Le meurtre de Lyhanna : toute la réalité politique mise à jour

Le meurtre horrible de la petite Lyhanna et ses suites sociales et politiques sont une indication authentique sur la situation française et ses potentialités.

Les faits sont accablants : viol et féminicide sur une enfant, commis par un personnage récidiviste (9 plaintes pour viol !), jamais poursuivi, jamais mis en garde à vue, la police ayant même menacé de poursuites pour … « harcèlement » la famille d’une de ses victimes précédentes !

Voilà pour la police. Quant à la Justice, elle ploie complètement sous le manque de moyens.

L’extrême droite, théoriquement majoritaire dans la « France profonde » des bourgs et des villages où cette horreur s’est produite, C-News et compagnie, était aux aguets, prête à bondir et à organiser des meutes contre le « laxisme » des juges (mais pas des policiers) et le danger représenté par les « étrangers » (dont aucun n’est en cause, en l’occurrence).

Massivement, nationalement, il en est allé tout autrement : les organisations féministes ont ici joué un rôle clef dans la lutte politique. La tonalité des centaines de manifestations et de rassemblements a été féministe, s’est affirmée en défense des services publics, a lié la défense féministe et la défense des enfants contre les hommes dangereux, la domination masculine, la violence institutionnelle et l’exigence de moyens pour le service public.

Némésis n’a pas montré son faux nez. Darmanin, par contre, a fait le fier-à-bras contre les magistrats, et la préfecture de police des difficultés sur le lieu des rassemblements, plaçant en garde à vue la féministe Andrea Bescond pour avoir indiqué l’objectif politique en persistant à manifester devant le ministère de la Justice.

Le symbole est vrai, le symbole est total : dans la V° République crépusculaire, pas de gardes à vue pour Jérome Barella après 9 viols attestés, garde à vue immédiate pour les féministes qui veulent manifester au ministère !

La vague de manifestations devant les Palais de Justice a rapidement dégagé un objectif politique que le procès de Mazan avait mis à jour, mais qui est devenu maintenant un sujet de masse : l’exigence d’une « loi intégrale » ( signer la pétition ici ) s’attaquant à l’ensemble des violences sexuelles et sexistes en tant que faits structurels et non en tant qu’actes épars de criminalité individuelle.

Un cadre unitaire s’est dégagé et affirmé, la Coalition féministe et enfantiste, qui, prenant appui sur la réaction populaire immédiate, appelle maintenant à manifester tous les lundis devant les tribunaux, et s’oriente vers « une marche populaire et rassembleuse, à laquelle tout le monde peut participer », le 4 juillet prochain.

Ladite loi intégrale a un texte, déposé depuis des mois, principalement par des députés élus en 2024 au titre du Nouveau Front Populaire. Le mouvement engagé vise donc à contraindre l’Assemblée nationale à s’opposer à l’exécutif, président et gouvernement, en imposant la mise à l’ordre-du-jour et l’adoption de cette loi (comme ce fut déjà le cas avec le positionnement de Violette Spillebout dans la commission parlementaire faisant suite à l’affaire Bétharam, des contradictions se produisent parmi les élues femmes ci-devant macroniennes, la présidente de l’Assemblée nationale Y. Braun-Pivet disant vouloir imposer la mise à l’ordre-du-jour de ce projet de loi).

Ainsi donc, c’est le sujet politique central qu’est devenue la question des violences sexistes et sexuelles qui remet les pendules à l’heure sur la réalité politique française : un régime et un exécutif minoritaires, illégitimes et antidémocratiques et une poussée populaire visant à imposer à l’Assemblée nationale de prendre ses responsabilités et de faire effectivement la loi.

Féminisme et démocratie contre V° République.

Le lendemain du premier lundi de manifestations devant les tribunaux, la grève unitaire (sauf FO mais qui s’y est rallié dans bien des lieux) des AESH posait exactement les mêmes questions politiques.

D’abord, il s’agit d’une grève féministe des femmes précaires et indispensables exigeant d’être reconnues comme exerçant un métier de la fonction publique. Cette exigence vise à imposer le vote d’une loi.

Inversement, le ministère et le rectorat prennent des décrets mettant en place des « PAS » (« Pôles d’Appui à la Scolarité »), nouvelles structures parasites se substituant aux créations de postes et à la reconnaissance nécessaire des AESH, dont le principe a pourtant été repoussé à l’Assemblée nationale le 12 mai dernier !

Comme à propos de la « loi intégrale », l’exigence d’une loi créant un corps de fonctionnaire pour les AESH est une revendication démocratique heurtant frontalement la V° République et le déni de démocratie exercé par Macron.

Les manifestations et rassemblements du mois des fiertés LGBTQIA+ vont, elles aussi, s’inscrire dans ce cadre politique.

La voilà, la première réalité politique française : pas les présidentielles, pas le RN et l’union des droites, mais la société civile qui veut la démocratie.

Contenu politique des grèves.

De même, c’est une vraie grève, pas une « journée d’action » de plus, une grève majoritaire, qui s’est produite à la SNCF le 10 juin, contre la destruction de la SNCF et les atteintes aux personnes (suicides, accidents du travail …) causées par la gestion toxique visant à la casser définitivement en tant que service public.

