Quelques réflexions nullement inactuelles sur la question nationale

Après l’Ukraine notamment, les faits mondiaux du moment rappellent à quel point la question nationale n’est pas distincte des questions démocratiques mais en est un sommet incontournable.

Catalogne.

Le coup d’Etat contre le droit des Catalans à l’autodétermination entraîne une bataille -en Catalogne mais aussi dans toute l’Espagne : car le peuple espagnol est concerné au premier chef par cette agression. Oui, il faut défendre le droit de voter sur l’autodétermination, sur l’indépendance : c’est un droit démocratique fondamental. Et beaucoup d’organisations font des communiqués – justes – qui s’en tiennent là : « ils ont le droit, ne laissons pas piétiner ce droit ». C’est d’ailleurs la position d’Ada Colau, maire de Barcelone, qui ajoute que ce n’est « plus l’indépendance », mais « la démocratie », la question maintenant. Elle a raison de défendre la démocratie, mais elle a tort de dissocier démocratie et indépendance.

Car en effet ce que montre directement l’intervention de la police militaire et de la Guardia civil, c’est qu’il ne saurait y avoir démocratie sans indépendance !

Beaucoup disent comme Ada Colau : « je ne suis pas pour l’indépendance catalane mais pour la démocratie et donc pour que le vote puisse avoir lieu ». Cette position les honore mais elle démontre une chose : que pour que la démocratie s’exerce, et la démocratie, c’est la souveraineté, il faut être indépendant. Car l’indépendance, c’est cela : pouvoir voter sans flics qui viennent voler les urnes.

Pour pouvoir décider – quitte à décider de ne pas former un Etat distinct ou de s’associer librement avec d’autres peuples – il faut avoir le pouvoir.

Pour pouvoir décider, et même pour pouvoir le cas échéant voter librement Non à l’indépendance, il faut que la police militaire espagnole et la Guardia civil soient foutues dehors, et cela s’appelle l’indépendance.

Le droit à l’autodétermination exige l’autodétermination !

Quand au refus de l’autodétermination, à la dénonciation des « nationalismes », des « régionalismes » et des « identités » … que ceux qui poussent ce type de cris regardent quand même ce que chantent les partisans de l’ « unité de l’Espagne » à Madrid ce 1° octobre : Cara a sol, l’hymne de la Phalange …

Constituantes.

C’est d’ailleurs la même question que celle de la souveraineté d’une constituante authentique. Une constituante authentique, exerçant sa souveraineté, telle la Convention de 1792 ou le congrès des soviets en octobre 1917 (qui en a fait office, ce qui ne signifie pas que des élections directes devaient être proscrites, autre question), n’a pas de président, ni d’appareil d’Etat, ni de puissance étrangère, au dessus d’elle.

Ce n’est déjà pas la constituante de Chavez, encore moins celle de Maduro, et certainement pas le gadget à moitié tiré au sort, à moitié formé d’élus « vierges de toute élection », convoquée par le président et cantonnée à la rédaction d’un texte, que nous promettait le candidat J.L. Mélenchon.

Une constituante souveraine est souveraine.

Le pouvoir du peuple, comme l’indépendance, passe par dessus l’appareil d’Etat et les classes dominantes, et cet appareil doit donc être brisé pour que la souveraineté s’exerce.

Kurdistan.

Deux autres situations (au moins) nous rappellent la centralité de la question nationale en tant que question démocratique par excellence au moment présent.

Le Kurdistan irakien : pour ses raisons propres, certainement causées par la défaite en cours de l’Etat islamique et l’agressivité de l’Etat irakien, Barzani a organisé un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien, provoquant la rupture d’Erdogan avec lequel il avait pactisé, et les condamnations américaines. Comme on pouvait s’en douter, les Kurdes se sont massivement prononcés pour l’indépendance.

Barzani veut monnayer cela, mais « cela » – l’aspiration kurde à l’indépendance et donc à l’unité – met en cause les Etats irakien, turc, syrien, iranien, pas moins.

De ce point de vue, le fameux « confédéralisme démocratique » du PKK et du PYD au Rojava apparait pour ce qu’il est : une astuce permettant de ne pas poser la question nationale kurde dans son ampleur réelle en promettant de préserver les Etats existants dans leurs frontières existantes …

Corée.

Et c’est la Corée.

Trump brandit la menace de la « destruction », non pas de Kim-Jong-Un, mais de la Corée. Oppression nationale s’il en est qu’une telle menace, même si elle est d’un genre original (quoique) …

Kim répond « j’ai la bombe et j’ai le lanceur, nananère ! « .

Les commentateurs oscillent entre la condamnation de l’un et de l’autre (il faut bien entendu condamner les deux).

Entre les « sanctions » impuissantes (sauf à suivre Trump) et le « multilatéralisme » qui donne finalement raison à Kim, donc.

Ils oublient simplement la démocratie et la démocratie ici s’appelle la nation coréenne. C’est le désir d’unité dans l’indépendance de la nation coréenne qui constitue le vrai facteur susceptible de renverser Kim sans recourir à Trump.

Et ce désir s’exprime ouvertement en Corée du Sud, les dernières élections l’ont montré. L’offensive de Trump vise d’ailleurs en réalité autant la Corée du Sud que la Corée du Nord : il cherche à lui faire accepter la présence d’armes nucléaires tactiques US sur son territoire, donc à renoncer à sa propre souveraineté, et à éterniser la division du pays.

Nul doute que le désir d’unité dans l’indépendance est présent au Nord où il se manifeste par l’exil.

La paix doit miser là-dessus : l’unité coréenne est une revendication élémentaire et révolutionnaire. Elle met en cause Trump et Kim, ces deux figures associées de la barbarie moderne.

VP, 01-10-2017.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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