Billet du lundi 16 avril 2018 : Macron

La marque principale du moment présent en France est la confrontation entre le pouvoir exécutif, et donc l’individu qui l’incarne, et la majorité du pays, confrontation qui concentre celle de la classe capitaliste et du monde du travail. Le spectacle est remarquable : suffisance, morgue et violence au sommet, mais aussi et du même coup isolement croissant, et recherche de l’union, des moyens de la démocratie, en bas, là où le petit prince déclare ne voir aucune « coagulation » (sic).

La contradiction principale de Macron est qu’il dispose des pleins pouvoirs d’un président de la V° République à un niveau supérieur à celui de tous ses prédécesseurs depuis De Gaulle, du fait de l’effondrement des appareils politiques qui géraient ce régime avant son avènement, mais qu’en même temps et pour la même raison, il n’a qu’une très faible assise sur le terrain, dans le monde réel.

Il entend mener à bien les « réformes » de tous ses mêmes prédécesseurs en en terminant avec le droit du travail, la Fonction publique et les services publics, la Sécurité sociale, ce qui n’est faisable que de manière rapide, et conduit forcément à une transformation du régime le parachevant : une semi-dictature, qu’il considère sans doute comme appelée à durer.

Cette posture de lanceur d’une contre-révolution par en haut comporte forcément le risque de l’explosion en vol. La tension sous-jacente à ses prestations de bon élève bien huilées a clairement montré, depuis une semaine, que la question est à présent ouverte.

La pratique du pouvoir exécutif (seul véritable pouvoir : le législatif est à sa botte et le judiciaire est menacé encore qu’il peut encore, lui, envoyer secousses et signaux tels que la mise en examen d’un Sarkozy et la relaxe du soi-disant « groupe de Tarnac ») s’est en effet résumée, depuis une semaine, en deux aspects : une soudaine mise en avant d’un président qui avait choisi jusque là de jouer les empereurs éloignés de la vile presse, et la multiplication des violences contre ceux qu’il a désignés, dans ce qui est un appel à la répression, une incitation à la brutalité, les « agitateurs professionnels ».

Cette violence, choix politique, exige pour se mettre en place que l’on puisse stigmatiser ses victimes comme fauteurs de violence, selon une vieille tactique que le jeune tenant de la rupture avec « le vieux monde » est allée chercher auprès des anciens flics de la V° République tels que Raymond Marcellin, Charles Pasqua, Michel Poniatowski – ou Maurice Papon.

D’où le choix, comme symbole de la bataille fondatrice du régime qu’il voudrait instaurer, de Notre-Dame-des-Landes. Aucun motif juridique sérieux ne saurait expliquer le choix de chercher l’affrontement avec quelques centaines de cultivateurs et squatteurs d’un terrain exproprié pour une soi-disant raison d’utilité publique désormais nulle et non advenue, ainsi que le choix d’avoir d’emblée dirigé l’opération militaro-policière contre le secteur le plus productif et le plus « modéré » de la ZAD.

Petit problème par ailleurs tout à fait prévisible : alors que le freluquet apprenti-Napoléon III et ses deux séides, son ténébreux collaborateur de Matignon et le lourd et inquiétant ministre néo-socialiste (au sens de Déat) de l’Intérieur, ont à plusieurs reprises chanté victoire et, singeant cette fois-ci Bush junior en 2003, proclamé que le job était fait, la bataille du bocage et des marécages ne cesse de reprendre et elle va continuer, car jeunes et moins jeunes détestent violence, arbitraire et flicaillerie.

A l’extérieur comme à l’intérieur, Macron veut conjurer les échecs du capitalisme et de l’impérialisme français, et il a donc tenté de faire ce à quoi Hollande avait échoué en 2013 : jouer les poissons-pilotes entraînant l’exécutif nord-américain dans une « frappe », laquelle n’a jamais eu pour fonction de défendre la population syrienne traitée en otage voué à subir encore les bombardements, les tortures, les viols et les déportations de Bachar el Assad, lequel est manifestement englobé dans la « solution inclusive » de la question syrienne que Macron a évoquée lors de son entretien de dimanche soir avec les journalistes Bourdin et Plenel.

