Le second tour des élections départementales a confirmé le premier, ce qui est en soi un évènement politique, bien qu’attendu : l’électorat de gauche (faut-il encore le désigner ainsi ? ) n’en est plus à un abstentionnisme-sanction, comme cela s’est produit à maintes reprises depuis 1981. Il en est à la rupture profonde.

Non pas avec ses valeurs – les valeurs de la gauche, comme on dit, qui renvoient à la défense d’une civilisation, celle du Code du travail, des services publics et de la Sécurité sociale, ainsi qu’à la défense des libertés publiques, égalité, liberté, laïcité, souveraineté et démocratie, et à l’aspiration à une société meilleure. Ces valeurs restent largement majoritaires, mais les gouvernants, dirigeants et organisations historiques de la gauche ne sont plus perçus comme leurs représentants. Ils l’ont bien cherché.

Donc, désormais, même au second tour, et même, voire surtout, quand on vient lui faire la morale en le traitant de pourvoyeur du FN, cet électorat dans sa majorité, qu’il soit historiquement socialiste, communiste ou autre, refuse de voter (il y a à cela d’honorables exceptions partielles locales, en particulier pour certains candidats Front de Gauche, signe que la recherche d’une issue est vivante, mais elles ne modifient pas l’appréciation générale que l’on peut porter).

C’est en ne tenant pas compte de cet abstentionnisme choisi et conscient (renforcé par les votes blancs et nuls), que l’on peut vaticiner sur la droitisation de la société, puisque les scores FN et UMP/UDI/Modem en sont automatiquement doublés à partir du moment où on les présente par rapport aux seuls suffrages exprimés. Pour autant, la montée du FN est bien réelle. A un électorat petit bourgeois raciste, celui de Le Pen père, s’ajoute un prolétariat atomisé fort nombreux, et aussi des secteurs bourgeois des beaux quartiers, ce qui, cumulé, fait du monde. Et le fait que le FN soit la seule force politique, même si c’est de manière déformée, grossière et trompeuse, à prétendre porter l’exigence de souveraineté populaire contre les institutions dites européennes, n’est pas pour rien dans sa progression.

Mais à cet égard, le second tour des élections départementales apporte ou confirme une information importante : la facilité de la fluctuation du vote entre FN et UMP/UDI, laquelle a ce dimanche, en général, favorisé la droite dite républicaine. Par conséquent, quand le ni-ni de Sarkozy accompagne en fait la navigation du vote entre FN et UMP, le pseudo alignement républicain des partis de gauche conduit aussi à l’UMP … et au FN !

Le bilan de MM. Hollande et Valls est, en résumé, le suivant : une politique qui continue et aggrave celle de Sarkozy, une réforme territoriale dont on est en train de voir le complément réel et logique avec la prise de pouvoir par l’UMP dans une majorité de départements, et dont la suite, aux élections régionales (un seul tour à la proportionnelle en décembre), verra l’offre de telle ou telle grande Région à l’UMP et/ou au FN, et, pour couronner le tout, ces VRP efficaces de l’UMP et du FN que sont MM. Hollande, Valls et Cambadélis font la morale au peuple, se servent du FN comme d’un moyen de chantage pour exiger le rassemblement derrière leur politique, dont le FN est la résultante !

Quelques heures seulement après ce second tour des élections départementales, M. Valls relançait l’antienne d’un CDI spécial pour les petites et moyennes entreprises, c’est-à-dire un CDI qui ne serait plus un CDI. Au motif, cyniquement invoqué, de l’utilisation massive de la précarité et de l’intérim par les patrons, il veut en rapprocher les CDI. C’est ainsi que l’austérité aggravée, c’est-à-dire l’exploitation renforcée des salariés, exigée du gouvernement français par M. Moscovici au nom de la Commission dite européenne, est immédiatement mise en place par l’agent du MEDEF, de l’UMP et du FN qui occupe Matignon.

Et le lendemain, c’est M. Macron qui annonce qu’il y aura une loi Macron n°2, alors que la loi n°1 n’est pas encore adoptée. Au cas où les frondeurs du PS auraient espéré un peu d’air pour les Régionales, pas de souci, Valls et Macron s’en chargent !

Il est bien temps de parler de rassemblement de la gauche ! La seule manière de préparer sérieusement l’avenir, c’est le rassemblement contre la politique de ce gouvernement. C’est seulement ainsi que l’on peut l’empêcher de finir son sâle travail en mettant UMP et/ou FN au pouvoir. Il est nécessaire, mais il est aussi inévitable, que les forces sociales pour cette action finissent par se trouver et se regrouper.

C’est donc à cela que, politiquement, il faut travailler. En appuyant, faisant connaitre et élargissant toutes les luttes sociales, en donnant son contenu politique à la grève du 9 avril prochain, en constituant un foyer politique de débat pour l’émergence d’une représentation politique de ces luttes, sachant que les aspirations sur lesquelles elles s’appuient sont majoritaires.