« Et on ira jusqu’au retrait – Macron démission ! » Editorial du 10-01-2020

La journée du 9 janvier a été perçue par ses participants comme par leurs adversaires comme celle d’une remontée des grèves et des manifestations – près de 1 million et demi dans le pays avec un grand nombre de manifestations ou de rassemblements dans de petites localités. Le caractère des manifestations, avec des salariés groupés par collectifs de travail (établissements d’enseignement, lignes de métro, centres techniques SNCF notamment, mais aussi Opéra de Paris si remarqué à juste titre !), leur a redonné courage et confiance après la vraie-fausse trêve des vacances, les directions syndicales ayant fixé cette date du 9 janvier dès avant celles-ci. Tout le monde a noté la forte montée en puissance de l’enseignement, surtout lycées et collèges, dans les cortèges, et l’ébranlement de certaines universités.

Un fait important a été non seulement la multiplication des violences policières, avec plusieurs attaques devant des lycées comme à Châlons-sur-Saône, mais la montée de la résistance de masse à celles-ci. Ce qui s’était produit dans la région de Rouen-Le Havre, nourrie de la tradition des dockers, s’est reproduit de Paris à Nantes et Avignon : des cortèges refusant d’être tronçonnés, agressés, interdits d’accès sur les parcours pourtant autorisés préalablement. Dans certains cas, des manifestants disent avoir été sauvés des coups, protégés ou soignés par des « black blocks » de moins en moins coupés de la masse, par les SO syndicaux, ou par les groupes mobiles de street medics. Mais surtout, on commence à voir des groupes compacts, banderoles en avant, faire front, refuser de bouger ou avancer lentement en séances de « pousse-pousse », situation plus problématique, pour les forces dites de l’ordre confrontées à la masse, que lorsqu’ils coincent des petits groupes préalablement éclatés. D’autres témoignages attestent de flottement parmi celles-ci, allant d’un relatif « laxisme » à des déchaînements agressifs ne suivant pas les ordres des officiers.

Et la même volonté montante qui fait refuser de plus en plus, désormais, de se faire casser et nasser, pousse à aller devant les commissariats exiger la libération, exiger des informations, des amis et camarades que les bandes policières ont kidnappés. De Lille à Valence en passant par Avignon, on ne compte plus de tels rassemblements.

Nous nous permettons d’insister sur ces éléments en fait politiques au plus haut point, touchant aux relations et confrontations avec une police qui, rappelons-le, vient d’être achetée par la préservation de son régime de retraite (les « fonctions régaliennes » autorisent des « dérogations à l’âge de départ en retraite »¸Castaner !), dans une perspective de « garde prétorienne » de la part de Macron, qui veut en finir avec les pensions (et le statut) des fonctionnaires, mais pas avec les pensions des militaires !

Le déroulement de l’énorme manifestation parisienne (au moins 200.000) illustre ces données politiques. Plusieurs fois attaqué par les bandes policières, le cortège tout entier a poussé pour aller au bout du trajet (officiellement autorisé) place Saint-Augustin, que le préfet Lallement avait visiblement tenté d’interdire, et la manifestation a occupé et tenu la place, dans la nuit, aux cris de « Et on ira jusqu’au retrait – Macron démission ! »

Ce mot d’ordre, qui s’est imposé dans la densification de la manif et l’ambiance d’affrontement, concentre parfaitement le contenu politique du mouvement réel tel qu’il est engagé. Il fusionne tout naturellement une formulation syndicaliste, celle du retrait, et le « Macron démission » venu des profondeurs et des gilets jaunes. Ce n’est pas qu’une chanson de manif, c’est la volonté réelle des masses réelles.

C’est un affrontement politique qui se joue entre le pouvoir exécutif du capital et le prolétariat.

Sa force et ses difficultés sont concentrées dans l’expression de son unité qu’est l’intersyndicale nationale CGT/FO/FSU/Solidaires (étendue dans certaines branches à des secteurs de l’UNSA, mais envers laquelle la CFDT, ultra-présente dans les discours gouvernementaux et médiatiques, est renvoyée dans les cordes : depuis le 5 décembre une partie de sa base est présente mais ne s’en réclame pas).