Cette conjuration a laissé de marbre le parrain nord-américain, qui a immédiatement démenti que M. Macron l’aurait convaincu de rester en Syrie. Elle n’a eu d’autre efficacité que de convaincre les soi-disant « partisans de la paix », ceux-là même qui ont interdit toute solidarité internationaliste avec le peuple syrien depuis 7 ans, que, puisqu’on avait égratigné Bachar et paru vexer Poutine, la guerre venait de « commencer » (sic). Ceux-là tout au moins fournissent ainsi, à leur façon, un soutien à M. Macron …

Un dernier aspect, non abordé dans les deux prestations télévisuelles du Bonaparte au petit pied cherchant à devenir grand, doit être souligné : son discours à l’épiscopat catholique.

Tout le monde a noté qu’il affirmé qu’il faut refaire « le lien » entre l’Église (catholique) et l’État, s’opposant donc ouvertement à la dernière conquête de la Révolution française qu’est la loi de séparation des églises et de l’État de 1905.

Mais il faut ajouter, pour prendre toute la mesure de ses propos programmatiques, qu’il les a situés sur une ligne idéologique qu’il a toujours affirmée : la laïcité ne concerne que l’État, la société civile doit être livrée aux religions. En même temps, il a consacré la supériorité de l’Église catholique, qu’il met « au dessus » (ce sont ses termes). Il appelle donc à une alliance de l’Église catholique et de l’État pour imposer les religions à la société civile. Dans ce cadre, l’islam sunnite est visé, de gré ou de force, par un concordat qui en ferait, en somme, le frère cadet de la grande Église

Cette dimension, non pas spirituelle, mais instrumentalisant les religions, combinée au caractère de plus en plus répressif et violent du régime, indique la tournure, le feeling, que nous avons au bout du bout du macronisme : un régime pas si éloigné que cela de la Hongrie selon Victor Orban.

Ainsi donc, en quelques jours, le jeune empereur a exhibé ses attributs, ou plus exactement ceux dont il aimerait se parer pour un long règne. Il exhibe aussi au grand jour la légèreté des dits attributs …

De la sorte se campe le terrain de l’affrontement. La question politique centrale est celle d’un régime démocratique, un autre régime, par une constituante démocratique. A son tour cette question politique en appelle une autre, celle de l’affrontement social qui mette au premier plan, un peu plus tôt ou un peu plus tard -mais il mûrit – la généralisation et la centralisation des luttes actuelles, ce que le président appelle « coagulation » et qu’il cherche à dénier, et que beaucoup appellent « convergence des luttes ».

D’ores et déjà, le contenu social et donc politique de la lame de fond lente et profonde qui monte dans le pays est bien celui-là. La tache politique la plus nécessaire est de l’exprimer pour qu’elle aille de l’avant. Ce n’est pas un hasard si les violences policières visent les assemblées générales d’étudiants, ces assemblées démocratiques où se forgent les moyens de la réflexion et du combat, et où la jeunesse s’éduque elle-même, surmontant les effets de l’inculture dont d’aucuns voudraient l’accabler alors qu’elle résulte des contre-réformes scolaires accumulées et des conditions de vie qui lui sont faites, et de la décomposition du syndicalisme étudiant. Des assemblés générales – de véritables assemblées générales, pas autoproclamées mais groupant les personnels d’une entreprise, d’un établissement, d’un site, d’un secteur, avec les syndicats, sont ce qu’il faut, dans la période immédiate, multiplier, et, au besoin, défendre becs et ongles.

16-04-2017.

 

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
Cet article a été publié dans Editorial, France. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.