Discussion : classe ouvrière, prolétariat, dans quel état sont-ils ?

Pierre Salvaing nous a adressé un article, Éléments de discussion, publié également sur le blog de B. Fischer et sur le site Club politique Bastille, qui pour partie réagit à des remarques d’un précédent article d’Aplutsoc, Luttes des classes en France, où en sommes-nous. Nous poursuivons ici cette discussion importante, portant sur l’état des troupes, en quelque sorte.

Cet article avait été assumé par la rédaction d’Aplutsoc, mais en m’identifiant comme son auteur, P. Salvaing avait deviné juste. Ce n’était sans doute pas difficile dans la mesure où doit y transparaître mon fameux «optimisme» (lol !), j’y reviendrai. Je ne crois pas être si «optimiste», mais en effet il me semble utile de prendre le contre-pied d’un certain pessimisme. Dans sa Note à propos du résultat des élections européennes en France, Pierre estimait que «la classe ouvrière a été considérablement affaiblie tant quantitativement que qualitativement, au niveau de sa conscience de classeDans Éléments de discussion, il précise que «quand j’écris classe ouvrière, je n’écris pas prolétariat, catégorie plus large qui englobe la classe productrice de valeur et de plus-value

Il est sans doute utile de revenir sur ces termes. La « classe ouvrière» serait celle qui produit valeur et plus-value, le prolétariat aurait un sens plus large et l’engloberait. Implicitement, nous avons sans doute ici l’idée que le sujet révolutionnaire efficace devant être celui qui produit valeur et plus-value, est constitué par la seule «classe ouvrière». Sans prétendre que telles sont les représentations de Pierre Salvaing, cette idée est souvent associée à des images : celles de l’ouvrier d’usine. A partir de là, il est commun de constater que ce type de l’ouvrier (réputé organisé et conscient !) a régressé, tout du moins dans les pays anciennement industrialisés, et que le monde présent comporte un plus grand nombre, par exemple, d’ouvrières surexploitées dans les sweat-shops, de la frontière nord-mexicaine au Bangladesh. En France par contre, cette véritable «classe ouvrière» s’est raréfiée (bien qu’à la vérité l’ouvrier d’usine existe toujours, appelé par exemple «opérateur» : voir Stéphane Beaud et Michel Pialoux sur les usines Peugeot), et un «prolétariat» plus vaste et mal délimité l’entourerait, avec sa conscience de classe bien plus faible.

Les gilets jaunes auraient manifesté cela : un mouvement de prolétaires, certes – et sur ce point je suis d’accord avec P. Salvaing par opposition par exemple au POID qui a théorisé le fait que c’était un mouvement petit-bourgeois, dirigé par la petite-bourgeoisie, plus ou moins fascistoïde – mais d’une partie seulement du prolétariat, impuissant et peu conscient même si combatif, mal délimité du lumpen et de la petite-bourgeoisie paupérisée, donc un«rassemblement hétérogène», et surtout incapable d’entraîner la «vraie» classe ouvrière qui, bien qu’affaiblie dans sa quantité et dans sa qualité, semble demeurer le critérium ultime pour jauger des perspectives d’un mouvement : est-elle là, n’y est-elle pas ? Elle n’y était pas, donc tout cela pèse peu (je résume, en la caricaturant sans doute, la position de P. Salvaing, qui n’est pas seulement la sienne mais qui est tout à fait commune parmi les militants formés dans le cadre politique et syndical de cette fameuse «classe ouvrière» consciente et organisée d’antan en voie de rétrécissement et d’avachissement).

Ce distinguo entre producteurs réels des marchandises capitalistes porteuses de la valeur et de la plus-value, et autres travailleurs exploités, est bien réel, mais il est fondé du point de vue du capital. Et encore, du point de vue du capital en général, non pas de tel ou tel capital particulier auquel indiffère le fait de savoir si la source de sa valorisation est un travail «productif» ou «improductif» de valeur et de plus-value, c’est-à-dire de savoir si l’exploitation de «ses» salariés contribue directement à la création sociale de valeur et de survaleur, ou si elle ne fait que lui donner un droit de tirage sur celle-ci au prorata de sa grandeur de capital rapportée au taux général de profit.

Du point de vue des travailleurs, il importe assez peu de savoir s’ils produisent directement valeur et plus-value ou non : le rapport social décisif pour eux est la contrainte salariale, l’obligation de vendre leur force de travail pour vivre et exister socialement. Cette contrainte définit le prolétariat. La condition prolétarienne ne se réduit pas à la condition ouvrière. Les salariés des secteurs tels que la distribution, le «tertiaire» en général, les employés, les employés d’État y compris contribuant à la reproduction de la force de travail et à la production des conditions générales de production du capital, ne créent certes pas «valeur et plus-value», sauf que s’ils cessaient de fonctionner pour le capital, cette création serait tarie.

Il devient d’ailleurs de plus en plus difficile de distinguer, non plus même entre tel et tel secteur économique, mais à l’intérieur même du travail d’un seul et même travailleur, ce qui est productif de valeur et de plus-value et ce qui ne l’est pas mais est néanmoins indispensable à la reproduction et à la circulation accélérée de celles-ci, donc à l’accumulation du capital. Déjà la grande industrie du temps de Marx faisait du simple ouvrier un appendice du processus effectif de travail constitué par le capital constant (le système de machines), bien qu’appendice indispensable, contradictoirement, à ce mode de production là. Ceci s’est accentué avec l’informatisation, la mise en réseau, les économies d’échelles, etc. Dans quelle mesure un informaticien, un agent de maintenance, une femme de ménage, sont-ils productifs ou non de valeur et de survaleur ? – du propre point de vue socialement dominant, du point de vue du capital donc, le travail humain en général, non seulement dans l’industrie, l’agriculture, les mines, la pêche et les transports, mais dans la sphère devenue plus large de la circulation, de la gestion, des faux frais «improductifs», de la reproduction sociale, etc., est envisagé comme un «coût» qu’il faut toujours diminuer en l’exploitant toujours plus.

