« Taïwan, c’est la Chine. »
Non, en raison des faits historiques ci-dessous mis bout à bout :
1) la première strate de peuplement est austronésienne et reste présente dans les montagnes de l’intérieur, c’est de Taïwan que sont parties les vagues de peuplement vers les Philippines, la Malaisie, l’Indonésie, etc.
2) sous le nom de Formose, Taïwan est un enjeu au XVII° siècle entre l’empire mandchou (Chine), le Japon, et les Portugais puis les Anglais.
3) un important peuplement d’origine chinoise s’installe spontanément dans l’île, mais il s’agit de populations sinisées venues de Chine du Sud, de langue Min et pas Han (1). Ils forment la majorité des Taïwanais actuels.
4) Taïwan a été colonisée par les Japonais (1895-1945) et un mouvement national, solidaire des Chinois (Guomindang et PCC) s’y est alors développé.
5) en 1949, se produit en réalité une colonisation chinoise, par le Guomindang de langue chinoise standard Han, qui fuit les armées rouges de Mao et se base à Taïwan, où son installation fait 200 000 morts dans la population insulaire. Néanmoins, le Han ne sera jamais parlé majoritairement.
6) les luttes sociales ont depuis les années 1970 imposé des droits démocratiques et syndicaux qui n’existent pas en RPC et qui seraient anéantis, comme à Hong-Kong et sans doute plus rapidement, en cas d’incorporation à la RPC.
7) la question de l’identité nationale fait débat, démocratiquement, à Taïwan : les deux principales positions sont l’indépendance d’une nation taïwanaise distincte de la Chine continentale, ou une indépendance-association ou confédération impliquant une démocratisation de la Chine continentale. Aucune de ces deux positions n’est bien entendu celle de Xi Jinping et du PCC, rappelée hier soir par JL Mélenchon qui la soutient (« Taïwan c’est la Chine »).
8) je dirai même qu’une identité taïwanaise démocratique et associée à la Chine est la plus explosive et dangereuse pour le pouvoir de l’oligarchie capitaliste du PCC, car elle implique la démocratisation de la Chine et donc le droit à l’autodétermination des Tibétains, Ouighours, Mongols, et la reconnaissance de la pluralité chinoise elle-même (« la » langue chinoise unique recouvre, sous une écriture standard identique, 9 langues aussi différentes entre elles que le français et l’espagnol).
9) la force principale, à Taïwan, alliée au PCC et à son oligarchie, avec des liens économiques, familiaux et mafieux, c’est le Guomindang : ironie de l’histoire, ceux qui se croient « révolutionnaires » et « anti-impérialistes » en soutenant l’annexion de Taïwan, sont avec les héritiers de Jiang Jieshi alias Tchang Kai-Tchek !
Hé oui, ancien camarade Jean-Luc, comme disait Marx citant Spinoza :
« L’ignorance n’a jamais servi de rien à personne. »
(1) Je sais qu’en principe, le Min et les autres langues sinitiques font partie du « Han ». Mais le recouvrement de l’ensemble des langues sinitiques dans la catégorie « Han » est justement l’effet d’une opération politico-idéologique, qui certes pèse sur la réalité. « Mandarin » est un terme occidental, dont l’équivalent chinois ne va pas de soi – à la rigueur ce serait le ganhua, forme la plus répandue du « Han ». L’usage consistant à amalgamer au Han les langues – car linguistiquement ce sont bien des langues – du Sud de la Chine, Wu, Min, Hakka, Yue, n’est pas neutre : il assimile à la nation chinoise Han les populations qu’elle a en fait sinisées, dont le substrat peut différer fortement, et encore récemment, des langues sinitiques.
