Le temps des faux ingénus.

Ainsi ce dimanche, pendant que les salariés de la Souterraine avec le soutien actif de toute la population barricadent leur usine, se déroule à l’Elysée le rituel monarchique de la « passation de pouvoir » de M. Hollande à M. Macron.

Le nouveau président de la V° République a lancé cette semaine sa première opération politique majeure : l’investiture des candidats de « la République en marche » aux élections législatives de juin. Tous les médias de s’esbaudir devant « le renouveau », « la jeunesse » et « la parité ». Citation d’un quotidien de province : « Volontaire et douée d’une énergie communicative (…) elle est l’illustration de cette France connectée défendue par le nouveau Président de la République. »

Les Macron boys and girls se répartissent en trois groupes : un petit quart de notables issus de la droite, un quart un peu plus gros semble-t-il de recyclés issus du PS, et une majorité de « start up » « vierges de tout engagement politique » dont la sociologie présente une grand uniformité réelle : ces garçons et ces filles trentenaires ou quarantenaires sont très souvent des gens ayant effectués des contrats successifs dans la com’, les services financiers, le management des personnels, et les collectivités, et qui sont en quête d’une bon salaire et d’une certaine stabilité. S’ils sont élus, ils devront tout non à leurs électeurs, mais au président. L’histoire bégayant toujours un peu, nous avons là une caricature « 2.0 » de la mise en place des candidatures gaullistes en 1958, où notables démocrates-chrétiens et néo-pétainistes avaient commencé à être mâtinés de jeunes loups et des premiers énarques, « enfants du Président ».

L’opération s’annonce toutefois plus difficile et plus risquée, car là où De Gaulle avait été le Sauveur de l’Etat bourgeois, Macron occupe son fauteuil par défaut, comblant le vide institutionnel en formation au risque de se dilater telle une gigantesque baudruche. D’ores et déjà, il semble ne pouvoir espérer une majorité de Macron boys and girls, mais une majorité composite qui aura besoin de LR et du secteur du PS représenté ouvertement par M. Valls, et de fait par la direction de ce parti, puisque M. Cambadélis, dans une de ces formules langue de bois dont on doit lui reconnaître le talent de les façonner, a annoncé que son parti ne serait « ni frondeur ni godillot ». Notons que le FN, qui se présentait au soir du 7 mai comme opposant n°1, est en train de s’entre-déchirer.

Et même cet objectif : une majorité macrono-LR-vallsiste, si l’on peut dire, ne serait pas réalisable si des candidatures unitaires et démocratiques contre Macron, pour l’abrogation de la loi El Khomri, se généralisaient.

S’opposer à Macron, le priver tout de suite de majorité parlementaire, ouvrir la crise institutionnelle et la bataille pour en finir avec la V° République, abroger la loi El Khomri au lieu de l’aggraver : telles sont les questions qui doivent être posées, non pas pour qu’ils récitent un « programme » ou promettent de faire de la « démocratie participative », mais pour qu’ils s’engagent à agir en ce sens, à tous les candidats issus de la gauche et ne soutenant pas Macron, aux législatives, pour qu’ils s’unissent.

Notons d’ailleurs que c’est cette question qui transparaît dans les appels à « l’unité de la gauche » lancés notamment par des socialistes ayant soutenu Benoit Hamon, qui ne peuvent que constater que la direction de leur parti, qui a proclamé sa mort, entend cependant l’utiliser pour aider Macron.

L’obstacle principal au moment présent est la position prise par J.L. Mélenchon et la « France insoumise » : en présentant des candidats partout (sauf devant les députés PCF sortant ayant signé pour la candidature Mélenchon, passons), en exigeant « l’unité » par ralliement unilatéral au « programme de la France insoumise », ils sont au premier rang pour créer les conditions de la division et de l’élection par défaut d’un maximum de Macron boys and girls. Ce constat doit être fait quand bien même suscite-t-il les hurlements des nouveaux chiens de garde : le premier rang de la protection du régime se situe aujourd’hui là. Admirons la déclaration de J.L. Mélenchon qui est censée, ce samedi 13 mai, exprimer sa terrible posture oppositionnelle :

«Il faut montrer qu’il faut que ce jeune homme soit tempéré dans ses folies par la main avisée d’un sage qui connaît de quel côté est le bonheur du peuple. »

Traduction : je devrais être le premier ministre de Macron. Exit la « VI° République », place à la cohabitation ! Cohabiter ? Un exécutif Macron/Mélenchon ? Non : la démocratie, si Macron est battu aux législatives, conduit à une constituante véritable, pour un autre régime, en finissant avec l’appareil d’Etat de la V° République.

Sauf que bien évidemment, soyons sérieux : cette orientation ne produira aucune majorité « insoumise », mais ne vise à rien d’autre qu’à la liquidation de toute représentation parlementaire issue directement ou indirectement du mouvement ouvrier.

Il y a d’ailleurs un parallélisme souvent frappant entre les candidatures « En marche » et les candidatures « insoumises » : les « vierges de tout engagement politique »« et syndical », sic ! – sont légion aussi de ce côté là. A l’échelle nationale c’est ce type de candidature qui prédomine ici, ne pouvant avoir d’autre fonction réelle que de prendre les quelques voix qui éviteraient la victoire de la droite ou des Macron boys and girls.

Cela alors que 28% de voix aux présidentielles recherchaient une issue politique pour représenter la majorité, contre le capital. Le combat pour des candidatures unitaires et démocratiques contre Macron, la V° République et la loi El Khomri n’est pas un combat pour refaire le passé, il est le combat pour l’avenir, car les ligues plébiscitaires, « En Marche » ou « France insoumise », sont la forme finale de ce passé, son ultime produit pour que tout change sans que rien ne change.

Contre Macron, la V° République et la loi El Khomri : unité et démocratie !

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