Suite à nos premières publications faisant suite à la conférence de Porto Alegre, ici, ici et ici, nous reproduisons ci-dessous trois textes sur cette conférence, de natures différentes et qui aideront à éclairer les enjeux.

Le premier est un entretien de bilan d’un de ses principaux organisateurs, Eric Toussaint (dirigeant du CADTM, Comité pour l’Abolition de la Dette du Tiers-Monde, et d’autre part de la direction de la IV° Internationale), publié sur le site Contretemps.

Le second est une note du camarade Alfons Bech, qui a participé à cette conférence, diffusée par lui notamment dans le RESU, à propos de laquelle il précise : « Camarades, j’ai rédigé ce brouillon dans l’idée d’en faire un article pour le site web de mon organisation, La Aurora (organisation marxiste). Il n’est pas encore achevé et pourrait subir quelques modifications. Mais je considère que, malgré ces réserves et son caractère provisoire, il peut déjà être utile, dans son état actuel, pour les discussions en cours, en complément d’autres articles et des précieuses réflexions qui sont menées. Je suis ouvert à vos commentaires et suggestions. Alfons. »

Le troisième est la traduction d’un texte diffusé en allemand et en anglais par le camarade Christian Zeller, militant écosocialiste en Autriche.

Dans ce chapeau, que vous pouvez tout aussi bien lire après les textes ci-dessous, je me permets de soulever rapidement quelques questions importantes.

Ces textes divers sont tous éclairants à propos du principal problème que nous avons, depuis la tenue de cette conférence, soulevé à son sujet : celui du cadre lui-même qui, en institutionnalisant en quelque sorte un « front unique » entre courants politiques n’ayant pas le même avis sur « qui sont les fascistes ou néofascistes ; ou qui sont les impérialistes » selon les propres termes d’un communiqué d’autosatisfaction que nous avions critiqué –  – rien que ça : des antifascistes pas d’accord sur qui sont les fascistes ! – risque d’être plus un facteur de blocage qu’un moyen d’avancer.

Eric Toussaint confirme cette conception : il est pour lui normal que les antifascistes ne soient pas d’accord entre eux sur qui sont les fascistes, et les anti-impérialistes sur qui sont les impérialistes, car ils se situent sur des continents différents de la planète dans lesquels on n’a inévitablement pas la même histoire et les mêmes représentations. S’il en était ainsi à 100%, les camarades ukrainiens et en général d’Europe centrale manifesteraient la même incompréhension ou le même déni que celui dont ils sont l’objet bien souvent, s’agissant des combats des peuples ayant connu le colonialisme et l’impérialisme « occidentaux », ce qui n’est pourtant pas le cas. Et peut-on de manière efficace combattre, au Brésil par exemple, tout retour du bolsonarisme, en faisant l’impasse sur la forme concrète mondiale de la réaction représentée par l’axe Trump/Poutine ?

Eric Toussaint déplore que la CGIL italienne, après avoir envisagé de venir, ait changé d’avis et ait contribué, selon lui, à ce que les autres principales centrales syndicales d’Europe soient absentes. La CGIL était semble-t-il gênée par une phrase de l’appel susceptible d’être interprétée comme pouvant permettre l’envoi d’armes à l’Ukraine, bien que précisant lui-même à la CGIL avoir bien fait attention de ne citer « aucun exemple contemporain ». Et il précise à la fin de l’entretien qu’un passage sur l’Ukraine aurait pu figurer dans l’appel, qui aurait été le suivant :

« Défense d’un processus de paix en Ukraine qui élimine les causes profondes du conflit, établisse des garanties de sécurité pour toutes les parties et respecte l’autodétermination et la volonté souveraine des populations touchées par la guerre. »

Sécurité pour l’impérialisme agresseur comme pour la nation opprimée, pas un mot sur les zones occupées, et, de fait, porte ouverte à des « référendums » dans les zones occupées : on voit de quel côté sont ici les concessions tenues pour utiles et nécessaires …

Avoir des opinions différentes sur qui pourraient bien être les fascistes et les impérialistes veut bien dire, en pratique, que tout le monde doit être contre « l’impérialisme américain » et que l’opposition aux autres, surtout le russe, sont une option qui ne peut pas être exprimée ouvertement dans une proclamation « unitaire » …

Alfons, dans sa note, donne à nouveau des indications vivantes sur l’écho rencontré par les ukrainiens et pro-ukrainiens sur place sur lesquels il ne me viendrait pas à l’esprit d’ironiser : je rappelle que, dans le RESU, j’ai déclaré respecter la décision des camarades souhaitant se rendre à Porto Alegre et compter d’ailleurs sur eux pour en faire un bilan. Le point à discuter est qu’il présente non pas seulement les échanges entre militants et courants ayant eu lieu à cette occasion, mais le cadre même fixé et déterminé à Porto Alegre, comme un cadre nécessaire (alors même qu’il précise que ce n’est pas un mouvement de masse mais un cadre de rencontres très politiques).

Christian Zeller interroge justement le cadre politique lui-même, sur trois points : le « campisme » (au mieux silence, au pire soutien, envers l’impérialisme russe), mais aussi le caractère a-critique de la conférence sur les gouvernements « progressistes », pétroliers et extractivistes d’Amérique du Sud à commencer par le gouvernement Lula lui-même au Brésil – signalons d’ailleurs qu’une organisation syndicale brésilienne, la Conlutas, n’a pas pris part à la conférence en raison, principalement, des liens entre ses organisateurs et le gouvernement, et que ceci semble avoir contribué à ce que l’Union Syndicale Solidaires en France, liée à Conlutas, en ait fait autant-, et, excusez du peu, le silence de l’appel final à propos du réchauffement climatique (pourtant à l’origine du décalage d’une année de la conférence).

Toutes questions pour le moins sérieuses : personne ne pourra les évacuer en affirmant que les soulever serait vouloir s’autoisoler ou relèverait d’un sectarisme de mauvais aloi, car elles procèdent de la réalité. Il ne s’agit pas de refuser de discuter avec qui que ce soit où que ce soit, mais du CADRE politique dans lequel on s’inscrit.

Vincent Présumey, le 19/04/26.

I) L’entretien d’Eric Toussaint au site Contretemps. NB : en annexe , la correspondance d’Eric Toussaint et de la CGIL.

Porto Alegre 2026 : une convergence antifasciste et anti-impérialiste ! Entre succès inédit et obstacles majeurs.

Quand a surgi le projet de conférence ?

Suite à la tentative de coup des bolsonaristes du 8 janvier 2023 à Brasilia, est née l’idée de convoquer à partir du Brésil une conférence internationale antifasciste.

Rappelons qu’après avoir perdu les élections présidentielles en octobre 2022, les partisans du président néofasciste Jair Bolsonaro ont pris d’assaut le parlement brésilien et d’autres institutions centrales dans la capitale Brasilia le 8 janvier 2023, en prenant pour modèle l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021 par les partisans de Trump. Par la suite, la justice brésilienne a condamné à 27 ans de prison Jair Bolsonaro pour avoir dirigé une organisation criminelle armée, avoir prévu d’assassiner le président nouvellement élu Lula et avoir tenté d’abolir par la violence l’État de droit démocratique[1].

En 2023 également, le choc créé par la victoire du néofasciste Javier Milei en Argentine et l’offensive qu’il a commencé à lancer contre le mouvement populaire à partir du 10 décembre de la même année a représenté une stimulation supplémentaire pour prendre une initiative. On s’est dit : « N’attendons pas plus longtemps, lançons un processus aboutissant à une initiative de grande ampleur ». Le danger est mondial : du Cône Sud de l’Amérique latine à l’Inde en passant par les États-Unis, Israël, l’Italie, la France, la Hongrie, la Biélorussie, la Russie, la Turquie, l’Égypte, les Philippines,… pour ne citer qu’une série limitée d’exemples.

Pourquoi avoir convoqué la conférence depuis le Brésil ?

La conférence aurait pu être convoquée à partir d’un autre pays mais le Brésil offrait des conditions particulières et pour ainsi dire uniques :

1. Les plus importantes forces politiques et sociales de gauche, en appelant à voter pour Lula du PT en 2022, avaient réussi à battre dans les urnes Jair Bolsonaro alors qu’il disposait d’une base électorale importante, d’un soutien de Washington et d’une partie significative du grand capital. Si les partis de gauche, en surmontant leurs divergences sur des points importants[2],  ne s’étaient pas mis d’accord sur le nom d’un candidat commun en la personne de Lula, Bolsonaro aurait pu gagner les élections.  L’unité concernait en particulier le PT, le PCdoB, le PSOL ainsi que le Mouvement des Sans Terre et plusieurs syndicats dont la CUT.

2. Au début de 2024, le PT et le PSOL de Porto Alegre se sont mis d’accord pour constituer un comité unitaire local pour convoquer une conférence internationale dans cette ville qui a été le berceau du Forum social mondial en janvier 2001. Les structures locales de ces deux partis ont obtenu le feu vert de leurs instances nationales (sans pour autant que celles-ci s’enthousiasment pour ce projet et en fassent une authentique priorité) et ont cherché à élargir la base d’appui.  

Je précise qu’au moment où le processus a démarré à Porto Alegre, on n’écartait pas la possibilité que si le PT et le PSOL se mettaient d’accord pour convoquer la conférence à Sao Paulo ou dans une autre grande ville du Brésil, on aurait pu déplacer le lieu de la conférence afin d’assurer une plus grande participation brésilienne. Finalement, c’est Porto Alegre (POA) qui a été retenu ce qui, vu la proximité de l’Argentine et de l’Uruguay, permettrait à des délégations importantes de ces 2 pays de se déplacer en bus pour rejoindre la capitale de l’État de Rio Grande do Sul[3].

La conférence qui devait avoir lieu en mai 2024 a dû être reportée en raison des inondations dramatiques ayant affecté Porto Alegre et Rio Grande do Sul quelques jours avant le début de la conférence. Ces inondations, la pire catastrophe climatique de l’histoire de cet État brésilien, a entraîné la mort de plus de 180 personnes.

Tentative en 2024 de lancer une initiative en Europe

Il faut également ajouter que durant l’année 2024, des contacts ont été pris par le CADTM avec des responsables politiques de différents pays européens afin de proposer qu’on organise une conférence unitaire en Europe, mais cela n’a pas abouti. La fragmentation politique de la gauche en Europe est très forte et le repli sur la politique nationale prime très nettement sur l’international[4]. C’est un recul manifeste par rapport aux années 2000 et c’est très préoccupant quand on voit à quel point l’extrême-droite croît dans tous les pays d’Europe.

La convocation de la conférence antifa au Brésil

Pour revenir au Brésil, c’est en mai 2025 que le comité organisateur local à Porto Alegre décida de relancer le processus menant à la conférence et fixa la date du 26 au 29 mars 2026 pour sa tenue.  

Entre temps le PCdoB, un allié de longue date du PT, s’était joint aux organisations qui convoquaient. De nombreux mouvements sociaux locaux apportaient leur soutien à l’initiative, le chiffre total atteignait 80 en septembre 2025.

C’est seulement à partir de fin septembre 2025, c’est-à-dire environ six mois avant la conférence internationale que les invitations ont commencé à être envoyées par le comité organisateur local à destination de l’étranger.

Au départ la conférence était centrée sur l’antifascisme, quand la thématique de l’anti impérialisme a-t-elle été ajoutée ?

C’est en octobre novembre 2025 que la dimension anti impérialiste a été ajoutée face à l’agressivité extrême adoptée par Trump, notamment par rapport au Brésil, suite à la condamnation de son allié Bolsonaro. Les menaces de Trump avaient encouragé l’extrême droite brésilienne à se mobiliser en masse début septembre (plus de 200 000 manifestant·es à Sao Paulo), ce qui à son tour avaient entraîné de très grandes mobilisations anti impérialistes réalisées dans les principales villes du Brésil le 22 septembre 2025 (plus de 220 000 manifestant·es à Sao Paulo en défense de la souveraineté nationale du Brésil et contre l’amnistie pour Bolsonaro et ses complices voulue par Trump et l’extrême-droite).  

Comment peut-on mesurer l’appui reçu par la conférence sur le plan international ?

Au début alors que nous diffusions la lettre d’invitation signée principalement par les présidents du PT, du PSOL et du PCdoB de Porto Alegre, l’accueil n’a pas été très chaleureux. La lettre d’invitation mentionnait le soutien apporté à l’initiative par de nombreuses organisations sociales locales mais le rôle dirigeant de ces trois partis était évident et constituait un obstacle hors d’Amérique latine.

En Europe, les organisations n’ont pas l’habitude de signer des déclarations avec des partis ou de répondre à des appels venant des partis. Cela constituait une difficulté réelle. En Amérique latine et en Asie, cela pose moins de problème ou pas de problème du tout.

C’est à partir de décembre 2025 que nous est venue l’idée au CADTM international de rédiger un appel large et de le lancer en notre nom, comme réseau international, afin d’essayer de surmonter un maximum d’obstacles et d’amplifier le soutien. Entre le 19 décembre 2025 et le 20 janvier 2026, on a récolté des signatures pour l’appel international à renforcer la lutte antifasciste et anti-impérialiste. L’appel est radical, court, combattif, unitaire et évite de désigner les Etats-Unis et leurs alliés comme le seul bloc impérialiste. En effet, l’appel dénonce toutes les agressions impérialistes (et colonialistes) quelle qu’en soit l’origine et affirme qu’il faut soutenir face à celles-ci la résistance des peuples, y compris les armes à la main quand c’est nécessaire. Le génocide perpétré par le gouvernement néofasciste de Netanyahou à Gaza est dénoncé.