De la même façon l’uniformité de l’écriture et la centralisation étatique font qu’il est dangereux de désigner ces langues comme ce qu’elles sont techniquement, des langues, mais qu’elles sont censées être des « dialectes » de la seule langue nationale.. A Taïwan, on a en fait 70% des gens parlant à la maison le Hokkien, qui relève du Min et se retrouve en face, au Fujian, à peu près 15% parlent le Hakka, provenant de l’arrière-pays cantonais, et seulement 12% le « mandarin » ou « Han » au sens étroit, et c’est l’occupation par le Guomindang en 1949 qui en a fait la langue quasi officielle. Mais justement, l’aperception d’eux-mêmes des Taïwanais remet en cause cette assimilation, et peut être contagieuse envers les populations chinoises, notamment du Sud.
On nous signale l’article suivant sur Taïwan et la question des nationalités opprimées dans le cadre de la RPC :
Taiwan and the National Question in China
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Pourquoi la Chine n’est pas un pays impérialiste et pourquoi Taïwan fait partie de la Chine !
« Certes il y a bien en Chine un processus de développement du secteur privé de l’économie mais pour l’essentiel ce sont des petites et moyennes entreprises. En 2021-2022, 81% du chiffre d’afffaires des entreprises chinoises classées par la revue « Fortune »relève de l’économie contrôlée par l’Etat et non par la propriété privée des moyens de production, la propriété d’Etat reste largement dominante, tout particulièrement dans le secteur des grandes entreprises et de l’industrie.
La bureaucratie chinoise bénéficie de cette large propriété d’Etat, de la planification impérative, du monopole du commerce extérieur, du yuan toujours inconvertible…de l’usage qu’elle fait donc de ces moyens de production, des immenses privilèges qu’ils lui raportent mais qu’ils ne lui appartiennent pas en privé….les bureaucrates ne peuvent les transmettre à leurs enfants, par contre ils peuvent déposséder les chefs d’entreprise qui ne respectent pas leurs décisions et même les transformer en repris de justice (100000 cellules du PCC sont affectés au contrôle étroit des capitalistes étrangers présents sur le sol chinois) !
En ce qui concerne la plus-value, la bureaucratie, si elle estime que c’est son intérêt, peut, pendant un temps plus ou moins long, produire sans recherche de profit, par exemple des millions de voitures électriques, à un prix défiant toute concurrence, sans l’obligation de s’aligner sur le taux de profit moyen (qui règle les processus de production capitaliste à l’échelle mondiale) et qui la rende imbattable sur le plan de la compétitivité !
Et cela touche TOUS les secteurs de l’économie…..INSUPPORTABLE pour l’impérialisme américain et son homme d’affaires par excellence qu’est Trump, comme pour ses concurrents et complices, japonais comme européens ( Allemagne, GB, France, Italie) !
C’est un choix qu’aucun gouvernement impérialiste ne peut faire car il a des comptes à rendre à sa propre bourgeoisie et tout capitaliste veut du profit tout de suite, sinon il va investir ailleurs, y compris en Chine…..
En 1949, une véritable révolution sociale a bien eu lieu, avec une classe ouvrière ultra minoritaire comme en Russie en 1917 et une masse paysanne archi majoritaire, révolution concrétisée à la fois par les violences et les occupations paysannes contre les propriétaires fonciers et les révoltes ouvrières avec dans plusieurs villes la naissance d’organes autonomes de pouvoir….mais révolution chevauchée par la bureaucratie du PCC, expulsant donc les travailleurs du pouvoir mais contrainte d’aller plus loin que ne le voulait Mao en expropriant capitalistes et propriétaires fonciers (hypothèse envisagée telle quelle dans le programme de transition rédigé par Trotsky).
Ce qui explique à la fois les références à Marx, Lénine, l’Internationale, le Drapeau rouge, à la dénominationdu parti dit « communiste », bureaucratie devant faire face à un prolétariat de 500 millions ( contre 10 millions en 1949 !) agrippés à ses acquis sociaux, avec une multitude de grèves et manifestations
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Ha qu’il est beau, cet État ouvrier !
Ce faisant, notre contradicteur oublie d’argumenter pourquoi Taïwan devrait faire partie de la Chine. Tant pour lui, cela semble évident : une si belle réalisation ! Comment refuser la mariée !
