Alors que les conditions se réunissent –en tout cas, nous voulons y œuvrer ! – pour une poussée vers l’affrontement social en ce septembre chaud de la catastrophe thermo-capitaliste et de la volonté humaine de vivre, les médias ne nous ont parlé, bien sûr, ces derniers jours, que de la « rentrée politique » tournée vers les élections présidentielles de la V° République prévues les 18 avril et 2 mai prochains.
Plusieurs militants d’Aplutsoc ont, avant cette « séquence », participé à l’université d’été de l’APRES, une réussite vu la situation à gauche à la veille des vacances, avec bien plus de 200 participants à Tours. Nos camarades Olivier et Fabrice ont notamment animé un atelier-débat sur le « campisme » et le véritable internationalisme.
Mais l’ouverture médiatique et officielle de la campagne présidentielle fut, et c’est hautement significatif, l’université d’été du MEDEF. Les assises ouvertes de l’APRES n’avaient pas, elles, pour thème le choix ou le soutien à tel ou tel candidat, mais la lutte maintenue pour l’unité à gauche : on y reviendra en conclusion.
L’université d’été du MEDEF, lieu clef de lancement de la campagne.
Le MEDEF, donc, a invité Le Pen, Retailleau, Philippe et Attal, qui ont tous affirmé le but suprême du « moins d’État » en faisant de la surenchère façon tronçonneuse barbare à la Musk/Milei, alors que les grands patrons réunis vivent de l’État, de ses aides et subventions et de sa dette « publique ». Ils ont aussi invité, comme prévu, Mélenchon, Glucksmann, ainsi que, finalement, Tondelier. Soyons clair : être présent valait acceptation du cadre.
J.L. Mélenchon a plaidé à juste titre pour la hausse des salaires, soulevant une hilarité remarquable et remarquée de ces messieurs dames les grands patrons. Mais l’essentiel n’est pas là : en l’invitant en même temps que Glucksmann, le MEDEF entendait non pas promouvoir l’un ou l’autre comme président possible, mais valider et pérenniser la division à gauche sur laquelle il compte.
Par ailleurs, une « polémique » sur la dette dite publique a eu lieu les jours précédents, laissant croire que Mélenchon et LFI seraient des bolcheviks-mauvais-payeurs menaçant de ne pas la payer. Loin de là : ils proposent en fait de la faire racheter par la BCE, ce qui s’est déjà fait, et qui ne correspond pas vraiment à leur image de pourfendeurs de l’UE, mais passons. Dans cette « polémique », personne ne dit ce qui est : la dette « publique » est un mécanisme clef de financement du capital financier, rentier et boursier, entretenu par le paiement d’intérêts alors que le principal de la dette, jamais remboursé en temps normal, roule en bourse d’un « investisseur » à un autre, qui palpe les intérêts que paient nos impôts. Fiscalité capitaliste et dette « publique » sont liés. Un gouvernement démocratique cesserait bel et bien de la payer à condition de construire un rapport de force internationaliste avec les autres peuples.
Cela dit, la fonction essentielle de l’ « université du MEDEF » était de légitimer par avance l’accession possible à la présidence de la V° République de Marine Le Pen.
Sophie Binet a déclaré à juste titre qu’« une partie du patronat est en train de faire la courte échelle à l’extrême droite en la normalisant ». Cette « partie du patronat » est son secteur financièrement pilote et donc dirigeant, représenté par le MEDEF. Il vise en effet à permettre que l’élection éventuelle de Marine Le Pen œuvre dans le sens de ses intérêts. C’est pourquoi il est important de discerner ce que celle-ci prépare exactement, et dans quelles contradictions elle est d’ores et déjà.
Le projet de coup de force institutionnel du RN et ses contradictions.
Le MEDEF entend bien la légitimer, mais son président Patrick Martin, qui a introduit le faux « débat » en exigeant des présidents acceptables pour le MEDEF – ceux de droite et d’extrême droite – des attaques contre les retraites et une « TVA sociale » pour financer « les entreprises » sur le dos des gens, n’est pas arrivé à lui faire reprendre ce discours, dont il est clair que Bardella l’aurait récité sans problème, lui qu’avaient programmé pour ce faire les Stérin et les Bolloré. Pour compenser, elle a promis de taper à bras raccourci sur « l’État », ce qui ne veut rien dire ou plutôt veut dire sur les services publics et la population qu’ils aident, et sur les immigrés.
