En France, un moment particulier

La crise de régime, de manière inédite, celle-là même que beaucoup craignaient derrière le mouvement contre la loi « travail », ne serait-elle pas en train de s’ouvrir, maintenant ?

La France n’a pas connu de situation aussi tendue, par le fait du pouvoir d’État, du pouvoir exécutif, depuis 1958-1960. Disons-le : le parfum du coup d’État flotte aujourd’hui dans notre pays. Le fait que bien des forces politiques et des médias nous servent une petite musique de « comme si de rien n’était » finit par se retourner en son contraire et par y contribuer.

Nous savons comment on en est arrivé là : la grande difficulté de la V° République, régime fort, instauré pour des mesures fortes, par et pour un « homme fort », à imposer, avec assez d’efficacité, de généralité et de brutalité, les mesures voulues par le capital pour améliorer son taux de profit et d’accumulation : baisse du salaire réel, liquidation du salaire socialisé (sécurité sociale), allongement de l’âge de départ en retraite, casse des services publics, précarisation, ubérisation, loi de l’entreprise passant au dessus des conventions collectives et finalement au dessus de la loi elle-même. Ces objectifs, régulièrement rappelés par ce que l’on appelle bien à tort « l’Europe », sont ceux sur lesquels chaque président et chaque gouvernement a avancé depuis trente ans, mais trop lentement au goût du capital.

Sarkozy l’« hyperprésident » voulait y remédier en renforçant le pouvoir présidentiel et les traits autoritaires fondamentaux du régime de la V°République, abordant le règlement d’une contradiction que ce régime portait en lui depuis le début : son inachèvement, le maintien de la proclamation principielle en droit des libertés démocratiques générales (repris dans le préambule de la constitution de 1946 transposé dans celle de 1958), et l’existence de partis et de syndicats au moins formellement indépendants.

Renforcement de l’institution présidentielle qui s’était lentement mais sûrement affaiblie depuis la démission du fondateur du régime en 1969, institutionnalisation d’un « dialogue social » associant officiellement les syndicats aux objectifs gouvernementaux et patronaux, furent sérieusement amorcés.

Mais Sarkozy, malgré les coups qu’il a portés, a échoué en perdant la présidentielle de 2012.

Son successeur Hollande, tout en reprenant tout le « travail » de son prédécesseur et en menant une politique antisociale accentuée, y compris par une réforme territoriale aggravant toutes les inégalités, ne semblait pas en mesure de reprendre ces objectifs institutionnels centraux.

Les crimes de masse commis par l’organisation fasciste islamiste Daesh le 13 novembre dernier lui ont donné l’opportunité de tenter sa chance à son tour dans ce registre. Il l’a fait, de concert avec son premier ministre M. Valls, avec une brutalité caractérisée. Mais en s’embourbant très vite dans les méandres de sa révision constitutionnelle autoritariste et raciste, expression du fait que les rapports de forces sociaux ne permettaient pas de mener une telle entreprise jusqu’au bout.

Mais tenaillé par la peur d’un effondrement prématuré de l’exécutif de la V° République, un an avant l’échéance des élections présidentielles, par la pression des « institutions européennes », par la crise économique récurrente et la crise financière non résolue (le poids de la dette soi-disant « publique » s’alourdissant encore), à l’initiative de M. Valls, l’exécutif a lancé de manière délibérément provocatrice la loi « travail » qui porte le nom de la ministre-potiche El Khomri, inversant la hiérarchie des normes, c’est-à-dire instaurant la loi de l’entreprise au dessus des accords collectifs, au dessus de la loi, et même (article 1) au dessus des droits humains.

L’objectif était, moyennant un ou deux ravalements secondaires, un alignement de tous les syndicats, que dessinait d’ailleurs la première et dernière déclaration « intersyndicale » totale, c’est-à-dire avec la CFDT, de fin février. L’objectif était aussi de provoquer et de gagner un affrontement social central s’il s’avérait impossible d’aligner tous les syndicats sur la CFDT.

Comme on le sait, la poussée d’en bas a défait ces calculs, tant l’option 1 (collaboration immédiate des directions syndicales alignées sur la CFDT) que l’option 2 (défaire par la force l’affrontement avec un éventuel front du refus).

