La lutte des classes se fraie son chemin.

Entre les deux tours de la primaire du PS et alors qu’éclatait le « Penelope-Gate » touchant F. Fillon, nous avons préparé, avec notre camarade Julien Guérin de République et Socialisme, l’appel à l’unité Mélenchon-Hamon contre la loi El Khomri et pour un programme d’urgence, diffusé le soir même du 29 janvier :

https://aplutsoc.wordpress.com/2017/01/29/appel-a-lunite-nous-pouvons-gagner/

Plusieurs appels à l’unité Mélenchon-Hamon-Jadot ont été lancés depuis, rassemblant au total certainement plus de 100.000 signatures. L’aspiration qui motive la plupart d’entre eux est la même que celle de l’appel que nous avions lancé, à quelques nuances – qui sont des nuances – près : nous avions évité de trop insister sur un « programme commun » car ce sujet peut servir de prétexte à bien des embûches et parce que l’urgence, c’est la lutte des classes – aussi, nous concernant à APLS, pour ne pas cultiver trop d’illusions : les candidats dans la V° République font ce qu’ils veulent des programmes, ce qui compte c’est la pression d’en bas. Autre nuance, notre appel initial ne parlait pas de Jadot, concentrant le tir sur les deux principaux candidats, toujours pour les mêmes raisons : l’efficacité du point de vue de la lutte sociale.

Un camarade ardéchois nous fait savoir que le comité d’Aubenas pour une candidature unique Mélenchon-Hamon-Jadot bien de se constituer, impulsé entre autres camarades par l’ancien responsable départemental du PG, qui affirme agir dans la continuité de la campagne de 2012 en soulignant le fait que J.L. Mélenchon assurerait, selon lui, la victoire contre Le Pen, Fillon et Macron en se retirant tout en imposant à Hamon l’engagement à en faire son premier ministre. Ce sont, en effet, de telles discussions qui se développent à la base, à bâtons rompus, ou entre militants soucieux des intérêts de leur classe, à mille lieux des histoires de « téléphone » dont parlent, pour l’instant, les principaux intéressés.

Nul doute que dans toute la France de telles initiatives et de telles discussions sont en train d’émerger partout.

Dans cette situation, il n’est pas indifférent qu’une force organisée nationalement, le POID (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique, issu de la scission-exclusion du POI qui s’est produite en 2015), ait « tourné ». En effet, après des semaines de relative indifférence envers les élections présidentielles dans son journal, la Tribune des Travailleurs, indifférence que l’on retrouvait dans Informations Ouvrières, organe de l’autre organisation issue de cette scission, le POI, qui semble vouloir faire de la grève dans la santé du 7 mars un mouvement général, la Tribune des Travailleurs diffuse un éditorial de Daniel Gluckstein qui affirme après avoir expliqué que le retrait de Hollande et la défaite de Valls découlent de la loi El Khomri :

« D’un côté, trois candidats, Macron, Fillon, Le Pen, veulent appliquer la loi El Khomri et aller plus loin contre les droits des travailleurs ; de l’autre côté, Hamon et Mélenchon se prononcent pour l’abrogation de la loi El Khomri.

Soyons clairs : ni Mélenchon ni Hamon n’avancent un programme de rupture avec la classe capitaliste. (…)

Alors, si les mots ont un sens, si ces deux candidats veulent véritablement l’abrogation de la loi El Khomri, rien ne devrait s’opposer à ce qu’ils se mettent d’accord pour un seul candidat, soutenu par les partis qui appuient Hamon et Mélenchon, se présente comme candidat pour l’unité pour l’abrogation de la loi Travail. »

Le même journal publie des extraits de la discussion au Bureau national du POID du 5 mai, du plus grand intérêt, dans un compte-rendu rédigé par Christel Keiser, élue municipale à Montreuil. Citons :

« Il faut éviter d’avoir des oeillères et tout comportement de secte. »

« … une question se pose : faut-il se féliciter de la disparition du parti socialiste ? Quand à Mélenchon, son positionnement contre les partis pose un problème. »

« On ne peut pas oublier que c’est Hamon qui a introduit la réforme des rythmes scolaires, je ne me vois pas voter pour lui. » [c’est en fait Peillon, mais Hamon a promulgué les décrets d’application, NDR]

« Un deuxième tour Macron/Le Pen serait dangereux pour la démocratie. »

Il est également souligné que, s’opposant à la loi El Khomri, les deux candidats amorcent une critique de l’Union Européenne sans aller jusqu’à la rupture. Un intervenant regrette que le POID n’ait pas présenté de candidat (notons que par ailleurs, Schivardi, qui avait été candidat du POI d’avant sa scission en 2007, a signé publiquement en tant que maire pour la candidature de Jean Lassalle).

