La guerre d’agression impérialiste de Poutine contre l’Ukraine et la menace nucléaire globale ont naturellement des conséquences. Les présidentielles françaises sont plus antidémocratiques que jamais. Macron bénéficie, grâce à Poutine en somme, d’un transfert de voix des électorats de Pécresse, Zemmour et Le Pen, voire au delà, et sa réélection déjà en bonne voie semble acquise. Il est en outre en passe de réussir une chose qu’il avait ratée et qui a marqué le quinquennat, à savoir la constitution d’un véritable « parti du président » doté d’une certaine consistance, issu très largement de l’appareil d’État et du parti historique de la V° République qu’est LR. Cette situation au sommet et dans la disposition des appareils politiques est plus défavorable au prolétariat, du fait du début de guerre, bien qu’elle ne mette pas fin aux grèves pour les salaires et aux affrontements sociaux en gestation rapprochée, d’autant que les conséquences de la guerre et de la cassure du marché mondial sur les prix des carburants et bientôt des céréales sont et seront dramatiques, suscitant réactions populaires et revendications sur les salaires et les prix.

Juste avant le commencement de la guerre, les animateurs de la campagne issue de l’appel pour le boycott de la présidentielle avaient mis au point une tribune adressée à la presse, que nous mettons en lien ici. Cet appel et la nécessité d’une intervention pour le boycott, formulant consciemment ce que des millions ressentent, demeurent totalement justifiés.

L’ensemble des forces politiques, y compris les candidats « poutiniens » Le Pen et Zemmour, participent à une sorte d’union nationale, dont nous ne sommes pas. C’est une union nationale pour soutenir « la France » et donc son président en exercice, dans ses gesticulations diplomatiques, mais nullement pour quelque aide à la nation ukrainienne et au opposants antiguerre russes et bélarusses.

Dans ce cadre, le candidat J.L. Mélenchon et l’appareil de LFI, avec le POI en son sein, flanqués du PCF et de LO, sont en première ligne pour tenter d’imposer à la puissante vague de manifestations contre la guerre de Poutine et pour le retrait des troupes russes d’Ukraine le plus de restrictions possibles visant à s’opposer à l’aide aux ukrainiens et particulièrement à leur armement : pour ces prétendus partisans de « la paix », les bons ukrainiens sont les ukrainiens morts. Présentée fallacieusement comme s’opposant à l’OTAN alors que la non-intervention est l’axe central de la politique de l’OTAN, cette orientation n’est en rien contradictoire à l’union nationale de fait derrière et avec Macron, bien au contraire. Cependant, la volonté de soutien à la lutte de défense et de libération nationale des ukrainiens et au combat antiguerre des russes et bélarusses tend à s’imposer dés que les rassemblements et manifestations sont massifs.

Une discussion est actuellement en cours parmi les initiateurs de l’appel au boycott de la présidentielle, pour lier le combat antiguerre et anti-Poutine au combat contre le caractère plus antidémocratique que jamais de ce scrutin. Nous en rendrons compte. Bien des électeurs de Mélenchon, Roussel, Jadot, Hildalgo, Poutou, Arthaud, partagent ce sentiment qui motivera la majorité des abstentionnistes, d’un scrutin non démocratique. Plus que jamais, l’opposition aux institutions de la V° République, à ce scrutin, et la perspective d’un affrontement social imposant un processus constituant, sont l’issue politique réaliste pour les travailleurs.

Dans un premier temps la guerre pèse contre cette expression indépendante du mouvement social, mais ceci peut changer rapidement selon les développements de la situation. Un massacre des ukrainiens, un basculement dans le péril nucléaire, auraient des effets réactionnaires. Toute victoire de la résistance ukrainienne, tout pas vers la chute de Poutine, est une aide directe à la reprise de la marche à l’affrontement social en France.

La révolution menace la guerre, car la révolution n’est pas une abstraction, la révolution, c’est la Défense territoriale ukrainienne et ses femmes combattantes ou ses groupes de combat anarchistes ou bélarusses, ce sont la résistance antiguerre, le Réseau féministe antiguerre et les éléments explosifs accumulés en Russie, c’est l’incapacité à ce jour du régime biélorusse à faire marcher ses troupes, ce sont les grèves au Kazakhstan et les manifestations pro-ukrainienne d’Almaty, et ce sont les manifestations dans le monde entier. La contre-révolution, c’est la guerre de Poutine, c’est l’organisation par l’OTAN de l’isolement de la résistance ukrainienne, et ce sont les menées des prétendus anti-impérialistes contre l’aide à la résistance ukrainienne et son armement. L’arène de cette lutte est le monde.

S’il est vrai que toute avancée de la contre-révolution et de la guerre, sans modifier notre orientation sur les présidentielles, tend à en faire une manière de prendre date pour préparer l’avenir, il est tout aussi vrai que toute avancée de la révolution fera du boycott un élément de plus en plus actif portant un coup au régime de la V° République et préparant l’avenir immédiat. Contre Poutine, contre Macron, contre la V° République !

Le 09-03-2022.