Le distinguo prolétariat/classe ouvrière me paraît, au surplus, peu opératoire chez Marx. Rappelons que lorsqu’il se saisit de la catégorie de «prolétariat», dans l’essai sur la philosophie du droit de Hegel fin 1843, ce n’est même pas une classe, mais le résidu de toutes les anciennes classes, devenant la condition humaine de base en tant que dernier degré non pas tant de l’exploitation que de l’aliénation, ou privation de toute capacité d’existence autonome. D’une certaine façon, nous en arrivons aujourd’hui, à l’échelle mondiale, à une telle situation. Le livre I du Capital envisage le prolétariat comme un tout, qui comporte aussi bien les ouvriers d’usine que l’armée de réserve, même si dans celle-ci certaines couches ne peuvent plus devenir «productrices de capital».

Ces considérations ont, à mon avis, une forte importance politique. Car elles induisent qu’il n’y a aucune raison (autre que la prise en compte de telle ou telle donnée historique plus ou moins contingente), aucune raison de fond ou aucune raison structurelle, aucune raison existentielle, à ce que des secteurs du prolétariat non industriel, non «classe ouvrière classique» – y compris des secteurs qui n’arrivent pas (situation croissante !) à vendre leur force de travail, d’où émergent des masses ubérisées, des sphères économiques «informelles» où circulent les miettes et les rebuts -, il n’y a donc aucune raison fondamentale à ce que ces larges secteurs soient «qualitativement», en matière de «conscience de classe», moins affinés que la dite «classe ouvrière classique».

Il peut y avoir des données historiques, disais-je, à savoir que les organisations ouvrières anciennes se sont moins intéressées à elles, voire les ont laissées de côté et rejetées, quitte à les voir surgir avec angoisse quand les unskilled labourers, ces masses de femmes, de déqualifiés, de migrants, de déshérités, de précaires, surgissent et veulent entrer dans les organisations, parfois, ou forment leurs propres organisations, d’autres fois – cas de plus en plus fréquent peut-être.

L’irruption des gilets jaunes le 17 novembre 2018 est, avec des particularités bien entendu, un tel cas de surgissement qui ne se dirige absolument pas vers les partis politiques issus du mouvement ouvrier et les refuse explicitement, et qui ignore au départ les syndicats, sans forcément les rejeter (beaucoup d’évolutions s’étant produites à cet égard dans les semaines qui ont suivi). En outre, la part importante de pénétration de l’extrême-droite, de thèmes complotistes, et, au début, de secteurs organisés de la petite-bourgeoisie (mais très vite les organisations de petits patrons, CPME et U2P, ont appelé à arrêter ça), a montré à quel danger de déviations réactionnaires la politique des directions syndicales et politiques issues du passé expose même les mouvements prolétariens. Ces aspects, de Philippe Martinez à Daniel Gluckstein, ont été saisis et surexposés pour isoler et calomnier ce mouvement de prolétaires (Philippe Martinez, étant à la tête de la principale organisation ouvrière existante dans ce pays, a dû, à cet égard, mettre par la suite plus d’eau dans son vin que Daniel Gluckstein !). Mais justement, ces aspects n’ont pas eu le dessus. Par son mouvement propre, et bien malgré les dirigeants politiques et syndicaux qui les dénonçaient et les isolaient, contribuant ainsi à les livrer à ces dérives, le mouvement des gilets jaunes s’est développé d’une manière typiquement «prolétarienne» (je parle ici des semaines explosives de novembre et décembre 2018).

Contrairement à une idée répandue, il a posé la question de la grève. Pas ouvertement dans son expression nationale, qui soit n’existait pas, soit était attribuée médiatiquement à des individus confus. Mais dans les faits : sur les ronds-points se discutait partout le «blocage du pays» en arrêtant la production pour le lundi 10 décembre. Il y aurait d’ailleurs lieu de réfléchir sur le fait que le regroupement sur un rond-point d’ouvriers (et de quelques petits patrons proches d’eux : leur présence secondaire n’a pas toujours été une pression politique réactionnaire) d’une «zone d’activité» péri-urbaine était le substitut à la grève, non seulement parce que les syndicats sont peu présents parmi eux, mais aussi parce que les fédérations syndicales du privé ne travaillent guère sur les moyens de les réunir, et que la grève dans une seule TPE peut n’avoir guère de sens autre que de la faire fermer : du coup tous se retrouver, de manière improvisée et spontanée au départ, sur un rond-point ou un parking, était la manière, non exprimée consciemment, de faire leur unité d’action.

De plus, les grèves dans les petites et moyennes entreprises ainsi que dans le secteur médico-social, qui ont de fait nourri ce mouvement, ont été à leur tour nourries par lui et ont connu une recrudescence en décembre-janvier-février, prolongée dans les luttes actuelles du secteur de la santé, arrachant au passage des primes et des hausses limitées, mais moralement significatives, de salaires, dans de nombreuses entreprises et sites de production.

Plus encore, si ces faits se sont produits, c’est en raison du processus politique rapide de «montée à Paris» et de «marche sur l’Élysée», visant à affronter le pouvoir exécutif directement avec l’idée confuse de le renverser et de le remplacer, culminant dans les émeutes parisiennes du 8 décembre 2018. Ce que les gilets jaunes faisaient là, sans doute (?) sans espoir réel d’y arriver et de déjeuner dans les ruines fumantes de l’Élysée, correspondait de fait à ce que les directions syndicales ont évité lors de tous les grands mouvements de lutte de classe des trois dernières décennies, 1995, 2003, 2006, 2010, 2016 notamment : la centralisation contre le pouvoir d’État au plus haut niveau.

