Toutes les trois minutes, en France, un enfant est victime d’un viol ou d’une tentative de viol. Toutes les trois minutes ! Derrière ce chiffre insoutenable, il y a des vies brisées, des enfances volées, des traumatismes qui marquent toute une existence. Dans une classe de trente élèves, trois enfants, en moyenne, ont subi ou subiront des violences sexuelles au cours de leur enfance. Trois enfants ! Et pourtant, le silence continue trop souvent de recouvrir leurs souffrances.

Ce silence n’est pas seulement celui des victimes, auxquelles la peur, l’emprise ou la honte sont imposées. C’est aussi celui d’une société qui peine encore à regarder la réalité en face. C’est le silence des institutions lorsqu’elles tardent à protéger, à enquêter ou à juger. C’est le silence politique lorsque les réponses apportées restent dramatiquement en deçà de l’ampleur du drame. Car n’en déplaise à Macron et Darmanin, il s’agit d’abord d’une question de moyens pour permettre à la justice de fonctionner, et de ce point de vue la politique gouvernementale est lamentable.

Les travaux de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) ont permis à des dizaines de milliers de victimes de faire entendre leur parole. Ils ont mis au jour le caractère massif et systémique des violences sexuelles faites aux enfants. Ils ont également révélé les défaillances persistantes de nos institutions : repérage insuffisant, manque de formation, protection défaillante, parcours judiciaires éprouvants et absence de prise en charge adaptée pour de trop nombreuses victimes.

Nous savons. Nous ne pouvons plus dire que nous ignorions l’étendue du phénomène. Nous savons que les violences sexuelles touchent tous les milieux sociaux. Nous savons que les agresseurs sont le plus souvent connus des victimes. Nous savons que les conséquences psychologiques, sociales et sanitaires sont considérables. Nous savons enfin que l’inaction a un coût humain immense.

Face à cette réalité, les réponses fragmentées ne suffisent plus. Il est temps de construire une véritable loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Une loi qui articule prévention, protection, accompagnement, justice et réparation. Une loi qui garantisse les moyens nécessaires aux associations, à la justice, à l’école, aux services sociaux et aux professionnels de santé. Une loi qui fasse enfin de la lutte contre ces violences une priorité nationale.

Une telle loi doit partir d’un principe simple : la protection des victimes doit être au cœur de toutes les politiques publiques. Elle doit garantir une prévention ambitieuse dès le plus jeune âge, un repérage systématique des violences, une meilleure formation des professionnel.les, une justice plus rapide et plus protectrice, ainsi qu’un accompagnement durable des victimes et de leurs proches. Elle doit également reconnaître la réalité des violences sexistes et sexuelles comme une question majeure de santé publique, d’égalité et de démocratie.

Car derrière chaque statistique, il y a un visage, une histoire, une vie. Derrière chaque chiffre, il y a un cri. Un cri longtemps étouffé, ignoré ou minimisé. Un cri qui accuse notre silence collectif.

Chaque année, les violences sexuelles faites aux enfants et aux femmes coûtent près de 10 milliards d’euros à notre société. Pourtant, le véritable scandale n’est pas seulement financier. Il réside dans les vies détruites, les souffrances ignorées et les protections refusées. Face à cette réalité, nous n’avons plus le droit au silence. Nous avons le devoir d’agir.

Nous avons désormais le choix : détourner une fois de plus le regard ou agir à la hauteur de l’urgence. Pour notre part, nous avons choisi.

C’est pourquoi nous appelons à la mobilisation pour obtenir une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Parce qu’aucune victime ne doit rester seule. Parce qu’aucun enfant ne doit être abandonné à son sort. Parce que la justice et la protection ne peuvent plus attendre.

Rendez-vous tous les lundis à 19 heures devant les tribunaux et le lundi 7 septembre pour une grève générale et nationale en soutien aux 6 millions de victimes d’agressions sexuelles et d’incestes.

Le silence a trop duré. Faisons entendre ensemble le cri des victimes.

Pascale Martin

Source : L’Après Hebdo du 21 juin 2026