Très vite, on a pu obtenir les signatures de responsables de partis de gauche en Europe. Citons les signatures de Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Olivier Besancenot (NPA A) en France, de Jeremy Corbyn et Zahra Sultana  (Your Party) en Grande Bretagne, de Yanis Varoufakis (MERA 25) et Zoe Konstantopoulou (Trajet de Liberté) en Grèce, de Irene Montero (Podemos) et Ada Colau (Comuns) dans l’État espagnol, des europarlementaires italiens Ilaria Salis et Domenico Lucano. S’y ajoutaient des parlementaires d’Allemagne, du Danemark, du Luxembourg, de Suisse, de Turquie… En France, un nombre important de responsables et d’élus des différentes sensibilités de la gauche (LFI, Ecologistes, PCF, NPA A, Après, Génération et même quelques élues PS) ont signé. Dans la péninsule ibérique, des responsables de presque toute la gauche espagnole (Podemos, Sumar, Anticapitalistas), basque (EH Bildu), catalane (Comuns, CUP), gallega (BNG), andalouse (Adelante Andalucia), de la communauté valenciana (Compromis),…   

Aux Etats-Unis, on a obtenu, ce qui était très encourageant, la signature de toute la direction des DSA (Les Socialistes démocratiques des Amériques), mouvement politique dont fait partie le nouveau maire de New York Zohran Mamdani. 

D’Amérique latine, on a recueilli de très nombreuses signatures de parlementaires, de dirigeant·es de partis, d’intellectuel·les, d’activistes de renom,… de nombreux PC d’Amérique latine, des organisations membres de la IV internationale, du Bloc patriotique de Colombie, de Morena au Mexique,  et d’Argentine : de Mouvement Socialiste des Travailleurs (membre du FIT-U et de la LIS), de Vientos del Pueblo, de l’Union Populaire,…

Parmi les intellectuel·les qui ont signé l’appel: la française Annie Ernaux (prix Nobel de littérature en 2022, le suédois Andreas Malm (écosocialiste), l’indien Vishay Prashad (membre du PCI M) directeur du Centre tricontinental basé au Chili et en Inde, Titi Bhattacharya et Nancy Fraser, auteures du Manifeste féministe des 99%, Paco Ignacio Taibo II, directeur de l’importante maison d’édition Fonds de Culture Économique (Mexique), Abel Prieto (Cuba), de l’économiste marxiste Michael Roberts (GB), des politologues Gilbert Achcar (GB), Joseph Daher (Syrie), Franck Gaudichaud (Fr.), Robert Brenner et Suzi Weissman (E-U), de Catherine Samary (Fr), Patrick Bond (Af. du Sud), Walden Bello (Philippines), Frei Betto (écrivain, Br.), Michaël Löwy (Fr.-Br.), Achin Vanaik d’Inde, Françoise Vergès (La Réunion/France), Jean Ziegler (Suisse), Mireille Fanon (Martinique/France) et bien d‘autres.

Des activistes de renommée internationale ont signé l’appel comme Thiago Avila, un des principaux coordinateurs de la flotille Soumoud pour Gaza et plus récemment de la flotille pour Cuba ; Adau Colau, ex maire de Barcelone et Rima Hassan (LFI) également actives dans la flotille Soumoud ; David Adler, coordinateur général adjoint de l’Internationale progressiste ; Massa Kone (Mali) du comité organisateur du Forum social mondial 2026.

Des responsables de médias alternatifs ont signé : Denis Robert directeur fondateur de Blast (Fr.), Bhaskar Sunkara directeur fondateur de Jacobin (E-U), Vivek Chibber directeur de Catalyst (E-U),  Jaime Pastor (Viento Sur de l’État esp), Daniel Raventos (de Sin Permiso, État esp.), Antoine Larrache (Inprecor, Fr.), Penny Duggan (International Viewpoint),  Ugo Palheta (Revue Contretemps), Angela Klein (Revue SOZ, All.), Farooq Sulehria, rédacteur en chef du Daily Jeddojehad (Pakistan), Martín Mosquera (Jacobinlat Amérique latine), Federico Fuentes (éditeur de LINKS, Australie), Rafaël Hernandez (revue Temas, Cuba), Sushovan Dhar, magazine Alternative Viewpoint (Inde).

Les régions sous représentées :

1. l’Asie même si des personnalités et des mouvements des Philippines, d’Indonésie, de Malaisie, d’Inde, du Pakistan, du Sri Lanka, du Bangladesh, du Népal, ont apporté leur soutien ; 2. l’Afrique subsaharienne, même si des activistes du Mali, du Togo, du Cameroun, de RDC, du Kenya, d’Afrique du Sud, d’Ouganda, d’Eswatini ont signé l’appel;

3. la région arabe, même si des activistes et des responsables d’organisations des pays suivant ont signé : Maroc, Tunisie, Liban, Syrie, Irak.  

Soutien apporté par les ATTAC : En France, ATTAC a beaucoup hésité et a finalement et heureusement signé l’appel. Presque tous les ATTAC d’Europe (ATTAC Autriche, ATTAC Espagne, ATTAC Wallonie/Belgique, ATTAC Hongrie, ATTAC Italie, ATTAC France,…) ont signé avec une exception majeure celle d’ATTAC Allemagne, qui n’a pas expliqué son refus et qui n’a envoyé personne à Porto Alegre.  Les ATTAC d’Argentine, du Maroc, du Togo qui sont organiquement associés au CADTM ont également signé.

Le réseau international du CADTM a évidemment soutenu activement l’appel et a contribué à sa diffusion. Cela a encouragé ses organisations membres à contribuer à la large délégation qui s’est rendue à Porto Alegre : plus de 25 délégué·es provenant du Maroc, du Mali, de Côte d’Ivoire, de RDC, d’Inde, du Pakistan, des Philippines, du Mexique, de Colombie, de Puerto Rico, d’Argentine, de Belgique, de Suisse et de France, sans compter les délégués du Kenya et d’Haïti qui ont été empêchés de participer.

Soutien des organisations syndicales et de syndicalistes :  plusieurs syndicats et dirigeant·es ont apporté leur soutien à l’appel international : ELA et LAB du pays basque, l’intersyndicale du pays Valencia, la confédération syndicale de Galicie, l’intersyndicale de l’État espagnol ; plusieurs syndicats du Brésil : CUT, ANDES, CTB,… ; en Belgique, Jean-François Tamellini, secrétaire général de la FGTB wallonne et Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la Centrale nationale des employés (CNE/CSC) ; Angélique Grosmaire, secrétaire générale de la Fédération Sud PTT (France) et Andres Gomez, Secrétaire général, CGT Beaulieu (France); Eliana Como, membre de l’Assemblée nationale du syndicat CGIL (Italie) ; Martín Esparza Flores et Humberto Montes de Oca, dirigeants du Sindicato Mexicano de Electricistas (SME)  et Luis Bueno Rodríguez, Coordinateur de la Comisión de Organización Nueva Central de las y los Trabajadores; Christian Dandrès, Président national du Syndicat suisse des services publics (SSP-VPOD).

Les listes des 1800 signataires jusqu’à la date du 15 mars  2026 sont rassemblées ici ( https://www.cadtm.org/Troisieme-liste-des-personnalites-signataires-de-l-appel-international-au#premiers_signataires  ). Il est toujours possible de signer l’Appel international en cliquant ici.

Le CADTM a-t-il rencontré des refus de signer l’appel ?

Parmi les personnalités contactées peu ont refusé de signer. Notons quand même en Europe les refus de Tariq Ali en Grande Bretagne, de Daniel Tanuro (auteur marxiste écosocialiste) et Raoul Hedebouw (président du PTB) en Belgique,… Ces refus que nous regrettons sont peu nombreux et n’ont pas empêché le succès de la collecte de signatures

Le refus de la direction du syndicat italien CGIL de signer l’appel et d’aller à Porto Alegre 

Ce qui a été très dur à vivre à cause de ses conséquences, c’est le refus de la direction de l’important syndicat italien CGIL qui a contacté d’autres directions syndicales afin qu’elles ne signet pas l’appel, c’est le cas de la direction de la FGTB en Belgique, et probablement de la CGT en France, des Commissions ouvrières et de l’UGT dans l’État espagnol,… La direction de la CGIL a refusé de signer en disant qu’elle était en désaccord avec la phrase qui parlait de la résistance des peuples les armes à la main quand c’est nécessaire. La direction de la CGIL a y compris contacté la direction de la CUT du Brésil pour qu’elle ne signe pas. Nous avons essayé de convaincre la direction de la CGIL en apportant des arguments (voir en encadré la lettre essayant de convaincre la CGIL et d’autres organisations de signer). Nous avons également expliqué que la signature de l’appel n’était absolument une condition pour participer à la conférence. Alors que la CGIL avait d’abord annoncé sa participation à la conférence de Porto Alegre en participant fin novembre 2025 à la première réunion en ligne du comité organisateur international, elle a finalement décidé de n’envoyer personne à Porto Alegre, ce qui est vraiment dommage. Elle aurait pu aller à Porto Alegre sans signer l’appel et elle aurait eu la parole dans au moins une plénière.

Le réseau international des syndicats antifascistes

La CGIL a contribué activement à la création d’un RÉSEAU INTERNATIONAL DES SYNDICATS ANTIFASCISTES dont on peut lire le texte fondateur en cliquant ici. Le texte fondateur est aussi disponible sur le site du CADTM. C’est une très bonne initiative et l’espace de convergence de la conférence antifa et anti impérialiste de POA ne constitue pas une concurrence par rapport à ce réseau international des syndicats antifascistes. Nous avons eu l’occasion de le répéter en Argentine de vive voix le 22 et le 24 mars 2026 lors d’importantes rencontres syndicales auxquelles notamment la CGIL, les Commissions ouvrières, la CGT participaient activement.

D’autres refus de signer l’appel à renforcer l’action anti fasciste et anti impérialiste

En Europe, le réseau de solidarité avec la résistance ukrainienne (RESU) a refusé de signer mais heureusement a envoyé une délégation à Porto Alegre. Le refus de RESU se base sur le fait que l’impérialisme russe n’était pas dénoncé dans l’appel, la condamnation de l’invasion russe de l’Ukraine n’était pas mentionnée. Le RESU soutient l’envoi des armes à l’Ukraine tandis que la CGIL d’Italie s’y oppose. RESU et la CGIL ont refusé de signer l’appel pour des raisons presque opposées, ce qui illustre la difficulté de construire une unité large.

Un autre syndicat a refusé de signer l’appel et d’aller à Porto Alegre pour d’autres raisons que celles de la CGIL, il s’agit de Sud Solidaires en France. Sud Solidaires n’a pas expliqué par écrit son refus de signer mais il semble que cela soit lié au fait que les partis PT, PCdoB et PSOL jouaient un rôle clé dans l’organisation de la conférence. D’autres raisons ont certainement joué comme la solidarité avec la résistance ukrainienne.

En Argentine, le PTS (membre du FIT-U) a aussi refusé de signer. Le PO (membre du FIT-U) est allé plus loin et a carrément mené campagne contre la conférence et a critiqué durement le MST pour avoir signé l’appel et pour envoyer une délégation à POA. Dans le cas du PTS et du PO, leur refus se base notamment sur le fait que la conférence incluait le PT de Lula qui fait des alliances avec des secteurs du grand capital.

Quelles différences entre la conférence antifa et anti impérialiste de POA et le Forum Social Mondial ?

Alors que dans le cadre des Forums sociaux mondiaux et de leurs homologues au niveau des continents, les partis politiques ne sont pas admis en tant que tels, dans le cas présent, partis politiques, mouvements sociaux, associations citoyennes sont présent·es ensemble. 

De plus, il ne s’agit pas seulement de dénoncer le monde de l’extrême-droite et les agressions impérialistes d’où qu’elles viennent, il s’agit d’essayer de lancer une initiative pour tenter de changer la situation. Certes, c’est de manière modeste car nous ne sommes qu’au début du processus, mais vu que l’étape de Porto Alegre est encourageante, on devrait pouvoir  progresser pas à pas. Cela impliquera de surmonter les divisions qui affaiblissent dramatiquement la gauche pour faire face à l’extrême-droite et aux politiques impérialistes et néo coloniales des différentes puissances.

La conférence de Porto Alegre constitue-t-elle un succès ? 

Oui c’est un succès. Réussir à réunir plus de 5 000 participant·es (chiffre réel) lors de la marche d’ouverture, c’est un succès. Convaincre des participant·es de faire le déplacement depuis plus de 40 pays sans soutien financier des autorités ou de grandes fondations, c’est un succès.

La seule fondation étrangère qui a apporté un soutien financier est la fondation Rosa Luxembourg qui a payé l’interprétation des 11 grandes conférences plénières.

Il faut préciser que le PT, le PCdoB et le PSOL sont dans l’opposition à Porto Alegre et dans l’État de Rio Grande do Sul. C’est la droite dure qui est au gouvernement dans la région. Le gouvernement de Lula n’a pas apporté de financement.