Même si fin décembre la jeunesse commençait à entrer en mouvement (les manifs pour le climat ont à leur tour pris la suite de ce bref épisode, quelques mois plus tard), cette mobilisation explosive de secteurs prolétariens jusque-là non organisés ou peu organisés, n’a pas débouché sur une grève générale, d’une part parce qu’un tel objectif demeurait très confus et inexprimé parmi ses participants, d’autre part et surtout parce que les directions syndicales ont d’abord agi pour l’isoler, puis, ne pouvant s’y opposer frontalement (même si la thématique «ce sont des fascistes» a fait bien du mal, faisant au surplus le jeu des fascistes authentiques), ont appelé à des «journées d’action» fixées très longtemps à l’avance au moment même où, littéralement, le pays flambait. Néanmoins cette explosion prolétarienne, d’autant plus forte et en même temps d’autant plus confuse qu’elle avait secoué un couvercle qui étouffait ses participants depuis longtemps, a affaibli le pouvoir exécutif, posé les questions politiques de fond, dessiné la perspective de la grève tous ensemble et, plus nettement encore et c’est là le plus important, de la montée tous ensemble contre l’exécutif.

Ce n’est pas rien. Et c’est pour cela que j’ai – nous en avons discuté dans Aplutsoc – évité de parler de «crise révolutionnaire» à l’instar de la caractérisation fréquente de mai-juin 1968, mais choisi d’employer l’expression de «crise pré-révolutionnaire» pour marquer le fait que des secteurs massifs se sont spontanément embrasés et ont tenté, à leur façon et confusion, de «monter à l’assaut du ciel».

Une telle expression ne signifie pas que l’on est un optimiste endiablé en train de sauter sur sa chaise comme un cabri. Elle n’induit pas qu’après le moment «pré-révolutionnaire» la révolution doit nécessairement s’ensuivre. Elle n’oublie pas par exemple qu’après la crise pré-révolutionnaire des occupations d’usines en Italie du Nord en 1920 (mais limitée, elle, à la bonne vieille «classe ouvrière», les larges masses du Sud et de l’agriculture du Nord ayant été maintenues en dehors de la lutte par leurs organisations …), c’est la contre-révolution fasciste, la vraie, qui est arrivée. Cette caractérisation raterait son but si elle ne servait qu’à s’enthousiasmer, ou inversement à être dénigrée comme optimisme excessif. Elle n’a d’utilité que pour mesurer le degré de crise de l’État bourgeois en France conjugué à la recherche, jusque-là impuissante mais non sans expériences ni conséquences, de l’affrontement central par de larges couches du prolétariat.

En matière de conscience, le gilet jaune, disons par exemple une jeune femme travailleuse précaire, qui découvre et constitue en même temps un collectif social, où l’on discute et lutte, lutte et discute (la «discussion» ne consistant pas en débats standardisés d’AG ni de réunions syndicales, mais en sujets individuels qui se racontent, se découvrent et par là même se grandissent et prennent plus de confiance, première étape qui a dû se produire aux origines du mouvement ouvrier et des soviets), qui n’a jamais voté, qui fait connaissance avec «les syndicats», qui veut «aller chercher Macron», qui lorsqu’on lui demande qui aura le pouvoir une fois Macron chassé, s’écrie «Nous» (scène vécue), cette femme a-t-elle une «conscience de classe» de «qualité» supérieure ou inférieure à celle du métallurgiste syndiqué depuis quarante ans, préretraité, qui a toujours voté, qui connaît, lui, l’Internationale et le drapeau rouge, sans compter quelques croyances étranges sur l’ancienne URSS et autres dont notre jeune femme gilet jaune n’a guère entendue parler, ou bien à celle du fonctionnaire syndicaliste tranquille sur sa situation sociale mais inquiet de celle de ses enfants, consciencieux, connaissant histoire et références, très inquiet du «complotisme» des gilets jaunes, se demandant dans son sommeil troublé s’il a bien fait ou non de voter Macron au second tour en 2017 ?

S’il serait tout à fait erroné de s’imaginer qu’une conscience révolutionnaire de qualité supérieure apparaîtrait dans les rangs des gilets jaunes, et illusoire d’oublier sa volatilité (illustrée par exemple dans la manière dont les lettres magiques «RIC» ont pris une place hypertrophiée une fois qu’avait été faite la démonstration de la volonté de prise de l’Élysée, mais sans l’avoir pris), il n’est pas moins erroné et illusoire de cultiver l’idée d’une vertu supérieure que porterait en elle la «classe ouvrière» normale et classique. Et, dans le moment historique précis de la crise pré-révolutionnaire de novembre et décembre 2018, ce sont bien les prolétaires confus en gilets jaunes qui, dans l’action, et par conséquent aussi au point de vue de l’organisation – hé oui, aussi au point de vue de l’organisation, à ce moment là – étaient les plus avancés.

Il n’y a strictement rien dans cette analyse qui contredise le fait que, comme l’écrit P. Salvaing et nous en sommes d’accord,«les limites de la spontanéité seront trouvées et la recherche d’une clarification théorique et politique rendue visible à un plus grand nombreNon seulement ces limites ont été trouvées, mais elles se sont heurtées, d’une manière d’ailleurs assez similaire au final à celles des mouvements de la classe ouvrière «classique», à la politique des directions syndicales et des appareils hérités de l’histoire du siècle passé, aussi bien que des produits politiques nouveaux prétendant tout dépasser façon FI.

P. Salvaing ajoute que «Cela ne signifie pas, bien entendu, que d’autres mouvements, plus partiels, ne continuent à éclater et à se développer dans la classe ouvrière et le prolétariat, comme ceux que pointe notamment Vincent Présumey.» Il s’agit en l’occurrence du mouvement dit «des urgences» et de l’affrontement d’une petite partie des enseignants, mais adossée à la majorité du corps enseignant, avec Blanquer et le gouvernement au moment du Bac. J’ai un peu l’impression que P. Salvaing veut dire ici qu’il y a bien entendu toujours des luttes, mais que, bon, rien de nouveau sous le soleil. Je ne suis pas d’accord avec cette manière de saisir les choses. La lutte des classes vivante est faite d’évènements et, en ce sens, il y a toujours du nouveau. Les urgences et les profs intègrent, à mon avis, ou, si l’on veut nuancer, cherchent à intégrer et à reprendre, la dimension d’affrontement central avec le pouvoir qui a été affirmée, justement, lors de la «crise pré-révolutionnaire» de novembre-décembre dernier. De plus, ces mouvements cherchent à reprendre ceci par-dessus le recul apporté par les élections européennes, qui avaient cette fonction.

