Le 4 mai dernier, Trump a obtenu une victoire politique intérieure, sa première en fait : la Chambre des représentants a adopté, par un vote serré de 217 voix contre 213, l’abrogation formelle de l’Obamacare. Il ne s’agit cependant pas d’une liquidation pure et simple de l’usine à gaz qui avait été mise en place sous Obama, et que les Républicains combattaient non pas tant pour ce qu’elle était que pour l’aspiration qu’elle exprimait sans la réaliser, celle d’une véritable Sécurité sociale, défendue notamment dans la campagne de Bernie Sanders. L’Obamacare est en réalité un marché de l’assurance maladie dans lequel les plus pauvres et ceux qui n’ont pas de couverture sociale dans le cadre d’accords d’entreprises fournissent la clientèle captive, mais peu attractive pour les compagnies d’assurance, de ce marché : ce dispositif était loin d’être pérenne. La réforme Trump supprime l’obligation de souscription et permet aux Etats de fixer à leur gré la couverture minima.

Toutefois, le Sénat n’a pas encore adopté la chose …

Quelques jours plus tard Trump a commis un petit coup d’Etat, mais un coup d’Etat qui semble l’avoir affaibli dans l’immédiat et dans lequel ses motivations interrogent : il a limogé en direct James Comey, patron du FBI. Il lui doit pourtant son élection, car ce sont les divulgations d’éléments d’enquête touchant H. Clinton, par le même J. Comey, quelques jours avant le scrutin, qui ont donné le coup de pouce décisif à Trump, ou plutôt le coup de pied de l’âne à Clinton. D’ailleurs, l’intéressé a appris en direct la nouvelle et n’y croyait pas, de même que les chefs des diplomaties US et russe, Tillerson et Lavrov, qui ont tourné le dos en riant aux journalistes qui, venant de l’apprendre, les questionnait à ce sujet, à Moscou.

Les seules explications « rationnelles » conduisant à penser que l’enquête sur la corruption et les conflits d’intérêts russes de Trump le gène réellement, mais aussi qu’il voulait réaffirmer spectaculairement son autorité dans l’appareil d’Etat, en frappant donc le FBI, alors que paradoxalement c’était plutôt jusque là la CIA et la NSA qui le perturbaient. Immédiatement il est apparu qu’il s’est tiré une balle dans le pied, et les commentateurs médiatiques ont trouvé la comparaison, qui est tout un programme : le précédent en effet s’appelait Richard Nixon tentant de conjurer le Watergate …

Pour mieux saisir ce qui se passe il convient de faire un rapprochement avec un autre événement survenu au même moment, mardi 9 mai : en Corée du Sud les élections présidentielles anticipées provoquées par les grandes manifestations populaires contre la présidente corrompue et fille de l’ancien dictateur militaire Park Geun-hye, ont vu la victoire du candidat du Parti démocrate unifié, l’avocat catholique Moon Jae-in, qui fut emprisonné sous la dictature, et dont le parti est une alliance composite entre des secteurs bourgeois libéraux et des structures politiques issues des syndicats ouvriers. Au cœur de son programme, deux points : le démantellement des chaebols au nom de la lutte contre la corruption ; or, les chaebols sont la forme spécifique des trusts capitalistes en Corée du Sud, les plus connus étant Daewoo ou Samsung : et l’offensive de réconciliation avec la Corée du Nord, assumant l’aspiration de tout le peuple coréen à sa réunification nationale.

La réalisation de ce programme supposerait rupture avec le capital et avec l’ordre diplomatique international, qui ne figurent pas dans les intentions de Moon Jae-in et de son parti. Mais son élection constitue bel et bien une victoire démocratique sur deux ennemis, après la défaite du premier qu’était la représentante de l’armée, des chaebols et des sectes, Mme Park Geun-hye. Le premier est Trump, qui a initié l’implantation d’un dispositif de missiles anti-missiles en Corée du Sud, théoriquement dirigé contre la Corée du Nord mais aussi contre la Chine, ce que chacun comprend très bien sur place : Moon Jae-in s’est prononcé contre ce dispositif pendant la campagne électorale. Le second est Kim-Jong-un, qui a « salué » l’élection de Moon Jae-in par un tir de missile ballistique, provocation destinée à relancer Trump.

En résumé, nous avons donc une aggravation spectaculaire de la crise au sommet et de la crise de l’appareil d’Etat US, et une défaite infligée à ses gesticulations au bord du gouffre par la volonté démocratique du peuple coréen, qui est bien coréen, et non pas seulement sud-coréen.