Présentation

Ce 20 juin, un meeting international s’est tenu à Londres à l’appel de la (mal nommée) coalition Stop The War, des milieux syndicaux et politiques liés au CPB/Morning Star et de l’appel impulsé en France par le POI « contre la guerre ».

Sous le prétexte de promouvoir la paix et de dénoncer « les guerres », il s’agissait surtout d’appuyer l’exigence de capitulation de l’Ukraine. Cette campagne prétendument pacifiste a reçu un accueil des partisans de l’Ukraine Solidarity Campaign (UK) qui ont tenu un piquet de protestation ; d’autre part, elle a été l’objet d’une lettre ouverte du Mouvement Social/Sotsialnyi Rukh ukrainien.

Présentation par l’Ukraine Solidarity Campaign (UK)

Piquet de protestation organisé le 20 juin 2026 par l’Ukraine Solidarity Campaign face aux faussaires pacifistes

Le 20 juin, la coalition « Stop the War » (StW) organise à Londres une grande conférence internationale contre la guerre. En janvier dernier, la Campagne de solidarité avec l’Ukraine avait écrit à Lindsey German, coordinatrice de StW, pour souligner que tout débat crédible sur la guerre devait inclure les personnes directement touchées par l’invasion non provoquée de la Russie — en particulier les syndicalistes ukrainien·nes et les organisations de gauche démocratique. Nous avons proposé notre aide pour organiser cette participation. Nous avons reçu une réponse provisoire le 28 janvier indiquant que les décisions n’avaient pas encore été prises – aucun·e intervenant·e ukrainien·ne n’avait été invité·e.

Afin de veiller à ce que ces voix ne soient pas exclues, nous publions une lettre ouverte percutante adressée à la conférence par Snizhana Oleksun, présidente du Conseil de l’organisation socialiste démocratique ukrainienne « Mouvement social » (Sotsialnyi Rukh). Snizhana est enseignante et militante syndicale à Kryvyi Rih, une grande ville industrielle d’Ukraine. Son message nous parvient directement depuis les premières lignes de la résistance à l’impérialisme russe et de la lutte pour la justice sociale. Nous distribuerons cette lettre ouverte aux participant·es à la conférence.

Comme l’indique la lettre : « Nos voix — celles de ceux qui résistent à l’impérialisme, qui luttent pour la justice sociale et qui vivent cette guerre — sont absentes. » Nous invitons les lecteurs/lectrices à diffuser largement ce message afin que celles et ceux qui subissent les conséquences de cette guerre ne soient pas réduit·es au silence par leur exclusion de cette conférence.

Lettre ouverte à la conférence internationale contre la guerre

Nous sommes réuni·es aujourd’hui à Londres alors que l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie continue de ravager des villes, des lieux de travail et des communautés. Chaque jour apporte son lot de nouvelles frappes de missiles sur des habitations, des écoles, des hôpitaux, des dépôts ferroviaires et des infrastructures énergétiques. Des millions de travailleurs/travailleuses sont déplacé·es   des milliers ont été tué·es sur leur lieu de travail ; des régions entières sont confrontées à l’occupation, à la répression et à une « russification » forcée.

Pourtant, aucun·e socialiste, syndicaliste, féministe ou militant LGBTQ+ ukrainien·ne n’a été invité·e à prendre la parole lors de cette conférence. Nos voix — celles de ceux qui résistent à l’impérialisme, qui luttent pour la justice sociale et qui vivent cette guerre — sont absentes.

Baisser les armes, c’est notre défaite
L’appel lancé lors de la conférence exhorte les personnes à « baisser les armes et augmenter nos salaires ». Pour les travailleurs et travailleuses ukrainiennes, ce n’est pas une option. Si nous baissons les armes, nous sommes vaincu·es. L’occupation n’apporte pas la paix — elle apporte l’occupation, les fosses communes, les enlèvements d’enfants, les déportations et la destruction des syndicats indépendants et de la société civile.

Une politique de paix qui oublie celles et ceux qui sont attaqués n’est pas du tout une politique de paix .

Une résistance populaire — et une lutte pour la justice sociale
Cette guerre revêt le caractère d’une guerre populaire. Plus d’un million d’Ukrainien·nes servent dans les forces de défense ; des millions d’autres assurent le fonctionnement du pays : cheminot·es, infirmier·es, travailleurs et travailleuses du secteur de l’énergie, enseignant·es, bénévoles. Chaque jour, des travailleurs/travailleuses nous contactent au sujet des drones qu’elles et ils doivent financer par le biais de campagnes de financement participatif, de collègues tué·es au travail, de salaires impayés et des pressions écrasantes de la guerre.

Les socialistes démocratiques et les syndicalistes ukrainien·nes mènent un combat sur deux fronts :

• Contre l’impérialisme russe, qui cherche à rayer notre pays de la carte et à écraser nos mouvements.

• Contre les politiques néolibérales nationales, qui affaiblissent les droits du travail, privatisent les biens publics et sapent l’effort de guerre en faisant peser le fardeau sur les citoyen·nes ordinaires tandis que la fortune des oligarques reste intacte.

Nous rejetons à la fois l’impérialisme et l’austérité. Nous luttons pour une Ukraine libre, démocratique et socialement juste.

À la gauche internationale et au mouvement pacifiste
Trop de forces progressistes continuent de voir le monde à travers un prisme dépassé, en considérant les États-Unis comme la seule puissance impérialiste et la Russie comme sa victime. Ce cadre de réflexion ne permet pas d’expliquer pourquoi l’Ukraine continue de résister même après le retrait de l’aide militaire américaine. Il ne permet pas non plus d’expliquer pourquoi les travailleurs et les travailleuses, les féministes, les militant·es LGBTQ+ et les socialistes ukrainien·nes soutiennent massivement la résistance.

S’opposer à l’envoi d’armes à l’Ukraine au nom de l’« antimilitarisme » nous laisse sans défense. Ce n’est pas de la solidarité, c’est de l’abandon.

À quoi ressemble la véritable solidarité ?

Nous appelons toutes les personnes présentes à la conférence aujourd’hui à :

• Se tenir aux côtés des travailleurs/ytravailleuses, des syndicats et des mouvements sociaux ukrainien·nes qui résistent à l’invasion et luttent pour les droits démocratiques.

• Soutenir l’aide militaire et humanitaire qui permet à l’Ukraine de survivre et de défendre sa population.

• S’opposer aux réformes néolibérales qui sapent les droits du travail et les protections sociales en temps de guerre.

• Exiger une paix juste — une paix décidée par les Ukrainien·nes, et non imposée par Trump, Poutine et les accords entre grandes puissances qui récompensent l’agression.

L’extrême droite au Royaume-Uni, aux États-Unis et ailleurs défend Poutine. Une défaite de l’Ukraine renforcerait les forces fascistes et autoritaires partout dans le monde.

La résistance de l’Ukraine — la survie de notre mouvement syndical — soutient les luttes pour la démocratie et la justice sociale à travers le monde.

N’excluez pas les voix ukrainiennes !

Ne qualifiez pas l’occupation de « paix » !

Soutenez l’Ukraine ! Soutenez les travailleurs et les travailleuses ukrainiennes !

Snizhana Oleksun
Conseil du Mouvement social (Sotsialnyi Rukh)

Paru initialement sur le site de l’USC :

Publié en premier en français sur le site Entre Les Lignes Entre Les Mots :