Au même moment exactement, l’ « économiste libéral et investisseur » François Durvye, un homme de Stérin dont il a géré le fonds Otium Capital, « conseiller spécial et économique de Jordan Bardella depuis avril 2026 », faisait savoir au Figaro qu’il ne participera pas à la campagne de Le Pen. Celle-ci, à l’issue de sa prestation au MEDEF, a déclaré apprendre son départ, mais l’avoir souhaité. L’intéressé s’est empressé de faire savoir que Bardella en avait, lui, été informé.
Bardella, justement, interrogé sur BFM le 30 août, a esquivé ce sujet, mais a donné la « ligne » institutionnelle que Le Pen n’avait qu’à peine esquissée devant le MEDEF. Il a repris le programme du RN annonçant un référendum « sur l’immigration » qui sera en fait un coup d’État constitutionnel. En effet, avec son sujet xénophobe et raciste, ce référendum aurait trois caractéristiques.
Premièrement, il abolirait le droit du sol, élément fondamental de l’identité française, antérieur à 1789 et placé par la Révolution au cœur de la conception démocratique de la nation.
Deuxièmement, ce référendum touchant à la constitution se ferait en dépit du Parlement, sur la base de l’article 11 de la constitution de 1958 : c’est le coup qu’avait fait De Gaulle pour faire passer l’élection du président au suffrage universel en 1962. Or, à la lettre, l’article 11 ne permet pas cela, c’est l’article 89 qui précise les modalités d’un référendum constitutionnel en rendant obligatoire l’association du Parlement.
Rappelons que le Conseil constitutionnel a osé se déclarer « incompétent » après coup sur cette affaire, puisque De Gaulle a refait le même coup, avec l’article 11, en 1969, mais alors la victoire du Non l’a fait démissionner…
Troisièmement, Bardella a rajouté cette précision logique, mais capitale : la présidente élue dissoudrait et ledit référendum aurait lieu en même temps que le premier tour des législatives, « pour faire des économies » et préempter l’Assemblée nationale.
Il ne s’agit absolument pas de « redonner la parole aux Français » sur l’immigration ou tout autre sujet, mais de la leur enlever. C’est le programme d’un coup d’État à la Trump/Poutine/Orban. Mais d’ores et déjà affligé d’une contradiction structurelle : dans la V° République, le scrutin présidentiel ne vise à élire ni une équipe, ni un tandem, mais un ou une monarque.
On ne peut dicter en principe le choix de son premier ministre à la candidate Bonaparte. Ni lui dicter quelle majorité parlementaire, fut-ce l’union des droites, doit la soutenir. Encore moins, comme l’a fait Bardella, annoncer à l’avance que la politique du gouvernement sera la sienne quoi qu’en pense Madame. Le tout s’ajoutant à sa situation judiciaire…
Le ver est donc dans le fruit au sommet du RN. Non pas que Madame Le Pen ne soit pas toute disposée à servir les intérêts capitalistes. Mais, à la manière de Trump, elle entend les servir en se servant elle et son clan, et sans que telle ou telle institution lui dicte son tempo. C’est pourquoi, Stérin et Bolloré avaient couvé, et couvent encore, le pâle Bardella. Leur crainte étant, même en cas de victoire du RN à la présidentielle, que leur coup autoritaire échoue. Surtout si, d’ici là, Trump finit d’échouer …
Tout cela malgré et à travers le fait que Le Pen est bien entendu en accord avec le plan de coup d’État institutionnel, mais à sa main et avec les thèmes qu’elle y mettra, elle.
Au lendemain de l’interview de son cher second, ils se sont lancés dans une surenchère à propos de l’interdiction du voile dans l’espace public, qui ferait éventuellement l’objet d’un référendum.
La concurrence au sommet pousse donc le RN à la radicalisation, et complique le plan partagé par ses chefs et par les conseillers Stérin et Bolloré, liés aussi par ailleurs à Retailleau et ayant des antennes dans Horizons (le parti d’Edouard Philippe), de coup d’État institutionnel. À suivre, mais surtout à combattre.
Le PS vit encore : rebondissement.
S’ensuivit l’université de rentrée du PS à Blois. Le PS a écarté une primaire « de la gauche » mais organise un vote sur le candidat qu’il soutiendra. Raphaël Glucksmann s’est trouvé contraint de demander son investiture. Lors des Européennes de 2024, le score de la liste dominée par le PS, mais qu’il conduisait, a été poussé en avant par la question ukrainienne et est passé devant LFI, ce qui a facilité ensuite la formation du NFP et l’adoption de son programme, mais R. Glucksmann, étranger au mouvement ouvrier et à ce qu’il appelle la « gauche traditionnelle », a récusé le NFP au motif des positions poutiniennes de LFI (qui avait pourtant dû avaler le passage pro-ukrainien du programme du NFP !). Sa candidature est condamnée sans le soutien du PS, mais elle pousse le PS à la liquidation « centriste ».