Une puissante poussée vers la grève générale est montée dans le pays, montant des couches les plus profondes de la classe ouvrière et pas seulement, loin de là, des couches syndiquées ou militantes traditionnelles. Imposant l’unité, sur le mot d’ordre de retrait, de tout le mouvement syndical réformiste, CGT/CGT-FO/FSU/Solidaires/UNEF, ce mouvement de masse n’a pas réalisé la grève générale rapide et radicale, qui a flotté dans l’air en mars 2016. Cela parce qu’il ne peut avancer que par et dans ses organisations, avant tout le noyau confédéral structurant, c’est-à-dire les deux CGT, CGT et CGT-FO, mais que leurs directions, craignant d’ouvrir la crise finale du régime en renversant, ou en battant à plate couture ce gouvernement, craignaient donc de fait de gagner.

Mais ce mouvement n’a pas reculé pour autant, ouvrant une situation inédite : des couches larges, dans la jeunesse, dans les secteurs syndiqués des raffineries, du traitement des déchets, des transports, et dans les petites et moyennes entreprises, et des millions et millions autour d’eux, ont pris ou repris conscience de leur force, et confiance en leur capacité d’action, et elles n’entendent pas s’arrêter.

Au passage, on aura peut-être été surpris de voir ci-dessus les centrales unies pour le retrait de la loi El Khomri être appelées « réformistes », alors que dans le langage officiel ce mot désigne maintenant la CFDT, l’UNSA, la CGC, la CFTC. C’est pourtant bien le terme exact : ces appareils syndicaux ne sont pas révolutionnaires et préféreraient même persister dans le « dialogue social » institutionnalisé, mais la volonté de leur base, la classe salariale qu’elles structurent et qui se réfère à elles, et les besoins de leur propre existence comme organisations syndicales, les empêchent, dans les circonstances présentes, de cautionner les reculs sociaux au point qu’ils ont atteint.

Les centrales appelées « réformistes » par les médias et par le premier ministre, CFDT en tête, ne sont pas réformistes, mais visent à un syndicalisme intégré à l’entreprise ou à l’État, programme totalitaire qui détruirait non seulement les conquêtes sociales, mais les libertés démocratiques. Naturellement l’écrasante majorité de leurs propres adhérents ne souhaite pas cela du tout, et se trouve à présent soit dans l’expectative, soit mobilisée avec l’axe réellement réformiste, aucun n’étant mobilisé au service du gouvernement comme la CFDT l’avait tenté, fin mars, échouant piteusement.

Donc, on en est arrivé là : confronté à un mouvement qui ne voulait pas retourner à la niche, le gouvernement peine à relancer le « dialogue social », l’une des deux jambes du régime de la V° République, et s’appuie de plus en plus unilatéralement, de plus en plus dangereusement, sur sa seule « jambe » répressive et policière.

Depuis début mars, c’est un véritable déchaînement. Ici aussi, comme pour le « dialogue social » institutionnalisé, les méthodes employées ont été lancées sous Sarkozy : manipulation de casseurs, nasses policières, gazage en masse des manifestants, tronçonnages des manifs, tromperie des organisateurs même disposés à « coopérer », trucage des chiffres, montage en épingle de faits violents, généralisations des violences sporadiques, multiplication des blessés et des traumatisés. Ces méthodes, expérimentées à Lyon, à Vichy, à Strasbourg, souvent en utilisant les groupes de jeunes dits « anarcho-autonomes », au temps de Sarkozy, ont été généralisées dans toutes les grandes villes par Valls, Cazeneuve et certains préfets, dont ceux de Paris et d’Ille-et-Villaine, avec le relais d’organisations policières soi-disant syndicales dont la principale est « Alliance-police nationale», dans un corps professionnel qui vote majoritairement FN et constitue le principal instrument, hors « dialogue social », de la « gouvernance » façon Valls !

Le summum de cette situation a été atteint autour de la manifestation nationale du mardi 14 juin et ceci est d’autant plus remarquable que les doctes commentateurs et autres sociologues bien intentionnés avaient dit ce qui, « normalement », aurait dû se passer. « Normalement » le 14 juin aurait dû être le « baroud d’honneur de la CGT » concluant une « mobilisation qui s’essouffle », et une « sortie par le haut » consistant dans l’acceptation de facto, par les directions confédérales CGT et FO, de l’inversion de la hiérarchie des normes moyennant l’inscription de la consultation des branches professionnelles à l’article 2 du projet de loi et quelques amendements par ci par là, aurait été opérée en fin de semaine. Normalement (d’ailleurs les propositions publiées par la CGT ouvrent la possibilité d’un accord de ce type, et pourtant …) !

