Exploités et opprimés sont confrontés à la nécessité de construire des débouchés politiques, de se porter candidats au pouvoir, à travers leurs organisations, ce qui exige de reconstruire celles-ci. Nous venons d’en parler pour la Grande-Bretagne. L’aventure de Podemos en Espagne raconte, toutes choses égales par ailleurs, la même histoire. Chacun se gratte la tête en se demandant pourquoi Podemos, allié à Izquierda Unida (IU) dans le bloc Unidos Podemos, a fait moins, en voix et en pourcentage, lors de ces secondes élections législatives en quelques mois dans l’État espagnol, qu’il n’avait fait tout seul lors des premières. La faute à IU ? La faute à Pablo Iglesias, de plus en plus un cacique pontifiant ? La faute à la lassitude des électeurs ? La faute à la météo ? La faute au Brexit ?

Et si tout simplement Podemos, par ses tractations interminables et obscures suite aux précédentes élections, n’avait étalé le refus de ses dirigeants d’aller vers une issue politique en Espagne, une prise de pouvoir effective (une notion, il est vrai, souvent jugée « dépassée » dans la sociologie fumeuse de P. Iglesias …) ?

On nous dira donc : « ah bon, et ça aurait consisté en quoi selon vous ? » Cela aurait consisté – et peut toujours consister – dans une campagne pour un gouvernement Podemos-IU-PSOE-nationalistes catalans, basques et galiciens, brisant l’État monarchique et réalisant la démocratie, la pleine souveraineté populaire, et donc l’autodétermination des nations le souhaitant, dans tout l’État espagnol.

Mais cette perspective, une perspective de combat, notamment à l’encontre de la direction du PSOE, a été consciemment, pour Iglesias, ce dont il ne voulait pas. Et pour les mêmes raisons, pas plus à la tête de Podemos que dans les cadres politiques issus du Front de Gauche en France, aucun bilan de l’épisode Syriza en Grèce n’a été tiré.

Dans ces conditions, à terme, il ne faudra pas s’étonner si des courants « de droite » à tendances racistes, et surtout libéraux, c’est-à-dire pro-patronaux, dans les domaines économique et social, finissent tôt ou tard par gagner un électorat populaire et ouvrier, que toutefois ils n’organisent pas, se contentant de ses votes. Chacun comprendra de quoi on parle ici. On pourrait aussi citer l’Autriche, ou encore le Mouvement 5 étoiles en Italie, dont la figure de proue était Beppe Grillo, sorte de mixte entre Donald Trump et Pablo Iglesias, jusqu’à ce que le relais soit pris par les femmes victorieuses des municipales à Rome et Milan.