Il arrive à tout le monde d’être trop enthousiaste ou pas assez, selon les moments. Mais je crois que ce qui est pris, me concernant, pour de «l’optimisme», consiste plutôt dans la méthode consistant à essayer, toujours, de dégager dans une situation les éléments sur lesquels s’appuyer pour aller de l’avant en proposant de construire et de regrouper sur une perspective politique conduisant à un affrontement central. C’est une vieille méthode, nous le savons (on pourrait prodiguer ici forces citations, de Lénine, de Trotsky, de Rosa Luxembourg, etc., je m’en dispenserai). Elle n’ignore pas que nous sommes dans le vide concernant «le parti», l’instrument politique collectif pour représenter le mouvement réel et lui permettre ainsi d’aller vers ce qu’il cherche, pensons-nous. Je ne vois pas comment procéder autrement pour contribuer ensemble à apporter une solution à ce problème.

Le simple constat répété du «vide sidéral» et de ce que «aussi puissants» seront les mouvements existants, ils n’aboutiront à rien et ne serviront à rien tant que le vide ne sera pas comblé, est peut-être un point de passage psychologique obligé parfois, mais il risque plus de couper les jambes que d’entreprendre ce qui est, certes, un travail de Sisyphe, mais qui a tout le réel sur lequel prendre appui.

A propos de psychologie, une dernière remarque. Pierre dessine une explication de ce qu’il prend pour mon optimisme en disant qu’il est «difficile d’accepter une situation nouvelle quand on doit une grande partie de son expérience à une autre situation, qui fut bien plus favorable

Il est politiquement intéressant de dire que cette explication socio-psychologique ne correspond pas à mon «vécu» personnel, comme on dit. J’ai en effet formé mon expérience dans une autre période qu’aujourd’hui, celle comprise entre la grève générale de mai-juin 1968 et la chute de l’URSS, en gros. Mais les issues me semblaient bouchées (peut-être parce que je ne suis pas de la génération immédiate de mai 68, mais d’un peu plus tard, la génération de 1978 en fait, pour faire référence à une date dont Pierre souligne à juste titre la signification). Bouchées par le stalinisme et la social-démocratie. L’URSS n’a pas été pour moi une perte. D’autre part, je ne crois pas (et c’est dommage !) que le stalinisme soit mort avec elle. Donc je ne crois pas vivre une difficulté à accepter une situation nouvelle succédant à une autre qui lui aurait été de loin préférable (alors que cette dernière a de toute façon engendré la situation présente). Et je crois qu’il faut aussi prendre garde à la nostalgie, nostalgie de mai 68 (ça, on peut l’approuver !), mais aussi, non pas seulement nostalgie de l’OCI et de l’extrême-gauche d’antan (un monde de fous, pourtant, à certains égards ! …), mais nostalgie de la bonne vieille classe bien encadrée par de puissants appareils, et d’un monde clairement partagé entre des camps géostratégiques dont l’un était, illusoirement, censé être plus avancé sur la voie du progrès. Ce monde n’est plus et, franchement, en 2019 le mort n’a jusque-là que trop saisi le vif. C’est aussi cela la leçon des révolutions arabes et de celle qui arrive en Algérie et au Soudan.

Et cette bonne vieille classe ouvrière avec sa conscience qui la faisait répondre en rangs serrés aux appels de ses dirigeants n’est plus, elle non plus. Est-ce une perte ?

De toutes façons, nous sommes dans ce monde réel qui brûle, à tous les sens du terme. Un monde où il y a le prolétariat, majorité de l’humanité à présent, contraint à lutter. Misons là-dessus. Ce n’est pas de l’optimisme : pour la survie, nous n’avons pas le choix.

VP, le 06/07/2019.

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Quand les États-Unis mettent leur veto sur une résolution britannique au conseil de sécurité.

Trump soutient ouvertement Haftar, l' »homme fort » de la Libye, depuis un coup de fil qu’ils se seraient passés le 19 avril. Manque de bol pour lui, l’offensive fulgurante du « maréchal » s’est enlisée et il a commencé à reculer. Ses adversaires ont diffusé des vidéos de prisonniers soudanais – des Janjawids- et de mercenaires tchadiens prêtés par Idriss Déby, le tout sur fond de racisme anti-noirs.

Du côté du gouvernement officiel libyen, la Turquie intervient de plus en plus. Haftar a eu le soutien initial de Poutine et celui, régulièrement, de l’Arabie saoudite, des Émirats et de l’Egypte, et des salafistes, contre la Turquie, le Qatar et les Frères musulmans.

Ce grand jeu vient ce jeudi 4 juillet de connaître un épisode aiguë que les commentateurs ne savent pas commenter, tant il est représentatif du désordre inter-étatique mondial grandissant : une résolution du conseil de sécurité de l’ONU, présentée par le Royaume-Uni, est repoussée par un veto des États-Unis, sous l’œil satisfait de la Russie et de la Chine, la France s’en lavant les mains (elle soutient officiellement Tripoli et officieusement Haftar !).

Aucune explication officielle des États-Unis sur fond de désordre total au sommet de l’État, de l’armée et de la diplomatie US. Cet exploit au Conseil de sécurité vaut bien la séquence ordre/contre-ordre pour bombarder l’Iran !

Mais le signal reçu est « défense de critiquer Haftar » alors que la résolution suggérait, timidement, qu’il serait peut-être un petit peu responsable dans le massacre par bombardement d’un camp de migrants (en s’aidant, comme l’aviation russe en Syrie bombardant les hôpitaux, des coordonnées fournies par l’ONU en principe pour éviter cela !). Il est vrai que les milices soutenant ses adversaires du gouvernement officiel auraient tiré sur des migrants tentant de fuir, quant à elles …

Un sous-texte possible, en plus, de cet épisode au Conseil de sécurité, serait un pied-de-nez ultime à l’actuel gouvernement britannique de la part de Trump, en mode « vivement Boris« . Allez savoir …

Officiellement les centres de détention libyens comptent 5700 réfugiés et migrants dont 3800 sont, selon l’ONU, « en position de vulnérabilité face à des combats ». En 2019, plus de 3000 réfugiés et migrants interceptés en mer ont été reconduits en Libye alors que la juge italienne Alessandra Vela, prononçant la libération de la capitaine du Sea Watch 3 Carola Rackete, motivait sa décision par le fait que la Libye n’est pas un pays proposant des « ports sûrs ».