Soulignons deux interventions qui rejoignent bien notre propre état-d’esprit sans aucun doute largement partagé, et que pour notre part nous partageons pleinement :

« Le problème n’est pas de savoir si on vote pour lui [en l’occurrence Hamon, mais la même phrase pourrait s’appliquer à Mélenchon] ou pas, mais s’il y a quelque chose à saisir qui puisse être un point d’appui pour la mobilisation de la classe ouvrière. »

Et c’est « L’expression claire d’un accord sur l’abrogation de la loi El Khomri [qui] peut déboucher sur une candidature commune et non l’inverse. »

Notons que des militants de la « France insoumise », cette formation qui veut la fin des partis, diffusent une interpellation à Hamon : s’il veut vraiment l’abrogation de la loi El Khomri, pourquoi le PS ne la met-il pas en œuvre ? A quoi il convient de répondre que si Mélenchon aussi la veut vraiment, pourquoi ne propose-t-il pas publiquement tout de suite d’aller avec Hamon exiger cet alignement du groupe parlementaire PS sur la volonté populaire majoritaire ? Rien ne doit, en effet, être prétexte à division : c’est toujours, c’est plus que jamais, dans le cadre du premier tour maintenant imminent, la lutte des classes qui doit primer, et c’est donc l’unité contre la loi El Khomri qui peut ouvrir la voie, premièrement à la défaite de Le Pen, Fillon et Macron, deuxièmement à la reprise de l’affrontement social inéluctable, dans les meilleures conditions possibles.

Il est également significatif qu’un groupe comme Solidarité ouvrière, inspiré par les positions du « communisme ouvrier » iranien et irakien, a priori fort loin de toute préoccupations électorale et en tout cas de toute préoccupation présidentielle, se prononce également de la façon suivante :

« Une candidature unique est possible autour d’un programme resserré centré sur l’abrogation de la Loi Travail, l’égalité réelle femmes/hommes, sur l’urgence climatique et environnementale, sur les droits des réfugié-e-s et un tournant démocratique et social de l’Union Européenne. Sans illusions particulières sur ce que la gauche « classique » ferait au pouvoir, c’est la raison pour laquelle, nous considérons qu’une candidature unique de la gauche, quelque soit le candidat, est notre espoir le moins brun dans les conditions actuelles. »

Ces camarades présentent cette prise de position comme un moindre mal. On peut en effet l’entendre ainsi. Mais il faut prendre la pleine mesure de ce qui se joue : faire en sorte que l’élu de la présidentielle ne soit ni Le Pen, ni Fillon, ni Macron, et soit donc Hamon ou Mélenchon, ce serait tout autre chose que la victoire du « programme » de l’un ou de l’autre. Ce serait l’aboutissement des luttes sociales acharnées qui ont menacé le régime de la V° République en 2016. Ce serait l’échec de ce à quoi conduisant la politique de Hollande et Valls. Ajoutons qu’on ne battra pas Mme Le Pen isolément. Elle est forte de la politique des autres et elle sera battue avec les autres : avec Fillon et Macron candidats directs du MEDEF (qui est en train de passer du premier au second malgré Poutine!), avec Hollande et Valls dont la politique conduit depuis le début, on le sait, à un second tour entre le FN et un candidat « libéral » de droite ou du centre. Élire Hamon ne sera pas redorer le blason d’un PS en crise, sa propre candidature, indépendamment d’ailleurs de telles ou telles de ses positions, étant le fruit d’une première intervention directe des masses dans cette crise : l’élire se fera au fond contre son orientation. Élire Mélenchon malgré son orientation soi-disant « insoumise » mettant son intérêt électoral propre (aux législatives comme aux présidentielles) au dessus de l’abrogation de la loi El Khomri qu’il réclame pourtant, ou lui imposer l’unité, se fera contre son orientation.

Disons-le : une surprise « de gauche » aux présidentielles françaises ne serait en rien la résurrection de la « vieille gauche » dans toutes ses composantes, mais le fruit de l’intervention directe du prolétariat ouvrant par là même, avec une portée dépassant la France, une nouvelle étape de son combat.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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