Lors des premiers Forums sociaux, la situation était différente, le PT et ses alliés étaient au gouvernement à Rio Grande do Sul et à Porto Alegre. Le soutien du mensuel français Le Monde diplomatique et de ses nombreuses éditions nationales avait été très important pour permettre un large écho dès la première initiative. Et surtout, le mouvement d’opposition à la mondialisation capitaliste néolibérale était en pleine croissance : les années 1990 avaient vu se multiplier des mobilisations aux quatre coins de la planète, les années 1999 et 2000 avaient été marquées par d’énormes mobilisations internationales à Seattle, à Washington, à Bangkok, à Séoul, en Europe,…  Portés par des mobilisations, plusieurs gouvernements progressistes ont vu le jour en Amérique latine : Chavez au Venezuela (1999), Lula au Brésil (2003), Evo Morales en Bolivie (2005), Manuel Zelaya au Honduras (2006), Rafael Correa en Équateur (2007), Lugo au Paraguay (2008).

Ce climat de progression des mobilisations et du mouvement qu’on a appelé altermondialiste, pour un autre monde possible, a duré au moins jusque 2006-2007, et a connu un rebond en 2009 – 2012 avec les mobilisations qui ont suivi la crise financière de 2008, le printemps arabe (2011) et les mouvements des indignés et d’Occupy Wall Street (2011).

Rien de tel n’existe en 2026. Nous vivons la période la plus difficile des 40 dernières années sur le plan mondial et si on se limite à l’Europe, la plus difficile depuis la seconde guerre mondiale avec une progression de l’extrême-droite inconnue sur le vieux continent depuis les années 1930 et une nouvelle guerre de grande ampleur suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Dans ce contexte, réunir pendant 3 jours durant plus de 3000 participant·es, dont beaucoup de jeunes très combattifs, pour assister à 11 conférences plénières et à 150 activités autogérées, c’est un important succès. Jusqu’à la dernière plénière inclue du dimanche 29 mars après-midi, les grandes salles ont été remplies. 

Comment expliquer les différences très importantes dans la perception de l’impérialisme et des impérialismes ? 

Parmi les obstacles très importants, il faut souligner les divergences qui existent concernant quelles sont les agressions impérialistes, qui sont les impérialismes à combattre. Je vais essayer de donner une explication qui, je m’en excuse par avance, est schématique mais a l’avantage d’offrir un éclairage rarement pris en compte.

La perception de l’impérialisme n’est pas du tout la même à différents endroits de la planète.  En Amérique latine, depuis 120 ans, seul l’impérialisme des États-Unis a agressé les peuples, les nations et les pays de la région, et les premières agressions de E-U remontent à deux siècles et ont été codifiées dans la doctrine Monroe de 1823 (lire : https://www.cadtm.org/Hemisphere-occidental-une-histoire-des-Etats-Unis-ecrite-par-la-guerre).

En Europe centrale, les principales agressions militaires impérialistes ou autres ont été perpétrées du 19e au 21e siècle par l’empire germanique, puis par l’Allemagne nazie, par l’empire tsariste russe puis par l’URSS du temps de Staline (pacte germano soviétique avec occupation de la moitié de la Pologne et l’annexion des États baltes) ou post Staline dans le cadre des interventions du Pacte de Varsovie (Hongrie 1956, Tchécoslovaquie 1968).

En Afrique, les agressions impérialistes et colonialistes ont été perpétrées du 19e au 21e par les puissances impérialistes européennes.

Au Proche-Orient, les agressions impérialistes des 70 dernières années (càd après 1956 et la nationalisation du canal de Suez par Nasser suivie de l’intervention impérialiste française, britannique et israélienne) ont été perpétrées par Israël, les Etats-Unis et leurs alliés[8].

En Asie de l’Est, les agressions impérialistes de la fin du 19s. aux années 1950 ont été perpétrées par l’impérialisme japonais (ainsi que par les impérialismes hollandais en Indonésie et français en Indochine) puis systématiquement par les Etats-Unis que ce soit dans la guerre de Corée au début des années 1950, en Indochine des années 1960 à 1975, et le soutien que Washington a apporté aux nombreuses dictatures de la région des années 1960 à la fin de années 1990.

Si on ne prend pas en compte ces différences, on ne peut pas expliquer pourquoi la gauche anti impérialiste adopte « aujourd’hui » des positions très différentes d’une grande région à l’autre de la planète, sauf, et c’est heureux, quand il s’agit de dénoncer le génocide du peuple palestinien par le gouvernement israélien qui rassemble (presque) toute la gauche anti-impérialiste.

Les anti impérialistes européen·nes devraient comprendre pourquoi la Russie de Poutine n’est pas perçue comme une puissance impérialiste menaçante de première importance par la gauche anti impérialiste dans les Amérique tout comme la gauche anti impérialiste des Amérique devrait comprendre pourquoi la gauche en Europe centrale et dans une bonne partie de l’Europe occidentale considère que la dénonciation de l’impérialisme russe est fondamentale et ne peut pas se limiter à la dénonciation de Washington, de leurs vassaux européens et de l’OTAN.

Il faut aussi comprendre pourquoi une partie importante de la gauche anti impérialiste africaine, notamment en Afrique de l’Ouest, perçoit comme prioritaire le combat contre l’impérialisme français et ne se mobilise pas (encore) contre les accords militaires de certains gouvernements de la région avec la Russie de Poutine, considérés comme un moindre mal ou un passage obligé dans la lutte contre le terrorisme djihadiste.  

Les débats traversent de grands réseaux de gauche comme La Via Campesina : la vision et les positions concernant la Russie de Poutine ne sont pas les mêmes qu’il s’agisse des organisations paysannes européennes ou latino-américaines. C’est compréhensible et le débat est nécessaire. Des différences de sensibilité et de positionnement touchent aussi les ATTAC ou le réseau international CADTM.

Les différences de position contre les politiques ou les agressions impérialistes ne relèvent pas seulement de l’endroit où l’on vit et où l’on lutte, elles renvoient également aux différences de cadre théorique des différents courants politiques : communiste pro-Moscou de la période antérieure à l’implosion de l’URSS au 20e siècle, ou pro-chinois maoïste ou trotskyste ou castriste ou eurocommuniste… Ces différences marquent les anciennes générations militantes et influencent encore les jeunes générations.

Il faut dépasser ou abandonner l’orientation selon laquelle on peut soutenir une grande puissance ou un régime parce qu’il est l’ennemi de l’ennemi principal, position souvent désignée comme « campiste ».

D’ailleurs, dans le cas de la Russie de Poutine, il n’est pas du tout avéré qu’en ce moment, il soit réellement l’ennemi de l’administration de Trump et vice versa comme je le montre dans l’article https://www.cadtm.org/Trump-Poutine-et-l-Ukraine-vers-un-partage-des-zones-d-influence-au-detriment.

Il faut aussi abandonner la position selon laquelle non seulement il faut défendre un pays souverain face à une agression impérialiste (ce qui est indiscutable) mais aussi son régime politique, y compris quand celui-ci réprime les luttes des classes populaires, comme c’est le cas du régime iranien pour ne donner qu’un exemple.

Il faut aussi abandonner l’idée selon laquelle la Russie de Poutine serait d’une certaine manière l’héritière ou la continuité de la révolution russe de 1917. La Russie sous la direction de Poutine (qui est un anti communiste notoire) est une puissance capitaliste impérialiste de second rang qui cherche à se renforcer par la voie de la guerre et de la conquête territoriale.

La Chine actuelle a des caractéristiques différentes de la Russie, c’est évident. C’est une puissance capitaliste impérialiste émergente qui n’a pas eu recours à des agressions militaires pour atteindre ses objectifs. Contrairement à ce que certains veulent croire, elle ne construit pas à sa manière le socialisme. Elle s‘est insérée avec un grand succès dans le système capitaliste mondialisé et est en passe de devenir la première puissance économique mondiale. Elle est un pilier du système capitaliste mondial. 

Pour agir ensemble dans une perspective anti impérialiste, il n’est pas obligatoire d’être d’accord sur la caractérisation de la Russie ou de la Chine du moment qu’on est d’accord sur des tâches concrètes de solidarité. Il est clair que c’est très difficile d’y arriver sur des sujets très sensibles comme l’invasion de l’Ukraine et la guerre qui s’y poursuit. 

Il est très important d’adopter une politique internationaliste conséquente et de lutter contre toutes les agressions impérialistes ou néo coloniale quelle qu’en soit l‘origine. Il faut construire à partir d’en bas une solidarité entre les peuples afin de renforcer la résistance à la montée du néofascisme et à l’augmentation des agressions impérialistes d’où qu’elles viennent.

Que réponds-tu aux critiques de l’appel international selon lesquelles il n’est pas possible de le signer car il n’y a pas de dénonciation de l’invasion de l’Ukraine par la Russie ?

L’appel invite clairement « à combattre l’agression impérialiste et coloniale, quelle que soit son origine ; et à soutenir la lutte des peuples qui leur résistent, y compris les armes à la main quand c’est nécessaire. »

Trump et Poutine ne sont pas cités, ni d’autres impérialismes.  Seule est mentionné « le cas de la Palestine, » (qui ) « prend la forme d’un génocide orchestré par l’État d’Israël, avec la complicité de ses alliés impérialistes. »

Des agressions impérialistes ou sous impérialistes, il y en a de nombreuses. Il y a toutes celles perpétrées par les Etats-Unis et Israël, celles de la Russie notamment contre l’Ukraine, celles des Émirats Arabes Unis notamment celle en soutien aux RSF au Soudan, responsables de crimes de guerre massifs et de crimes contre l’humanité, celles de différentes puissances dans l’Est de la République démocratique du Congo, celle de la Turquie contre les Kurdes dans le Nord de la Syrie et cette liste n’est pas complète.

Si on avait cité l’agression impérialiste russe contre l’Ukraine, il est clair qu’une grande partie des forces de gauches latino-américaines, d’Amérique du Nord, certaines forces de gauches européennes ou asiatiques auraient refusé de signer. Le PT, le PCdoB, une partie importante du PSOL, le Mouvement des Sans Terres, la CUT du Brésil, les PC latino-américains et plusieurs syndicats qui ont signé, des auteurs comme Vishay Prashad d’Inde, n’auraient pas signé.

Nous avons préféré proposer à signature un appel que beaucoup de forces pouvaient signer et qui contient la phrase  citée plus haut qui appelle à combattre «  toute agression impérialiste et coloniale quelle qu’en soit l’origine » et qui précise « y compris les armes à la main quand c’est nécessaire. »

Ceux et celles qui, en Europe et en Amérique du Nord, affirment qu’il fallait absolument dénoncer l’impérialisme russe et l’invasion de l’Ukraine dans le texte de l’appel devraient faire l’effort de réfléchir à ce qui a motivé la décision que nous assumons : permettre de réunir un grand nombre de signatures de personnes et de mouvements de gauche et favoriser une participation ample à la conférence de Porto Alegre afin que s’y déroulent des débats, afin que les un·es et les autres puissent écouter des points de vue différents.

On peut aussi attendre de ceux et celles qui font de dures critiques à l’égard de l’appel et de la conférence de Porto Alegre qu’ils et elles mettent la main à la pâte et investissent des forces et de l’énergie pour réaliser en Europe une grande rencontre unitaire anti fasciste et anti impérialiste rassemblant à la fois des mouvements et des activistes de l’Europe de l’est, de l’Europe centrale, de l’Europe occidentale, de la Méditerranée. 

L’appel international a-t-il fait l’objet d’attaques publiques ?

L’extrême-droite italienne a pris pour cible l’appel international et en particulier trois personnalités italiennes qui l’avaient signé. Le média qui a lancé l’attaque le 17 février 2026 s’appelle Il Primato Nazionale[9]. C’est un acteur clé de la « guerre culturelle » menée par la droite radicale en Italie. Son importance réside moins dans ses chiffres de vente que dans sa fonction idéologique. Il constitue une référence tant pour le parti de la cheffe du gouvernement Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) que pour la Lega de Matteo Salvini, vice premier ministre. Il Primato Nazionale est l’organe de presse officiel de CasaPound Italia, un mouvement politique néo-fasciste qui se définit lui-même comme les « fascistes du troisième millénaire ». Voici la première moitié de l’article en question, nous la publions sans apporter la moindre modification. Cet article  dénonce l’appel, ses signataires italiens et la création d’une nouvelle internationale rouge à Porto Alegre :

« Des paroles aux « actions concrètes » : le manifeste antifasciste signé par Ilaria Salis et Mimmo Lucano

Après la mort de Quentin Deranque à Lyon, l’« Appel international antifasciste et antimperialiste », signé notamment par Ilaria Salis, Mimmo Lucano et Eliana Como, ne peut plus être lu comme un simple document. Il doit être analysé pour ce qu’il est : un manifeste politique global qui appelle à une convergence organisée contre un ennemi défini en termes totaux et qui légitime une mobilisation sans frontières.

Le manifeste antifasciste pour les « actions concrètes »

L’appel, publié le 12 février 2026 et relayé par le Comité pour l’Abolition des Dettes Illégitimes (CADTM), décrit une avancée planétaire de l’« extrême droite » unie par une série d’éléments : démantèlement des droits du travail, politiques migratoires restrictives, augmentation des dépenses militaires, répression, surveillance, austérité. Le cadre est celui d’un conflit global entre le capital et les peuples, entre l’impérialisme et la résistance. Jusqu’ici, nous sommes dans une narration idéologique cohérente avec la tradition de la gauche radicale internationale.

