Photo illustrant cet article : cette prairie était verdoyante et humide il n’y a que trois semaines. La rapidité du désséchement est sans précédent historique connu.
La « canicule » actuelle, succédant à peu de semaines d’intervalles à celle de mi-mai, est vécue en France comme exceptionnelle alors que, mondialement, de tels phénomènes n’ont plus rien d’exceptionnel. L’Inde subit depuis plusieurs années des matraquages thermiques estivaux à 50 degrés, qui rendent infernales ses jungles urbaines. Et ce n’est qu’un exemple. Selon l’agro-climatologue Serge Zaka, dont nous avons déjà pris la défense dans Aplutsoc contre les campagnes de menaces et harcèlements climatosceptiques qui l’ont ciblé, aujourd’hui reconnu comme référence scientifique, lui-même et ses collègues, qui n’ont jamais cherché à euphémiser et à dénier le danger, sont alarmés par l’ampleur du phénomène et sa puissance.
Survenant peu après des poussées de précipitations, il n’en a pas moins lessivé, par une évapotranspiration accélérée, les réserves d’eau. Il est effectivement assez centré sur la France, épargnée relativement, ces deux dernières années, par des « dômes de chaleur » analogues mais peu éloignés, et c’est maintenant par l’ouest, par la Bretagne, qu’arrive un air de type saharien :

Non seulement la vie quotidienne est pénible et dangereuse pour tout le monde, notamment pour les travailleurs, les écoliers, les handicapés et les vieux, mais la production alimentaire est directement menacée d’un choc majeur. Le patronat rentier, financier et céréalier qui tient la FNSEA n’a jamais anticipé ni envisagé cela, bien plus occupé à détricoter toutes les « normes » écologiques, comme ils disent, bien insuffisantes pourtant. Citons Serge Zaka :
« Il devient très probable que la végétation du Centre-Ouest de la France subisse une conjonction rarissime de facteurs physiques conduisant à une HWFD (Heat Wave Flash Drought), plus communément appelée « sécheresse éclair » ou « effet sèche-cheveux » : des températures dépassant 42°C, une humidité relative inférieure à 20 % et des vents supérieurs à 30 km/h.
Cette combinaison extrême accélère brutalement l’évapotranspiration et l’assèchement de la végétation. Les plantes peuvent alors basculer en quelques heures d’un état de stress hydrique modéré à une situation critique, avec des chutes de feuilles massives observables à l’échelle de paysages entiers, parfois sur des dizaines de milliers de kilomètres carrés. Dans ces conditions, l’irrigation apporte souvent peu de bénéfices immédiats : le problème n’est plus seulement le manque d’eau dans le sol, mais un stress thermique d’une intensité exceptionnelle.
En France, le principal cas documenté de ce phénomène reste celui du 28 juin 2019, lorsque des millions de plantes et d’arbres ont perdu une partie de leur feuillage en quelques heures seulement sous l’effet de températures extrêmes, d’un air très sec et d’un vent desséchant. C’est d’ailleurs le seul cas aussi extrême documenté au monde. »
Une série de 3 à 10 journées ou plus, semblables ou pires au 28 juin 2019, s’annonce, ce qui veut dire une catastrophe agricole sans équivalent, en France, depuis les temps préindustriels (ou il s’agissait de disettes), par la proportion de la production alimentaire menacée.
Les conférences de presse gouvernementales, séminaires et réunions de crise, en train d’être répercutées dans les préfectures et administration à la manière de ce qui s’était passé lors de l’arrivée du Covid, voient invariablement les ministres et leurs représentants proclamer, avec un culot sans nom, avoir « anticipé ». Le ministre de l’Education Nationale E. Geffray a « anticipé » puisqu’il a pondu une circulaire … fin mai, à la fin de la première canicule ! Et dans cette circulaire, des recommandations : hydratez vous !