Ce qui est sûr, c’est que tous ces grands de la planète engagés dans leurs war games piétinent les droits humains, et d’abord ceux des migrants que l’Europe de Macron et Salvini contribue à maintenir dans les griffes des bandes esclavagistes de Libye.

04-07-2019.

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Blanquer, putschiste contre le Bac.

Sous le titre Jean-Michel Blanquer sème le chaos dans les jurys de Bac, le SNES-FSU écrit :

Les professeurs convoqués ce matin (grévistes ou non) pour délibérer refusent en masse de statuer sur les élèves ne disposant pas de la totalité des résultats de leurs épreuves terminales. Le SNES-FSU les soutient sans réserve.

Le SNES-FSU alerte élèves, parents et enseignants, sur le risque de non validité des diplômes qui seraient délivrés dans ces conditions.

D’ores et déjà, un nombre massif d’incidents est signalé sur l’ensemble du territoire national : levée de l’anonymat des candidats, expulsion du jury par un proviseur, menace d’appel des forces de l’ordre, note délivrées et/ou saisies par des personnes non habilitées, consignes du ministre techniquement irréalisables…

Les consignes du ministre annoncées hier, au mépris du droit et du principe d’égalité de traitement de tous les candidats, sont seules responsables de cette désorganisation qui met en péril juridique le Baccalauréat 2019.

Le ministre préfère le chaos au dialogue.

Rodrigo Arenas, vice-président de la FCPE, déclare : C’est le bordel. Il faut siffler la fin de la récréation. Il en appelle à … Emmanuel Macron ! La FCPE-Paris appelle à la démission du ministre.

Les professeurs grévistes réunis en Assemblées générales à Paris, Lyon, Toulouse, ont, eux, scandé Blanquer démission. Et la FCPE-Paris demande la démission du ministre.

Il faut bien évaluerla méthode du coup d’État – c’est là peser nos mots – de M. Blanquer contre le Bac.

Il a dû y avoir dans les 3,5% de professeurs retenant leurs notes de Bac. Le problème pour Blanquer (il n’est pas sûr qu’il l’ait compris, mais peu importe), c’est que ce ne sont pas isolés marginaux, mais les francs-tireurs de toute une profession, qui le soutient, et qui sait pourquoi : Macron et Blanquer sont en train de détruire le bac en tant que diplôme national et premier titre universitaire. Les parents et les jeunes comprennent eux aussi cela.

Blanquer pouvait faire comme si de rien n’était, et environ 100 000 élèves, sur 700 000 à 800 000 bacheliers, auraient vu certaines de leurs notes arriver avec retard, ce qui est certes angoissant, mais dont le gouvernement porte l’entière responsabilité, ayant choisi de passer en force sur toute la ligne. Mais justement, Blanquer a, dans cette logique, décidé d’écraser ceux qu’il a pris pour une petite minorité. Et il est en train de s’y casser les dents. Car il a donné des consignes illégales : mettre comme note la moyenne de l’année, inventer des notes si on n’a pas de telles données, pour pouvoir à tout prix annoncer demain matin vendredi que pas un lycéen n’a pas eu ses résultats.

Du coup des jurys ont refusé de se prêter à des opérations susceptibles d’être l’objet de plaintes en justice. Blanquer a montré que casseur, le preneur d’otages, c’est lui.

La sortie de route de Blanquer, hors de la légalité, s’inscrit pleinement dans la dérive « illibérale » du gouvernement Macron. Elle pose les conditions d’un affrontement politique de tous les personnels et défenseurs de l’école publique, et de la jeunesse, avec ce pouvoir exécutif, dès la prochaine rentrée.

 

 

 

 

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Les Amazones de la Liberté.

Libye – La maltraitance ordinaire des milices esclavagistes contre les migrants (DR)

Tiens, c’est une femme, juge, qui a tranché en Italie : Carola Rackete a donc eu, du point de vue judiciaire, raison de sauver des vies humaines, et de plus ses actes étaient conformes au droit maritime et aux conventions internationales signées par l’Italie.

Cette victoire, qui ne doit pas nous faire oublier que Pia Klemp et l’ancien maire de Riace Domenico Lucano sont toujours en prison et en attente de jugement, est de la plus haute importance.

Elle situe en effet le droit comme étant au-dessus de l’État, cet État qui, en France avec les violences policières, les expulsions de migrants et le flou artistique des mots dans la loi Blanquer, par exemple, ne respecte plus le droit à la sûreté tel que l’Habeas corpus l’avait affirmé dès la fin du XVII° siècle.

En outre, la juge d’Agrigente, Alessandra Vela, a précisé que sauver des vies n’était possible qu’en conduisant les gens vers un port sûr, et qu’il n’y a pas de port sûr en Libye, où Salvini voulait les renvoyer, ainsi qu’en Tunisie à présent.

Là aussi, semblable est la politique de Macron et de Castaner qui, tout en dénonçant les ONG humanitaires soupçonnées de piraterie, de trafics et de tout ce que l’on veut, misent avec la pire des cruautés cyniques sur le renvoi des migrants en Méditerranée vers les griffes des garde-côtes libyens, c’est-à-dire des bandes armées d’esclavagistes violeurs (d’hommes comme de femmes).

Or, que vient-on d’apprendre concernant la Libye ? Un bombardement s’est abattu sur un camp de migrants, près de Tripoli. «Au moins» 44 morts, certainement beaucoup plus. C’est vers ça que les pays de l’Union Européenne, l’Italie de Salvini comme la France de Macron, veulent refouler des milliers de gens. Ce massacre est attribué à l’aviation du général Haftar, ce nouvel «homme fort» de la Libye, qui, en fait, piétine devant la Tripolitaine et a commencé à essuyer des revers.

