Le sommet du G7 aura été, plus que jamais, un théâtre d’ombres mettant en scène le mensonge. Tous ses protagonistes savent très bien que le fait dominant est celui qu’ils ont traité par le déni : l’affaiblissement, pour ne pas dire la glissade vers l’effondrement, de l’impérialisme nord-américain, ce qui les terrorise car il reste le pivot de l’ordre capitaliste global.
L’accord Washington-Téhéran.
La mise en scène du mensonge a culminé mercredi soir avec la signature « surprise » de l’accord, le « mémorandum », Iran/Etats-Unis, par Trump, sous l’œil voulant paraître émerveillé de Macron, sous les ors du château de Versailles. Quiconque, du distingué géopoliticien au citoyen éclairé de base, lit ce texte – rendu public juste après sa signature non pas par Trump, mais par l’Iran- ne peut que s’écrier avec, tout de même, une certaine surprise : « Mais bon sang, l’Iran a gagné ! ».
Les 14 points commencent par proclamer la « fin de la guerre », y compris au Liban, établissent la reconnaissance mutuelle entre l’impérialisme américain et la République islamique, annoncent un accord final dans 60 jours, la fin du « blocus » d’Ormuz avec un flou qui laisse ouvert la possibilité d’un péage cogéré par Téhéran et Washington, la fin des sanctions et une aide des Etats-Unis à l’Iran de 300 milliards « au moins », moyennant la promesse de Téhéran qu’il ne « produira jamais d’armes nucléaires », la version diffusée par Washington ajoutant qu’il y aurait une « dilution isotopique de l’uranium enrichi sur site sous supervision de l’AIEA ». En attendant que tout ceci soit fait « dans les 60 jours », le statu quo est maintenu mais avec la possibilité immédiate pour l’Iran d’exporter ses hydrocarbures.
Sur le papier, c’est encore plus qu’une victoire iranienne, c’est l’instauration affichée d’une coopération dans laquelle l’impérialisme US assiste et étaie la République islamique.
L’explication la plus superficielle, qui n’est pas fausse, de ce que beaucoup de diplomates appellent la « capitulation » américaine (sans combats réels, et après avoir assassiné la direction de la République islamique antérieure au 28 février), est celle qui recourt à la préoccupation de Trump de se sortir du bourbier où il s’est mis, le plus vite possible, pour faire face aux menaces qui le concernent aux Etats-Unis.
Mais à un tel niveau de revirement, l’explication par Trump n’est pas suffisante. C’est bien à un palier majeur, car visible, et même exhibé, du déclin des Etats-Unis, que l’on a affaire, et Trump en est le révélateur et l’agent.
Plus fondamentalement encore, il s’agit de coopération contre-révolutionnaire. Déjà, l’accord signé sous Obama en 2015 avait avalisé et favorisé l’écrasement de la révolution syrienne – dont les effets se font encore sentir par-dessus la chute de Bachar el-Assad, dans la nature réactionnaire du nouveau régime syrien qui n’est pas l’héritier légitime de la révolution, mais qui a occupé le vide.
Le rôle de l’Iran dans la provocation pogromiste du 7 octobre 2023, faisant croire aux soldats du Hamas que la bataille finale était engagée, la dynamique génocidaire de la guerre que cette provocation a permis à Netanyahou de mener, et la fuite en avant de Trump, confronté au risque d’un renversement par un soulèvement démocratique aux Etats-Unis, dans un cycle d’interventions étrangères : l’ensemble de ces facteurs explique la guerre engagée le 28 février 2026, mais jamais, à aucun moment, ni Trump ni Netanyahou n’ont souhaité le renversement révolutionnaire du régime des mollahs par les peuples, le prolétariat et les femmes d’Iran.