Tout l’art, notamment de Philippe Martinez, consiste à avoir vraiment l’air d’appeler à la grève générale, mais en n’appelant surtout pas à la grève générale. « Allez-y les gars, faites grève ! », ainsi peut se résumer, sous toutes les modalités possibles, la ligne générale de Montreuil et de l’intersyndicale nationale à sa suite, renvoyant les responsabilités à la base quand la bataille est centrale, ce qui revient à placer ladite base en situation d’agitation permanente sans possibilité de trancher et de décider réellement.

L’autre volet de cette politique consiste à participer envers et contre tout aux séances de « dialogue social », quitte à souligner que cela ne rime à rien, organisées au niveau national le 7 janvier (FSU et Solidaires protestant de ne pas avoir été invités… !), et dans certains secteurs.

Les deux volets – l’agitation, le « Allez-y les gars, c’est à vous ! » permanent, et le « dialogue social » – ont un fond politique commun : le refus de battre Macron car le battre maintenant, c’est le liquider, c’est mettre fin au quinquennat en ouvrant la crise révolutionnaire du régime de la V° République. Une montée en puissance centrale appelée par l’intersyndicale aurait été possible en décembre : trois-quatre jours de grève avec marche sur l’Élysée, et elle reste possible.

En même temps, l’intersyndicale est « verrouillée » positivement sur le mot d’ordre de retrait, lequel signifie Macron dehors comme l’a dit la manif parisienne place Saint-Augustin, mais elle refuse cette conséquence et aligne sa tactique sur ce refus. Ceci donne une tactique de « temps forts » et d’ « inscription dans la durée » bien connue, mais qui peine par rapport à la poussée des secteurs en grève ou en fermentation dans lesquels montent les formes d’auto-organisation sur lesquelles nous allons revenir : les « temps forts » deviennent alors des cycles de deux jours à trois jours, comme ces 9-10-11 janvier dans beaucoup de départements, et comme, nationalement, les 14-15-16 la semaine prochaine : flirter le plus possible avec l’idée de grève générale sans jamais faire le pas, allonger, allonger, allonger (quitte à féliciter, à décorer, à afficher le portrait de ceux qui « tiennent » en reconduisant la grève !) sans jamais centraliser une bonne fois contre Macron.

Une conséquence de cette tactique est le vrai-faux départ de la grève générale des raffineries et des sites pétrochimiques, toujours attendue depuis le 5 décembre : la fédération CGT Chimie – officiellement « dure », semi-opposante et « FSM »- annonce en moyenne tous les trois jours qu’on va voir ce qu’on va voir, et si on a bien vu des cycles de blocages, on ne voit toujours pas « le » blocage qui passe par la prise en main de leur propre action, de leur propre grève, des ouvriers des raffineries. Le résultat est palpable : 36 jours après le démarrage du mouvement, on n’a pas encore vu de pénurie généralisée de carburant dans les stations service.

Soucieux de l’unité à tous les niveaux, les éléments d’auto-organisation ne cherchent pas la confrontation avec l’intersyndicale nationale, mais cherchent à s’appuyer sur son existence, soudée sur la revendication du retrait, et cherchent à étendre la grève et à pousser le plus loin possible, étayée sur un sentiment de puissance et de confiance montantes.

De la veille des vacances au 9 janvier ce fut long, et grandes étaient les craintes de constater un effritement ce jeudi : ce fut tout le contraire et du coup on se dit « bon sang on a tenu, on est capable, on peut gagner et donc on doit gagner ».

Gagner impose de passer de la situation présente de lame de fond qui affleure partout à celle de la grève générale comme le 5 décembre, mais se centralisant contre Macron et l’Élysée.

Ceci demande l’association politique de ceux qui n’ont pas peur de ça, de ceux qui veulent aider leur classe à gagner – non pas faire la démonstration de qui aurait raison, qui aurait tort, qui sont les bons, qui sont les traîtres, mais aider à gagner : c’est comme ça que le parti de la révolution peut se construire et pas autrement. Répétons-le (cf. notre édito du 16 décembre) : « Le rôle d’une force politique agissant pour gagner n’est ni de renchérir sur les mots d’ordre syndicaux nationaux, ni – encore moins – de présenter la situation comme un mur infranchissable tant que « les appareils » n’ont pas appelé à la grève générale et refusé toute négociation : il est de désigner le pouvoir politique du capital comme l’ennemi à abattre, et ainsi de susciter, d’appuyer et d’étendre toutes les formes d’auto-organisation, vers les comités de grève élus. »

Ce qui, répétons-le aussi (cf. notre édito du 7 décembre), n’a rien de facile, c’est au contraire une bataille extrêmement difficile, qui demanderait une organisation politique centralisée, centralisée au bon sens du terme bien entendu ! Elle est extrêmement difficile parce que l’auto-organisation n’est pas dans les habitudes de la société capitaliste et que toutes les pratiques existantes, politiques, syndicales souvent, «gauchistes» souvent aussi, s’y opposent en réalité.