Haftar, soutenu par la Russie, l’Égypte, l’Arabie saoudite et, en sous-main, par la France, devait rétablir un «État fort» en Libye. Il est en outre l’un des parrains des milices de violeurs Janjawids au Soudan, que le peuple soudanais a à nouveau défiées ce dimanche à Khartoum : des dizaines et des dizaines de milliers de manifestants, officiellement 7 morts et 181 blessés dont 27 par balles. Ils ont marché vers le palais présidentiel. Le mot d’ordre Pouvoir civil signifie dehors les militaires. Ils ont également scandé des slogans de solidarité avec les peuples syrien et yéménite. Belle leçon pour tous les adeptes de tel ou tel camp géostratégique : au Yémen comme en Syrie, c’est à des massacres et à des famines artificielles de même nature que sont confrontés les peuples.

Le ministre des Affaires étrangères italien, lui aussi, avait proclamé, pas plus tard que ce vendredi, le «maréchal» Haftar comme «un interlocuteur incontournable» en Libye. Haftar ne parvenant pas à conquérir tout le pays, est en train de faire monter les enchères contre le soutien turc à ses adversaires de Tripoli, cherchant à susciter des affrontements égypto-turcs et saoudo-turcs sur le sol libyen. Tels sont les interlocuteurs incontournables et les hommes forts du monde du capital : de Trump à Haftar, des incendiaires.

Le piétinement d’Haftar, la poursuite héroïque des manifestations de masse au Soudan, comme la poursuite de la mobilisation massive des Algériens, sont à mettre en relation avec la résistance démocratique sans concession que ces deux femmes, Pia Klemp et Carola Rackete, ont incarnée en Méditerranée.

Contre elles, cet autre incendiaire qu’est Matteo Salvini a franchi le mur du son du grotesque :

«L’Italie a relevé la tête : nous sommes fiers de défendre notre pays et d’être différents des autres petits dirigeants européens qui pensent encore pouvoir nous traiter comme leur colonie

Mais non, povero Matteo, tu es tout aussi «petit» que notre Castaner ! Tu n’es qu’un «petit dirigeant», au service du patronat et du capital, qui doit bomber le torse pour tenter de faire croire qu’en essayant de noyer et de livrer des pauvres gens à tes complices les violeurs esclavagistes, tu combats Merkel, Macron et la Commission européenne !

Ceci étant, la rhétorique de la guerre se dessine en filigrane, comme le dernier recours du ramassis d’incendiaires irresponsables qui nous gouvernent. Les Haftar, les Castaner, les Salvini, et les Macron – et les Macron ! – sont les figures de l’ «illibéralisme» qui ne libéralise que les flux du capital et qui pour cela brûle la terre et assassine les humains.

Contre leur ordre en pleine décomposition barbare, les Carola et les Pia ont dessiné la figure des amazones de la liberté, et des méthodes de combat, celle de l’affrontement, qui doivent s’imposer au plus grand nombre.

03-07-2019.

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Liberté et relaxe pour Carola Rackete et Pia Klemp !

La capitaine Carola Rackete a forcé un barrage de la douane italienne pour sauver des dizaines de migrants que Matteo Salvini, le vrai chef de l’exécutif italien, voulait renvoyer soit à la noyade, soit aux bandes esclavagistes libyennes.

Elle est à présent emprisonnée, de même que la capitaine Pia Klemp est jugée pour avoir, elle aussi, sauvé des migrants.

Les nationaux-populistes italiens partent en campagne contre ces femmes, «teutones» à la solde de «Soros» comme l’écrit le «philosophe» Fusaro, penseur du pouvoir italien.

Nos Macron et Castaner ne disent rien, participant à la même politique qui pousse aux noyades et pactise avec les esclavagistes tout en criminalisant les Carola et les Pia.

Elles ont raison, elles sont des nôtres, leurs méthodes sont celles qui s’imposent, pour la vie des humains il faut et il faudra affronter directement les dirigeants européens, les Salvini, les Macron and co.

Au fait, où sont les grands dirigeants, de gauche ou «insoumis», en France sur ce sujet ? S’ils avaient encore une légitimité historique, n’appelleraient-ils pas à manifester à l’ambassade d’Italie, mais aussi au ministère de l’Intérieur et à l’Élysée, pour imposer la libération et la relaxe immédiates de ces femmes, de ces capitaines qui nous montrent la voie et qui, d’ores et déjà, sont devenues les symboles de l’humanité combattante ?

Il nous faut, sur ce sujet comme sur les autres, une force organisée qui ose appeler à agir ensemble. C’est aussi pour cela qu’il faut maintenant se rencontrer et se fédérer.

01-07-2019.

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Canicule, capital et macronie.

Le fait politique du moment, c’est … la canicule. Car la violence de ce «coup de chaud» faisant découvrir les 40, 45° et plus à beaucoup de régions de France confirme et renforce l’urgence climatique, qui est une urgence politique.

Nos gouvernants le savent. Non pas qu’ils envisagent de réduire réellement les émissions de gaz à effet de serre. Il serait dans l’absolu facile d’interdire les vols de bombardiers, de rationaliser les transports aériens pour les réduire dans de grandes proportions, d’interdire les gros navires comme ceux qui menacent Venise de submersion, de stopper les feux de torchères pétrolières et les exploitations de gaz de schiste, de mettre en extinction en quelques années la production pétrolière et charbonnière tout en généralisant le solaire, l’éolien et les petits barrages, de sanctuariser en préservant les populations présentes les forêts tropicales, notamment – et le tout rapidement. Il n’y a aucun obstacle technique majeur à réaliser cela. L’histoire de l’humanité a connu, lors de guerres, de révolutions, de phases d’expansion économique ou de grands travaux, des entreprises par elles-mêmes plus difficiles.

Mais telle n’est pas l’intention de nos gouvernants, car ils sont mandatés par le capital, et que la combustion des hydrocarbures n’a pas pour finalité les besoins humains et sociaux réels, mais la reproduction et l’accumulation du capital. D’ailleurs, l’accord commercial qu’ils viennent de signer avec le Mercorsur de Bolsonaro est catastrophique pour l’environnement …

Donc que disent-ils et que font-ils?

