Le gouvernement Lecornu s’est engagé dans la voie qui a fait chuter ses prédécesseurs Barnier et Bayrou et qui l’a déjà fait trébucher une première fois en octobre 2025 : faire passer en force un budget antisocial visant à dépouiller les retraités de 6 milliards d’euros. Pour réaliser ce hold-up le ministre Lecornu avance dans le PLFSS un dispositif de désindexation des retraites de base : gel des pensions au-dessus de 2 034 euros et sous-indexation entre 1 260 et 2 034 euros, avec un coefficient (inférieur à l’indice d’inflation) fixé par décret par le gouvernement. Cela ne lui suffit pas, pour étrangler les boomers, ces privilégiés, ces nantis, il sera donc aussi à l’ordre du jour du gouvernement de s’attaquer à l’abattement fiscal de 10% qui, depuis 1977, n’a rien à voir avec la couverture des frais professionnels selon l’idée que les médias de Bolloré et d’autres s’échinent à diffuser, mais vise à compenser la chute de revenus que génèrent le passage à la retraite et les effets de l’inflation des chocs pétroliers des années soixante-dix (9,4% en 1977).

En 2026, les prix pétroliers connaissent d’autres explosions : +28,7 % sur un an, tirant l’inflation vers le haut. Cette conjoncture rend les mesures prévues contre les retraités d’autant plus insupportables. Les réactions de la population ciblée, soit près de 18 millions de retraités, pourraient être massives, il y faudrait des revendications claires et l’unité des organisations de retraités, c’est-à-dire la perspective de gagner. C’est alors que le Groupe des neufs connait une crise qui met en cause l’unité et brouille les revendications.

Le Groupe des neuf (G9) qui existe depuis 12 ans regroupe sept syndicats et deux associations de retraités : Il se compose de l’UCR-CGT, FO-UCR, CFTC retraités, CFE-CGC, FSU, SOLIDAIRES retraités, FCR (Confédération française des retraités), LSR (Loisirs et solidarité des retraités, créée à l’initiative de la CGT), Ensemble & Solidaires-UNRPA (Union nationale des retraités et des personnes âgées). Le ciment de l’unité de ce regroupement d’organisations de retraités est sa plateforme revendicative maintes fois affirmée :

  • Défense du pouvoir d’achat des retraités par l’indexation de toutes les pensions sur les salaires, la revalorisation des pensions au moins à hauteur de l’inflation, le rattrapage des pertes subies et exigence de ne plus avoir de pension inférieure au SMIC.
  • Défense des pensions de réversion.
  • Défense de l’accès aux soins dans le cadre du 100% Sécu que nous revendiquons.
  • Défense des services publics, en particulier ceux de proximité : hôpitaux, EHPAD, SSAD, transports, etc.

On aura noté que ni la CFDT ni l’UNSA ne participent à ce groupe.

Dès que fut connue l’offensive du gouvernement Lecornu contre les retraités, le Groupe des neuf se réunit pour « peser » sur les dispositions de l’avant-projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Mais pour certains, à la CGT comme à FO, dans cet automne lourd de confrontations écologiques et sociales, « peser » était déjà trop. Déjà des organisations de retraités prévoyaient de rejoindre la mobilisation des pompiers et de toute la fonction publique le 29 septembre. Alors la direction de l’Union confédérale des retraités (CGT) décida sans consulter personne de fixer la date de la manifestation centrale des retraités à Paris au 19 novembre et d’engager unilatéralement des discussions avec la CFDT et l’UNSA pour les associer à cette date. La réponse n’a pas tardé. L’union confédérale des retraités de FO a vertement répliqué dans une note à toutes les organisations du Groupe des neuf :

« Si l’objectif de l’UCR – CGT c’est de torpiller le groupe des 9 et de préparer la mise ne place d’une nouvelle intersyndicale avec la CFDT et l’UNSA, on ne s’y prendrait pas autrement.

L’unité d’action, nous l’avons répété, ne peut se concevoir en dehors de l’unité sur les revendications.

A qui va-t-on faire croire que l’UNSA et la CFDT sont pour l’abrogation de la réforme des retraites ?

A qui va-t-on faire croire que la CFDT est contre la remise en cause de l’abattement fiscal de 10% pour les retraités alors que leur secrétaire générale a déclaré en son temps qu’elle n’était pas opposée à discuter de cette suppression ?

Et on pourrait parler de notre revendication d’augmentation de 10% de toutes les pensions. Tout le monde sait que la CFDT et l’UNSA prônent une augmentation différenciée en privilégiant les petites pensions…

Alors il faudra que chacun choisisse : être fidèle à ce qui a présidé à la constitution du groupe des 9 ou voguer vers d’autres rivages…

Pour ce qui nous concerne, nous avons choisi. Nous resterons fidèles à ce qui a été mis en place il y a plus de 10 ans. »

La plupart des organisations du G9 ont alors réagi dans des termes voisins, y compris la FSU.

Mais en même temps que la colère montait chez les retraités, ulcérés de se voir désignés comme les profiteurs de « l’état -providence », la base cégétiste demandait à sa direction confédérale des explications sur sa soudaine volonté de faire cavalier seul à la veille d’un enjeu budgétaire crucial. Une nouvelle réunion du G9 se tint le 8 septembre 2026

Sept organisations étaient présentes (CGT, CFE-CGC, FSU, Solidaires, FGR-FP, Ensemble & Solidaires, LSR). FO avait envoyé un message le matin annonçant son retrait du groupe des 9. Cette réunion a adopté la communication suivante :

« Nous prenons acte de la décision de FO de quitter le groupe des 9 organisations syndicales et associatives de retraité·es. Nous avons échangé longuement sur le fonctionnement du groupe des 9, à la suite de quelques difficultés fin juin. Nous restons tous attachés au G9, nous souhaitons toujours travailler ensemble sur notre socle commun de revendications. Notre objectif reste la défense des retraité·es de manière la plus unitaire possible. »

La volonté des retraités de refuser l’intégralité de l’offensive de Lecornu contre leurs ressources est la meilleure garantie que leur unité ne soit pas davantage entamée par les manœuvres de leurs directions syndicales. Leur indignation a déjà produit ce résultat que le groupe des 9 « maintenu » appelle à manifester le 14 octobre, jour de la réunion du conseil d’administration de l’Agirc-Arrco, partout des rassemblements sont organisés en région. À Paris, ce sera proche du siège, place de la Bastille, avec des prises de parole, et probablement un compte rendu de la réunion par les membres du CA de l’Agirc-Arrco.

Le 14 octobre constituera aussi un moment de la préparation de « l’Action nationale » le 19 novembre à Paris. Le rassemblement des retraités de toutes les régions commencera à 11 h devant la gare Montparnasse, une manifestation partira en début d’après-midi en direction des Invalides. A nous d’en faire une expression unitaire du refus du budget et d’une exigence : la censure du gouvernement qui l’a porté.

LM, le 20/09/2026.