De fait, les formes « classiques » de comités de grève élus groupant des délégués d’assemblées générales et intégrant les syndicats n’émergent pas ou pas encore, alors qu’il y a floraison de formes diverses qui tendent à former des « réseaux », des caisses de grève, des groupes téléphoniques, qui sont déjà plus et mieux que les « AG interpro » des dernières années, et qui voient, en particulier en région parisienne, des assemblées régulières attirant beaucoup de profs se cristalliser autour de tel centre RATP, après le rôle joué pendant les vacances par la coordination francilienne des grévistes RATP-SNCF.

Il faut certainement intégrer cette dimension « réseaux », comme il faut assimiler la dimension « ronds-points » des gilets jaunes, se greffant sur les sites de la circulation du capital, aux formes prochaines de l’auto-organisation de masse. Mais demeure incontournable la question des AG sur les lieux de production et de travail, éventuellement prolongées par des « réseaux » associant les intérimaires, les sous-traitants, les vacataires, voire … les voisins. Il n’y a pas de formes canoniques, mais rien ne remplace la réunion réelle de la masse prolétarienne elle-même.

Arguments Pour la Lutte Sociale s’oriente vers la tenue d’une réunion-débat de caractère internationaliste le 1° février, en présence du camarade nord-américain Dan LaBotz, réunion qui discutera bien entendu, dans le prolongement de la première rencontre significative du 20 octobre dernier, de cet objectif, qui, pour nous, est la seule manière réaliste d’aller vers un parti de la révolution : l’association, la fédération, de toutes celles et ceux qui agissent pour aider notre classe à son auto-organisation réelle, sans lui donner d’ordre mais en s’efforçant d’y voir clair pour avancer, donc au moment immédiat, plus que jamais, sur le double, et en fait unique, objectif :

RETRAIT du projet anti-retraites et DEHORS Macron !

Le 10-01-2020.

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Réunion-débat-concert : les peuples veulent la chute des régimes.

https://www.facebook.com/events/2380351478743713/

16h-20h : RENCONTRE INTERNATIONALE
20h30 : DÎNER SYRIEN
21h30-24h : CONCERTS

💥 [Français/العربية] 💥

Huit années après la vague de soulèvements de 2011, le Moyen-Orient et le Monde Arabe se retrouvent à nouveau agités par les secousses de la révolte.

Au Liban, après que la population s’est levée au cri de « Thaoura ! » (révolution), le Premier Ministre a certes quitté le pouvoir mais les manifestants n’entendent pas s’arrêter là. Au Soudan, après de long mois de manifestations, le dictateur Al-Bashir est tombé, et les négociations ont abouti à un système incertain entre gouvernement civil et militaire. En Algérie, si la rue a eu raison de Bouteflika mais demande toujours la chute du système, les généraux refusent de quitter le pouvoir. A l’heure où ces lignes sont écrites, le peuple iranien, dernier en date à avoir rejoint ces soulèvements, paye dans le sang le prix de la contestation. En Irak, enfin, la répression, terrible elle aussi, ne parvient pas à éteindre le feu de la colère qui a embrasé le pays : à Bagdad, en ce moment même, un quartier entier du centre ville reste tenu par les insurgés qui, comme tant d’autres avant eux, exigent la chute du Régime.

La Révolution, en Syrie nous l’a montré : les enjeux au sein d’une situation locale ne peuvent être réduits à leurs cadres nationaux. Pendant que les gouvernements, de ces pays et d’ailleurs, discutent de la meilleure façon de mater cette colère régionale et internationale, à nous de faire dialoguer nos situations, de partager nos expériences, nos outils et de renforcer nos liens.

Nous proposons donc ce samedi 11 janvier à Montreuil, une première rencontre autour de ces questions :
Qu’est-ce qui a déclenché ces soulèvements ? Quelles formes et méthodes d’organisations y trouve t’on ? Quelles stratégies répondent à la répression ? Quels horizons y sont recherchés ?