Cette guerre, soigneusement engagée après le massacre de début janvier qui a évité ce renversement, a donc, du point de vue de Washington, eu pour résultat tangible d’établir le régime iranien, celui des pasdarans et des « gardiens de la révolution » voleurs, tortionnaires et violeurs, comme pilier du maintien de l’ordre et allié potentiel majeur (effaçant, au passage, une contradiction ancienne de la ligne de politique étrangère de Trump, pour qui la Russie doit être l’allié par excellence mais dont l’Iran était désigné comme ennemi existentiel).
Dans ce cadre, l’aspect le plus remarquable de la victoire iranienne est d’avoir fait lâcher par Washington les points spécifiquement souhaités par Netanyahou, alors que ce dernier pouvait avoir cru avoir entrainé Trump le 28 février dernier : pas de règlement réel sur l’éventualité du nucléaire militaire iranien, rien sur les missiles, rien sur les « proxy » et surtout, l’insertion, dans le premier point du mémorandum, du Liban comme étant quasiment le premier terrain concerné par le cessez-le-feu et le test de la « fin de la guerre ».
Or, l’armée israélienne en un mois a massacré 4000 personnes au Liban, détruit des bourgs et des villages et chassé des populations, sans éliminer le Hezbollah, qui ne peut l’être que par le peuple libanais dont Israël craint toute mobilisation autonome.
Bien sûr, tant la situation de plus en plus acculée et périlleuse de Netanyahou, que le Liban et l’ensemble des points à discuter, font que la « fin de la guerre » est en même temps sa continuation. Le mensonge culmine ici. Mais pour autant, dans la vraie-fausse « guerre » comme dans la prétendue « paix », le fait central est, insistons-y, la coopération contre-révolutionnaire Washington-Téhéran.
Et donc, les « anti-impérialistes » qui brandissent encore le drapeau sanguinaire des Versaillais de Téhéran, et portent ainsi atteinte au drapeau palestinien qu’ils brandissent aussi, qui se prennent pour les plus farouches ennemis de Washington, deviennent au final les soutiens de l’alliance contre-révolutionnaire avec Washington, comme cela s’est déjà produit au Venezuela avec Delcy Rodriguez …
En Ukraine, c’est aussi Trump qui perd.

La mise en scène du mensonge au sommet du G7 a également porté sur l’Ukraine, Trump ayant paraphé le communiqué final qui commence par un point sur l’Ukraine réaffirmant la nécessité d’un soutien en armes et des sanctions envers la Russie (largement ébréchées) et se terminant par l’affirmation de la nécessité de « nouvelles mesures, le président Trump ayant obtenu un accord que nous soutenons pour la réouverture du détroit d’Ormuz ».
Les principaux médias et Emmanuel Macron (ce dernier laissant entendre que sa force de conviction envers l’animal Trump auquel il sait parler, parait-il, y aurait été pour quelque chose !) y sont allés d’un couplet selon lequel Trump, qui n’aime pas les perdants, se retournerait contre Poutine et se mettrait à soutenir l’Ukraine pour de bon.
Inutile de dire que strictement personne, même Macron, ne croit à une telle fadaise !
La vérité est différente et elle rejoint les leçons de l’accord Etats-Unis/Iran : en Ukraine aussi, Trump est perdant. Et pourquoi donc ? Mais parce que son principal allié, Poutine, est perdant.
La résistance populaire ukrainienne, le sourd mécontentement en Russie, et l’efficacité technique acquise par les militaires et les ingénieurs ukrainiens dans la guerre des drones, voient un léger effritement du front au détriment de la Russie, et surtout une insularisation de la Crimée et la destruction d’infrastructures militaires et pétrolières russe.
Précisément le 18 juin, en plein G7, un bombardement spectaculaire, mais réellement ciblé car ne visant pas les civils, à Moscou, a porté un coup politique et moral à l’impérialisme russe. Et de fait, aussi à Trump et à l’impérialisme nord-américain !