Cependant, le point politiquement le plus pertinent est ailleurs. Le texte ne se limite pas à une analyse ou à une dénonciation. Il invoque explicitement la nécessité de « convenir d’actions concrètes » et de soutenir « la lutte des peuples qui résistent, même lorsqu’ils sont contraints de prendre les armes ». Ce n’est pas une formule neutre. C’est un passage qui ouvre la voie à une légitimation politique de la violence comme outil de lutte, pourvu qu’elle s’inscrive dans le cadre de l’antifascisme et de l’anti-impérialisme.

Parmi les premiers signataires apparaissent des noms de poids de la gauche globale comme Jean-Luc Mélenchon, Jeremy Corbyn, Yanis Varoufakis et Annie Ernaux. Mais aux côtés de ces figures se trouvent aussi des représentants italiens occupant aujourd’hui des fonctions institutionnelles : Ilaria Salis et Mimmo Lucano, eurodéputés de l’Alliance Verts et Gauche, et Eliana Como, membre de l’Assemblée nationale de la CGIL. Ce ne sont pas des militants marginaux, mais des représentants ayant des responsabilités publiques.

À Porto Alegre, la nouvelle internationale rouge

Le document insiste sur la nécessité d’une coordination internationale contre l’« agression impérialiste », cite explicitement la Palestine comme exemple de situation coloniale et se termine par une citation de Che Guevara. La conférence prévue à Porto Alegre est présentée comme une étape dans un long parcours de mobilisation unitaire et permanente. »

Nous arrêtons ici la reproduction de cet article qui montre à quel point l’initiative de l’appel international est cruciale. En effet alors qu’une internationale néofasciste s’est mise en place, il était grand temps de réagir. En réagissant à la menace fasciste, on prend le risque de s’exposer à la violence verbale ou physique des néofascistes car ceux-ci ne font pas que publier des articles du type de celui reproduit plus haut, ils passent également à l’action. C’est ce qu’a dénoncé devant la justice italienne l’ex-eurodéputée italienne Eleonora Forenza, membre du parti Rifondazione Comunista. Elle a siégé au Parlement européen de 2014 à 2019 au sein du groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL). Lors d’une manifestation antiraciste à Bari dans le sud de l’Italie le 21 septembre 2018, Eleonora Forenza, son assistant Antonio Perillo et d’autres militant·es ont été violemment pris·es à partie par des membres de l’organisation d’extrême droite CasaPound qui publie Il Primato Nazionale. Son assistant a été grièvement blessé (traumatisme crânien). Eleonora Forenza s’est constituée partie civile dans le procès qui a suivi. En première instance, plusieurs membres de CasaPound ont été condamnés non seulement pour l’agression, mais aussi pour « reconstitution du parti fasciste » (une première judiciaire importante en Italie). Elle dénonce régulièrement la lenteur de la justice italienne, le verdict de premier degré étant intervenu plusieurs années après les faits.

Courageusement, Eleonora Forenza a signé l’appel international (voir son nom dans la troisième liste des signataires publiée le 19 mars 2026 https://www.cadtm.org/Troisieme-liste-des-personnalites-signataires-de-l-appel-international-au#premiers_signataires après la parution de l’article qui dénonçait trois autres signataires de l’appel.

Cela vaut la peine de dire quelques mots des deux eurodéputés signataires de l’appel international qui sont dénoncés par les néofascistes de Casa Pound : Domenico Lucano, maire de Riace en Calabre, a été persécuté par le système judiciaire italien et le ministre de l’Intérieur d’extrême-droite M. Salvini pour sa politique humaniste d’accueil des migrant·es et réfugié·es. Il a été injustement condamné à 13 ans de prison avant de gagner son appel après une longue bataille juridique et grâce à un mouvement de solidarité en sa faveur. Ensuite, en juin 2024, il  a été élu membre du Parlement européen (groupe de gauche The Left).

Ilaria Salis, activiste antifasciste, accusée de violence contre des néonazis qui manifestaient à Budapest,  avait été emprisonnée en Hongrie dans des conditions dégradantes (elle était apparue au tribunal enchaînée aux pieds et aux mains) avant d’être libérée en juin 2024 grâce à son élection comme eurodéputée pour l’Alliance des Verts et de la Gauche (AVS), rejoignant ensuite le groupe The Left. En 2025,une procédure officielle lancée par le gouvernement de Viktor Orbán pour lever l’immunité parlementaire d’Ilaria Salis a abouti à un vote très serré au parlement européen. Les autorités hongroises souhaitaient reprendre le procès contre elle pour l’agression présumée de militants néofascistes à Budapest en 2023. Le vote décisif concernant la levée de l’immunité parlementaire d’Ilaria Salis a eu lieu le 7 octobre 2025, lors de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg. Voici le détail des résultats et des positions politiques lors de ce scrutin qui s’est joué à une seule voix : Contre la levée de l’immunité (Soutien à Salis) : 306 voix,  pour la levée de l’immunité (Demande de la Hongrie) : 305 voix.

La majorité du Parti Populaire Européen (Droite classique) et les trois groupes parlementaire d’extrême-droite au parlement européen ont voté pour la levée de l’immunité, il s’agit des  Patriotes pour l’Europe (groupe d’Orbán et du RN), de l’ECR (Fratelli d’Italia de Meloni), et d’ESN (Europe des Nations Souveraines dirigé par l’AfD néofasciste allemande).  Les euro parlementaires d’Italie soutenant le gouvernement de Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia et Lega) ont fermement voté pour la levée de l’immunité, qualifiant le résultat de « honte pour l’Europe ». Ilaria Salis a immédiatement réagi en déclarant que ce n’était pas seulement une victoire personnelle, mais une victoire pour « l’antifascisme européen ». Elle a profité de sa tribune au Parlement pour devenir une porte-parole des prisonnier·es politiques et des militant·es antifascistes en Europe. Elle a multiplié les interventions sur : les conditions carcérales en Europe ; la montée des mouvements néofascistes ; le droit au logement (sujet sur lequel elle est aussi active en Italie). Son soutien à l’appel international antifa et anti impérialiste lancé par le CADTM et à la conférence de Porto Alegre s’inscrit dans son combat, ce qui lui vaut des menaces de la part de l’extrême-droite.

D’autres signataires de l’appel international sont aussi l’objet de multiples menaces et d’actions en justice contre leur combat, il s’agit notamment de l’eurodéputée Rima Hassan  et du député à l’assemblée nationale, Raphael Arnault, tous deux de la France insoumise.

Rima Hassan fait l’objet d’un harcèlement judiciaire et médiatique. La dernière en date l’a emmenée jusqu’en garde à vue le jeudi 2 avril 2026 à Paris. Pendant cette garde à vue, de nombreuses chaînes d’informations ont repris sans les vérifier de fausses informations disant qu’elle avait sur elle de la drogue de synthèse.

Après la mort de Quentin Deranque, un militant fasciste qui a succombé à ses blessures après une rixe avec des antifascistes à Lyon, le 14 février 2026, Raphaël Arnault a reçu de nombreuses menaces de mort et a subi un harcèlement médiatique alors qu’il n’avait rien à voir avec ce décès.

Les points de vue différents voire divergents sur les agressions impérialistes ont-ils pu s’exprimer lors de la conférence à Porto Alegre ?  

Oui c’est indéniable. Dans leur intervention en plénière, Rafael Bernabe de Démocratie Socialiste (Puerto Rico), Sushovan Dhar du CADTM (Inde), Roberto Robaina président du PSOL de Porto Alegre (Brésil), Penny Duggan de la direction de la IV internationale (France), Patricia Pol d’ATTAC France, ont très clairement condamné l’invasion russe de l’Ukraine. Plusieurs d’entre eux ont exprimé leur opposition à l’agression contre l’Iran tout en affirmant leur opposition au régime théocratique iranien et leur soutien aux protestations. Ces interventions ont été bien plus nombreuses que celles qui ont justifié l’invasion russe.  Lors de la plénière au cours de laquelle Rafael Bernabe (Puerto Rico), Sushovan Dhar du CADTM et Patricia Pol d’ATTAC France ont condamné l’invasion russe, un seul commentateur (Batista de section brésilienne de l’internationale antifa créée à Caracas en septembre 2024) a défendu celle-ci.

Concernant l’Iran, lors de cette plénière, un iman iranien basé au Brésil a pris la défense du régime politique iranien et de l’ayatollah Khomeini. Je crois que son invitation n’était pas bienvenue. Mais il est important de souligner que Rafael Bernabe (Puerto Rico) et Sushovan Dhar du CADTM avait clairement critiqué le régime iranien tout en condamnant l’agression de Washington et Tel Aviv contre l’Iran.

Parmi les ateliers, il y en avait un consacré à la solidarité avec les prisonniers politiques russes dont Boris Kagarlitsky. Y ont pris la parole André Frappier, Mikhaïl Lobanov et Ksenia, la fille de Boris. Un autre atelier auquel ont participé un nombre significatif de participant·es était organisé par des membres du Réseau européen de solidarité avec la résistance ukrainienne (RESU). Des camarades syndicalistes ukrainiens y ont pris la parole. Un des membres de RESU, Alfon Bech, actif à la conférence de Porto Alegre, a écrit ce qui suit à propos de la participation des camarades ukrainiens : « De ce point de vue, la participation des camarades a été un fait clairement positif. Outre notre atelier, qui a bénéficié d’une forte présence, le camarade Vasyl est intervenu dans un autre atelier où Eric Toussaint lui a demandé de prendre la parole[10]. Même si la parole n’était pas donnée lors des séances plénières, la présence des camarades ukrainiens, tout comme celle des opposants socialistes russes, a été mise en avant par des membres du MES, en particulier lors de la clôture finale de la conférence assurée par Roberto Robaina. Ils ont également pu avoir des conversations avec des militants du Brésil et d’autres pays. Et ils ont donné des interviews et tourné des vidéos qui sont en train d’être diffusées parmi les organisations de gauche. »[11] (Source : https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/05/notes-sur-la-premiere-conference-internationale-antifasciste-de-porto-alegre-autre-texte/ )

La pluralité des positions et leur libre expression est une condition sine qua non de la réussite du renforcement de l’action antifa et anti impérialiste.  Entre mouvements de gauche, la capacité à écouter des points de vue avec lequel on n’est pas d’accord est une condition nécessaire à la construction de point de consensus pour mener ensemble des actions.

Concernant l’antifascisme, qu’y a-t-il comme débat ?

Concernant le débat à propos de l’antifascisme, il n’y a pas l’espace dans cet article pour aborder le sujet dans le détail mais il y a un point qui paraît tout à fait utile à souligner.  La montée de l’extrême droite ne s’explique pas seulement par les effets de 40 ans de politique néolibérale qui ont entraîné l’appauvrissement et la précarisation de secteurs importants des classes populaires et de certains secteurs des classes dites moyennes. La montée de l’extrême droite ne s‘explique pas seulement par le rôle des grands médias de communication qui lui sont favorables. Il est clair qu’une des causes de la montée de l’extrême droite et de son influence sur une partie des classes populaires est le résultat des insatisfactions et des désillusions  causées par les politiques menées par des gouvernements dits progressistes en Amérique du Sud ou sociaux-démocrates en Europe. C’est ce que j’ai indiqué dans mon intervention dans la première plénière de la conférence de Porto Alegre le 27 mars en faisant allusion aux politiques des gouvernements de Lula et de Dilma Roussef entre 2003 et 2013 ou aux désillusions créées par la politique menée par le gouvernement du président Alberto Fernandez en Argentine de 2019 à 2023. C’est vrai également en Europe avec la politique  menée par des gouvernements comme celui du « socialiste »  François Hollande en France, des socialistes au Portugal, des sociaux-démocrates en Allemagne ou de Syriza en Grèce. Nous pouvons également citer celle de Biden aux États-Unis.

Du coup, faut-il ou non proposer, face au danger néofasciste, une alliance qui les inclut ? C’est une des grandes questions auxquelles il faut répondre et qui divise  profondément les forces antifascistes. La France Insoumise a-t-elle eu ou non raison de proposer le Nouveau Front Populaire en juin 2024 en y incluant le PS ? Je crois que oui car le programme proposé sans être anti-capitaliste marquait une rupture réelle par rapport à la gestion de Hollande et celle de Macron et a suscité un réel enthousiasme. Bref, la question de l’ampleur des alliances est une des questions à débattre et à résoudre en prenant en compte les leçons léguées par l’histoire des années 1930 en Europe. Il est clair que l’alliance  construite entre le PT, le PCdoB, le PSOL est une réponse qui est nécessaire dans la lutte contre le danger d’un retour de l’extrême droite à la présidence du Brésil en octobre 2026, mais cela ne met pas fin au débat sur la politique concrète à mener pour forcer un véritable changement contre les intérêts du grand  capital.

Quelles autres thématiques doivent être abordées ?

Elles sont nombreuses et de première importance : la nécessité d’un programme révolutionnaire écosocialiste ; la dimension féministe et LGBTQIA+ dans la lutte antifa et anti impérialiste ; le rôle vital des peuples autochtones ; les luttes contre les dettes illégitimes ; et bien d’autres sujets.

Quelle évaluation de la déclaration finale ?