16h30-17h : Présentation de la Cantine Syrienne de Montreuil

17h-19h30 : Interventions ou messages d’activistes et chercheurs.e.s impliqué.e.s dans différentes révoltes de 2019 (Iran-Liban-Soudan-Algérie-Irak ) sur place ou en exil. Suivis d’une discussion croisées entre les intervenant.e.s sur les circulations internationales entre ces soulévements et sur les tâches de l’internationalisme aujourd’hui

20h: Grand repas servi par @La Cantine Syrienne de Montreuil المائدة السورية (à prix libre)

20h30 : Appel vidéo avec des habitant.e.s de quartiers en lutte du Chili

!!! Concerts !!!

21h30 : Les rappeurs No+oligarquía du Chili et Sinapsis du Perou

23h : Wael Alkak : ELECTRO CHAABI

« Wael Alkak est un musicien, compositeur et producteur Syrien formé au Conservatoire de Damas. Basé à Paris depuis 2012, il présente sur scène son projet solo Wael Alkak Live, résultat d’une création électronique hybride et expérimentale, mêlant rythmes traditionnels Chaâbi, chants populaires syriens et improvisations électro. »

مضت ثماني سنوات على اندلاع شرارة ثورات 2011 في الشرق الأوسط والعالم العربي، لتعود المنطقة وتشهد حراكا ثوريا جديدا.
بعد أن صدحت حناجر الملايين من اللبنانيين بشعار « الثورة »، قدم رئيس الوزراء استقالته، غير أن الشعب اللبناني لا يعتزم التوقف عند هذه النقطة. في السودان، اندلعت احتجاجات شعبية على مدى شهور طويلة، أدت الى الإطاحة بالبشير، لتبدأ بذلك سلسلة من المفاوضات أسفرت عن تشكيل نظام حكم غير واضح المعالم بين سلطة المدنيين والعسكر. وفي الجزائر، أطاح المتظاهرون ببوتفليقة ولازالوا يطالبون بسقوط النظام بالكامل أمام رفض الجنرالات مغادرة السلطة. ولحد كتابة هذه الاسطر، يقوم الشعب الإيراني، وهو آخر من التحق بركب الاحتجاجات، بدفع دمه ثمنا لرغبة في التغيير. القمع الدموي في العراق لم يستطع هو الآخر اسكات الغضب الشعبي المشتعل في البلاد. ففي هذه الاُثناء، يحتل المتظاهرون حيا بأكمله في قلب العاصمة بغداد مطالبين بسقوط النظام.
لقد أوضحت لنا الثورة في سوريا أنه يستحيل حصر الرهانات المتعلقة بقضية محلية في اطارها الوطني المحدود. ففي الوقت الذي تناقش حكومات هذه البلاد مع حكومات أخرى خارجية الوضع من أجل إيجاد السبيل الأفضل لتسكين هذا الغضب الإقليمي والدولي، يجب علينا بدورنا أن نحاول مناقشة أوضاعنا، ومشاركة تجاربنا، وأدواتنا، وتقوية روابطنا.

لذلك ننظم هذا السبت 7 ديسمبر/كانون الأول في مونتروي، لقاء أولا لبحث هذه الأسئلة: ما الذي أثار هذا الغضب الشعبي؟ ما هي أشكال وطرق التنظيم المعتمد عليها؟ ما هي الأساليب التي يقابل بها المحتجون القمع؟ وما الآفاق التي يُطمح الى بلوغها؟
من الساعة 4:30 إلى 5 : تقديم حول المائدة السورية في مونتروي .
من الساعة 5 إلى 7:30 : تدخلات ورسائل من الناشطين المشاركين في مختلف الثورات (إيران – لبنان – السودان – الجزائر – العراق)
و نقاش بين مختلف المشاركين.

الساعة 8: وجبة مقدمة من قبل المائدة السورية بمونتروي بسعر مفتوح/حر.
الساعة 9: تنظيم مكالمة فيديو مع سكان أحد الأحياء المشاركة في الاحتجاجات في شيلي.

الساعة 9: تنظيم مكالمة فيديو مع سكان أحد الأحياء المشاركة في الاحتجاجات في شيلي.

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Contre la guerre, révolution !

Attention : comme en 1914 les chefs d’État impérialistes de tout poil peuvent préférer la guerre à la confrontation sociale chez eux et à la crise de leur pouvoir.