Macron appelle «tout le monde» à agir, de manière indistincte : il va falloir «changer nos comportements». Il ne s’agit pas des pétroliers, ni des marchands d’armes et de leurs acheteurs, ni des firmes aériennes et navales. Il s’agit des gens, de la population, sommée de s’adapter. Ils veulent nous faire subir leur réchauffement, nous le faire payer, et en user pour relancer encore les modes d’accumulation du capital.

Un signe, encore peu remarqué, ne trompe pas. Dans les éléments de langage gouvernementaux et officiels, le «développement durable» est en recul. Cette formule tarte à la crème signifiait poursuivre le développement (du capital) tout en le rendant «durable» pour les générations futures. De plus en plus (et jusque dans les nouveaux programmes de Géographie de la réforme du lycée, qui, pour la première fois, intègrent explicitement la réalité et la centralité du réchauffement !!), cette expression est remplacée par une autre tarte à la crème : la «transition». Vers quoi ? Cela n’est pas dit. Il va falloir que «nos sociétés», il va falloir que «les populations», il va falloir que «tout le monde», accepte et intègre la «transition».

Qu’est-ce à dire ? Il se trouve que nous avons un ministre qui porte ce nom. François De Rugy est «ministre de la Transition écologique». Alors même que le louche Castaner, ministre de l’Intérieur, est obligé de demander une enquête à propos des violences policières commises contre un rassemblement pacifique exigeant des mesures réelles et rapides contre les émissions de gaz à effet de serre, M. De Rugy, ci-devant dirigeant «écologiste» (très similaire en son temps aux dirigeants actuels d’EELV), a déclaré quant à lui que «le temps n’est plus aux manifestations».

Pour lui le temps est à la répression et même le thème de la lutte contre le réchauffement … ou de l’adaptation forcée au réchauffement … enfin, bref, la fameuse tarte à la crème, la «transition», est un moyen de répression.

Cette utilisation cynique et potentiellement meurtrière de l’alibi de la «transition», transition du capital au capital en fait, participe pleinement de la dérive «illibérale» de la V° République macronienne en dehors de toute norme d’État de droit.

Les deux dernières semaines en France n’ont pas connu de vagues de manifestations comme à d’autres moments de l’année, et pourtant le niveau barométrique des violences policières est resté élevé. Outre cette inadmissible agression du 28 juin dernier au pont Sully, on a vu ces attaques nocturnes contre de jeunes fêtards à Nantes à l’issue de la fête de la musique, conduisant à la disparition de l’un d’eux, probablement noyé, et à un déni préfectoral semblable à celui qui concerne les violences policières dans tout le pays.

Nous aurons l’occasion de revenir sur les nouveaux développements de la crise de régime en France. Mais pour revenir à la canicule, rendons-nous compte qu’à l’échelle mondiale, l’alerte de l’année 2019 s’abat violemment sur l’Inde. Thème absent des récentes élections indiennes, c’est un coup de chaud à 50° que l’Inde a connu ces dernières semaines. Si cela se reproduit et s’aggrave, comme cela va être le cas si on n’agit pas au niveau global dans les toutes prochaines années, c’est l’existence de dizaines de millions, voire de centaines de millions, d’êtres humains qui est en cause. Tel n’est pas le sujet pour M.M. Macron, De Rugy – ou Modi (président indien).

«Sans révolution socialiste, et cela dans la toute prochaine période historique, la civilisation humaine toute entière est menacée d’être emportée dans une catastrophe On peut discuter, trouver ces mots (de Trotsky, 1938), datés, millénaristes, etc. (ils envisageaient en leur temps la guerre mondiale). Ils n’en sont pas moins adaptés au moment présent, à un point que leur auteur ne pouvait imaginer.

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Liberté ! Liberta ! Libertad !

Le camarade Jean Puyade nous communique :

Le Rassemblement solidaire à Paris le Vendredi 21 juin a répondu à l’ appel de l’ association Madrileñ@s por el derecho a decidir: il s’agissait d’ établir et de coordonner dans les villes de l’ Etat espagnol, de France…en Europe, les espaces de liberté répondant à notre indignation à la fin du procès inique des prisonniers politiques catalans. De nombreuses et nombreux signataires du Collectif pour leur libération qui, vus les délais si courts, n’ ont pu participer au Rassemblement, nous ont fait parvenir leur solidarité. Vous trouverez en fin de message le lien avec le communiqué de Madrileñ@s por el derecho a decidir après ces premiers Rassemblements du week end dernier..

      Voici ci-après le compte rendu du Rassemblement solidaire.à Paris.
      La manifestation le 2 juillet 2019 à Strasbourg, devant le Parlement européen, convoquée par de nombreuses associations et organisations catalanes, sera un autre important moment de la mobilisation qui est indispensable pour la défense de la Liberté et la démocratie

Nous vous tiendrons informé-e-s des initiatives unitaires nouvelles qui doivent être prises. N’hésitez pas pour votre part à nous transmettre vos informations et suggestions- Paris le 29 juin 2019- Le Collectif pour la Libération des prisonniers politiques catalans

1) Rassemblement Solidaire à Paris!

Libération des prisonniers politiques catalans!

L’ autodétermination est Démocratie!

       Répondant à l’ appel de Madrileñ@as por el derecho a decidir:  « (…) afin que le peuple catalan et les prisonniers politiques puissent sentir notre soutien en même temps que les institutions perçoivent notre indignation, nous proposons une mobilisation simultanée dans plusieurs villes de l’ Etat espagnol ainsi que dans d’autres pays européens (…) « , le Collectif pour la libération des prisonniers politiques catalans et nos amis de Toulouse et Lyon  en ont réalisé d’autres le lendemain. Le dimanche 23 juin il se tenait à Madrid et le lundi 24 à Granada. Il était important que les réseaux solidaires se mobilisent et se connectent en vue des indispensables nouvelles initiatives qui sont nécessaires pour que soient respectés. les droits et libertés démocratiques du peuple catalan. Une semaine avant, à Montpellier et Perpignan d’ autres rassemblements s’étaient tenus et à Tarbes autour de Marie Pierre Vieu une initiative unitaire de plusieurs organisations avait été lancée. Le 27 juin Nice prend le relais.

