l’intéressé, mais que c’est le FBI lui-même qui, quelques jours avant le scrutin, et tout en se déjugeant au dernier moment ce qui n’a sans doute fait qu’aggraver les choses, a lancé le dernier missile sur Clinton.

Pendant que l’opération « on essaie de se rassurer » s’amorce dans les sommets, B. Obama recevant Trump, et ainsi de suite, dans la société, les tensions montent : dans des dizaines de villes la jeunesse a spontanément manifesté, cherchant la voix du combat, cependant que les agressions racistes se multiplient, le Ku-Klux-Klan appelant à défiler le 3 décembre en Caroline du Nord.

Bernie Sanders, qui apparaît comme celui qui aurait pu être élu si l’appareil démocrate n’avait pas créé les conditions de la victoire de Trump, a déclaré être prêt à « travailler » avec Trump si celui-ci agit réellement pour ces électeurs pauvres qui ont voté pour lui, tout en déclarant qu’il l’affronterait durement sur toute politique raciste, xénophobe, sexiste, ou anti-environnementale. A l’échelle nationale, il se retrouve seul à tenter de dégager une perspective.

Au plan international, les positions isolationniste de Trump, qu’il s’apprête à les renier en tout ou en partie ou non, mettent d’emblée en cause, au moins implicitement, l’existence même de l’OTAN, de même que c’est l’existence de l’UE qui est aujourd’hui en cause au niveau européen. Dans le cadre capitaliste, la crise de ces organisations inter-étatiques et leur décomposition ne conduisent pas à du mieux, mais s’inscrivent dans la montée des risques de guerre entre puissances, à tous les niveaux, de celui des grandes puissances impérialistes à celui des puissances régionales, déjà en train de « discuter » entre elles au moyen du feu et du sang s’abattant sur le peuple syrien. Une politique révolutionnaire et démocratique indépendante ne saurait à présent se contenter d’appeler à la rupture avec l’OTAN ou avec l’UE, mais doit dessiner une perspective alternative.

Ne pas jouer à se faire peur, écarter la méthode Coué, analyser ce qui est pour agir. Ce qui est en marche, c’est le désordre. La classe dominante de la première puissance mondiale implose politiquement. La constitution, fondement de la nation américaine, est en crise. Il n’y a aucune raison de douter que les opportunités d’espoir et de combat seront rapidement au rendez-vous, encore faudra-t-il savoir les reconnaître et les saisir.