Le 16 juin dernier, la Communauté d’agglomération de Moulins a, après un âpre débat, mis fin à la subvention à « Murmures de la Cité » qu’elle avait largement accordée l’an dernier, par la majorité écrasante, nullement « droite-gauche », de 61 voix contre 11 et 4 abstentions (1 absent).
A propos de l’affaire dite de « Murmures de la Cité », j’écrivais l’an dernier : « Notre combat à Moulins est donc fondateur, fondateur pour l’unité pour battre l’union des droites et imposer la démocratie dans ce pays. » (17 juillet 2025).
C’est confirmé, et c’est cette fois-ci notre victoire qui doit être fondatrice !
Car il y a victoire. Le 16 juin dernier, la Communauté d’agglomération de Moulins a, après un âpre débat, mis fin à la subvention à « Murmures de la Cité » qu’elle avait largement accordée l’an dernier, par la majorité écrasante, nullement « droite-gauche », de 61 voix contre 11 et 4 abstentions (1 absent).
Il faut bien mesurer la portée de cet évènement politique : elle n’est pas locale. Jean-Yves Le Gallou (racialiste, vieux compère de Le Pen, architecte de l’union des droites, et parrain des activités du président de « Murmures de la Cité », Guillaume Senet), le 16 juillet 2025, tirait de son point de vue les leçons de ce qu’il considérait comme une victoire décisive, dans un article largement repris par toute la fachosphère, titré, judicieusement, Contre-offensive culturelle et victoire politique :
« La gauche pensait avoir verrouillé le récit national, réduit l’Historie à quelques dates culpabilisantes et imposé son monopole culturel. A Moulins, une poignée de jeunes enracinés a brisé ce récit politiquement correct avec le spectacle « Murmures de la Cité ». Par leur volonté, leur courage et leur amour de la France, ils ont mené une contre-offensive culturelle qui s’est muée en victoire politique.
(…) Pour la première fois, des élus LR ont refusé de céder à la gauche [il aurait pu plastronner plus encore : la rupture des digues ne se limitait pas à LR !]
A Moulins, sur le terrain de la longue histoire, la droite a remporté sans coup férir une bataille contre la gauche. C’est aussi la démonstration que la diabolisation est une arme fatale contre les faibles mais un sabre de bois impuissant face à des jeunes hommes engagés et déterminés. »
On cherchera en vain, en ce mois de juillet 2026, un bilan de victoire de Jean-Yves Le Gallou, et pour cause. Le vote de la Communauté d’agglomération rompt, bien que son président (le nouveau maire de Moulins Benoit Faivre) ne l’avoue point (il s’efforce de ne rien dire !), avec l’union des droites dont M. Le Gallou ne cachait pas que la « poignée de jeunes enracinés » était l’instrument.
Cela signifie que l’on peut casser ce front commun de la réaction, projection française de l’internationale Trump/Poutine – à condition de se battre.
Selon toute vraisemblance, Pierre-Edouard Stérin, le financier exilé fiscal qui veut sponsoriser l’union des droites, n’a pas renouvelé cette année son aide à « Murmures de la Cité ».
Reste à faire annuler ou rembourser la subvention de 12 500 euros du Conseil régional d’Auvergne/Rhône-Alpes, laquelle, selon un article pleurnichard du Figaro sur les difficiles efforts des jeunes enracinés en terrain hostile, paru le 11 juillet, aurait dit « souhaiter y mettre fin ».
Sur le plan « culturel », le spectacle donné cette fois-ci dans un lieu privé – un château de l’héritier Charles-Henri de Bourbon-Parme-Lobkowitz – et non plus sur l’esplanade du Centre National du Costume de Scène à Moulins, fut pathétique. Et, par inadvertance, amusant, car la « culture » des « enracinés » s’avère être du sous-Disney et donne lieu à des scènes involontairement assez « Monty Python » !