 

   A Paris, ce vendredi 21 juin, après le rappel du cadre international dans lequel se réalisait ce rassemblement solidaire et l’envoi des messages d’ un certain nombre des signataires de la pétition, qui n’ avaient pu être présents, comme Mrs le député Paul Molac, le Conseiller régional Gérard Onesta,  Gus Massiah (CDTM), Eric Toussaint (CDTAM) et Maître Claire Dujardin du Syndicat des Avocats de France (SAF),Christian Mahieux au nom de la Centrale syndicale « Solidaires » apporta au rassemblement le soutien de son organisation et du réseau syndical international dont elle fait partie.
        Il fut suivi par les  interventions et témoignages de Marie Caballé, Xisco Riera ( pour le CDR Paris) et Ignasi Fortuny (pour l’ ANC France)…Outre la démonstration par les faits de la mise en cause de la démocratie que représente le procès subi par les responsables indépendantistes catalans, les trois intervenants catalans ont appelé à la Manifestation qui aura lieu à Strasbourg, le 2 juillet devant le Parlement européen

Les prises de parole de Eric Chopart (Ensemble), Christian Varin (NPA), Georges Vidal (POID), Patrick Silberstein (Editions Syllepses) ont apporté leur contribution et motivations à cette cause commune. En conclusion Jean Puyade pour Collectif  de signataires a rappelé la nécessité de la coordination et rassemblement des initiatives qui sont  prises dans l’ Etat espagnol, en France et en Europe car défendre les prisonniers politiques catalans, défendre le droit à l’ autodétermnation du peuple catalan c’est défendre les droits de l’ Homme en Europe. Comme moment vers ce rassemblement des énergies solidaires, il appela à rejoindre la Manifestation du 2 Juillet à Strasbourg.

Le Collectif mettra bientôt à disposition de toutes et tous une vidéo rendant compte du rassemblement et des différentes interventions. Nous  rassemblons le dossier de ces différentes interventions pour les transmettre aux prisonniers politiques catalans.

Dans l’ immédiat voici ci-après l’intervention de Marie Caballé:

« Il est temps que l’Europe et la France ouvre les yeux sur ce qui se passe en Espagne, dans le conflit qui oppose l’État espagnol et le peuple de Catalogne . Comment continuer à détourner le regard ,et à se taire , face aux dérives antidémocratiques de notre pays voisin, comment ne pas dénoncer ce procès inique des prisonniers politiques catalans en prison préventive depuis un an et demi , ce procès qui demande des peines extrêmement lourdes allant jusqu’à vingt-cinq ans de prison pour l’organisation d’un simple référendum pacifique, ce procès mascarade où l’accusation populaire est représentée par Vox , parti d’extrême droite qui exhibe avec arrogance et en toute impunité son culte du franquisme et son mépris de la Catalogne , ce procès kafkaïen où peu importe les arguments de la défense démontrant clairement l’absence de violence des catalans, alors que légalement pour l’accusation de rébellion portée sur les accusés, la violence doit être présente, or la seule violence démontrée , c’est celle de la Guardia civil qui à coups de matraques et de balles de caoutchouc a fait en quelques heures plus de mille blessés le jour du référendum… Mais, peu importe les arguments de la défense , peu importe la véracité des faits, le verdict est fixé d’avance. Il va être délivré cet automne et les peines qui vont tomber seront très lourdes et sans possibilité de recours en Appel.

Le procès vient d’être dénoncé par un groupe d’experts de l’ONU qui demande la libération immédiate des prisonniers jugeant leur détention arbitraire. Mais l’État espagnol refuse de suivre les injonctions de l’ONU , s’abritant de façon hypocrite derrière l’argument de séparation des pouvoirs politique et judiciaire; Or ce que la justice espagnole à travers ce procès démontre avec éclat, c’est qu’elle n’a pas rompu avec son passé franquiste. Se pensant toute puissante , elle bafoue en toute impunité les fondements de la démocratie et les droits de l’homme… et cela continue… avec la décision du Tribunal Suprême d’interdire à Oriol Junqueras (vice -président du Parlement catalan et dirigeant du parti de gauche Esquerra Republicana) de prendre possession de son mandat européen ,en faisant fi de la présomption d’innocence et des conditions d’éligibilité des personnes, et cela continue avec le refus d’ inscription des candidatures de Carles Puigdemont et Toni Comin, exilés à Bruxelles, leur interdisant ainsi la possibilité de siéger à Strasbourg . Comment continuer à parler de démocratie quand sont exclus trois députés qui ont reçu le support de deux millions trois cent mille catalans. Comment garder la confiance en nos institutions européennes si elles couvrent et ne dénoncent pas ces atteintes graves à la démocratie, Quelle Europe se prépare si nous laissons faire, la question catalane nous concerne tous , en tout cas ceux ou celles qui parmi nous tiennent encore à des valeurs de liberté et de justice. »

En écho aux paroles finales de Marie Caballé, tant l’ intervention de Ignasi Fortuny (ANC) que celle de Xisco Riera (CDR Paris), appelèrent l’ensemble des présents et de leurs amis à participer à la manifestation convoquée par de nombreuses associations et organisations catalanes le 2 juillet 2019 devant le Parlement européen à Strasbourg

A Madrid

Le 23 Juin 2019 c’est à la Puerta del Sol de Madrid que se sont rassemblés les membres de l’Association « Madrileñ@s por el derecho a decidir » soutenant la banderole : « Pour la Liberté des prisonnier-e-s politiques ! DEMOCRATIE! REPUBLIQUE (s) ! Voici ci-après le communiqué qui a été lu au cours de ce Rassemblement.  Ils ont appelé à se joindre à la Manifestation qui aura lieu le 2 Juillet à Strasbourg.
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