L’homme qui porte la casse et la toxicité est le soi-disant « brave homme » Jean Castex, ancien premier ministre de Macron. SUD-Rail et la CGT-Cheminots, dont on connaît l’antagonisme, n’ont plus à la bouche que les mots « Unité cheminote » sur l’exigence portée par en bas de l’arrêt pur et simple de toute restructuration et de tout éclatement de la SNCF. Là aussi, exigence politique qui heurte de front l’exécutif et le régime.

Forte signification également de la grève unitaire puissante dans l’enseigne  Décathlon, le 6 juin dernier, sans précédent, pour les salaires, se heurtant au refus de discuter des patrons (la direction dit « pratiquer un dialogue direct avec les représentants du personnel » !!!), et rencontrant le soutien du public. Une lame de fond pour les salaires et contre l’arbitraire prétentieux du patron (la famille Mulliez), qui se dirige vers une nouvelle étape, demain lundi 15, en commémorant à sa façon le 50 ° anniversaire de la marque.

Mardi 16 juin, les sénateurs remettent le couvert contre le 1° mai. Une manifestation unitaire est appelée, mais assez symboliquement, hors les syndicats parisiens du Commerce de la CGT et de SUD, notamment. Il s’agit là aussi d’un affrontement politique avec la volonté de l’exécutif et des sénateurs de casser le droit du travail et le droit en général.

Dans ce contexte, nous soulignons l’intérêt de la rencontre organisée par les collectifs Bloquons tout, issus du mouvement du 10 septembre 2025, le vendredi 26 juin prochain à la Bourse du travail de Paris.

Le grand écart.

Alors, à coté de tout cela, nous avons donc, occupant la plus grande place dans la présentation médiatique des choses, les candidatures aux présidentielles. L’obstacle politique clef réside justement dans le décalage entre la réalité sociale et humaine et l’orchestration de la présidentielle autour des Sauveurs suprêmes. Le paradoxe de la situation politique française, que nous avons souligné, est là :

La situation politique française est menaçante, menaçante de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite, et ceci est un paradoxe.

C’est un paradoxe, car en juillet 2024, c’est bien un sursaut populaire venu d’en bas qui a empêché la formation d’un exécutif Macron/Bardella et imposé une majorité parlementaire relative du Nouveau Front Populaire.

C’est un paradoxe, car à plusieurs reprises depuis, notamment lors de la chute de Barnier en décembre 2024 (grève de l’enseignement public du 5 décembre) et lors de la chute de Bayrou en septembre 2025 (mouvement du 10 septembre), la puissance sociale des exploités s’est manifestée, et celle-ci met les gouvernements successifs en difficulté.

C’est justement pour sortir de ces difficultés que la classe capitaliste, qui aspire à une présidence forte de la V° République, se tourne aujourd’hui vers le RN et l’union des droites.

Sans sous-estimer la force propre du RN et de l’union des droites, le paradoxe de cette situation a pour premiers responsables les forces de gauche se divisant entre le pôle « Hollande-Glucksmann » et LFI, et les directions syndicales nationales qui, depuis octobre 2025, sont unies pour ne pas agir au plan national contre gouvernement et patronat.

Depuis que nous écrivions ces lignes, le 27 mai dernier, le paradoxe, voire le grand écart, n’a fait que s’accentuer. Les faits sociaux montrent une réalité criante, une disponibilité à agir nourrie par l’urgence.

Le succès du grand meeting de J.L. Mélenchon à Saint-Denis (qu’il y ait eu 30 000 participants ou, plus vraisemblablement, la moitié, c’est un succès) n’a pas atténué, mais accentué la contradiction, car sa campagne démarre plus que jamais sur le signal qu’il est le Sauveur suprême dont le triomphe inéluctable adviendra.

Et d’autre part la poursuite de la multiplication des candidatures dans la « gauche non insoumise », poussière qui prépare Hollande, voire un alignement derrière un candidat de droite, s’aggrave, elle aussi, cependant que le « plan » d’Olivier Faure – vote dans le PS sur une primaire du PS et de Glucksmann puis, peut-être, primaire plus large …- apparaît tellement compliqué que le commun renonce à s’y intéresser.

Le monde du travail, la jeunesse, les femmes, ne peuvent pas aller à l’aveugle vers une présidentielle dangereuse, qui, dans le meilleur des cas, rétablirait une V° République forte dotée d’un président « légitime » et, dans le pire, verrait l’arrivée au pouvoir des phalangistes de Trump et de Poutine.

Il est inévitable que la lutte des classes, et, on le voit, la lutte féministe, s’accentuent pour trancher le nœud gordien AVANT la présidentielle.

Toute discussion sur des « primaires » faisant abstraction de cette réalité, qui s’appelle la lutte des classes, en les envisageant comme accord d’organisations et de candidats, ne peut que s’enliser dans l’impuissance (comme c’est actuellement le cas).

Le 5 juillet prochain, Aplutsoc invite à discuter sérieusement de quoi faire pour trancher le nœud, en préparant une rentrée de combat seule à même d’imposer l’unité pour gagner.