Une perspective contre Macron.

Un nom résume et symbolise la politique de l’exécutif Macron à la fin de cet été torride, asséché et inquiétant : Steve Maia Caniço. Des semaines de mépris et de dénis gouvernemental et préfectoral, pendant que Castaner décorait éborgneurs et matraqueurs, ont précédé l’ouverture de recherches effectives, qui n’ont pas manqué de mettre à jour son cadavre …

Des morts dans les manifestations, des morts dans les «bavures de banlieue», des morts dans les «ZAD», il y en avait déjà, mais il n’est pas anodin du tout que ce mort-là se soit produit lors de la prise d’assaut d’une simple fête. La dérive de l’exécutif, car c’est bien de lui qu’il s’agit, s’illustre là dans toute sa portée : le droit à la sûreté des citoyens, leur sécurité, sont mis en danger par l’État.

Au nom de Steve Maia Caniço, s’en ajoutent d’autres cet été : Vincenzo Vecchi, ancien anarchiste italien poursuivi en Italie pour des «violences» lors du G8 de Gènes en 2001, un évènement inaugural, justement, des violences du XXI° siècle où une police politisée avait franchi le seuil de la torture collective dans une ville européenne. Ou encore l’arrestation préventive d’un journaliste allemand et son expulsion, pour assurer la «sécurité du G7». Macron ressemble de plus en plus à Orban et compagnie.

Tel est le premier volet qui permet de résumer le «bilan estival» de Macron. Le second volet réside dans son intense activité diplomatique à la veille et pendant le «G7» de Biarritz pour tenter de donner à «la France» une position particulière dans le monde, en tant qu’intermédiaire et entremetteuse. Nous reviendrons dans quelques jours sur la situation mondiale. Il y a lieu ici d’épingler la direction du PCF. Non contente de s’être rendue en Chine, rencontrer les chefs du Parti Capitaliste Chinois (PCC) au moment précis où ceux-ci font résonner les bottes près de Hong-Kong, elle vient de se fendre d’un communiqué déplorant que le «G7» réunisse «les fauteurs de guerre et d’austérité», «sans la Chine, sans l’Inde, sans la Russie». Xi Jinping, Narendra Modi et Vladimir Poutine ne seraient pas, avec leur copain Trump qu’ils inspirent, des «fauteurs de guerre et d’austérité» ?

Et au fait, ce «sommet» se fait-il vraiment sans eux ? L’ombre de Poutine le domine : Macron l’a invité juste avant, à Brégançon, ce qui vaut complicité symbolique totale. Que Poutine ait débité des sottises sur les gilets jaunes, dont il ne veut pas en Russie, ne vaut que pour entretenir la fascination. Macron le reçoit en fait précisément au moment où la crise politique et sociale s’aggrave en Russie, et où la chute de Khan Cheikoun rappelle le rôle de massacreur impérialiste en chef de la Russie contre la révolution syrienne, avec l’accord de Macron. Leur relation «s’inscrit dans le temps long», a-t-il proféré d’un air inspiré : sauf que le temps court est celui des alternances démocratiques et des affrontements sociaux …

En outre, Macron a également reçu N. Modi, pas à Brégançon mais à Chantilly, au château. Au moment où le chef identitaire hindou séquestre les millions d’habitants du Jammu-et-Cachemire et commence à retirer leur nationalité indienne à des centaines de milliers de citoyens musulmans de l’Assam, l’entretien a porté, selon le communiqué officiel, sur «la Défense, l’énergie nucléaire, la coopération maritime et le contre-terrorisme». Constructif ! …

Le second volet du bilan estival macronien consiste donc dans ces entrechats diplomatiques, qui, ceci dit, ne feront pas de la France autre chose que la puissance impérialiste de second rang, mais en talonnettes, qu’elle est déjà.

Troisième volet : les discours officieux aux ministres, mais destinés à être diffusés, selon lesquels rien n’est réglé et la situation sociale reste explosive, et l’annonce d’une «concertation» sur les retraites, ainsi présentée sur le site gouvernemental dévolu à la «réforme des retraites» : «Le projet de réforme des retraites vise à créer un système de retraite universel sur la base d’un dispositif de participation citoyenneC’est dire que tout est décidé et que le gouvernement lui-même présente comme bidon ladite «participation citoyenne» !

Mais qu’est-ce qui lui permet d’espérer frapper ? La CGT avec le soutien de Solidaires appelle à une «journée d’action» le mardi 24 septembre sans pour autant refuser la poursuite d’une «concertation» dont elle dit craindre qu’elle soit «difficile». FO appelle à un rassemblement le samedi 21 septembre tout en participant toujours à la «concertation», pour «préparer le rapport de force interprofessionnel». Dans la fonction publique, la FSU annonce «engager le débat»… avec les agents, pour leur expliquer à quel point ils sont menacés : mais ils le savent déjà et la démonstration du lien entre la destruction du statut des fonctionnaires et la retraite par points est évidente. La CFDT souligne que «la concertation» continue. L’UNSA salue les «préconisations» du rapporteur Delevoye comme «une première étape d’une réforme systémique des retraites» (sic : déclaration de son secrétaire générale Laurent Escure) – on comprend pourquoi, voici quelques années la direction de l’UNSA a tenté de détruire la FGR-FP (Fédération Générale des Retraités de la Fonction Publique), dont l’existence est organiquement reliée à celle du code des pensions des fonctionnaires …

Clairement, Macron est inquiet sur la réussite de la plus importante de ses «réformes», qui vise à liquider le droit à la retraite en le remplaçant par un système non pas «universel», mais individuel, de «points» dont la valeur dépendra des décisions du pouvoir, et il compte pour avancer sur la fiction d’une «concertation» à laquelle les directions syndicales, même en râlant pour donner le change, participent à cette heure, tout en agissant de manière convenue et dispersée pour celles qui, officiellement, sont contre les projets gouvernementaux.

Macron a pourtant raison d’être inquiet. L’orientation des directions syndicales et l’absence de perspective politique au niveau des partis politiques issus du mouvement ouvrier n’empêchent pas qu’une perspective politique rampante existe dans le pays : celle du renversement de l’exécutif par ce que les gilets jaunes ont dessiné en novembre-décembre dernier – la centralisation de l’affrontement -, mais reposant sur la force de la grève et de l’organisation des exploitées et exploités, ouvrant la voie à un processus constituant en cassant l’appareil exécutif, policier, préfectoral, qui aujourd’hui menace les libertés civiles. De ce point de vue, l’examen et la discussion de ce qui se passe en Algérie revêt une importance particulière vis à vis de l’actualité française.

Comment nourrir cette perspective ? Comment avancer vers sa réalisation ?

Aplutsoc organisera une première rencontre-discussion à ce sujet le dimanche 29 septembre (lieu à confirmer sous peu).

23-08-2019.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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Un commentaire pour Une perspective contre Macron.

  1. Ping : Additif du 25 août 2019 : Macron contre Bolsonaro, vraiment ? | Arguments pour la lutte sociale

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