La déclaration finale est utile car elle analyse clairement et de manière synthétique le danger fasciste actuel ainsi que la montée des agressions impérialistes. Le texte affirme : « Nous luttons contre tous les impérialismes et soutenons la lutte des peuples pour leur autodétermination, par tous les moyens nécessaires. » La déclaration insiste sur la nécessité de l’unité malgré les différences : « Les forces qui combattent l’ascension de l’extrême droite sont diverses et présentent différentes analyses, stratégies, tactiques, programmes et politiques d’alliance. L’expérience nous enseigne que, tout en reconnaissant ces différences, il est essentiel d’articuler une lutte unitaire contre nos ennemis. »

Le texte appelle « à combattre les agressions impérialistes et coloniales, quelle que soit leur origine ; à lutter pour la fin de l’OTAN ; et à soutenir la lutte des peuples et des gouvernements qui résistent. »

La déclaration affirme qu’ « il est urgent de partager les analyses, de renforcer les liens et de mener des actions concrètes. »  « La Conférence antifasciste pour la souveraineté des peuples s’engage à poursuivre la lutte sans relâche et à constituer un espace de construction d’unités face à l’ascension de l’extrême droite et aux agressions impérialistes. Face à la barbarie, nous levons la bannière de la solidarité internationale, de la lutte des peuples et d’un avenir socialiste, écologique, démocratique, féministe et antiraciste. »

La déclaration finale a  permis d’harmoniser les agendas et d’insister sur l’importance de la mobilisation pour les prochaines échéances internationales, parmi lesquelles :

  • Les Rencontres écosocialistes internationales à Bruxelles (15-17 mai),
  • Le contre-sommet face au G7 en Suisse et en France (mi-juin),
  • Le Sommet contre l’OTAN en Turquie (juillet 2026),
  • Le Forum social mondial à Cotonou au Bénin (4-8 août).

La volonté de convoquer des Rencontres antifascistes et anti-impérialiste au niveau de grandes régions a été affirmée avec la programmation d’une rencontre en Argentine et une autre pour l’Amérique du Nord et la Caraïbe à réaliser probablement au Mexique. Il y a également un accord pour reconvoquer une conférence internationale à Porto Alegre.

Il manque dans la déclaration une référence à la résistance du peuple ukrainien face à l’invasion impérialiste russe. La phrase qui dans les dernières heures qui ont précédé la lecture de la déclaration finale sur laquelle il n’a pas été possible pour les organisateurs locaux de trouver un consensus était la suivante : « Défense d’un processus de paix en Ukraine qui élimine les causes profondes du conflit, établisse des garanties de sécurité pour toutes les parties et respecte l’autodétermination et la volonté souveraine des populations touchées par la guerre. » On peut se demander si, malgré tout, il n’aurait pas mieux valu adopter cette formule plutôt que de ne rien avoir à propos de l’Ukraine dans la déclaration finale. Ce qui est également une évidence, c’est qu’il faudra trouver dans le futur un processus transparent et efficace pour adopter la déclaration finale au cours de la prochaine conférence. Ce ne sera pas facile mais c’est très important. Au bout du compte malgré les limites de la déclaration finale, celle-ci est utile. 

Quelle position internationaliste adopter ?

La question essentielle pour nous, en tant que révolutionnaires et en tant qu’internationalistes, est la suivante : de quel côté nous plaçons-nous ? Notre réponse est claire. Nous sommes du côté des peuples, contre les objectifs du Grand Capital et les affrontements entre grandes puissances et les différents impérialismes.

Concrètement, cela signifie que nous soutenons les militants et militantes qui en Russie et en Ukraine s’opposent à la guerre menée par la Russie en Ukraine. Affirmer cela doit aller de pair avec la critique de la politique néolibérale et nationaliste chauvine du gouvernement de droite de V. Zelensky, avec la dénonciation de l’OTAN et des visées impérialistes de Trump et des Européens sur l’Ukraine.

Nous soutenons les travailleurs et travailleuses, les étudiant·es et les mouvements sociaux en Chine qui luttent pour leurs droits, pour l’amélioration de leurs conditions de vie et pour davantage de libertés politiques.

Nous soutenons également les travailleur·euses et les masses populaires aux États-Unis qui luttent contre les politiques de Trump.

Nous défendons la souveraineté des pays de l’hémisphère occidental et d’autres parties du monde contre la stratégie agressive de domination des États-Unis. Nous sommes du côté des peuples dans leur lutte pour le droit à l’autodétermination et pour l’exercice de leur souveraineté sur leurs ressources naturelles. Nous nous opposons à toutes les agressions impérialistes et colonialistes quelle qu’en soit l’origine.

En Europe, nous nous opposons à la politique impérialiste et néocoloniale de nos gouvernant·es et dénonçons leur complicité avec le gouvernement néofasciste de Netanyahou qui commet un génocide contre le peuple palestinien. Nous nous opposons aux politiques inhumaines pratiquées par la majorité des gouvernements de la planète à l’égard des migrant·es et des candidat·es réfugié·es. Nous soutenons toutes les activités de solidarité internationalistes.

Nous défendons une perspective authentiquement internationaliste. Nous choisissons le camp des peuples contre leurs oppresseurs. Nous nous engageons activement avec d’autres forces politiques et sociales dans la poursuite des efforts qui ont permis la réalisation et la réussite de la conférence anti fasciste et anti impérialiste de Porto Alegre au Brésil (26-29 mars 2026). Nous poursuivons la collecte de signatures pour  l’Appel international au renforcement de l’action antifasciste et anti-impérialiste. Et nous signons comme réseau international CADTM la déclaration finale de la conférence de Porto Alegre.

Conclusion

Si les divergences sur la nature des différents impérialismes et les héritages du XXe siècle continuent de fragmenter la gauche, l’urgence dictée par la montée coordonnée des néofascismes et de agressions impérialiste a forcé une convergence inédite. Le succès de cette rencontre ne se mesurera pas à l’unanimité de ses déclarations, mais à sa capacité à transformer cette « unité d’action » en une résistance concrète et durable. En définitive, la conférence de Porto Alegre 2026 marque une étape significative dans la reconstruction d’un internationalisme combatif, capable de rassembler au-delà des divergences réelles qui traversent les forces de gauche à l’échelle mondiale. Son succès tient autant à l’ampleur de la mobilisation qu’à la capacité d’ouvrir des espaces de débat et de convergence dans une période défensive. Mais les obstacles rencontrés montrent que rien n’est acquis. La dynamique engagée à Porto Alegre ne pourra se consolider que par un approfondissement des discussions, une clarification des positions et surtout par la multiplication d’initiatives concrètes, ancrées dans les luttes. Plus qu’un aboutissement, cette conférence constitue ainsi un point de départ : celui d’un processus long, incertain mais nécessaire pour reconstruire une solidarité internationaliste à la hauteur des défis posés par la montée du néofascisme et des rivalités impérialistes.

Annexe

Courrier à la CGIL.

Un passage de l’appel international publié le 20 janvier 2026  a suscité des interrogations : celui qui concerne le soutien à la lutte des peuples qui résistent à des agressions impérialistes et/ou coloniales, « y compris les armes à la main quand c’est nécessaire ». C’est cette dernière expression — « les armes à la main quand c’est nécessaire » — qui est à l’origine des questions soulevées.

En tant que rédacteur de cette phrase, que j’assume pleinement, je souhaite poser une série de questions à partir de l’expérience historique des luttes antifascistes et anti-impérialistes :

  • Était-il justifié de soutenir la résistance armée des partisans italiens durant la Seconde Guerre mondiale ?
  • De même, face à l’occupant nazi, était-il justifié de soutenir la résistance armée en France, en Yougoslavie, en Grèce, en Pologne, en Belgique[5] et ailleurs ? Je cite ces pays , sans prétendre à l’exhaustivité, parce que les mouvements de résistance y ont été importants.
  • Fallait-il soutenir le soulèvement armé du ghetto juif de Varsovie en avril-mai 1943 contre les nazis?
  • Les civiles et civils d’Espagne qui ont résisté les armes à la main au soulèvement franquiste méritaient-ils un soutien ? Fallait-il soutenir les dizaines de milliers d’internationalistes antifascistes venu·es de l’étranger qui les ont rejoints au sein des Brigades internationales[6] ?
  • Le peuple cubain avait-il raison de résister les armes à la main à l’invasion de son territoire en avril 1961 par un groupe d’environ 1 500 mercenaires entraînés par le gouvernement des États-Unis[7] ?
  • Le peuple vietnamien avait-il raison de mener une résistance les armes à la main  contre l’armée française, puis contre l’armée des États-Unis, dans les années 1950, 1960 et 1970 ?
  • Fallait-il soutenir les Chinois qui ont résisté de manière organisée et collective, les armes à la main, face à l’invasion japonaise à la fin des années 1930 et pendant la Seconde Guerre mondiale ?

On pourrait également évoquer les nombreux mouvements populaires de résistance armée qui ont jalonné tout le XXᵉ siècle et qui ont permis à de nombreux peuples et nations de conquérir leur indépendance face à la domination coloniale. Fallait-il les soutenir ?

Chacune et chacun peut réfléchir aux résistances populaires nécessaires face aux agressions impérialistes et coloniales qui se déroulent aujourd’hui. La phrase qui suscite la controverse dit clairement qu’il s’agit d’un soutien à la résistance des peuples, y compris les armes à la main quand cela s’avère nécessaire. Aucun exemple contemporain n’est cité, et chacun et chacune est libre de se forger une opinion.

Ce sont les peuples eux-mêmes qui choisissent leurs formes de résistance, qu’elles soient pacifiques et/ou armées.

Par ailleurs, le droit international reconnaît comme légitime la résistance armée de populations organisées face à une occupation ou à une agression armée étrangère.

Très cordialement,
Éric Toussaint
Porte-parole du CADTM international,
assumant la responsabilité de la rédaction de l’appel international

Échanges constructifs avec Salvatore Marra, de la direction du syndicat italien  CGIL,  le 30 janvier 2026

Le ven. 30 janv. 2026 à 09:13, SALVATORE MARRA a écrit :

Cher Eric,

Tout d’abord, nous souhaitons te remercier de nous avoir contactés et d’avoir fourni des explications sur la question soulevée concernant un passage de l’appel international antifasciste.

Cet appel nous semble constituer le lancement de la conférence de Porto Alegre fin mars. Est-ce le cas ou non ?

Nous souhaitons également dire que nous avons vu qu’une dirigeante nationale de la CGIL a déjà signé l’appel. Nous sommes en contact avec elle en interne et clarifierons cela dans les plus brefs délais.

Par ailleurs, nous souhaitons souligner que ce débat sur l’usage des armes a été l’un des arguments les plus utilisés pour attaquer de manière virulente la position de la CGIL et de l’ANPI lors du débat sur l’envoi d’armes à l’Ukraine, auquel nous nous sommes clairement opposés dès le début de l’agression russe. En outre, nous ne jugeons pas approprié de parler de l’usage des armes hors contexte, sans tenir compte des différentes situations. Les cas que tu mentionnes sont différents les uns des autres et se situent dans des contextes profondément distincts.

Le droit international prévoit évidemment le droit à la légitime défense en cas d’agression, mais nous n’avons pas l’impression que le contexte auquel l’appel se réfère corresponde aux circonstances prévues par le droit international.

J’ajoute que nous sommes les coordinateurs du Réseau international des syndicats antifascistes et que le manifeste ne fait aucune référence à l’usage des armes ni à la lutte violente et/ou armée ; par conséquent, une signature de notre part de cet appel serait également en contradiction avec le contenu du manifeste.

Avant de prendre une décision définitive concernant notre participation, active ou passive, à l’initiative, nous avons besoin d’un éclaircissement sur cet appel et sur sa nature. En même temps, nous sommes bien conscients que, puisqu’il a déjà été signé par des centaines de personnes, il ne pourra probablement pas être modifié.

Cordialement,
Salvatore Marra

De : Eric Toussaint eric.toussaint4@gmail.com
Envoyé : vendredi 30 janvier 2026, 12:03
À : SALVATORE MARRA s.marra@cgil.it ; NICOLETTA GRIECO n.grieco@cgil.it
Objet : TR : Une clarification sur un passage de l’appel international antifasciste publié le 20 janvier 2026

Cher Salvatore, chère Nicoletta,

L’appel (https://www.cadtm.org/Appel-international-au-renforcement-de-l-action-antifasciste-et-anti) a été lancé pour appeler à un renforcement de la lutte antifasciste et anti-impérialiste au niveau international et pour exprimer un soutien à l’initiative de Porto Alegre.

Le signer n’est en aucun cas une condition pour participer à la conférence de Porto Alegre. Il n’a jamais été écrit ni dit qu’il fallait signer l’appel pour pouvoir participer à la conférence de Porto Alegre. Cela a été clairement précisé à plusieurs reprises et réaffirmé notamment lors de la réunion en ligne du 28 janvier 2026 du comité international préparatoire de la conférence (voir le compte rendu en pièce jointe). Par conséquent, il n’est écrit nulle part qu’il faudrait signer l’appel pour participer à la conférence de Porto Alegre fin mars 2026.

En d’autres termes, cet appel n’est pas présenté par le CADTM, qui en a pris l’initiative, comme la base politique de la conférence de Porto Alegre.

L’appel n’est pas en concurrence avec celui du Réseau international des syndicats antifascistes, qui peut être consulté sur votre site :
https://binaries.cgil.it/pdf/2023/02/14/143530926-b2fabecc-d98c-47ff-9654-cab5a96333c9.pdf

Il est très positif que le réseau de syndicats antifascistes que vous avez créé existe, et il faut le renforcer au maximum. Cela doit être affirmé lors de la conférence de Porto Alegre.

