Quels sont les mobiles de la guerre engagée contre l’Iran par Trump et Netanyahou ?
Trois conditions sont nécessaires pour y comprendre quelque chose.
Premièrement, il ne s’agit en aucun cas d’aider les peuples d’Iran à renverser le régime des mollahs. Toutes les agressions étrangères contre l’Iran ont été contre-productives en la matière, et plus que jamais l’avant-dernière (la guerre des 12 jours en juin 2025), les menaces d’interventions alors qu’une explosion révolutionnaire se produisait début 2026, qui ont directement aidé à sa répression, et les opérations d’aujourd’hui qui viennent directement faucher les manifestations qui, malgré des dizaines de milliers de morts, reprenaient.
Il n’y a pas un gramme de vrai, ni de sincère, dans les rodomontades de Trump osant appeler les Iraniens, qui jamais ne l’ont attendu, à se soulever.
Deuxièmement, comme voici quelques semaines au Venezuela, cette agression a pour effet de relancer les réflexes conditionnés d’une grande partie de la « gauche » dans le monde, ne voyant que la répétition éternelle des « guerres impérialistes et sionistes » sur le modèle des deux guerres du golfe contre l’Irak en 1991 et en 2003. Or, ce n’est pas dans cette séquence que s’inscrit l’actuelle agression.
Elle s’inscrit dans les impulsions désordonnées de l’administration Trump lancée dans une fuite en avant d’agressions extérieures se voulant toutes ponctuelles (sans installation de troupes au sol). En voici la liste sur les 6 dernières semaines, mesurons tout de même cet emballement spectaculaire :
– au Nigéria fin décembre, ne l’oublions pas, avec des bombardements de villages au motif (bidon) de répression anti-islamiste,
– au Venezuela ensuite, avec le kidnapping de Maduro et de son épouse, qui a pu relancer le story telling « anti-impérialiste » mais qui, en fait, n’a procédé à AUCUN « Regime change » et a installé le régime maduro-trumpiste de Delcy Rodriguez,
– envers le Groenland, et donc envers le Danemark et l’Europe, et envers le Canada, par des menaces militaires, moment particulièrement « délirant » eu égard aux relations internationales dans leurs formes préhistoriques d’avant janvier 2025, et qui a coïncidé avec l’affrontement de Minneapolis entre le peuple américain et ICE,
– les menaces envers Cuba, qui dessinent la recherche d’une combinaison à la vénézuélienne, donc de secteurs du PC cubain disposés à se faire compradores des Etats-Unis (ça doit exister …),
– et donc maintenant l’Iran.
La troisième condition nécessaire pour comprendre quelque chose à tout cela est que, dans le cas de Trump, il n’y a justement aucun objectif de guerre clairement défini, et que la dynamique des interventions extérieures est en connexion avec la dynamique de la crise constitutionnelle et sociale aux Etats-Unis – plus Trump est affaibli, plus il déclenche des « guerres ponctuelles » partout.
Et Minneapolis plus Epstein plus les droits de douanes l’ont à nouveau sérieusement affaibli, renforçant le besoin de guerres pour pouvoir truquer les prochaines élections législatives américaines.
Trump peut en outre s’imaginer que s’il était « le » président américain ayant mené « la » guerre avec l’Iran, annoncée par Bush depuis 2001 et jamais engagée, il pourrait peut-être sauver définitivement son pouvoir …
L’explosion révolutionnaire en Iran, de plus, affole Trump et Netanyahou qui seraient privés de leur ennemi d’élection, et craignent de ne pas maitriser une situation où le régime serait renversé par le peuple.
D’où les oscillations entre un objectif maxi – un changement de régime avec le roi, squeezant la population et les forces révolutionnaires intérieures, féministes, syndicats indépendants, étudiants, kurdes, baloutches …- et un objectif mini – revenir aux accords sur le nucléaire passés par Obama.
Dans l’immédiat, le régime iranien réagit fortement en lançant des missiles sur les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn, le Qatar, l’Arabie saoudite, le Koweït, l’Irak et Israël, ce qui témoigne à la fois d’une fuite en avant affolée et d’une capacité de réagir certaine.
Aucun Etat de la région et aucun pays européen ne soutient l’offensive des Etats-Unis et, secondairement, d’Israël, de Trump et de Netanyahou.
D’un côté, la dimension « août 1914 » des évènements ne doit jamais être cachée sous la moquette : les processus dans lesquels s’engagent les dirigeants des Etats capitalistes ne sont pas sous leur contrôle.
D’un autre côté, toute installation dans la durée – et l’installation dans la durée commence ici au troisième jour …- conduit à des négociations globales entre Washington, Beijing et Moscou, dont aucun peuple au monde n’a rien à attendre de bon.
VP.
Vous écrivez : « dans le cas de Trump, il n’y a justement aucun objectif de guerre clairement défini ». Mais en fait, il y a un objectif que se dégage assez clairement quand on regarde le système formé par les interventions trumpiennes : bloquer les approvisionnements chinois en hydrocarbures.
De fait, Trump a fait le choix d’attaquer plusieurs gros fournisseurs de la Chine : Venezuela, Iran…en plus de maintenir la pression sur la Russie. L’objectif vraisemblable de Trump là-dedans, et au-delà de l’administration nord-américaine, c’est de limiter l’accès de la Chine aux ressources qu’elle a du mal à se procurer sur son territoire national (qu’il s’agisse d’hydrocarbures ou de minerais dans le cas du Groenland). Et, si possible, de fermer le robinet avant que la Chine n’ait achevée sa transition énergétique. Probablement en préalable à une large offensive, a minima commerciale et financière, contre la Chine. Comme tend aussi à le prouver le soutien que Trump accorde à la militariste japonaise Sanae Takaichi et aux projets de réarmement européen de Merz et Meloni. Le risque immédiat, c’est que, si l’impérialisme chinois se sent au pied du mur et craint réellement que la perte de plusieurs fournisseurs majeurs n’entrave sérieusement son développement en tant que puissance à vocation mondiale (donc réel concurrent potentiel des États-Unis), il pourrait bien précipiter les évènements en déclenchant lui-même l’offensive (mais cela suppose aussi qu’il est la conviction de pouvoir réellement tenir face aux États-Unis).
On sait déjà comment ça va finir. La « gauche » atlantiste nous expliquera à quel point la Chine est un régime totalitaire qui menace cette grande démocratie qu’est Taïwan, et qu’il faut soutenir l’effort de guerre pour réduire à néant le dernier reliquat du communisme. La « gauche » pacifiste/altermondialiste nous dira, elle, que la Chine est le paradis socialiste en construction sur Terre et la pointe avancée de la lutte anti-impérialiste, et qu’il faut coûte que coûte la soutenir. Et les intérêts de la classe laborieuse disparaîtront derrière le ralliement avec armes et bagages derrière tel ou tel gouvernement bourgeois…
A notre échelle, il me semble que la seule solution valable est d’essayer de court-circuiter le scénario que nous prépare la bourgeoisie. En France, la victoire de l’union des droites, de Darmanin/Nunez aux bandes néofascistes autour de Bardella, viserait à l’intégration parfaite de la France dans le système militaire américain et donc renforcerait les menaces de guerre, y compris de guerre nucléaire. Pour contrecarrer cela, je me permets de proposer la pétition suivante qui est un appel au front uni antifasciste contre la guerre et l’extrême-droite :
https://www.mesopinions.com/petition/politique/front-uni-contre-extreme-guerre/277503?source=link&tmstp=1772217040&p=petition
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