L’élimination, ce 2 janvier, de Qassem Suleiymani (un bourreau que l’on ne va pas regretter), chef de la garde prétorienne du régime iranien, est un coup d’État de Trump, qu’il a pu mener à bien parce que cette fois-ci ça redore son état-major que, lors de son précédent coup, il avait squeezé en lançant Erdogan – et Poutine- sur les régions kurdes de Syrie du Nord. Le coup vise le Congrès US et vise à instaurer à Washington un pouvoir présidentiel sans précédent, déséquilibrant les fondamentaux constitutionnels US. Il « compense » aussi la non-réaction US au bombardement de la plus importante raffinerie saoudienne voici quelques semaines.

Mais la suite de ce coup consiste dans la guerre contre l’Iran sur le terrain irakien – au moins. Trump et les mollahs ont un intérêt commun à se faire la guerre : leur ennemi commun, le peuple irakien, soulevé dans tout le Sud du pays, est celui qu’il s’agit de faire taire et d’étouffer.

Mettre la guerre à la place de la révolution, voila leur programme dans la mesure où ils en ont un. Ou, plus mesquinement, à la place de leur destitution ou de leur mise en accusation (Trump, Netanyahou).

Xi Jinping et Modi seraient ravis d’un tel développement qui, au moins, leur permettrait de serrer Hong-Kong, de persécuter « leurs » musulmans et d’affronter les luttes sociales plus à l’aise.

Quant à Poutine, il peut mener à bien ce qui risque d’être le massacre des millions de Syriens réfugiés dans l’enclave d’Idlib, la Turquie fermant ses frontières et compensant la nouvelle emprise russe sur sa frontière Sud, permise par Trump, en envoyant ses troupes en Libye, du côté de Tripoli, contre le sinistre Haftar (soutenu par Poutine). Le tout en prenant le risque voulu d’une confrontation avec la Grèce sur les routes maritimes, et en permettant au régime d’Alger, dont Poutine devient la béquille, de tenter lui aussi un détournement militariste.

A l’ombre de ces détonations, Poutine quant à lui pourrait gérer sa « succession », ou son auto-succession, paralysant l’Ukraine et en absorbant la Biélorussie, ouvrant un nouveau front, ou l’attisant, au Nord-Est de l’Europe.

Dans tout cela on remarquera la navigation à vue, sans boussole, de la diplomatie française, dont l’action a consisté essentiellement à aggraver directement et indirectement l’effondrement des États du Sahel, le Burkina, et la volonté démocratique de son peuple, étant maintenant directement menacé de destruction.

Le tableau fait ici n’est pas celui de la guerre mondiale, mais d’une guerre régionale effroyable participant d’un processus mondial d’implosion-effondrement du capitalisme, dont la destruction de l’Australie par le réchauffement causé par la combustion des hydrocarbures, cherchant à réduire la tendance à la baisse du taux général de profit, est un autre aspect.

Mais le scenario « guerre mondiale » proprement dit est, dans ce cadre, un développement possible.

L’alternative à ces catastrophes est là et bien là : ce sont les soulèvements populaires démultipliés depuis fin 2019. Précisément, Trump et les mollahs sont en train de mettre le feu à un terrain où les populations se sont soulevées. Les crises révolutionnaires en Irak et au Liban ont la capacité de relancer les révolutions syrienne et égyptienne et le soulèvement en Iran. Ils préfèrent à cela la guerre et les armes de destruction massives.

Soulevons-nous : c’est la voie de la survie contre le capitalisme, la guerre et le réchauffement. En agissant pour la grève générale, pour chasser Macron, nous agissons aussi pour cela.

Le 03-01-2020.

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Ni trêve, ni négociation ! En 2020, dehors Macron !

Un syndicaliste cheminot répondait aux injonctions de Macron de faire une trêve pour les célébrations de fin d’année qu’une trêve supposait que les deux parties baissent les armes et il ajoutait que les ministres et députés macronistes se relayant aux micros des médias pour s’en prendre aux grévistes, aux coupeurs de courant et autres privilégiés prouvaient bien que l’ordre du jour était à l’affrontement et non à la trêve.

L’attente artificielle créée par les mêmes médias autour du discours des vœux de leur président et de sa prétendue volonté d’apaisement est suivie, disent-ils, de la déception des dirigeants syndicaux et de la critique floue d’un discours prétendu flou, auquel cette critique reproche « des formules générales », « beaucoup de blabla pour ne pas dire grand-chose », etc.

Macron n’aurait-il rien dit ?