La conférence de Porto Alegre décidera, selon une procédure démocratique, de la déclaration finale qui sera adoptée. Nous chercherons à ce qu’elle soit la plus unitaire possible. À mon avis, les questions qui empêcheraient l’unité devront être exclues de la déclaration finale.

Cordialement,
Eric Toussaint
www.cadtm.org – CADTM International
8 Rue Jonfosse, 4000 LIÈGE – Belgique

Le ven. 30 janv. 2026 à 12:45, SALVATORE MARRA a écrit :

Cher Eric,

Merci pour ces éclaircissements et pour ton approche constructive. Nous attendons davantage d’informations sur le programme et les différentes activités afin de pouvoir décider définitivement de notre participation.

Il serait bon qu’apparaisse sur le site un lien vers le manifeste du Réseau international des syndicats antifascistes, dont font partie la CUT, la CGIL, la CGT, les CCOO et d’autres[12].

Amicalement,
Salvatore

II) La note d’Alfons Bech: Un premier pas en avant et ses contradictions. Rappel de la précision faite par Alfons : Camarades, j’ai rédigé ce brouillon dans l’idée d’en faire un article pour le site web de mon organisation, La Aurora (organisation marxiste). Il n’est pas encore achevé et pourrait subir quelques modifications. Mais je considère que, malgré ces réserves et son caractère provisoire, il peut déjà être utile, dans son état actuel, pour les discussions en cours, en complément d’autres articles et des précieuses réflexions qui sont menées. Je suis ouvert à vos commentaires et suggestions. Alfons

Un premier pas en avant et ses contradictions

La Conférence de Porto Alegre a réuni un nombre important d’organisations et de militants, principalement du Brésil, mais aussi d’Argentine et d’Amérique latine, ainsi que d’autres pays de tous les continents. Tous ont été convoqués pour enrayer la montée de l’extrême droite et du fascisme et pour défendre la souveraineté des peuples. Ils ont répondu à l’appel lancé par trois partis de gauche, le PT, le PSOL et le PCdB. Sans entrer dans le détail de la déclaration qui a été adoptée, cet événement international est déjà important en soi. Il fallait participer à Porto Alegre, tout comme il valait auparavant la peine de participer aux Forums sociaux mondiaux.

La différence par rapport aux FSM ou aux Forums européens est que celui-ci s’est déroulé dans un contexte différent, marqué par la montée des droites les plus réactionnaires, par des guerres impérialistes agressives et par le recul du mouvement ouvrier organisé et de la gauche en général. Concrètement, il s’agit d’attaques qui ont déjà lieu sur le continent américain : au Venezuela, à Cuba, aux États-Unis mêmes… Les agressions contre la Palestine, l’Iran et l’Ukraine étaient également présentes. Mais Porto Alegre est aussi une réaction à cette situation. C’est une réponse, très précoce, encore confuse et désorganisée, qui veut faire face à cette situation. En ce sens, cela a constitué un pas en avant. La photo de la marche initiale de 5 000 personnes le montrait clairement : la gauche commence à réagir sur le continent américain. En même temps, cette avancée comporte de grandes contradictions.

Je vais passer en revue quelques bilans et, à la fin, présenter mes conclusions. Je le ferai en deux parties. La première portera sur l’importance de la Conférence antifasciste pour construire un large front et, dans ce cadre, sur le rôle de la solidarité avec l’Ukraine. La seconde sera davantage centrée sur la tâche de regrouper au sein de ce front le secteur révolutionnaire et socialiste.

SOTSIALNYI RUKH (MOUVEMENT SOCIALISTE) Ukraine

Une délégation ukrainienne de trois personnes, issue de Sotsialnyi Rukh (SR) et composée de dirigeants du syndicat FPU, était présente à la conférence. Leur participation a été très importante, bien qu’elle n’ait pas été pleinement mise à profit puisqu’ils ne faisaient pas partie des principaux panels d’intervenants. Cependant, tant l’atelier auto-organisé avec l’aide du MES-PSOL que la participation à la marche d’ouverture, aux autres ateliers et aux séances plénières, ont permis de faire connaître l’Ukraine au Brésil.

Natalyia Zemlianska, présidente du Syndicat des travailleurs, des entrepreneurs et des travailleurs migrants, membre de SR, déclare : « (Lors de la marche) Les gens s’approchaient de nous et me demandaient si je venais vraiment d’Ukraine ou si je vivais peut-être au Brésil. Les drapeaux ukrainiens ont servi en quelque sorte de phare pour les sympathisants de l’Ukraine, qui s’approchaient pour nous exprimer leur soutien. Certains participants à la marche nous prenaient en photo, Alfons et moi, précisément à cause des drapeaux ukrainiens.

… Lors du discours de clôture prononcé par Roberto Robaina (conseiller municipal et président du PSOL de Porto Alegre), il était significatif d’entendre une mention de la présence de délégués ukrainiens à cette conférence. C’est pertinent car, parmi les participants de 40 pays, le fait que l’Ukraine soit mentionnée est important. Ce moment a souligné l’importance du soutien à l’Ukraine parmi les participants à la conférence. Quant aux sympathisants pro-Poutine, je n’ai perçu aucune ligne forte et définie en faveur de Poutine pendant la conférence. »

Oleksandr Kiselov a rédigé un bref compte rendu dans lequel il expose les avancées et les problèmes qu’il a rencontrés lors de la conférence. Il conclut : « Lors des débats et des interventions, dans les salles de négociation, dans les bars et les restaurants, nous avons tenté de nous faire comprendre auprès de camarades du Brésil, d’Argentine, de Porto Rico, du Canada, d’Espagne et d’Italie, ainsi que des délégations d’Ukraine et de Russie. Et la conférence a reconnu le danger de tous les impérialismes », cependant, l’accent a été principalement mis sur l’énumération des crimes de l’Occident et de ses alliés, signe qu’il reste encore beaucoup à faire pour construire un front véritablement internationaliste. »

SUMAR, Espagne

Paolo de Mello, membre de SUMAR, écrit dans son compte-rendu : « À Porto Alegre, la gauche a trouvé un consensus sur le diagnostic. Principalement autour de trois idées :

1. La nécessité de former un large front international contre l’extrême droite, en reconnaissant que la menace fasciste a un caractère mondial et nécessite une réponse coordonnée à la même échelle.

2. La conviction que vaincre le fascisme passe nécessairement par la défaite du néolibéralisme, ces phénomènes n’étant pas distincts mais liés de manière causale

3. La valeur du forum lui-même en tant qu’espace de coordination et la nécessité de lui donner une continuité. La déclaration finale reconnaît la création d’un espace de coordination international permanent pour unifier la lutte antifasciste à l’échelle mondiale. »

Mello souligne également la nécessité d’apporter des changements à l’organisation des prochaines conférences : « Le deuxième problème est politique : le risque que tout se résume à des accords déclaratifs. Parfois, les tables rondes ont fonctionné comme une juxtaposition d’interventions déjà préparées plutôt que comme des espaces de dialogue réel. Les convergences de principes sont importantes, mais elles ne suffisent pas. »

MES-PSOL, Brésil

Israel Dutra, dirigeant du MES-PSOL, se montre optimiste quant à la conférence et à sa pérennité : « l’unité entre le PSOL de Rio Grande do Sul et le PT de Porto Alegre, intégrant par la suite d’autres acteurs tels que le PCdoB, le MST et Andes, ce dernier étant responsable, avec la Fondation Lauro Campos et Marielle Franco, ainsi que la Fondation Rosa Lux, de l’organisation de la rencontre ». En effet, dans la mobilisation dans les rues, les ateliers, l’accueil des délégués internationaux, cela s’est exactement passé ainsi. La participation et l’organisation du MES et du PSOL ont été essentielles au succès de la conférence.

Dutra souligne les objectifs politiques communs pour lutter pour l’avenir : « Nous défendons la victoire de l’Iran contre Israël et Trump, sans soutenir politiquement le régime ; la campagne de Cuba contre le blocus ; la lutte des immigrés partout dans le monde ; la fin de l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de la députée Cília Flores ». Mais il cite également ceux qui ne faisaient pas partie du consensus : « dénoncer l’impérialisme de Poutine et nous positionner aux côtés de la résistance des travailleurs ukrainiens face à l’agression russe. »

MST Argentine, LIS

Le dirigeant du MST argentin Sergio García et la dirigeante de la tendance brésilienne du PSOL, Révolution socialiste, Verónica O’Kelly, membres de la LIS, commencent leur bilan en déclarant : « Il faut tout d’abord partir d’un fait évident : la Conférence antifasciste de Porto Alegre est devenue un événement d’importance politique ».

Mais ils soulignent que « la déclaration finale présentée par les organisateurs a un contenu politique très limité, et que, dans ce cadre, des questions justes ont été soulevées ». Ils ajoutent que « la construction d’une unité d’action pour faire face à l’extrême droite est une nécessité concrète que nous soutenons et encourageons partout. Face au danger de la montée des courants réactionnaires et fascistes, la tactique du Front unique doit occuper une place centrale » – tout en précisant – « qu’il est fondamental de ne pas confondre la juste orientation unitaire avec la défense de l’unité politique avec des secteurs bourgeois ou avec la social-démocratie – position qui, malheureusement, était présente chez une partie significative des organisations organisatrices et participantes, en particulier celles liées au PT et au PCdoB. »

Pour la LIS, cette « absence de définitions sur le rôle du progressisme en termes généraux, en réalité le poids du soi-disant « campisme » parmi les organisateurs, a également empêché l’adoption de résolutions correctes sur des questions d’actualité, telles que l’invasion du territoire ukrainien par l’impérialisme russe, qui cause des milliers de morts et une guerre de plusieurs années au cœur de la guerre de plusieurs années. L’absence de cette dénonciation dans l’appel et la résolution finale a été en partie compensée. Tout d’abord, par la présence de la délégation ukrainienne, du Réseau de solidarité avec l’Ukraine et de militants de l’opposition russe. Et par le soutien apporté au Réseau ENSU dans toutes ses activités par le MES-PSOL, par notre délégation de la Ligue socialiste internationale (LIS) et par d’autres organisations du SU (Quatrième Internationale).

DEMOCRACIA SOCIALISTA, Porto Rico

Rafael Bernabe, ancien sénateur et membre de Démocratie socialiste, lors de la 5e séance plénière de la Conférence antifasciste et anti-impérialiste de Porto Alegre, a déclaré : « (On dit) que Poutine répond au siège de l’OTAN. Mais la réalité est que Poutine répond, en tout état de cause, par sa propre agression impérialiste, ce que nous ne pouvons soutenir. Il est très révélateur que cette agression s’accompagne du rejet explicite, par Poutine, de la doctrine léniniste du droit des nations à l’autodétermination. » Bravo ! C’est très bien qu’un membre de la gauche centraméricaine ait pu l’exprimer ainsi, mais, encore une fois, pourquoi ne pas écouter directement en séance plénière les militants de gauche et les syndicalistes ukrainiens ?

CEBRAPAZ, Brésil

Un dirigeant du PCdoB, l’une des organisations organisatrices de la conférence, a rédigé un bilan qui critique précisément l’orientation timide de la déclaration finale en mettant l’accent sur la lutte contre tous les impérialismes : « … il est essentiel d’affirmer clairement que l’impérialisme, c’est-à-dire l’impérialisme américain, reste le principal ennemi des peuples du monde. Il ne s’agit pas d’une question conjoncturelle ou liée à des gouvernements circonstanciels, comme celui de Donald Trump, ni d’une phase plus ou moins agressive. C’est un système de domination qui opère depuis des décennies par le biais de sanctions économiques, de déstabilisation politique, de blocus et de contrôle financier international, du pillage des richesses nationales, de la militarisation et des guerres. » Jusqu’ici, tout va bien, mais il poursuit :

« La Charte de Porto Alegre, en affirmant que « nous luttons contre tous les impérialismes », considérés de manière aussi non spécifique, sans même mentionner quelles sont les puissances impérialistes, commet une erreur. En diluant l’impérialisme dans une catégorie générique et plurielle, on perd la capacité d’identifier quelle puissance impérialiste occupe le sommet du système de pouvoir qui génère des agressions contre les peuples. Cette généralisation affaiblit non seulement la dénonciation concrète de l’impérialisme américain, mais ouvre également la voie à une critique indistincte qui, dans la pratique, place des forces sur le même plan que la nature antagoniste. Il s’agit d’un procédé rhétorique qui, dans la pratique, vise à atteindre des pays et des systèmes de gouvernement qui sont objectivement anti-hégémoniques et anti-impérialistes. » Dénoncer Poutine affaiblit-il la dénonciation de Trump ? Ou montre-t-il précisément le travail en tandem contre la souveraineté des peuples qu’ils mènent conjointement ?

CADTM

Eric Toussaint, porte-parole du Comité contre la dette (CADTM) et dirigeant de la Quatrième Internationale, dresse un tableau détaillé du processus de préparation et d’évolution de cette conférence en tant que l’un de ses principaux promoteurs. Il explique ainsi que, si initialement la conférence avait été prévue dans un objectif antifasciste, « c’est en octobre et novembre 2025 que la dimension anti-impérialiste a été ajoutée, face à l’extrême agressivité adoptée par Trump ». Autrement dit, elle prend le caractère d’une lutte contre l’impérialisme à partir de l’action américaine de Trump. La question qui se pose est de savoir si l’agressivité de la Russie, en particulier après l’invasion et la guerre de grande envergure contre l’Ukraine depuis février 2022, ne présentait pas déjà ces caractéristiques.

