Quelques notes politiques pour une réunion publique de « l’Espace Citoyen du Val d’Yerres », par Robert Duguet

Manifestation de la décomposition du régime, le troisième personnage de l’État bonapartiste quitte le navire.  Je pense, de la part de celui qui avait largement promu la candidature de Macron, qu’il faut l’apprécier à sa vraie dimension : le gouvernement Macron-Philippe vient d’éclater. Est-ce que cela va être la crise finale du régime ? Dans les heures qui ont suivi, les commentateurs à la solde du régime tentaient, sans beaucoup de conviction, de minimiser l’événement. La possibilité d’un effondrement final du régime est posée, donc la question de l’après. Malgré la position totalement légitimiste de France Insoumise, d’emblée soumise au calendrier électoral, Jean Luc Mélenchon commence à parler de fin de règne. Frappé, Macron continue : aujourd’hui, c’est une nouvelle déclaration scandaleuse : que les retraités arrêtent de se plaindre. Papy, ferme-là et paie !

Malgré la rancœur, la haine sociale qui s’accumule dans les couches sociales qui sont frappées au premier chef par la politique de Macron, cet éclatement, suite à la scandaleuse affaire Benalla, n’est pas le produit d’une offensive du mouvement ouvrier, des confédérations syndicales, des forces politiques du 26 mai contre l’exécutif. L’absence d’unité, de perspectives politiques à gauche ont empêché une mobilisation plus large. De même, il est difficile de taire que la grève des cheminots en défense du statut, a débouché sur une défaite ouvrière. Difficile de taire que la stratégie des journées d’action, appliquée ce printemps, est une nouvelle fois en cause. D’ailleurs, ça continue avec le calendrier d’octobre-novembre. Le gouvernement Macron éclate, non sous la pression de la mobilisation des salariés, des retraités et de la jeunesse, mais sous l’effet de ses propres contradictions. Pas plus Martinez que Mélenchon n’ont joué un rôle dans les causes de cette déconfiture.

Un adhérent de l’association, Jean Marie, m’écrit : il fait un parallèle avec les processus révolutionnaires du passé, notamment la révolution française et la convocation des États Généraux, institution d’ancien régime. Ce sont les oppositions des classes en mouvement au sein des États Généraux qui cassent la représentation par ordre (clergé, noblesse et tiers état) et permettent au tiers état de poser la question du pouvoir CONSTITUANT : dès lors la révolution commence. C’est vrai : toutefois le parallèle peut difficilement être poussé jusqu’au bout et appliqué à la situation présente. Car en amont de 1789, il y a le mouvement des Lumières, il y a le profond processus social qui conduit aux cahiers de doléances : la contradiction traverse toutes les classes de la société d’ancien régime, y compris un clergé qui à la base est gallican et une aristocratie terrienne qui est très largement ruinée… En haut, on ne peut plus gouverner comme avant, et en bas, on ne peut plus accepter. La différence avec maintenant et elle est de taille : dans le processus de décomposition des institutions d’ancien régime, la bourgeoisie française, de par sa place quasi-dominante dans l’économie, est en position de prendre le pouvoir. Le mouvement ouvrier est-il dans la même position aujourd’hui, bien évidemment non. Nous n’avons pas nos « cahiers de doléances », comme la société espagnole a eu à son heure le mouvement des Indignés.  

Aujourd’hui, nous avons un gouvernement qui ne tient presque plus debout, dont les contre-réformes alimentent la colère sociale, mais dont les représentations à gauche restent entièrement légitimistes et respectueuses des institutions bonapartistes qui permettent qu’un tel pouvoir puisse encore frapper nos acquis. C’est vrai qu’il y a des luttes un peu partout, mais la coagulation pour un mouvement d’ensemble ne prend pas, du moins à l’étape. La question politique qui reste posée est bien : comment on fait pour construire ce pouvoir CONSTITUANT des citoyens ? Comment on fait pour construire les outils qui permettent aujourd’hui d’avancer dans cette voie ?

L’espace citoyen que nous voulons continuer à construire doit garder ce cap. Poser ces interrogations et associer. L’éclatement du gouvernement Macron-Philippe pose la question de la légitimité de ce dernier et de l’arrêt des contre-réformes. Un parti ou un mouvement de gauche digne de ce nom doit poser cette question. En tout cas, nous nous devons la poser.

RD, le 05-10-2018.

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Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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