Une parenthèse …

Petite parenthèse nécessaire ici. Devant cette belle victoire ukrainienne, J.L. Mélenchon a tweeté ceci, qui mérite d’être analysé : « Dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine, l’intérêt des américains est d’affaiblir les russes mais aussi les européens. Il est très imprudent d’accepter que l’Ukraine fasse des tirs en profondeur sur le territoire de la Russie. C’est la marche à la guerre totale. »
La cible de Mélenchon est ici l’Europe : alors qu’il n’a rien dit sur les bombardements massifs visant les civils ukrainiens et, tout récemment, la Laure de K’yiv, il prétend que la défense ukrainienne visant certaines infrastructures russes nous menace de « guerre totale ». Il accuse ainsi, d’accord avec Poutine, l’Ukraine d’être un danger pour tout le continent.
Mais comme il doit combiner ce discours avec la vieille croyance sur l’Amérique qui veut détruire la Russie, il présente Trump comme voulant affaiblir à la fois la Russie et l’Europe. En réalité, Trump et Vance, de concert avec Poutine, veulent affaiblir l’Europe, et Mélenchon soutient cette orientation des impérialismes russe et américain, tout en se contorsionnant pour passer encore pour ce qu’il croit avoir toujours été : un prétendu anti-américain …
Le bal des faux-culs.
Cette parenthèse refermée, résumons-nous : Trump et les Etats-Unis se sont directement affaiblis par les coups qu’ils se sont eux-mêmes tirés dans les pieds au Proche-Orient, et indirectement, mais puissamment aussi, par le spectre de la défaite qui hante maintenant Poutine. Or, le sommet du G7 est apparu comme la fête à Trump, uniquement parce que les dirigeants européens, et singulièrement Macron, ont voulu qu’il en soit ainsi.
Personne n’en croit un mot, et lorsque ce pitre sanguinaire arrive en retard et dit « I am the boss », il semble que même lui n’y croit plus …
Il n’empêche que la comédie des brigands a été jouée jusqu’au bout, Macron recevant Trump à Versailles comme il avait, pour inaugurer son premier quinquennat, reçu Poutine. Le comble de l’ironie est qu’il s’est trouvé un seul chef d’Etat européen pour, à un moment donné car la coupe était trop pleine, refuser le mensonge.
Meloni !

Ce chef d’Etat est une femme, une femme d’extrême droite : Giorgia Meloni, qui avait suivi les autres puissances européennes dans leur refus tacite de soutenir les gesticulations yankees dans le golfe persique, a été confrontée à un ridicule harcèlement sexiste du vieux Donald, qui a prétendu qu’elle l’avait supplié de faire un selfie avec lui parce que, outre qu’elle est censée l’admirer, elle a bien besoin de son aide pour soigner sa popularité.
Totalement mensonger, a-t-elle fait savoir, ajoutant ceci sur Instagram, que l’on savourera :
« Quant à ma popularité, le fait d’être ton amie ne l’a certainement pas aidée, et elle ne dépend pas de ma relation avec toi. »
Na ! Et c’est ainsi que la seule percée explicite de la vérité dans ce G7 fut le fait d’une dirigeante d’extrême droite, malmenée en tant que femme … et donc c’est elle, c’est Meloni, qui a joué le rôle de l’enfant (ce qu’elle n’est certainement pas !) disant tout haut ce que tout le monde sait : le roi est nu !
Ce n’est sans doute pas qu’une question d’opportunité pour elle, il est probable qu’elle est réellement fâchée, car il y a de quoi, mais en fait, elle est passée, depuis l’échec de son référendum contre l’indépendance du pouvoir judiciaire, dans une période de difficultés, et se fâcher avec Trump, elle qui était la plus trumpienne des dirigeants de la droite et de l’extrême droite en Europe, ne peut qu’être bon pour elle au plan intérieur. …
Avec la défaite qu’il s’est lui-même infligée envers l’Iran, la défaite que serait pour lui celle de Poutine, et cette dernière palinodie, on voit que ce G7 qui fut, dans un certain ridicule, le triomphe de Trump et l’apothéose de Macron, ne laisse aucun doute quant à la réponse à la question : Pour qui sonne le glas ?
VP, le 21/06/26