Analyse des résultats du second tour des législatives

Abstentions : 57,4%. Attention, ce fait majeur ne doit pas être interprété seulement en terme de «grève civique» (J.L. Mélenchon). Cet aspect est vrai dans bien des cas, ainsi que pour la majorité des 10% de bulletins blancs ou nuls dans les circonscriptions (la majorité) où il n’y avait pas d’enjeu entre pour ou contre Macron et le pouvoir en place, les deux candidats en lice étant peu ou prou pour celui-ci. Mais n’y voir que cela fait l’impasse sur la défaite subie par le monde du travail et la jeunesse le 23 avril dernier, d’où découle la situation présente, et donc sur les taches politiques du moment présent. Beaucoup d’abstentions sont aussi des abstentions «de droite» ou FN, ou une expression d’indifférence due au matraquage sur les résultats acquis d’avance. Elles ont une signification, mais celle-ci n’est pas ipso facto transformable en contre-offensive sociale. Il faut pour cela des conditions politiques. La question politique centrale est bien celle de la rupture des confédérations syndicales avec la pseudo concertation au sommet de l’État qui peut permettre la centralisation de la résistance sociale d’ici au 20 septembre, où les ordonnances contre le code du travail doivent en principe être adoptées en conseil des ministres.

Cette importante précision étant faite, constatons que les votes exprimés traduisent un premier recul de l’exécutif Macron/Philippe, puisque le raz-de-marée était annoncé à 450 voire 480 députés et qu’il est finalement de 350 (308 LREM et 42 Modem). LR a 113 députés et l’UDI 17. La crise de LR, le vieux parti institutionnel de la V° République, va bien entendu se prolonger, mais un fait notoire s’impose : son appareil et ses réseaux de notables ne sont pas détruits. S’ils hésitent dans la manière de doser l’appui à Macron contre le code du travail, la Sécu et les services publics, et la position critique d’attente pour se poser en recours si l’exécutif venait à connaître des difficultés, ce que le caractère «hors sol» de l’élection de Macron lui-même et de sa majorité parlementaire laisse prévoir à terme, et vont donc se déchirer à ce sujet, ils sont toujours là, malgré l’affaire Fillon et tout ce qui s’est passé depuis. La raison fondamentale en est que la transformation de l’essai Macron n’est pas encore faite, n’en déplaise aux nombreux journalistes de cour. Le plus dur est devant lui : restaurer la V° République en brisant les relations sociales en faveur du patronat.

Le FN a 8 députés, plus Bompard dans le Vaucluse, ce qui constitue un revers par rapport aux présidentielles et un progrès dans l’absolu par rapport à l’assemblée précédente, avec notamment l’élection de Mme Le Pen. Ce serait, là encore, une erreur de considérer cette phalange comme un résidu. La candidature Le Pen au second tour ne saurait être réduite, comme celle de son père en 2002, à la seule fonction de machine à faire élire le président «comme il faut». Elle a commencé à représenter une union nationale alternative dans l’optique d’un effondrement de l’UE. Cette perspective est mise en veilleuse mais nullement effacée. La crise politique depuis les sommets du FN s’en est emparé quand cette perspective a paru avancer le plus, lors de l’alliance avec Dupont-Aignan – réélu de peu.

On notera au passage la défaite totale de LREM en Corse où sont élus un députés LR et 3 nationalistes. La V° République décentralisée de la loi NoTRE de Valls, qui s’attaque à l’égalité des citoyens devant la loi, devant l’impôt et devant le service public, a d’ores et déjà réveillé la question corse, une question nationale en latence, non résolue – cela, indépendamment du caractère réactionnaire et clientélaire de ces élus.

Les 30 députés PS et 12 divers gauche élus, ainsi que les 11 députés PCF, qui progresse en nombre de députés, les 15 députés FI (15 si on ne leur annexe pas les élus PCF Buffet et Peu, Ensemble Autain et Fiat, et F. Ruffin), les 2 députées d’Ensemble et François Ruffin dans la Somme, ont tous été élus par un mouvement de résistance sociale venant de l’électorat populaire et jeune et de l’électorat dit «de gauche». Cet électorat, avec un instinct social bien compréhensible, ne s’est pas porté au secours des anciens ministres du gouvernement Valls comme El Khomri, Touraine, Valaud-Belkacem, qui ne doivent leur réélection, lorsqu’ils sont réélus, qu’au soutien de Macron et au déplacement de voix de droite. C’est aussi le cas de M. Valls lui-même qui s’affirme à cette heure réélu, alors que les suspicions de fraude semblent lourdes.

Le caractère de résistance sociale commun à l’élection des députés PS non macronistes ou anciens ministres, FI, Ensemble et PCF, constitue un démenti à l’orientation de J.L. Mélenchon et de la France insoumise suivie jusqu’à l’entre-deux-tours. Soucieux d’assurer l’élection d’un minimum de députés parmi ses partisans, J.L. Mélenchon a en fait donné une consigne de vote à ses partisans, en contradiction avec ses discours précédents : votez pour les candidats FI, PCF ou PS frondeurs. Contre l’orientation du «peuple» rassemblant toutes les classes sociales contre la seule «oligarchie», la réalité sociale s’est imposée et lui-même s’est aligné sur elle, s’agissant d’avoir des élus. La France insoumise n’est nullement incontournable au sortir de ce scrutin, parce que ses propres députés ont été élus non par «le peuple», mais par la classe ouvrière et la jeunesse, avec le soutien des sections PS et du PCF. Elle se trouve à la croisée des chemins : soit continuer la politique de la terre brûlée au nom de la destruction des partis politiques, soit un groupe parlementaire pluraliste de coalition FI/PCF/Ensemble/PS non macronistes, illustrant ce qui, réalisé des mois avant, aurait assuré la victoire.

En tout état de cause, aucune joute oratoire à l’intérieur de cette pseudo Assemblée nationale ne changera la donne de l’intérieur. L’action des parlementaires opposants de gauche doit être au service des luttes sociales, et pas l’inverse.

 

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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Un commentaire pour Analyse des résultats du second tour des législatives

  1. LEVY dit :

    Remarquable commentaire à chaud.

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