Sauf qu’on était déjà hors « normalité » avant le 14 juin. Deux trains cherchent à s’écraser l’un l’autre. Le train du monde du travail, soudé sur le mot d’ordre de retrait, d’une loi « ni amendable ni négociable », et le train gouvernemental de plus en plus drogué à la violence et à la dénonciation démagogique, d’autant plus violent et démagogique qu’il se sent impuissant. La rencontre de J.C. Mailly et de la ministre El Khomri avant la manifestation, et surtout celle de P. Martinez et de la même ministre après, ne pouvaient donc dans ces conditions rien donner. On a même vu P. Martinez donner tacitement, mais clairement, raison, aux manifestants et au SO de la CGT des Ports-et-Docks qui, en fin de manif, ont repoussé – victorieusement – une agression policière.

Le syndicalisme réformiste est placé en position, malgré lui, de ne pouvoir négocier, et dos au mur – mais quel mur : des millions de grévistes et de manifestants pendant des mois ! -, en position de dire Non, ce Non défensif qui est porteur des orages révolutionnaires car, tout le monde le dit, c’est le monde de la loi « travail » que parents et enfants refusent, pour l’avenir des enfants !

Sachant donc comment on en est arrivé là, il est nécessaire de bien mesurer le moment présent, d’autant plus que la quasi totalité des commentateurs et des organisations ne le font que de façon limitée et parcellaire, en partie par manœuvre politique, en partie par courte vue, en partie aussi parce que les changements de situation se font parfois comme «  à l’insu » de leurs protagonistes qui continuent un certain temps à tenir le même discours compte tenu de la vitesse acquise, un peu comme ces personnages des dessins animés de Tex Avery qui marchent au dessus du vide puis qui, le réalisant soudain, tombent.

Le moment présent de la situation française peut être appréhendé à partir de trois données, faits majeurs ou symptômes.

Premier élément qui a en fait infléchi la situation, la puissance de la manifestation centrale du 14 juin. Des centaines de milliers ou, plus vraisemblablement, un million, laissons ceci de côté pour les historiens, mais certainement pas « 75 000 ». Pourquoi la préfecture publia-t-elle une telle insanité ? Il ne s’agit pas là des batailles habituelles de chiffres, mais de politique concentrée. Le pouvoir exécutif de la V° République, plus précisément la « verticale » préfet de Paris-Cazeneuve-Valls, doit mentir, ne peut que nier. Il y a avait des centaines de milliers structurés dans des cortèges CGT et des centaines de milliers structurés dans des cortèges FO et le mot d’ordre « A bas ce gouvernement » fut largement repris.

La manifestation du 14 juin ne fut pas seulement une grande manifestation syndicale pour le retrait de la loi El Khomri : par cela même, parce que ce contenu syndical et revendicatif était maintenu depuis quatre mois, contre vents et marées, elle était hautement politique, elle était une manifestation d’affrontement avec l’exécutif, avec le régime, avec l’État, de recherche par le fait même d’une issue politique en dehors de cet exécutif, de ce régime, de cet État, et les manifestants le savaient, plus ou moins clairement mais ils le savaient. Cette manifestation annonce la fin du régime.

Deuxième élément, donc, cette réaction gouvernementale qui commence par la recherche des agressions tout au long de la manifestation, par le mensonge le plus grotesque sur ses chiffres, se poursuit par une tentative de calomnie digne d’un Ceaucescu – les manifestants auraient pris d’assaut un hôpital pour enfants ! – et se cristallise dans la menace d’interdiction des manifestations.

Les termes du premier ministre – « au cas où la sécurité des personnes et des biens publics ne serait pas assurée » – valent menace, ils veulent dire « je n’assure pas la sécurité de façon à pouvoir interdire ». Ceci au moment même où des bandes de supporters de foot, parfois structurés par l’extrême-droite de différents pays européens, dont notamment la Russie, sèment la pagaïe bien plus que « la CGT », et au moment où Daesh menace, cet alibi d’un état d’urgence qui ne nous en protège pas, bien au contraire, est donc frauduleusement mis en avant : toutes les forces policières étant mises contre le monde du travail, le premier ministre aggrave les risques réels existant par ailleurs.

Le dirigeant syndical réformiste J.C. Mailly le qualifie à juste titre d’ « incendiaire ». Gérard Filoche se demande s’il se prend pour « Poutine ». Nous allons y revenir.

