Sous nos yeux, à des milliers de kilomètres, pour la première fois de l’histoire récente, un régime fasciste arrive au pouvoir. 

Oui, sous nos yeux, car les moyens de communication actuels permettent de voir en direct ce qui se déroule au Brésil, certes de manière confortable, derrière un écran ou à travers une discussion par messagerie, mais de voir cependant. 

L’armement des masses, ou d’une avant-garde, a toujours fait bander quelques gauchistes en manque de sensations, bien installés dans leur confort petit-bourgeois. Mais le temps de fantasmer est terminé.

Aujourd’hui, il y a des hommes et des femmes armés, en milices, dans les rues brésiliennes. Aujourd’hui, les agressions physiques se multiplient contre les militants ouvriers et paysans, et on ne saurait oublier la mort prémonitoire de Marielle Franco. Aujourd’hui, Bolsonaro appelle clairement à la violence contre les « rouges ». Aujourd’hui, ce n’est plus un danger, c’est un fait qui va s’amplifier.

Bolsonaro peut s’appuyer sur les pouvoirs économiques, mais aussi sur la légalité bourgeoise, l’État et ses organes, police, justice, armée. Cette dernière est déjà dans la transition vers le fascisme. Une masse de brésiliens et de brésiliennes déclassés sont à ses côtés, et les militaires, la base de l’armée, lui sont acquis.

Largement en avance dans les sondages, en tout cas largement en tête au 1er tour, fort de ses soutiens y compris dans le milieu people (footballeurs par exemple), le fait est que quelque soit le résultat du second tour, pour lequel nous devons souhaiter qu’il porte Haddad en tête, le mal est déjà là. Et il ne disparaîtra pas par un vote. Car, dans tous les cas, les partisans de Bolsonaro, l’armée, sont certainement déjà prêts à imposer son pouvoir. Quel rapport de force y aurait-il s’il n’était pas élu ? Y aurait-il des résistances dans l’État ? Ce sont là les questions ouvertes. S’il est élu, l’affaire est réglée…

Au même moment, il semblerait qu’il existe dans le mouvement ouvrier et paysan, surtout dans ses directions, un certain état de sidération, et peut-être une incompréhension. Un refus des directions d’envisager les moyens de résistance ? Une faiblesse organisationnelle ? Poser ces questions et établir des faits n’est pas faire la leçon au peuple brésilien, mais analyser la situation. Il faut bien comprendre que c’est l’action de notre camp social au Brésil qui seul désormais conditionne l’avenir du pays. Et dans ce cadre, dans l’état de développement du camp ennemi, la résistance armée apparaît bien comme la seule solution (sauf à prier Dieu ou espérer des interventions étatiques extérieures ? De quel régime progressiste ? Je ne vois pas).

Et là arrive notre responsabilité. L’état du combat internationaliste au niveau mondial est de notre responsabilité. La crise du mouvement ouvrier en France et ailleurs, et l’impensé de l’internationalisme en 2018, ont ici leur conséquence. Pendant que certains s’inquiètent de la crise de notre souveraineté nationale ou veulent en finir avec le mouvement ouvrier, sommes-nous capables d’organiser la solidarité avec le peuple brésilien ? Le dernier rassemblement parisien du samedi 20 octobre a rassemblé quelques centaines de personnes, quelques intervenants – seulement – ont appelé à soutenir le vote Haddad (c’est pourtant un minimum !), et aucune feuille de route n’a été proposée. Il s’agissait, parait-il, d’un rassemblement se voulant « festif »…

La question est donc : sommes-nous capables, dans l’unité, en France et au niveau international, d’organiser la solidarité avec le Brésil ? Une solidarité qui ne reste pas dans l’entre-soi militant mais mobilise les masses et, en même temps que nous menons la bataille contre Macron en France, pas à la place, en même temps. Une solidarité qui dit clairement la situation : nous sommes avec  le Brésil ouvrier et paysan, pour l’écrasement des bandes de Bolsonaro et la défense de la démocratie et du mouvement ouvrier PAR TOUS LES MOYENS NÉCESSAIRES !

AM, le 26-10-2018