Bien sûr, les « jeunes enracinés » bluffent, comme ils l’ont fait sans interruption, sur les chiffres, mais ils ne peuvent plus clamer qu’ils ont gagné et réalisé le « plus grand spectacle immersif du monde » (sic !).
Peu de monde, pas d’enthousiasme, une technicité flageolante reposant sur l’IA et des voix préenregistrées, moins d’une centaine de figurants réels et statiques, bref : un fiasco.
Sur le plan culturel encore, et sans guillemets cette fois-ci, le Collectif des Archéologues d’Auvergne puis le Collectif Histoire d’y voir clair qui lui a succédé, a réussi tout au long de l’année l’organisation de soirées débats moulinoises sur des sujets historiques, drainant des centaines de participants avec une qualité que les « jeunes enracinés » ignorent totalement : l’humour !
Notons que « Murmures de la Cité » a été régulièrement invité à ces débats, et n’est jamais venu.
Rappelons que le dispositif monté autour de « Murmures de la Cité » est le suivant : la cité qui véritablement « murmure » est « Sophia-Polis », club de rencontre des racialistes et des intégristes, qui se réunit publiquement chaque année au château des Senet, l’organisation « de masse » étant « Murmures de la Cité ».
Un troisième étage de la fusée n’a pas décollé, c’est celui des interventions scolaires dont Senet a fait croire que « Murmures » les pratique dans les écoles, ce qui est heureusement totalement faux, et la tentative de montage d’une école privée hors contrat à Moulins, le « Cours Zita », a avorté.
L’université d’été de Sophia-Polis, au programme affiché crânement l’an dernier et où une partie des figurants du spectacle avait été entrainée, est cette fois-ci fort discrète et déconnectée du spectacle dans son calendrier.
On ne sait pas si Jean-Yves Le Gallou y viendra comme l’an dernier tirer le bilan politique pour la « poignée de jeunes enracinés ». Si c’est le cas, ça va chauffer pour eux !
L’extrême droite est fort mécontente de cette défaite, et cela se traduit par l’accentuation de la campagne permanente de haine, d’injures et de menaces, y compris de mort, produite sur le site « Riposte Laïque » dont Guillaume Senet, tout en évitant de signer les articles me menaçant moi et d’autres camarades, et nos proches, est un fervent et fidèle collaborateur depuis un an. Je ne vais pas ici rentrer dans les détails, qui relèvent du judiciaire.
Disons simplement deux choses.
Quand « Riposte Laïque » prétend parler de moi, qui suis une légende dans ce cloaque, ils parlent d’eux, de leurs fantasmes scatologiques et de leurs désirs de mort.
Et quand ils font parler Guillaume Senet, on a une illustration quasi clinique de l’inversion victimaire : il prétend mensongèrement être menacé chez lui, par exemple parce que la CGT et la FSU ont rendu hommage à des résistants tués en 1944 (à plusieurs km de son château), et « Riposte Laïque » titre : Et si Guillaume Senet organisait une manif devant la maison de Présumey ?
Je suis d’autant plus serein que je me sais, quant à moi, réellement enraciné sur ce territoire que j’arpente depuis des années d’écoles en écoles, de mairies en mairies, de collèges en collèges, sans oublier les coins à champignons. Mais il est clair que s’il devait m’arriver malheur à moi ou à mes proches, on aurait là la piste à suivre. Et de là, vers leurs appuis basés à l’étranger, dont la Russie de Poutine (qu’ils soutiennent bien entendu).
Les mots de Jean-Yves Le Gallou s’appliquent à merveille à cette entreprise : « … la démonstration que la diabolisation est une arme fatale contre les faibles mais un sabre de bois impuissant face à des jeunes hommes engagés et déterminés. »
Dans la mesure où je me sens tout à fait jeune par rapport à des prétendus enracinés dépourvus de tout humour, je trouve que ces mots s’appliquent à merveille à la tentative de diabolisation qui me cible, qui a d’ailleurs contribué au vote très majoritaire de la Communauté d’agglomération, pour que cesse le financement public d’une entreprise tentant d’importer la violence politique sur le territoire bourbonnais.