Les interdictions de manifestations ont commencé. De la périphérie vers le centre : une chaîne humaine que voulait organiser le MRAP sur la frontière, en défense des migrants et réfugiés, est interdite par le préfet des Alpes-Maritimes, puis un convoi humanitaire britannique destiné aux migrants bloqués à Calais est interdit par le préfet du Nord (on admirera au passage le message politique délivré quelques jours après l’assassinat de la député travailliste Jo Cox et quatre jours avant le référendum britannique sur l’UE ! ).

Mais le centre, ce sont bien sûr les syndicats. A Toulouse, le préfet fait savoir cyniquement à la CGT qui voulait organiser un meeting, qu’il ne garantit pas sa sécurité le soir du match Russie-Pays de Galles. Autrement dit, que les nervis de l’extrême-droite russe ont autorisation d’attaquer le meeting de la CGT ! La CGT a fait le choix d’annuler. Et on en arrive à Paris, pour la journée d’action du 23 juin : le préfet exige un « rassemblement statique ». La CGT Île-de-France et l’ensemble des syndicats maintiennent le mot-d’ordre de manifestation. Le préfet menace d’interdire, alors que tout le monde sait très bien que des violences se produiront aussi en cas de « rassemblement statique », car les violences, Valls les veut.

Après le 14 juin et la tentative (car on est déjà au delà de la simple menace), d’interdire les manifestations, les journées d’action prennent un caractère politique clef : elles deviennent des rassemblements pour la défense des libertés démocratiques contre un gouvernement engagé dans une fuite en avant d’autant plus dangereuse qu’il semble loin d’avoir les moyens de sa politique.

Tout le monde constate que si Hollande porte l’entière responsabilité de cette dérive, c’est Valls qui est à la manœuvre et qui semble avoir l’initiative, le premier rôle en fait. L’affaiblissement de la V° République passe aussi par là.

Déjà le rapport Sarkozy-Chirac avait illustré le type de contradiction pouvant survenir entre un premier ministre se voulant porteur de la ligne « dure » et un président se voulant plus « au dessus des partis » mais apparaissant de plus en plus comme dépassé. Pas d’illusions à avoir, précisons-le, sur Hollande dans ce jeu, mais il importe d’en saisir les conséquences. Il accentue l’absence de moyens réels de l’exécutif de mettre en œuvre ses déclarations martiales jusqu’au bout. Car Valls, c’est 5% aux primaires du PS fin 2011, une absence totale de base sociale, de base parlementaire, de base idéologique (même si certains s’imaginent que la « République laïque » lui en offre une, ce n’est qu’un fantasme : ses positions sur le sujet ne sont pas laïques, mais, en bonne logique bonapartiste, concordataires). En fait ce qui apparaît comme le plus proche de ce qu’on pourrait appeler « la base » de Valls, c’est … la police, la gendarmerie, l’armée, le corps préfectoral. C’est tout de même étroit. Et même là, il a été confronté au refus d’un policier de lui serrer la main lors de la cérémonie à la mémoire du couple assassiné par Daesh.

Nous assistons à la fuite en avant d’un exécutif plus isolé que jamais, bien que sa loi « travail » ait l’approbation du patronat et de la droite, mais ils ne lui font pas confiance ni pour l’adopter, ni pour ensuite l’appliquer.

Le déséquilibre président-premier ministre, à ce stade, ne fait pas du premier ministre un fusible du président, mais une mèche par laquelle il peut exploser ! D’autant plus qu’il a déjà commencé à … imploser. Et là nous en arrivons au troisième élément qui, s’il n’a pas l’impact immédiat et général concret des deux premiers, n’en est pas moins un symptôme et un élément d’accélération de la crise de régime,

Troisième élément, donc : le conseil national du PS a décidé d’une « primaire » pour désigner son candidat aux présidentielles, autrement dit le président Hollande est invité à s’y présenter. Tous ceux qui s’empressent de proclamer que ce n’est là qu’une manœuvre qui ne peut que relancer Hollande car elle est faite pour ça, soit font preuve de duplicité, soit n’y comprennent rien. Si Cambadélis et la direction du PS, soucieux en effet de créer les conditions, contre vents et marées, d’une nouvelle candidature du calamiteux F. Hollande ou au moins soucieux de donner encore pour un temps l’impression qu’ils se démènent à cette fin, voulaient le soutenir, c’est comme la corde soutient le pendu. Le fond du problème est évidemment dévoilé par M.M. …. Alliot, du FN, ou Dupont-Aignan : un président de la V° République en exercice qui se soumet à la primaire d’un parti pour se représenter est un président en perdition, mais surtout, c’est la V° République qui est en perdition. Quand on pense que De Gaulle avait failli démissionner parce qu’ils n’avait pas été élu dés le premier tour en 1965 … Autres temps, dira-t-on. Oui, mais mêmes institutions, même forme de l’État. Qui n’a que trop duré.