Bien au contraire et même si son discours ne restera pas un modèle du genre, Macron a été clair sur l’objectif : « la réforme des retraites sera conduite à son terme. » Il a été clair sur son moyen : « avec les organisations syndicales et patronales qui le veulent, j’attends du gouvernement d’Édouard Philippe qu’il trouve la voie d’un compromis rapide, dans le respect des principes que je viens de rappeler ». Depuis son élection, Macron ne peut compter sur d’autre soutien que celui des directions syndicales et il les appelle une fois encore, après des mois de concertation, à négocier la destruction des retraites, à venir sauver sa contre-réforme.

Ce qui a changé en 2019, c’est que les grévistes, nourris par un an de mobilisation des Gilets Jaunes, expriment de nouvelles exigences de démocratie et de contrôle der leur grève. Aucune direction ne peut leur intimer l’ordre de faire une trêve pour Noël, ou d’attendre, l’arme au pied, le 9 janvier.

Cette nouvelle exigence de démocratie et de contrôle pousse la lutte sociale vers la conclusion que scandent les manifestants depuis plus d’un an : Macron démission !

Ses vœux sont clairs : Macron veut détruire nos retraites, pour cela Macron veut détruire nos organisations en en faisant ses partenaires.

Nos vœux sont clairs : en 2020, dehors Macron !

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Tournant en Inde.

Après avoir suspendu la constitution indienne au Cachemire et avoir placé celui-ci en état de siège, et après avoir déclenché des exclusions de la nationalité indienne parmi les «immigrés musulmans» en Assam, le premier ministre (c’est-à-dire chef de l’État) indien Narendra Modi et son ministre de l’Intérieur Amit Shah ont pondu une « loi sur la citoyenneté » qui exclut notamment les immigrés musulmans venant des États de la zone indienne – Bangladesh, Pakistan, Afghanistan – de tout accès à la nationalité indienne.

Cette loi a été la loi de trop. Des manifestations de masse, réprimées (24 morts officiellement à cette heure hors Cachemire et Assam), mais reprenant avec plus d’ampleur et affrontant la répression, se sont spontanément étendues, des universités musulmanes à toutes les universités, puis des étudiants à toute la jeunesse urbaine, et de celle-ci à de larges secteurs du prolétariat et des masses pauvres. Lire la suite

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Libérez Chen Wenxiang !

Chen Weixiang, dit « Xiangsi », est un jeune avocat qui a organisé un très grand nombre d’interventions pour la simple application de la loi, souvent non respectée, en faveur des salaires et des conditions de travail des ouvriers de l’assainissement, dans la ville chinoise de Guangzhou, plus connue en France sous le nom de « Canton ».

Cette activité en « free-lance », typique des défenseurs des droits ouvriers en Chine, a en fait servi le développement de réseaux parmi les travailleur eux-mêmes, susceptibles de conduire à des syndicats indépendants ou à d’autres formes d’auto-organisation.

C’est bien entendu cela que craint le pouvoir oligarchique de Xi Jinping. Guangzhou est proche de Hong-Kong.

Xiangsi a été embarqué le 17 décembre dernier avec deux de ses camarades et ne sont pas réapparus depuis.

Nous appelons à signer massivement et à diffuser la pétition pour sa libération, rédigée sur place et traduite ici en anglais.

 

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Faisons le point à la veille de la vraie-fausse «trêve».

La mobilisation et ses possibles.

Mardi 17 décembre au soir, nous écrivions : « Les obstacles ne résident pas dans le degré de mobilisation. (…) Si les directions syndicales nationales appelaient d’ici la fin de la semaine, à en finir par la grève générale, il y aurait victoire – non seulement sur les retraites mais du même coup sur Macron. »

Il était possible d’en finir avant les vacances scolaires, période de congés de fin d’année pour beaucoup de salariés.

L’intersyndicale CGT/CGT-FO/FSU/Solidaires/UNEF, après que les confédérations CGT et FO se soient rendues à la non-négociation chez Édouard Philippe jeudi 19, ont fixé le prochain «temps fort» au jeudi 9 janvier, cheminots et traminots étant priés de tenir jusque-là car « Pas de trêve jusqu’au retrait. » (dixit leur communiqué commun).

La démonstration a été faite de la capacité de battre et de défaire Macron de la part du monde du travail. De fait le communiqué intersyndical « pas de trêve » lui accorde une trêve jusqu’au 9 janvier. Lire la suite

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