La crise politique implosive qui gagnait le parti conservateur britannique après le vote pour le Brexit devait être stoppée, ou plutôt suspendue. Il n’était plus possible de reporter le changement de premier ministre à l’automne comme J. Cameron l’avait d’abord annoncé. Après quelques règlements de comptes sommaires en public, sans compter ceux qui ont dû se dérouler dans les coulisses, le premier ministre britannique est donc Mme Theresa May, fille de pasteur anglican, député depuis 1997, ministre de l’Intérieur depuis 2010. La presse continentale, qui a pleuré des larmes de sang à l’annonce du Brexit, trouve quelques consolations à l’idée de la promotion d’une femme, qui, espère-t-elle, sera digne de Maggy Thatcher !

C’est bien là la question : T. May est mandaté pour le Brexit et en même temps mandatée par la City, qui aurait voulu éviter le Brexit, pour que la facture soit intégralement payée, et au delà, par les salariés, les jeunes et les immigrés. Son gouvernement est, plus que jamais depuis Thatcher justement, celui de l’affrontement social.

C’est du même coup un gouvernement violemment antidémocratique par son existence même, car la démocratie aurait exigé, et exige, de nouvelles élections aux Communes, ainsi que le respect du droit à l’auto-détermination de toutes les nationalités britanniques, que T. May entend également combattre.

Et voilà précisément pourquoi il faut, pour la City et pour toutes les factions du capital britannique, que soit défait le point d’appui pour la résistance et la contre-attaque sociales que constitue la présence de J. Corbyn, mis à la tête du Labour party par un puissant mouvement de classe. La majorité des députés de ce parti et ses secteurs directement liés à la City sont donc passés à l’offensive. Pour l’instant, ils ont connu de sérieuses déconvenues : il leur a fallu accepter que Corbyn puisse se représenter sans disposer de signatures (censitaires) de parlementaires pour éviter une scission dans laquelle ils n’auraient rien emporter, et surtout, surtout, on compte déjà 160.000 adhésions depuis le Brexit, pour les affronter, pour confirmer Corbyn, pour affronter le gouvernement T. May.

Ces adhésions d’ouvriers, d’employés et de jeunes font approcher les 700.000 adhérents directs au Labour party qui devient le premier, et peut-être le seul aujourd’hui, parti de masse en Europe. Bien au delà de tout ce qui a pu être rêvé sur Syriza ou sur Podemos, voici le plus grand regroupement des exploités et des opprimés, depuis Solidarnosc en Pologne en 1980, sur ce continent !

Le mouvement pour confirmer Corbyn, c’est le même mouvement que celui qui va affronter le gouvernement T. May, exiger la démocratie dans le Labour party comme dans le pays en posant la question du renversement de ce gouvernement, et combattre pour l’action commune des peuples d’Europe, que ce soit contre la City ou contre la BCE.

Le 18-07-2016