Additif du 25 août 2019 : Macron contre Bolsonaro, vraiment ?

Notre édito de rentrée,« Une perspective contre Macron », a été écrit juste avant l’ouverture du «G7» de Biarritz. Depuis, circule la « bonne nouvelle » : voici venir l’Emmanuel Macron qui défie le méchant Bolsonaro en remettant en cause l’accord commercial UE/Mercosur pour défendre la forêt amazonienne qui, pour l’heure, est largement en flammes.

Du point de vue international, s’agit-il d’une prise de conscience réelle, à savoir un passage à l’action, de la part de certains de nos « grands de ce monde », donc en l’occurrence Macron, de l’urgence environnementale ?

Oui et non. Oui, en ce sens que la question du climat et de la protection des espèces vivantes devient de plus en plus un enjeu des affrontements sociaux directs et immédiats. C’est le cas au Brésil, et comme l’Amazonie a une importance planétaire, ce qui se passe au Brésil concerne les peuples du monde entier. Il est donc logique que la pression croissante des luttes sociales et environnementales produise des réactions diverses de la part des « grands de ce monde ». Un « coup » politique, et un coup de politique intérieure en fait, consistant à se présenter à bon compte comme le champion de la survie d’un monde vivable, est donc de bonne guerre de la part de Macron dont l’une des composantes de son affaiblissement réside dans le reniement consciencieux et systématique, à ce jour, de ses quelques promesses en la matière.

Mais le contenu réel de ce qui vient de se passer ne consiste pas dans la prise de mesures d’urgence immédiates, ne serait-ce que pour éteindre les incendies – ce qui nécessiterait une opération mondiale, techniquement parfaitement possible, comme l’auraient d’ailleurs nécessité les incendies de Sibérie dont on a moins parlé et dont l’ampleur est supérieure.

Ensuite, il s’agirait d’en empêcher le déclenchement. Même si la saison sèche dans la périphérie sud-amazonienne contribue à faciliter les départs de feu, les incendies de forêts équatoriales sont, massivement, artificiels : il s’agit d’incendies volontaires provoqué par les « déforestateurs », firmes capitalistes voulant planter du soja ou orpailleurs « à la sauvage » voulant déloger les peuples amérindiens, les uns et les autres encouragés par Bolsonaro et aussi par la promesse européenne et française de signer ce fameux traité de commerce. Ces incendies sont déclenchés en arrosant le sol d’essence et ils échappent souvent au contrôle des incendiaires, qui se contentent d’allumer des contre-feux pour les orienter dans la direction voulue. Stopper ce massacre implique donc une intervention populaire armée contre les incendiaires, unissant indiens et travailleurs du Brésil contre leurs exploiteurs, leurs massacreurs et contre Bolsonaro.

Macron – à la suite de la prise de position du premier ministre irlandais – n’a pas, contrairement à ce qui se raconte, dénoncé ou annulé le traité. Il s’appuie au contraire sur son contenu, qui contient un passage sur la « lutte contre la déforestation » qu’en toute hypocrisie Bolsonaro a signé. Au mois de juin le MEDEF français et le gouvernement brésilien commençaient à organiser des rencontres concernant aussi l’Amazonie, et la France, en Guyane, n’est pour l’instant pas en reste dans le feu vert, si l’on peut dire, à l’orpaillage et à la déforestation. Macron a simplement menacé de suspendre la ratification sans que rien ne garantisse qu’il ira jusque là. Il s’agit d’un coup diplomatique dans lequel il cherche à entraîner l’UE – réticente hormis Irlande et Pologne – et dont l’enjeu touche aux alignements européens ou nord-américains de Bolsonaro. On est loin de l’indispensable protection de la biodiversité.

Si un effet collatéral des tensions diplomatiques mondiales et des manœuvres de dirigeants étatiques comprenant qu’ils doivent se poser en protecteur du bon peuple, est de ralentir la destruction des forêts, on ne va pas s’en plaindre, mais pour l’heure ce n’est même pas sûr. Ce ne sont pas des rodomontades sur le contenu d’un traité de commerce qui peuvent stopper la catastrophe, d’autant moins que telle n’est absolument pas leur fonction.

Le «G7» (ou 8, ou 20 …) n’a jamais été rien d’autre qu’une caverne de brigands postulant à la « gouvernance » mondiale et le programme des uns et des autres, Trump comme Macron et climato-sceptiques comme apôtres de la « transition », n’est pas de stopper le processus capitaliste de combustion planétaire, mais de faire en sorte que l’humanité s’y adapte en continuant à produire de la plus-value. Pour eux tous, le « développement », c’est-à-dire l’accumulation, doit être « durable », et la « transition », c’est-à-dire l’adaptation de gré ou de force de l’humanité à des conditions invivables, doit être acceptée par les populations. Contre eux les besoins sociaux et naturels doivent pour s’imposer prendre le pouvoir.

25-08-2019.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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