A propos du « trou » d’air de Benoit Hamon

B. Hamon, qui a perdu un ou deux points dans les sondages depuis une semaine, passant derrière J.L. Mélenchon. Il n’est pas difficile d’en décrypter les causes :

  • 1) Hollande, Valls, le gouvernement … roulent pour Macron et organisent en grand le déboulonnage du candidat qui, pour eux, n’aurait pas dû exister,
  • 2) dans ces circonstances, les couches sociales qui envisagent de voter soit Mélenchon soit Hamon, et qui, quoi qu’en disent les théoriciens des « électorats qui ne s’additionnent pas », sont socialement à peu près les mêmes, hésitent car elles souhaiteraient avoir un « candidat de gauche » à mettre au second tour, donc, suite à Macron, Mélenchon mord un peu sur Hamon,
  • 3) celui-ci cherche à se battre mais il est loin, avec son staff, d’avoir les moyens politiques par lui-même de résister à pareille offensive : le fils spirituel de Martine Aubry se retrouve candidat en raison, au fond, du mouvement contre la loi El Khomri !

Dans ces circonstances, en toute objectivité, il est en réalité remarquable que les sondages manifestent une telle résistance électorale de la part du candidat qui ne devait pas être là. Cette résistance a des fondements sociaux : l’électorat socialiste historique essaie de résister, sur la base de la rupture et de l’opposition au « bilan » de MM. Hollande et Valls.

Du point de vue de la classe ouvrière (les salariés, actifs, chômeurs, retraités ou jeunes), seule l’unité Mélenchon-Hamon garantit:

  • la présence du candidat commun au second tour,
  • sa victoire sur Le Pen, Fillon ou Macron, dans une situation où Le Pen devant Fillon ou Macron peut, quant à elle, gagner.

Cette donnée objective nourrit la permanence du mouvement pour l’unité qui n’a strictement rien à voir avec le complot élyséen que quelques doctrinaires de la « nature bourgeoise du PS » en tant que facteur métaphysique plus fort que tout développement réel, renforcés par quelques insoumis exaltés, veulent imaginer.

Si J.L. Mélenchon avait eu en vue les intérêts de la classe ouvrière et cette victoire, il se serait positionné pour l’unité depuis des mois et serait, aujourd’hui, le candidat commun.

Il en avait entièrement la possibilité, mais il aurait fallu pour cela qu’il se définisse comme candidat unitaire de tous les partis et courants issus du mouvement ouvrier, ce qui va contre sa volonté : il se veut candidat de la « France insoumise », au dessus des classes et des partis.

Si l’on exclut cette hypothèse du candidat unitaire, aucun des deux n’a grande chance d’aller au second tour, mais le mieux placé des deux pour y aller malgré tout est a priori Hamon, s’il reprend des voix issues de l’électorat socialiste à Macron, ce que Mélenchon n’a ni la possibilité ni la volonté de faire, et s’il apparaît comme démarqué de Hollande et comme un « vote utile » possible.

C’est bien entendu ce scenario qui constitue la cible de l’opération de déboulonnage de Hamon par l’exécutif et des secteurs du PS. L’exécutif de la loi El Khomri et de l’état d’urgence essaie ainsi de mener jusqu’au bout le sale travail du quinquennat en tentant d’amorcer une refondation de la V° République autour de Macron, l’héritier de Hollande comme de Sarkozy, prenant ainsi le risque de faire élire Mme Le Pen.

Mais encore à ce stade, J.L. Mélenchon et son appareil politique auraient la possibilité d’imposer l’unité à leur profit en captant, comme leurs partisans l’espèrent, les voix de Hamon, par la défense des revendications communes, et une démarche unitaire invitant au regroupement et à la discussion. Force est de constater qu’à nouveau telle n’est pas leur méthode puisque ceci exigerait de ne plus se poser en « candidat de la France insoumise » n’acceptant le soutien des « partis politiques » que du bout des lèvres et avec dédain.

Dès que Hamon est passé derrière Mélenchon dans un sondage, les sondages, jusque là « mensonges des médias et du PS », sont devenus des références pour le sommer de se liquider purement et simplement en dehors de toute considération unitaire, comme le souhaitent par ailleurs, de plus en plus ouvertement, Valls et les siens.

Et l’orientation consistant à affirmer vouloir gagner les voix des abstentionnistes et mordre largement dans les voix du FN, non par le regroupement pluraliste des forces du mouvement social, mais par le magnétisme du Chef et de son « peuple », est réaffirmée. Le lancement du thème d’une conférence internationale pour réviser à l’avantage de Poutine les frontières en Europe centrale et orientale, thème appuyé par Fillon et par Le Pen, s’inscrit dans le cadre de cette orientation de plus en plus réactionnaire.

Aucun scenario, dans la situation de crise ouverte que nous connaissons, n’est à exclure. Le scenario de Hamon au second tour n’est pas éliminé, car il constituerait malgré tout le développement le moins défavorable aux intérêts de la classe ouvrière : loin de signifier la réédition aggravée du quinquennat Hollande (cela, c’est Macron), il signifierait que les forces sociales qui ont affronté Hollande et Valls, sans illusion, auraient eu la capacité de barrer la route à Le Pen, Fillon et Macron. Aucune paix sociale envers une présidence Hamon ne s’ensuivrait. Le scenario de Mélenchon au second tour s’il se produit sera l’œuvre des mêmes forces sociales, et non pas du « peuple rassemblé contre l’oligarchie » : entre ces forces sociales et la ligne de la « France insoumise », la démarcation politique devrait alors s’amorcer, à grande échelle.

Mais en réalité, chacun de ces deux scénarios est rendu peu probable par la division de l’un et de l’autre. La question d’une entente entre eux désignant Le Pen, Fillon et Macron comme ennemis communs et réaffirmant l’exigence d’abrogation de la loi El Khomri demeure donc tout à fait centrale, sans même parler de retrait de l’un ou de l’autre. Aujourd’hui, tout de suite, un soutien commun aux revendications du peuple guyanais et une mise en garde au gouvernement contre les velléités répressives (auxquels l’appellent Le Pen, Fillon et Macron) serait un signal du tournant rendant tout possible.

Car si cette unité là se réalise, l’unité sur la base des revendications, pas pour rénover l’UE avec A. Merkel comme l’envisage l’un, ni pour la rénover avec V. Poutine, comme l’envisage l’autre, mais sur la base de nos revendications, alors tout devient possible.

C’est sans doute pour ça que cela ne se fait pas … Et c’est pourquoi en nous battant maintenant en ce sens, nous préparons de toutes façons les luttes immédiates au lendemain du 23 avril puis du 7 mais, dans tous les cas de figure.

27-03-2017.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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