Ce que veut faire Macron

Le gouvernement Macron-Philippe veut produire un « choc de compétitivité » en s’appuyant sur ce qu’a fait son prédécesseur, notamment l’inversion de la hiérarchie des normes en droit du travail dans la loi El Khomri.

Il entend obtenir de l’assemblée élue en juin le pouvoir de faire des ordonnances étendant cette inversion à tout ce qui concerne les salaires, tout en liquidant par fusion une grande partie des instances représentatives du personnel et en plafonnant les indemnités prud’homales, c’est-à-dire en interdisant de trop punir les patrons qui, du propre point de vue patronal et capitaliste, commettent des délits.

En même temps, il vise à transférer les cotisations sociales vers l’impôt ou même à en supprimer une partie, permettant ainsi une hausse du salaire net qui pourra faire passer les baisses de salaires permises par les ordonnances, tout en cassant la Sécu.

Ceci fait, avant la fin de l’année 2017 il entend découpler le point d’indice salarial entre les trois volets de la fonction publique (État, territoriale, hospitalière), tout en contraignant les collectivités locales, par l’asphyxie de leurs ressources, à des suppressions massives d’emplois et des transferts vers le privé dans la fonction publique territoriale.

Tout ce sale travail fait, il prétend pouvoir négocier avec l’Allemagne un « budget de la zone euro », en postulant que le choc ainsi produit aura renforcé le capitalisme français. Il aura renforcé les patrons français contre les salariés, mais certainement pas la productivité du capital français par rapport à l’allemand !

Ne nous racontons pas d’histoires

La question centrale à présent pour le salariat est bien entendu d’empêcher ce gouvernement de nuire. Il ne faut pas se payer de mots : les conditions pour qu’après les législatives, de fait en septembre, un « grand mouvement social » se généralise dans le pays, ne sont présentement pas réunies.

Cela pour deux raisons. La première est que le cadre de ces contre-réformes est en place, c’est la loi El Khomri, dont l’abrogation n’est donc pas du tout une question du passé, mais demeure, centrale. La seconde est que le monde du travail a subi une défaite politique partielle le 23 avril en étant privé de toute représentation même indirecte au second tour de la présidentielle (alors que le total Mélenchon-Hamon-Poutou-Arthaud était de 28%).

Certes, Macron n’a pas la légitimité démocratique qu’il prétend avoir, mais il a cette force, celle qui lui a été conférée avant tout par Mélenchon et Hamon.

Dans ces conditions, un mouvement social d’ensemble sera confronté, pour émerger, à de lourdes conditions politiques si Macron n’est pas battu aux législatives.

La responsabilité des organisations syndicales

Ceci n’exonère pas les organisations syndicales de leurs responsabilités. Quand on sait très bien ce que veut faire Macron, il n’y a pas de raisons de se rendre à ses convocations pour orchestrer un « dialogue social » fictif. Un syndicat doit négocier, même en recul, mais là il ne s’agit pas de négociations, mais de participation à une mascarade.

La CGT le dit dans son communiqué du 17 mai – mais s’y rend quand même, en disant vouloir l’ouverture de négociations sur les 32 heures et « un Autre Code du Travail » – n’oublions pas pour cela d’abroger la loi El Khomri …

J.C. Mailly pour FO « est ressorti de Matignon avec le sentiment, à confirmer, que la concertation devrait se poursuivre en août, pour une ratification en septembre et qu’il existe des marges de manœuvres non négligeables. » (1) Des marges de manœuvres pour quoi ?

La CFDT appelle à « ne pas passer à la hussarde pour réformer le code du travail » Si ce n’est pas « à la hussarde », ça passe ?

Mais attention, ce n’est pas parmi les salariés, ce n’est pas à la base, que sont les obstacles premiers à la mobilisation.

A la base, les grèves sont nombreuses et tenues dans l’invisibilité médiatique (sauf la presse locale) : résistance aux plans sociaux de licenciements à La Souterraine, à la Seita à Riom, au laboratoire Alvadel de Vénissieux, grève contre le management par le stress à la plate-forme postale de Carvin, pour les salaires chez Ikéa, des agents municipaux de La Seyne contre leur transfert à la « métropole » de Marseille, etc. C’est la résistance et c’est le combat pour le salaire, sous des formes diverses dont la grève n’est souvent que la partie émergée de l’iceberg, partout.

La première question pour les organisations syndicales, c’est leur indépendance politique. Rien ne les oblige à se rendre aux coups de sifflets de Macron pour accréditer une concertation ou un dialogue sur des décisions déjà prises.

Ensuite, elles doivent remettre ou maintenir au premier plan l’exigence de rétablissement de la hiérarchie des normes (l’accord d’entreprise pour le salarié ne peut qu’améliorer la convention collective qui ne peut qu’améliorer le code du travail et la loi), donc l’abrogation de la loi El Khomri.

Elles devraient mettre au premier plan les nombreuses luttes pour les salaires et l’emploi : les fédérations du privé, mais aussi celles de la Territoriale, revivraient, littéralement, en jouant leur rôle d’informateur et de généralisateur des combats réels, préparant ainsi leur centralisation et leur généralisation.

La méthode de la Fédération CGT des Transports, confrontée au refus, étant allé négocier, de la branche patronale d’augmenter les salaires alors qu’une qualification supplémentaire est exigée des transporteurs de matières dangereuses, c’est la méthode syndicale simple et claire : généralisation, centralisation, rapport de force. D’où l’appel à la grève dans le secteur à compter du 26 mai. Invisible médiatiquement et politiquement … jusqu’à ce que les carburants ne soient plus fournis !

Aller aux fausses concertations de Macron, se placer en position d’attente en voulant croire qu’il y aura des marges de manœuvres hors rapport de force, c’est prendre une responsabilité politique. L’action syndicale indépendante, c’est préparer, sans se payer de mots sur un hypothétique raz-de-marée qui viendrait tout seul, mais au contraire c’est préparer consciemment et ouvertement, l’affrontement avec le gouvernement Macron-Philippe.

27-05-2017.

(1) Un ancien dirigeant de FO, Stéphane Lardy, a été nommé directeur de cabinet adjoint au ministère du Travail – adjoint d’un représentant du MEDEF. D’autre part, le POI, dirigé de fait par Patrick Hébert ancien dirigeant FO de Loire-Atlantique, et totalement aligné sur la « France insoumise », soutient inconditionnellement les dirigeants confédéraux. La conjonction de ces deux facteurs – alignement des uns sur Macron, des autres sur Mélenchon – conduit à paralyser l’action syndicale indépendante à laquelle sont attachés les militants Force Ouvrière qui vont, n’en doutons pas, réagir pour maintenir ou relancer l’unité CGT/FO/FSU/Solidaires contre la loi El Khomri et les ordonnances Macron.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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