France : bilan politique et poursuite du combat

La France ne saurait échapper à ces données. Le fait politique majeur en France aujourd’hui, ce n’est certainement pas l’émergence de tel ou tel candidat aux présidentielles, mais c’est bien la combinaison entre la crise politique au sommet, avec des tentations, et des tentatives, de coup de force para-policier, et la mobilisation durable de larges couches extrêmement « radicalisées », pour employer un mot à la mode.

Par conséquent, la principale question politique est celle de la construction d’un débouché, rompant, contre le capital, avec le régime de la V° République, et du même coup avec l’UE, un débouché politique qui représente ces couches, construction dont les élections présidentielles ne sont pas le point de départ, mais un éventuel moment, ni plus ni moins.

L’été arrive et la loi El Khomri n’est toujours pas votée. Après avoir déjà annoncé début juin que les routiers allaient plus ou moins y échapper, le gouvernement a annoncé que les salaires resteraient du domaine premier des branches professionnelles – mais pas les heures supp’ ni les horaires ! Ce sont là des brèches, qui n’appellent qu’une seule réaction : l’unité syndicale et la poursuite du front commun pour le retrait total (mais on a vu que la presse patronale a tenté de s’en servir pour ouvrir une faille entre CGT et CGT-FO). En fait, ces pseudo-concessions, qui montrent la fragilité du dispositif gouvernemental, visent surtout à neutraliser une très hypothétique « motion de censure de gauche » en cas de 49-3 ultime, ou un vote de la « motion de censure de droite » par « les frondeurs ». Du côtés des appareils syndicaux, on peut aussi discerner des messages indiquant une certaine disponibilité à vivre sous la loi El Khomry, dans le régime des accords d’entreprise dérogatoires. La direction de la fédération CGT des cheminots a décidé de ne pas user de son droit d’opposition à l’encontre de l’accord imposé dans les chemins de fer qui est pourtant très majoritairement rejeté par ses adhérents, et donc elle lui a permis de s’appliquer. Et chez Michelin, on a vu SUD, hé oui SUD (les organisations pures et immunisées, cela n’existe pas, il serait temps de le comprendre parfois ! ) signer un accord d’entreprise de chantage à l’emploi. Les directions CFDT et UNSA ont d’ailleurs en off salué ce « réalisme », ce qui n’empêche pas plusieurs de leurs propres fédérations d’être de plus en plus nombreuses à ne pas accepter leur alignement patronal et gouvernemental.

Nous aurions pu gagner à plusieurs reprise, car la grève totale sur deux ou trois jours aurait été possible, comme le prouve l’immense énergie, le nombre et la résistance manifestée en bas depuis maintenant quatre mois de combat. C’est bien pour des raisons politiques que ceci ne s’est pas encore produit, les directions confédérales opposées à la loi El Khomri ayant peur d’abattre l’exécutif Hollande-Valls et d’ouvrir la crise du régime en gagnant. Mais d’un autre côté, il est acquis que les couches « radicalisées » ne vont pas renoncer et qu’elles vont même s’élargir encore.

La question politique centrale en France aujourd’hui, c’est l’expression, la représentation politique, de ce mouvement réel qui va continuer, et pas le choix des candidatures aux présidentielles : ou, plus exactement, ce choix ne saurait se discuter qu’en fonction de cette question là, et pas comme un ordre d’en haut aussi « radical », aussi « insoumis », aussi « insurrectionnel » se présente-t-il, mais se situant sur la base et dans la défense du régime de la V° République par le fait même.

Nous nous proposons, modestement mais avec détermination, de contribuer à la solution de cette question par le débat et l’irrigation politiques, en relation nécessaire à la construction des réponses internationalistes, européennes et mondiales, du prolétariat contre le capital et ses États.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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