Comment vont se passer ces primaires ? La question est prématurée car la réponse dépend de l’immédiat : les syndicats réformistes manifesteront-t-ils malgré les interdictions ou menaces d’interdictions ? La loi El Khomri sera-t-elle votée par le parlement et par quels moyens ? La rentrée scolaire et sociale, où la mise en route de la réforme du collège – en voilà une autre, d’inversion de la hiérarchie des normes ! – va arriver et désorganiser l’enseignement, comment se passera-t-elle ? Nous ne sommes pas entrés dans la campagne des présidentielles, en tout cas pas dans une campagne « normale », mais dans un affrontement social de longue durée, un « mai rampant » comme disaient les Italiens en 1969, dans lequel le principal danger pour la sécurité des personnes et des biens vient du pouvoir en place, directement par ses réactions éventuelles, et indirectement par son irresponsabilité et les catastrophes qu’il peut laisser faire. Dans ces conditions, de telles primaires peuvent aussi bien être un bide total que voir des tas de gens non membres du PS s’en emparer, mais dans ce cas ce sera contre Hollande et Valls, forcément.

Cette situation politique permet de porter un diagnostic différent sur les deux principales candidatures à gauche qui se présentent comme voulant gagner en apportant une alternative globale aux politiques suivies jusqu’à présent.

Jean-Luc Mélenchon avait le patrimoine important de sa belle campagne de 2012, mais largement dilapidé (certes pas que par lui), et s’est présenté comme au dessus des partis, si ce n’est des classes, voulant devancer Hollande et promettant, en cas d’accession à la présidence, de faire élire une assemblée constituante. Ceci avant que n’éclate l’affrontement social présent, qu’il soutient, mais dont l’existence même et la force démontrent que la masse du monde du travail n’attendait plus d’issue de cette prochaine élection. Les citoyens sont appelés à le soutenir sous le label « JLM2017 » et des candidats aux législatives, politiquement définis par ce soutien, sont appelés à se présenter.

Gérard Filoche annonce qu’il veut défaire Hollande aux primaires organisées par le PS pour défaire ensuite la droite et l’extrême-droite aux présidentielles, en mettant en œuvre les revendications sociales actuelles, et il annonce cela au cœur de la crise présente, et en relation avec elle.

En regard de la crise de régime qui s’est ouverte, ces deux démarches, qui passent par ailleurs pour proches programmatiquement, sont très différentes : l’une se situe dans le cadre institutionnel tout en promettant de le transformer, mais par en haut, l’autre entre en résonance plus immédiate avec le mouvement social et la crise de régime qu’il est en train d’ouvrir sans attendre.

L’auteur de ces lignes qui a fait campagne pour J.L.Mélenchon en 2012, ne cache pas que son radicalisme démocratique et laïque et son hostilité viscérale au bonapartisme le rend plus sympathique envers la seconde de ces démarches, le paradoxe que son acteur soit membre du parti gouvernemental n’étant au fond qu’assez secondaire si, en l’instituant comme « le » socialiste qui est avec la masse des manifestants, ceci le place au centre du mouvement réel.

Quoi qu’il en soit, une primaire qui liquiderait la candidature du président sortant aussi bien que celle de son premier ministre, par l’intervention des masses, ne serait pas la primaire du seul PS et encore moins celle de la « Belle Alliance Populaire » (sic) inventée par J.C. Cambadélis, mais une sorte de sous-produit politique du mouvement social actuel, qui a déjà produit « Nuit debout » et qui est porteur, dans ses profondeurs, de la vraie recherche démocratique d’une issue politique et d’un régime démocratique. Si l’on veut changer de régime et aller vers la démocratie, l’ordre à suivre doit commencer par l’auto-organisation sociale et continuer par des candidatures aux législatives en vue d’une constituante, et faire d’une éventuelle candidature à la fonction présidentielle l’émanation mandatée de tout cela, sous contrôle, et non procéder dans l’ordre inverse, du haut vers le bas.

VP, le 20/06/2016.

 

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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