Pathétique fut la conférence de presse du ministre de l’Intérieur et de la ministre de la Santé vendredi dernier : panique perceptible quand celle-ci explique aux gens qu’ils peuvent aller se mettre dans les Epahd si leurs salles climatisées fonctionnent !
Dans l’Education nationale, les fermetures contraintes d’écoles et d’établissement, pour éviter des malaises en masse, vont bien entendu s’imposer dès lundi, mais sans organisation ni coordination, car le ministère, n’est-ce pas, avait « anticipé » : « hydratez vous » !
S’agit-il là d’impréparation, ou d’une politique ? Il s’agit d’une politique.
Ne rien faire pour éviter la catastrophe et placer la société devant ses prétendues « responsabilités » quand elle survient, c’est une politique, celle du capital dont l’accumulation et la circulation accélérée, causes de la crise bioclimatique, n’ont que faire des besoins sociaux, humains et naturels.
La « conscience du capital » est le mieux explicitée par son faisant fonction le plus riche, Elon Musk : nous, les surhommes, nous irons sur Mars ou dans des ilots fortifiés, le grand nombre on n’en a rien à foutre.
Les climatosceptiques et l’extrême droite sont les idiots utiles de cette barbarie mortifère. Mais quand arrive le coup de matraque des 40° et plus pendant de longues journées, de l’arrivée possible des 50° cette année ou la prochaine, et des nuits à 30°, ils sont obligés de changer un peu de disque.
Qu’à cela ne tienne, Marine Le Pen accuse le gouvernement … de n’avoir pas écouté le GIEC !!! Avec son flair, que l’on ne retrouve pas chez le gandin Bardella, elle a compris qu’il ne fallait pas passer pour des négationnistes de ce qui fait souffrir en masse les gens. De là à agir sur les causes, parfaitement connues, à savoir la combustion massive des hydrocarbures fossiles pour faire tourner la machine à accumuler, non : la solution ce serait les climatiseurs partout, et Marine Le Pen présidente ne vous rasera pas gratis mais vous installera la clim’ partout !
Ce qui veut dire : ne rien faire sur les causes, aggraver encore la situation, et continuer droit dans le mur en accélérant.
Cela dit, la ficelle est grosse et tomber dans le panneau de « la gauche qui est contre la clim’ « , cette nouvelle légende urbaine, est stupide. Car revendiquer la clim’ tout de suite dans les salles de classe et l’ensemble des Epadh et hôpitaux, est tout à fait justifié, sans la faire passer pour la solution qu’elle n’est pas.
Trois congrès syndicaux confédéraux ont accompagné la période de la catastrophe thermique à la française de 2026 : FO, la CGT, et maintenant la CFDT. De fait, c’est donc sans doute au congrès CFDT, qui arrive en plein dedans, que cette situation sera la plus commentée : droit de retrait, CHSCT, droit du travail et vagues de chaleur, seront sans nul doute (et c’est normal) des sujets fortement présents.
Mais l’urgence et l’imminence de la catastrophe ne commandent-t-ils pas l’action à une tout autre échelle ?
Le monde du travail a besoin de deux consignes claires et généralisées :
- tous ceux en charge d’autrui, des écoles aux hôpitaux et aux Epadh, et aussi dans les prisons, doivent revendiquer climatisation, ventilation, et à moyen terme végétalisation, et les déplacements d’activités et les fermetures nécessaires.
- dès qu’on dépasse les 30 degrés, GREVE. Rappelons-nous le Covid quand les débrayages ont empêché Trump et Bolsonaro de bloquer toute mesure.
La GREVE QUAND IL FAIT TROP CHAUD, interrompant l’accumulation et la circulation du capital avec l’efficacité d’un virus, pourrait être la première bataille efficace de masse pour le climat. Etre pour le climat c’est être contre le capital !
Le front commun et les comités d’action sont là aussi nécessaires, et nous mettons cette question, pleinement, à l’ordre-du-jour de la réunion-débat du 5 juillet 2026.
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