Pour soi-disant pallier cette lacune, le CADTM a lancé un appel « radical, court, combatif, unitaire et qui évite de désigner les États-Unis et leurs alliés comme le seul bloc impérialiste. En effet, cet appel dénonce toutes les agressions impérialistes (et colonialistes), quelle que soit leur origine ». Mais cet appel laissait à nouveau entendre que seuls les États-Unis agissaient, sans nommer ni la Russie ni la Chine. Cela lui a permis de recueillir de nombreuses signatures de tous bords, mais surtout de la part de ceux qui refusent de défendre l’Ukraine. Le deuxième appel a donc continué à présenter le même défaut que le premier : refuser de combattre l’impérialisme agressif russe. Et il en va de même dans la déclaration finale. Toussaint dit à un moment donné que si la condamnation de la Russie avait été incluse, une partie des organisateurs n’aurait pas été d’accord. Mais pour contrer les campistes, il aurait fallu donner plus de place aux porte-parole de la gauche et des syndicats ukrainiens.

Toussaint détaille qui s’était refusé à signer la deuxième déclaration. L’échange qu’il a eu avec le syndicat italien CGIL est très intéressant, tout comme la raison pour laquelle ce syndicat a tourné le dos à la participation à Porto Alegre : à cause de la défense par Toussaint du droit d’utiliser les armes face à l’agresseur. La CGIL a promu une internationale syndicale antifasciste à laquelle participent de nombreux syndicats européens et du monde entier, ce qui est très important. En Argentine, ils avaient participé à des réunions communes et il semblait qu’ils allaient participer à la conférence. Mais la mention des armes a poussé la CGIL à se retirer de l’appel et à le combattre : d’autres syndicats européens ont renoncé à venir. En accord avec Toussaint, cela montre que c’est là aussi l’un des débats que le mouvement ouvrier doit aborder s’il veut être cohérent dans la défense de ses droits. L’histoire (et l’actualité) nous montre que les armes sont nécessaires pour se défendre, sinon on ne peut pas vaincre le fascisme. Les agresseurs profitent de ce type de pacifisme.

Toussaint cite le Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine : « En Europe, le XESU a refusé de signer, mais, heureusement, il a envoyé une délégation à Porto Alegre. Le refus du XESU repose sur le fait que l’appel ne dénonçait pas l’impérialisme russe et ne mentionnait pas la condamnation de l’invasion. Le RESU soutient l’envoi d’armes en Ukraine, tandis que la CGIL italienne s’y oppose. La XESU et la CGIL ont refusé de signer l’appel pour des raisons presque opposées, ce qui illustre la difficulté de construire une unité large. » Si la proposition d’offrir à la CGIL une place de choix lors de la conférence pour défendre son point de vue était juste, ne faudrait-il pas faire de même avec les syndicats et les délégations ukrainiennes et russes, et pas seulement un atelier ? Ne souhaitait-on pas un dialogue entre des positions différentes ?

APLUTSOC, France

Passons maintenant à une autre vision de cette conférence. Un secteur très militant de la solidarité avec l’Ukraine en Europe, notamment en Belgique et en France, composé de membres de la XESU, n’était pas très convaincu de participer. En effet, l’argument principal était que la majorité des organisations participantes et organisatrices étaient « pro-camp », ce qui se traduirait par une perte de temps, voire une justification de leurs positions.

Prenons par exemple l’un des auteurs, Vincent Présumey, militant français reconnu de la cause ukrainienne depuis de nombreuses années. Dans l’article « Un bilan d’autosatisfaction et ses “limites” », il dit : « … 7 000 manifestants à l’inauguration (la population de Porto Alegre compte 3,7 millions d’habitants), 200 militants venus d’Argentine, ce qui, en réalité, n’est pas un chiffre considérable. En définitive, on en déduit implicitement que Porto Alegre n’a pas mobilisé les masses. »… « Qu’il ne mentionne pas les impérialismes russe et chinois, et qu’il ne mentionne pas l’Ukraine — en d’autres termes, puisque les mots, tout comme leur absence, ont un sens —, qu’il ne la soutienne pas et, par conséquent, soutienne la Russie, ce n’est pas grave, car il contient la phrase magique suivante : « nous luttons contre tous les impérialismes et soutenons la lutte des peuples pour leur autodétermination, par tous les moyens nécessaires ».

Si l’on fait abstraction de la phrase d’introduction, où Présumey confond le type de mobilisation très politique de la conférence (à ses yeux très restreinte) avec une mobilisation de masse, et au-delà de l’ironie, je partage l’esprit critique sur les limites de la conférence. En particulier dans la déclaration finale, qui, selon moi, ne remplit pas les conditions pour être signée par XESU. Cela dit, je considère qu’il s’agit d’une mise en garde qui tend vers l’auto-isolement lorsqu’il dit : « Alfons a raison, il faut en tirer parti : groupe Google ; échange d’articles, intégration des camarades sud-américains à l’ENSU. Bien sûr ! Mais attention : cela se fait-il grâce au « cadre » de Porto Alegre ou à travers lui et, au fond, malgré lui ? Alfons semble considérer que le cadre en lui-même fournit la base pour avancer, le cadre de la soi-disant première conférence antifasciste internationale. Soyons clairs : situer l’action internationaliste non-campiste À L’INTÉRIEUR de ce cadre est, au mieux, un échec ASSURÉ ; au pire, un enfermement dans les excuses des forces de classes ennemies. »

Non, la XESU a bien fait d’y aller et de mener le combat malgré les limites qu’elle avait. D’une manière ou d’une autre, la lutte de l’Ukraine, de son peuple, de la classe ouvrière, ainsi que de l’opposition russe et socialiste, a été très présente tout au long de la conférence. Pas seulement à cause de l’atelier ou des mentions. Il suffit de lire le long article de Toussain pour se rendre compte que c’était l’éléphant dans la pièce. Mais nous ne pouvons évidemment pas nous satisfaire du fait que cet éléphant n’ait pas pu se montrer plus ouvertement.

Emanzipation, Autriche

Chris Zeller, du magazine Emanzipation et membre du Réseau, a écrit quelques lignes sur le chat Zoom lors de la réunion de la XESU où l’on a commencé à dresser le bilan. Bien que très succinctes, elles sont importantes : « J’ai soutenu la participation des camarades ukrainiens à la conférence et je pense que c’était une bonne chose qu’ils y participent. Les rapports des camarades ukrainiens le confirment.

Cependant, cette conférence soulève des questions stratégiques fondamentales. Et j’ai l’impression que cette conférence va dans la mauvaise direction. Je considère que la déclaration finale de cette conférence est extrêmement insuffisante.

1. Elle confirme une perspective campiste. Elle ne mentionne ni la lutte défensive de l’Ukraine ni l’impérialisme russe. Elle ne mentionne pas l’opposition démocratique en Iran.

2. Elle n’exprime pas la moindre critique à l’égard des gouvernements populistes et dits progressistes.

3. Elle ne mentionne pas non plus la menace particulière que représentent le réchauffement climatique et le capital des énergies fossiles. Bien sûr, le Brésil est en soi une superpuissance des énergies fossiles et le gouvernement du PT encourage pleinement cette voie de développement fossile. »

À la fin, Zeller pose une question qui reste sans réponse de la part de l’ensemble des forces. « Comment construire un large front uni antifasciste si l’on ne sait même pas clairement qui est l’ennemi ? Cela est en soi illogique et impossible. Je ne pense pas que ce soit la bonne manière de former un front unique avec les campistes. »

Comment aller de lavant ? (quelques conclusions)

C’est le problème que nous avons depuis le début de la guerre : le campisme ne veut pas ou n’ose pas mener un débat public et politique sur ce que signifie aujourd’hui l’extrême droite, ce que signifie l’impérialisme et quel genre de paix nous défendons. L’action menée à Porto Alegre par le XESU et les forces politiques et syndicales qui l’ont soutenu était offensive. Le campisme était sur la défensive. Je pense qu’on aurait pu aller beaucoup plus loin dans un débat plus public ; c’est pourquoi la négociation de la déclaration finale en petit comité, sans ce débat, a abouti à une déclaration favorable au campisme.

Les délégations ukrainienne et russe ont été très bien accueillies et écoutées partout. Et l’unité entre les délégations favorables à l’Ukraine et à sa classe ouvrière et celles favorables à l’opposition de gauche et socialiste russe, nord-américaine, sud-américaine et européenne a constitué un élément solide tout au long de la conférence. Le campisme n’a pas osé monter de provocation (ce qui aurait pu se produire s’il avait été plus fort). Même ceux qui avaient écrit un livre « contre l’OTAN » – en réalité contre la solidarité avec l’Ukraine –, de vieux militants politiques et syndicaux, n’ont pas osé venir à l’atelier pour écouter les syndicalistes et militants de gauche ukrainiens, bien qu’ils aient été invités.

Le problème ne réside donc pas dans le « cadre » de la conférence ni dans d’autres espaces où se trouvent des organisations aux positions campistes. Nous devons continuer à mener la bataille politique et de solidarité vers l’extérieur. Nous ne pouvons pas nous contenter de rester sur notre terrain : nous devons avancer sur le terrain « ennemi », que je définirais plutôt comme hostile ou ignorant. Je ne parle pas des partisans déclarés de Poutine, mais de la grande, énorme majorité qui ne s’est pas encore positionnée : au sein des syndicats qui se considèrent antifascistes et ont formé ce réseau, au sein des organisations de gauche qui craignent encore de défendre la légitime lutte armée de défense face au fascisme, au sein même du pacifisme. La propagande poutinienne a fait beaucoup de dégâts pendant de nombreuses années, trop nombreuses, faute de lutte idéologique. Elle a engendré la peur du débat et la paralysie au sein de la gauche. On ne peut être un antifasciste cohérent sans être un anti-impérialiste cohérent. Trump et Poutine forment aujourd’hui le tandem des impérialismes les plus agressifs du monde et il faut les combattre tous les deux en même temps.

Nous qui considérons la lutte de l’Ukraine comme un test décisif pour la liberté des peuples et pour la classe ouvrière d’Europe, nous ne pouvons pas nous contenter de poursuivre la bataille par des actions de solidarité humanitaire. Nous devons continuer à le faire, mais cela ne suffit pas. La première conférence antifasciste a pour consigne d’organiser d’autres conférences antifascistes. L’une des prochaines se tiendra peut-être en Argentine.

Et en Europe, que faisons-nous ?

Le CADTM a organisé la première conférence à Porto Alegre et est l’un des plus désireux de les promouvoir. Son porte-parole, Toussaint, considère que l’une des conditions pour signer une résolution de soutien à l’Ukraine est que celle-ci inclue explicitement la lutte contre l’OTAN. À l’heure où l’OTAN s’estompe et où le militarisme impérialiste européen refait surface, XESU serait-il d’accord pour en discuter ? Toussaint pourrait-il faire cette proposition ?

Un site web de gauche français, La Bastille, affirme : « La clarté est essentielle. Être contre le fascisme et l’impérialisme exige des définitions précises. L’antifascisme n’est ni de la propagande ni un slogan électoral ; c’est une politique et une pratique bien définies. Nous proposons donc ce qui suit : a) que les groupes, associations et partis s’opposent à l’impérialisme russe, b) qu’ils soutiennent le mouvement populaire iranien « Femmes, Vie, Liberté » contre les mollahs et, bien sûr, contre la guerre israélo-américaine, c) qu’ils soutiennent le peuple palestinien… Organisons ensemble une réunion internationale autofinancée. » La question est : pourrait-on commencer à discuter de ces points de départ, par exemple ?

Parmi toutes les organisations que nous avons mentionnées, pourrait-on influencer les syndicats et le réseau syndical international antifasciste pour inclure la lutte contre tous les impérialismes et débattre également des options armées et non armées ?

Pourrait-on inviter des organisations politiques et syndicales d’Europe de l’Est, des Balkans, des pays nordiques, ainsi que d’Europe centrale et méditerranéenne ?

De même : faut-il inviter à la préparation de cette conférence antifasciste des groupes et organisations pacifistes qui veulent une paix juste pour l’Ukraine ? Des féministes ? Des groupes et organisations écologistes ? Des organisations et partis qui se considèrent comme progressistes ?

Le front unique le plus large possible est absolument nécessaire si nous voulons vaincre. Les débats que j’énumère, et peut-être d’autres, montrent que ce n’est qu’en les menant véritablement, honnêtement, que nous irons de l’avant. C’est ce qui reste en suspens depuis Porto Alegre. Il existe encore une certaine confusion dans les propositions et les objectifs, c’est vrai. Mais nous n’avons d’autre choix que de rechercher l’unité et de progresser vers plus de clarté tout en menant la bataille dans les rues, dans les débats et lors des élections.

L’internationalisme révolutionnaire

Pour conclure sur la question du rôle de ceux qui ont déjà pris conscience que seule la préparation d’une alternative révolutionnaire et socialiste peut mettre un terme au capitalisme en décomposition de cette phase.

