Quoi qu’on en dise, Henri Emmanuelli était une belle gueule (et que l’on comprenne bien que dire cela, c’est tout le contraire que de dire « il n’avait que sa gueule » ! ).

Après avoir été un bras armé de Mitterrand, et avoir payé pour ça, il avait adopté une position de résistance : ne pas aller plus loin que Mitterrand dans la voie de la liquidation du réformisme social. En 2005, le Non de gauche, victorieux, ce fut avant tout lui.

Au lieu de poursuivre cette résistance, un peu effrayé de sa propre audace, et mis sous pression par les partisans de la « synthèse » – Laurent Fabius et J.L. Mélenchon – il est rentré dans le rang : synthèse il y eût, et puis la candidature Royal.

« La social-démocratie est une vielle dame indigne, elle a beaucoup trahi et elle trahira encore. Vous en doutez ? Regardez ma gueule ! » Authentiques propos, non pas même des propos de table, mais bien des propos de réunion publique ! Sous ce cynisme ironique, un vrai déchirement.

Une belle gueule comme les longues transitions interminables en produisent parfois, et comme on n’en aura sans doute plus. Salut, belle gueule.