C’est là qu’attend Hollande, qui refuse, en bon ex-président de la V° République, de passer par une primaire quelle qu’elle soit, tout en comptant bien sur un PS le plus affaibli et le moins encombrant possible. Hollande a fait son petit tour à Blois, mais il est surtout allé à Sens, à un raout organisé par le casseur du droit à l’enseignement supérieur et du lycée, Jean-Michel Blanquer, où il a disserté courtoisement avec Édouard Philippe et quelques autres, pour préparer l’union nationale avec la droite « républicaine » (qui va jusqu’à Retailleau !).
La soi-disant « primaire du PS » avait donc pour fonction de valider Glucksmann, qui pouvait ensuite être éventuellement remplacé par Hollande, le tout réamorçant la liquidation du PS en tant que parti « de gauche ». Les autres candidats – même Royal, plus ou moins « populiste », et les très pâles Guedj et Brun (qui veut « briser le tabou de la retraite par capitalisation » : tout est dit !) – n’ayant aucune chance de l’emporter contre Glucksmann, mais dans un scrutin confidentiel ne lui conférant pas de vraie légitimité, situation attendue par Hollande…
Mais le PS veut exister. Et l’aspiration unitaire aussi… Olivier Faure a donc été conduit à se présenter à cette primaire organisée à cette heure par le PS, Place publique et la GRS de Maurel et Liennemann. Les cartes sont ainsi rebattues, car Olivier Faure malgré tout se réclame toujours de l’unité de « toute » la gauche.
Un signe : François Ruffin l’a compris. Il est venu à Blois râler contre le « suffrage censitaire » de « la primaire ». Le mot important de sa part, ici, est la reconnaissance de « la primaire ». Faure avait proposé un droit d’entrée de 2 euros, mais les ailes droites du parti ont imposé 15 euros, tout en échouant à faire signer aux votants un texte excluant l’unité de toute la gauche…
Les commentateurs médiatiques et les politiciens ne comprennent strictement rien à ce qui se passe là, et daubent et glosent sur les préoccupations de sièges aux législatives et les manœuvres d’appareil, tout en rappelant le score faible de Benoît Hamon, qui déjà avait battu Valls que soutenait le président Hollande à la primaire du PS en 2017, de 6% aux présidentielles.
Mais il y a deux différences avec 2017 : quoique l’on pense de Faure, et quoi qu’il ait en tête d’ailleurs, son bagage politique immédiat n’est pas la politique de droite des gouvernements Hollande, mais c’est le NFP. Et Mélenchon en 2027 n’est pas celui de 2017 : il apparaît pour l’heure comme largement battu par Le Pen en cas de second tour face à elle, qui plus est en ayant, pour l’heure, la même orientation qu’elle sur les questions internationales hors Palestine…
L’ensemble de ces facteurs objectifs font que les conditions se réunissent qui peuvent transformer la pauvre primaire du PS en primaire véritable (au prix de 15 euros !) faisant du vote Faure un élément du combat pour l’unité contre Le Pen, Macron et la V° République (ceci dit de façon largement indépendante de l’orientation précise d’Olivier Faure).
Mais un tel retournement relatif de situation ne peut avoir lieu en dehors de la lutte des classes, dont la pression latente après l’été de la catastrophe thermo-capitaliste est déjà, indirectement, à l’origine de cette modification de la nature de la « primaire du PS ».
C’est en battant le budget Macron-Lecornu que l’on battra Le Pen !
Les mouvements sociaux de ce mois de septembre, particulièrement la conjonction de la fin du mois entre les manifestations pour l’urgence climatique, la montée des pompiers sur Paris et la fonction publique, peuvent bousculer la situation, car ils vont engager un affrontement social et politique contre le budget de Macron et Lecornu, qui ont besoin au moins de l’abstention du RN pour le faire passer, et qui va attaquer les retraites, les services publics, préparant le terrain à Le Pen.
C’est en défaisant ce budget, en rouvrant frontalement la crise politique AVANT la présidentielle, que l’unité peut être imposée et qu’il est tout à fait possible, non pas de « gagner la présidentielle », mais d’en finir avec le régime que la présidentielle a pour rôle de rétablir tous les cinq ans.
01/09/2026.