Une certaine unité entre réformistes et révolutionnaires est nécessaire pour faire avancer la mobilisation, qui en est encore à ses débuts. La question de l’Ukraine était très présente au sein de ce front unique, mais la lutte contre les fausses illusions l’était tout autant : contre le progressisme et ses régimes ; contre les régimes répressifs et anti-ouvriers tels que les ayatollahs, Maduro, Ortega ; contre le rôle joué par les institutions internationales de l’ordre capitaliste ; contre les fausses solutions « vertes » sous le capitalisme face au changement climatique. S’il n’existe pas encore de programme commun – et il n’en existe pas –, il y a en revanche de nombreux éléments pour un débat commun accompagnant l’action commune dans le cadre de ces fronts antifascistes.

Porto Alegre a montré qu’il était possible de se rassembler et de lutter ensemble. La Quatrième Internationale, le MES-PSOL, la LIS, le PSTU-LITCI, l’UIT-CI, Democracia Socialista de Puerto Rico, La Aurora… parmi d’autres organisations politiques et revues révolutionnaires, s’accordent pour soutenir l’Ukraine. La plupart d’entre elles ont participé à Porto Alegre. Seraient-elles d’accord pour travailler ensemble à l’organisation d’une conférence antifasciste en Europe autour de points communs où la lutte contre tous les impérialismes, la liberté des peuples et le front unique de la classe ouvrière seraient la référence commune ?

Il est temps de faire un pas en avant. Si l’aile révolutionnaire se renforce dans la réorganisation générale que vise le front antifasciste, ce sera la garantie de son avenir.

Alfons Bech.

III. Christian Zeller : Front uni antifasciste international: contre qui ? (traduit de l’allemand par nos soins, erreurs éventuelles de notre responsabilité).

Du 26 au 29 mars, environ 4 000 personnes se sont rassemblées à Porto Alegre pour une importante conférence internationale contre la montée mondiale du fascisme et contre l’impérialisme. La marche d’ouverture a attiré près de 7 000 personnes et a rappelé les mobilisations précédentes du mouvement altermondialiste et du Forum social mondial. Au programme : 11 tables rondes thématiques, un forum réunissant des représentants gouvernementaux et des parlementaires, et 150 activités auto-organisées. Des participants et des représentants d’organisations venus d’une quarantaine de pays se sont réunis. La conférence a été rendue possible grâce à la coopération de diverses forces : le Parti pour le socialisme et la liberté (PSOL) du Rio Grande do Sul et le Parti des travailleurs (PT) de Porto Alegre, le Parti communiste du Brésil (PCdoB), le Mouvement des travailleurs sans terre (MST), l’ONG Andes, les Fondations Lauro Campos et Marielle Franco, la Fondation Rosa Luxemburg et le Mouvement de la gauche socialiste (MES) (courant du PSOL et membre de la Quatrième Internationale depuis 2025). Le Comité pour l’abolition de la dette illégitime (CADTM) a établi des liens internationaux. Un appel à la création d’un front antifasciste international a soutenu la mobilisation pour la conférence.

Des organisations clés d’Amérique latine et de nombreux autres pays du monde ont participé à la conférence, notamment les Socialistes démocrates d’Amérique, la France insoumise (y compris des parlementaires), le NPA (Nouveau Parti anticapitaliste), Attac et des parlementaires du Parti des travailleurs de Turquie. Une délégation de près de 200 personnes venues d’Argentine (principalement du Mouvement socialiste des travailleurs MST), de camarades d’Afrique du Sud, ainsi que de l’Alliance socialiste et de la Gauche verte australiennes, a participé à la 1re Conférence internationale antifasciste.

Cet événement marquant visait à contrer la paralysie actuelle de la gauche et encourageait l’organisation de nouvelles conférences antifascistes, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Cependant, les rapports des participants, l’appel à un front antifasciste international et la déclaration finale de la conférence révèlent que ses fondements sont insuffisants pour véritablement renforcer et unifier la résistance antifasciste à l’échelle mondiale. L’appel à la participation se limitait à dénoncer la montée de l’autoritarisme et du fascisme en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Europe, ainsi que le génocide perpétré contre le peuple palestinien. Le régime fasciste de Poutine, qui non seulement s’en est pris au peuple ukrainien, mais soutient depuis de nombreuses années les mouvements d’extrême droite en Europe et dans le monde et s’appuie sur une répression extrême et la fragmentation de sa propre population, n’est même pas mentionné. La déclaration finale réaffirme cette orientation malgré les critiques et les débats controversés.

Le fait que les représentants de l’organisation socialiste Sotsialnyi Rukh, de la fédération syndicale FPU et de l’Union des travailleurs indépendants et migrants d’Ukraine, ainsi que les socialistes russes en exil, n’aient pas été autorisés à prendre la parole lors des séances plénières centrales témoigne de l’étroitesse d’esprit et du parti pris de la conférence. Cependant, grâce au soutien du MES et du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine, des forums auto-organisés et ayant connu une forte participation ont pu se tenir avec des camarades ukrainiens et russes. Il était bien entendu précieux que les petites délégations de socialistes ukrainiens et russes aient participé à la conférence, aient pu présenter leurs préoccupations à un large public et nouer des contacts importants. Leurs rapports démontrent combien il est crucial de s’engager et de contester sans compromis les tendances fascistes, partout et en tout temps.

La composition et le fondement idéologique dominant de la conférence montrent que les critiques qui se sont élevées en amont de celle-ci étaient justifiées. La Gauche Anticapitaliste en Belgique a exposé les aspects problématiques de la conférence dans une brève déclaration, que je partage. L’organisation américaine Solidarity et le groupe français « Arguments pour la lutte sociale » ont également exprimé des critiques. La déclaration finale de la conférence révèle que celle-ci vise une forme sélective d’antifascisme et d’anti-impérialisme, même si elle insiste généralement sur l’opposition à toutes les formes d’impérialisme et revendique le droit à l’autodétermination pour tous les peuples.

À partir de cette déclaration finale, je soulève trois questions stratégiques essentielles qui dépassent le cadre des résultats immédiats de la conférence et sont cruciales, notamment en Europe et probablement aussi dans de nombreuses régions d’Asie, pour la construction d’un front continental uni et global contre la montée de l’autoritarisme et du fascisme sous toutes leurs formes.

1. La déclaration finale condamne à juste titre les États-Unis et l’OTAN comme impérialistes et énumère plusieurs guerres et conflits. Il est, bien sûr, juste de construire une résistance contre l’impérialisme américain de plus en plus autoritaire et les gouvernements européens hypocrites qui se rendent complices du génocide et des actes de terreur quotidiens perpétrés par l’État d’Israël contre la population palestinienne. L’invitation à la conférence et la déclaration finale renforcent une approche géopolitique qui divise le monde en camps (campisme) et se concentre unilatéralement sur la résistance à l’impérialisme américain et à ses alliés. Elles n’abordent ni la lutte défensive de l’Ukraine ni ne s’opposent à l’impérialisme russe. La Russie et l’Ukraine ne sont même pas mentionnées dans les documents. Suivant la même logique, les déclarations restent muettes sur l’opposition démocratique en Iran. Les organisateurs de la conférence ont même accepté un discours d’un représentant du régime iranien au Brésil. C’est intolérable. La déclaration finale s’oppose, au moins, à « toutes les formes d’impérialisme », bien que de manière non contraignante. Cela a incité le Parti communiste du Brésil à publier une déclaration critique. De plus, l’affirmation du droit à l’autodétermination pour tous les peuples reste une coquille vide si, par exemple, l’Ukraine et Taïwan ne sont pas nommées alors qu’une longue liste de luttes contre l’impérialisme américain est citée. Un front antifasciste international fondé sur de telles bases est impossible. Comment espérer rallier à un tel front les représentants des sociétés et des nationalités menacées et opprimées par la Russie ? Comment est-il possible de convaincre une large partie de la population taïwanaise désireuse de préserver son indépendance sans dénoncer les intérêts impérialistes de la Chine ?

2. La déclaration finale n’exprime pas la moindre critique à l’égard des gouvernements populistes, prétendument progressistes, d’Amérique latine (voir également les critiques de la Ligue internationale socialiste et du MST Argentine). Le gouvernement Lula a déclaré vouloir faire du Brésil une superpuissance pétrolière mondiale. Il développe résolument l’exploration et la production pétrolières, ce qui entraîne un pillage des ressources naturelles. Sa stratégie repose sur une alliance avec des secteurs clés du capital, au détriment des droits et de la participation des travailleurs, des pauvres et des peuples autochtones. Bien avant le coup d’État soutenu par les États-Unis contre Maduro, le Venezuela s’était déjà transformé en un régime répressif bafouant les intérêts des travailleurs et des paysans. L’ancien gouvernement péroniste argentin, avec ses politiques antisociales, a ouvert la voie à la victoire du réactionnaire Milei. Un mouvement antifasciste large et démocratique ne peut se développer qu’en totale indépendance de ces gouvernements qui ne sont que des apparences progressistes. Il doit s’appuyer sans compromis sur les intérêts sociaux, politiques et écologiques des classes pauvres, paysannes et ouvrières.

3. Il est tout simplement tragique et absolument impardonnable que la déclaration finale ne fasse aucune mention de la menace particulière que représentent le réchauffement climatique et le capitalisme fossile. Ce n’est pas un hasard, car le gouvernement du PT au Brésil est lui-même étroitement lié aux intérêts de la compagnie Petrobras dans le secteur des énergies fossiles et poursuit avec une grande détermination un modèle de développement fondé sur ces énergies. Le gouvernement vénézuélien, lui aussi, n’a pu se maintenir au pouvoir que grâce au contrôle et à la distribution des rentes pétrolières. La déclaration finale parle d’écocide en termes généraux sans appeler à un abandon des énergies fossiles. Elle ne dit pas non plus un mot sur le fait que les stratégies répressives d’adaptation inégale et sélective au réchauffement climatique sont une caractéristique centrale du nouveau fascisme. À cet égard, la déclaration finale ne vaut guère mieux que les déclarations non contraignantes des COP sur le climat, qui ne font qu’orchestrer la réaction anti-énergies fossiles. Elle est extrêmement maigre et révèle que cette réaction gagne également du terrain au sein de la gauche. Le terme « écosocialiste », employé dans la déclaration, se réduit à une vaine platitude.

    Il est clair que la situation politique en Amérique latine diffère de celle de l’Amérique du Nord, de l’Europe, de l’Asie et d’ailleurs. Compte tenu de l’expérience historique et quotidienne de l’impérialisme américain et de son soutien de plusieurs décennies aux dictatures réactionnaires, il est logique que non seulement les organisations de gauche, mais aussi de larges pans de la population latino-américaine considèrent les États-Unis comme leur principal ennemi. Il est tout aussi évident que de larges pans de la population d’Europe de l’Est et de certaines régions d’Asie centrale perçoivent la Russie comme une menace persistante. Le peuple ouïghour du Xinjiang est opprimé par l’État chinois, et le peuple taïwanais vit sous la menace d’une annexion de son île et de sa société par la République populaire de Chine. Tant que la gauche sera incapable, par principe, de défendre les intérêts des opprimés et des exploités – indépendamment des blocs géopolitiques et des conjonctures changeantes –, elle ne pourra pas construire une alternative internationale viable à la montée de l’autoritarisme et du fascisme.

    Comment construire un large front antifasciste uni quand on ne sait même pas clairement contre qui ce front est dirigé ? Qui sont les ennemis ? Ce large front antifasciste à construire devrait-il être dirigé exclusivement contre es dérives autoritaires et les forces fascistes en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, ainsi que contre l’impérialisme américain, Israël et ses alliés européens et océaniens, ou également contre la Russie fasciste qui soutient depuis de nombreuses années des mouvements réactionnaires en Europe et ailleurs ?

    Un front antifasciste international uni est impossible sans une définition claire des cibles. Plus fondamentalement, la question se pose de savoir s’il est stratégiquement et tactiquement judicieux de coopérer avec des forces qui ont une conception totalement différente des alliés et des ennemis, ainsi que des idées fondamentalement différentes sur l’organisation sociale souhaitée. Certes, il peut être opportun, à certains moments, de nouer des alliances tactiques avec des forces très différentes, comme les sociaux-démocrates, les Verts, les libéraux et les conservateurs, voire la gauche radicale ; mais la construction d’un front stratégique uni suppose un accord sur un certain nombre de questions centrales, à commencer par l’identification précise des ennemis et des partenaires. Les rapports de la conférence et les déclarations adoptées montrent que les conditions d’une unité avec les campistes ne sont pas réunies. Au contraire, il est essentiel de construire une force alternative qui rompe avec ces éléments réactionnaires au sein d’une gauche de plus en plus désintégrée.

    Je salue expressément le projet d’organiser des conférences antifascistes régionales ou continentales. Celles-ci contribueraient à contrer la tendance, répandue dans de nombreux pays – dont l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse – à sous-estimer la propagation du fascisme en tant que phénomène national. Toutefois, ces conférences devraient être organisées par des forces qui, premièrement, s’engagent à résister à toutes les formes d’impérialisme et de fascisme ; deuxièmement, s’organisent en toute indépendance des gouvernements populistes et nationalistes (parfois qualifiés de progressistes) et des forces bourgeoises ; et troisièmement, placent la résistance au capitalisme des énergies fossiles et au réchauffement climatique, ainsi qu’à l’adaptation inégale et sélective au réchauffement climatique et à ses catastrophes, imposée par les gouvernements, au cœur de leur action.

    Chris Zeller, 18/04/26.