Des partis démocratiques, pas des ligues plébiscitaires !

C’est une affaire entendue : E. Macron est le candidat de l’Elysée et du MEDEF, ainsi que de Mme Merkel. D’où la puissance de ses soutiens, facteur clef de sa percée qui ne provient d’aucun mouvement spontané. Le «scenario » pré-écrit est celui d’un second tour Macron/Le Pen afin de faire élire Macron.

Il exige que Fillon, fusillé tous les deux jours par une de ces affaires croustillantes dont il a le secret, et peut-être, accessoirement, affaibli par Dupont-Aignan, continue à baisser ; que la division entre Mélenchon et Hamon demeure soigneusement entretenue ; et que, au second tour, le bon peuple se montre discipliné et aille voter plutôt que de laisser s’ouvrir une crise majeure avec Mme Le Pen.

Aucune de ces conditions n’est complètement évidente, à commencer d’ailleurs par la première. Vue la taille des casseroles, la résistance de Fillon n’est-elle pas étonnante ? Certes on invoque pour l’expliquer des facteurs tels que l’entêtement du personnage, etc. Là n’est pas l’essentiel : casser Fillon c’est casser le « parti » LR, héritier de l’UMP et avant elle du RPR, etc., « parti » institutionnel fondamental du régime de la V° République, et ce risque nourrit des hésitations et des divisions dans les hautes sphères de la classe dominante.

Il est, de ce point de vue, hautement significatif que Valls, dans le même propos où il apportait ouvertement son soutien à Macron, a déclaré mercredi 29 mars que « Même si François Fillon sortait vainqueur de ce combat, il faudrait aussi chercher à trouver des compromis avec la droite parlementaire. » Au delà de la compréhensible indignation que de tels propos, finissant de caractériser politiquement leur auteur, suscitent dans l’électorat socialiste, ils ont pour fil à plomb la sauvegarde des institutions de la V° République, intérêt général du capital.

La « trahison » de Valls, actée avant même d’avoir été effective, se fait donc, chose remarquable, au bénéfice à la fois de Macron et de Fillon !

Concernant le Parti socialiste, elle constitue sans doute le moment où s’ouvre la crise, malgré les dénégations de M. Cambadélis, plus florentin que jamais, qui annonce à la fois que les soutiens de Macron ne sont plus au PS et qu’il ne procède à aucune exclusion : cette langue de bois vise à paraître soutenir Hamon en espérant qu’il perdra, mais pas trop, pour négocier ensuite avec Macron.

Sauf qu’à tous les niveaux et surtout aux niveaux locaux et départementaux, le PS et ses franges ne le vivent pas du tout ainsi : c’est une volonté de clarification qui se fait jour.

B. Hamon, sans y insister suffisamment, a justement réagi en disant que c’est la politique de la déchéance de nationalité et de la loi El Khomri dont Valls est porteur quand il soutient Macron, que c’est pour elle qu’il agit ainsi. Certes. Il faut donc rompre avec tous les partisans de cette politique et unir tous ses adversaires. Et telle est la question ouverte par la crise du PS qui était bien entendu prévisible, prévue, et attendue. C’est pourquoi tous ceux qui s’énervent à déplorer qu’on parle encore du PS, en nous prévenant parfois qu’il est mort depuis longtemps, sont à côté du réel, un peu de la même façon que ces gauchistes américains qui rappelaient doctement cette vérité que le parti démocrate est capitaliste quand ses primaires donnaient dans les faits une majorité à Sanders. La crise du PS n’ouvre pas un horizon tourné vers sa refondation, mais pose à toutes les forces politiques issues du mouvement ouvrier la question de leur réorganisation.

Il y a deux réponses à cette question – apparemment trois, mais deux. Apparemment trois, disions-nous, parce que MM. Macron et Mélenchon veulent tous deux en finir avec « le PS » pour mettre à sa place leurs « Ligues » respectives « France insoumise » et « En marche ». Ce en quoi ils se rejoignent, hélas – hélas, car J.L. Mélenchon avait les moyens politiques (et assurément, intellectuels!), de prendre la tête de la troisième option, celle que nous soutenons : la formation d’un ou de plusieurs partis ouvriers, avec des courants, fonctionnant démocratiquement, unis contre l’adversaire patronal et gouvernemental commun, agissant pour battre Le Pen, Fillon et Macron et mettant en débat, au delà de l’accord sur l’urgence – sauver l’école et les services publics, bloquer les « plans sociaux » de licenciements, rétablir les retraites …- le programme européen et internationaliste de rupture, tant avec l’Union Européenne qu’avec Trump et Poutine, sur la base de la démocratie et de l’union libre des peuples souverains.

Quels qu’en soient les mots, les formes, les limites et les variantes, le combat pour l’unité mené par divers courants – de Démocratie et Socialisme (G.Filoche) au POID (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique) en passant par de nombreux comités locaux – n’est pas le reliquat d’une nostalgie d’union de la gauche, mais le porteur de la recherche de cet avenir, dans la continuité des mobilisations de masse contre la loi El Khomri.

J.L. Mélenchon avait, disions-nous, les moyens politiques d’orienter les choses différemment. S’il ne l’a pas fait et entend s’y refuser jusqu’au bout, c’est en raison de l’orientation de la « France insoumise » : substituer aux partis et aux courants le rassemblement direct d’un « peuple » derrière son chef, uni contre « l’oligarchie » – Comme il l’a réexpliqué au Parisien le 23 mars dernier, il entend substituer au « seul intérêt de classe » l’ « intérêt général humain » qui se ramène d’ailleurs à l’ « intérêt de la France ».

Cette orientation se précise toujours plus au fur et à mesure que J.L. Mélenchon monte dans les sondages et que la volatilité de la situation fait que, même si elle est peu probable, sa présence au second tour ne peut être exclue (rappelons qu’en 2002, dans une situation pourtant moins volatile, les sondages avaient annoncé une grande percée de J.P. Chevènement, puis d’A.Laguillier, avant que ce ne soit J.M. Le Pen).

Assurément, des millions de travailleurs et de jeunes y voient la possibilité d’une rupture avec la politique des gouvernements précédents. Et c’est bien pour cela qu’il était tellement facile au candidat Mélenchon de prendre les devants pour l’unité et de l’imposer à son profit … Mais non : le discours des « insoumis » est maintenant, non celui de l’unité pour rompre avec la politique des gouvernements précédents, mais l’espoir que, Hamon abattu par Valls et Macron, Mélenchon rattrapant Fillon capte un vote « ni droite ni gauche » en drainant abstentionnistes et électeurs du FN. Outre que ce scenario est un pari hypothétique et hasardeux, il conduirait à faire de la « France insoumise » le dernier rempart du régime de la V° République !

Les polémiques vont donc monter toujours tant que toute une frange de militants n’aura pas réalisé que ses espoirs sont en train de servir à tout autre chose. Pour eux, il faut expliquer, expliquer et encore expliquer.

La bataille unitaire dans cette situation ne se suffit pas à elle-même mais permet de poser les jalons pour la suite. D’ores et déjà, elle permet d’engager le combat pour des candidatures unitaires aux législatives contre la V° République, refusant au futur président, quel qu’il soit, les moyens de sa politique, pour imposer aux législatives la victoire politique et l’ouverture de la crise de régime que les dispositifs de tous les appareils veulent éviter.

Démocratie contre V° République, unité ouvrière des courants librement associés contre la montée des Ligues plébiscitaires, tels sont les deux axes clefs pour le moment qui vient.

VP, 01-04-2017.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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