Et dans son descriptif des grandeurs et merveilles réalisées, il nous fait un panégyrique des actions de la bureaucratie d’État qui, grâce à son appareil d’État totalitaire, met au pas et au travail des centaines de millions de travailleurs des villes et des campagnes. Notre auteur reconnaît que cette bureaucratie extorque de la plus-value à ces travailleurs… mais c’est pour faire la nique aux trusts rivaux impérialistes avec une concurrence libre (normal, elle détient un appareil policier totalitaire lui garantissant son affranchissement des contraintes, du moins jusqu’à un certain point) et faussée … par le niveau d’exploitation des travailleurs chinois !
Revenons au début du film : en 1949, à l’issue d’une guerre révolutionnaire prolongée de près de vingt ans, une formation politique stalinienne réalise une prise du pouvoir qui est, à la fois, révolutionnaire contre la bourgeoisie autochtone et contre les impérialistes étrangers qui depuis le 19eme siècle avaient mis la nation chinoise à genoux, et à la fois contre-révolutionnaire, car cette formation politique, le PCC, établit une dictature totale sur les masses ouvrières et paysannes.
À partir de son monopole politique total, la bureaucratie du PCC construit le capitalisme que la main-mise impérialiste étrangère avait étouffé et entravé. Notre interlocuteur donne beaucoup d’importance au décorum « marxiste », « communiste » que le PCC s’acharne à maintenir. C’est pourtant simple : face au mouvement profond des masses ayant commencé avec le mouvement du 10 mai 1919, prolongé par les mobilisations ouvrières et paysannes des années 20, dont la fondation du PCC fut un marqueur central, la bureaucratie maoïste, succursale locale et farouchement indépendante de la maison mère à Moscou, établit son pouvoir et son hégémonie à la pointe du fusil, contre toutes forces rivales au sein des mouvements ouvrier ou anti-impérialiste (les trotskystes chinois en savent quelque chose dans leur chair !) . Le décorum « marxiste » qui fait tourner la tête à JD n’est que la marque de cette hégémonie du PCC sur le mouvement révolutionnaire. Il n’est nullement une contrainte pour le PCC : disposant du monopole de la pensée officielle et scientifique, celui-ci peut faire dire ce qu’il veut au « marxisme », une fois que l’encre de la réédition des œuvres des pères fondateurs (Marx, Engels, Lénine) a fini de sécher. On peut même décorer le goulag chinois de drapeaux et de banderoles rouges, cela ne change rien au fond. Ce « marxisme » est l’expression du monopole politique que la direction du PCC entend exercer sur la société, contre les masses travailleuses au premier chef, contre toute forme de pensée indépendante.
Et ceci nous amène à la question suivante : l’étatisation vaut-elle synonyme de socialisation ? Réponse : non ! JD s’acharne à nous présenter les formes du capitalisme en Chine comme limitées aux seules PME et au secteur lié à l’IDE (Investissement Direct à l’Etranger) réalisé par les firmes capitalistes étrangères, parmi lesquelles on compte Musk et Apple. Mais du capitalisme avec le secteur « public » chinois ? Que nenni !
JD devrait se mettre à l’école du Kuomintang : dans les années 2000, ce mouvement fondé et incarnant la tradition politique de Tchang Kai Chek, le bourreau du mouvement révolutionnaire à Shangaï en 1927, a abouti à la conclusion que finalement le PCC avait bel et bien réalisé le programme de construction nationale du KMT ! Et que, désormais, celui-ci se tenait aux côtés du PCC pour partir à la reconquête de Taïwan !
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Le commentaire de Jame Dan n’a été publié qu’au titre (au choix, rayer les mentions inutiles ) :
Une enquête sera diligentée au sein du comité de rédaction pour débusquer le coupable de cet accès de libéralisme menchevik offrant tribune à un campisme qui sert la contre-révolution.
Néanmoins, un minimum d’argumentations et de réfutations seront rédigées… quand on en aura le temps.
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