Ce samedi 17 novembre, des centaines de milliers de personnes (284 000 selon le ministère de l’Intérieur, seul porte-parole du pouvoir exécutif en cette journée), dans leur écrasante majorité des prolétaires souvent peu organisés, des (tout) petits entrepreneurs, commerçants, artisans, paysans, « auto-entrepreneurs », des chômeurs, des retraités, se sont rendues sur 2000 à 3000 barrages routiers plus ou moins filtrants.

Nous avons eu en France une mobilisation massive, à 99% spontanée, de secteurs de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie tentant d’ouvrir une brèche dans une situation où leurs conditions matérielles se dégradent sans issue visible, une brèche politique avec un mot d’ordre commun qui n’est ni plus ni moins que Macron démission.

Une partie de ces couches sociales mobilisées, cela souvent pour la première fois, souhaite poursuivre demain et, surtout, la semaine prochaine, et se confrontent ou se confronteront donc à la nécessité de la grève. Ce qu’ils disent : que ceux d’en bas ne veulent plus.

Ce constat politique ne modifie strictement rien au fait que le cadre initial de ce mouvement était confusionniste et infiltré en haut, en bas et de tous côtés par l’extrême-droite dans toutes ses formes, RN, « souverainistes », complotistes, etc. Il était parfaitement possible de se porter à la rencontre des manifestants et « bloqueurs » sans se situer dans ce cadre politique, sans aucun appel commun confusionniste, tout au contraire en combattant pour la décantation entre l’immense majorité et les composantes réactionnaires et patronales. A notre modeste échelle, nous l’avons fait, et nous savons que d’autres équipes militantes ici et là l’ont fait elles aussi.

Le moyen de la décantation : la nécessité de la grève générale pour défaire et chasser le pouvoir exécutif.

Car c’est bien une immense colère, sans précédents comparables possibles dans l’histoire de la V° République, envers l’exécutif, envers Macron, qui habite aussi bien les « gilets jaunes » que l’immense majorité de la population. Des mois et des mois de mépris affiché et de coups portés à tous les droits sociaux, à la jeunesse, aux services publics : de tout cela tout est retenu, rien n’est pardonné, tout doit être abrogé.

Par conséquent, prendre la mesure exacte de la situation présente, et des responsabilités qu’elle implique, c’est dire la chose suivante : si les confédérations ouvrières, si la CGT et la CGT-FO, appelaient le salariat à la grève unie, pour battre Macron, pour le retrait de toutes les mesures antisociales, cet appel apporterait le débouché et permettrait la victoire, maintenant – dans le moment présent.

Ceci n’aurait rien à voir avec un quelconque « ralliement » aux « gilets jaunes », mais leur donnerait une issue, assurerait l’éloignement de l’immense majorité d’entre eux d’avec les manipulateurs d’extrême-droite et les officines patronales, et ouvrirait la voie à l’action commune du salariat. Martinez ne veut pas défiler avec le RN : bien entendu ! Mais ce dont il s’agit maintenant, c’est de montrer que ce ne sont pas le RN, ni LR, qui battront Macron. Il faut le battre, le défaire et le chasser.

Réunissons-nous, aidons les groupes qui veulent agir à débattre, à s’assembler, à s’organiser démocratiquement. La principale question politique est celle-là : celle de la grève unie, du vrai tous ensemble.

La rédaction, 18-11-2018.