Ces incitations à la violence ont donc été contre-productives pour « Murmure de la Cité » et son petit écosystème bien mal enraciné : « Riposte Laïque » leur a nui.
Pourquoi, alors, mise à part la bêtise (un facteur incontestable !), persistent-t-ils dans leur collaboration ?
La réponse est dans cet article non signé de « Riposte Laïque » du 17 juillet 2026 :
« Nous considérons, nous, que ce qui se passe dans l’Allier est un laboratoire de ce qui se prépare, en France, dans l’année qui va venir. »
« Mais surtout, ce qui se passe dans l’Allier, avec le ciblage d’une équipe de courageux résistants [il est permis de rire !] préfigure ce qui peut se passer en France, dans l’année qui va venir, jusqu’aux présidentielles de 2027. »
La suite reprend le mensonge et l’inversion victimaire qui dit où les fascistes veulent en venir :
« Si on les laisse faire [les « gauchistes de l’Allier » dont Présumey est « le vrai meneur »] demain ils vandaliseront ces lieux, après-demain ils y mettront le feu, et ensuite ils s’en prendront physiquement à leurs habitants. »
Nous, les gauchistes, sommes ensuite accusés d’instaurer un « climat » « qui ressemble à celui de 1945 ». Aveu transparent : c’est la défaite du nazisme, c’est 1945 qu’il s’agit d’effacer. Et ce combat contemporain a une échéance : les présidentielles de 2027. Tout est dit.
C’est là qu’il nous faut, nous, les défenseurs de la démocratie et de l’Etat de droit, les militants ouvriers, les féministes, les historiens et chercheurs, les humoristes, les citoyennes et citoyens engagés, dans notre diversité assumée, tirer les leçons pour maintenant.
La victoire moulinoise est enracinée. Ayons le plus grand respect pour ces élus divers droite qui ont eu, après coup, mais qui ont eu, le réflexe de la préservation de l’Etat de droit, du refus des menaces de morts et de la violence politique, et le souci du sérieux historique dans ce qui est offert au public. Or, si leur fond républicain a pu reprendre le dessus, c’est en raison de l’unité réalisée sur la base du refus des subventions publiques à l’extrême droite (et, à aucun moment, de l’interdiction de quelque spectacle que ce soit), par et dans le Collectif laïque et républicain de Moulins, qui a vu participer à ses réunions et se solidariser tout l’arc politique allant de LO à Place publique, avec tout ce qui est entre les deux, vous m’avez compris.
L’antifascisme n’est ni un colifichet, ni un grigri, ni un look, ni une question mémorielle, au moment où, alors qu’un front militaire antifasciste de 1500 km protège l’Europe en Ukraine en formant, pour l’instant, un abcès de fixation pour Poutine, et alors que Trump qui s’est pris les pieds tout seul dans le détroit d’Ormuz, songe au coup d’Etat contre les élections aux Etats-Unis. C’est une affaire vitale et sérieuse qui nous engage ici et maintenant, et dont l’enjeu se concentre en France dans l’année qui vient.
Je conclurai en disant que Marine Le Pen, et pas seulement elle mais l’union des droites, seront battues avant, je dis bien avant, le 18 avril 2027, ou ne le seront pas. Il n’y aura pas de sauveur suprême. Le front commun en défense de la démocratie, en défense des droits et des libertés, est la seule voie du succès, et cette unité doit être imposée, comme a été imposé en 1934 le pacte d’unité d’action (SFIO-PCF et CGT-CGTU).
Moulins, Vincent Présumey, 19 juillet 2026.
Paru initialement en blog Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/vincent-presumey/blog/190726/moulins-lecons-dune-victoire