La défense des libertés ne se divise pas – Billet du lundi 07-01-2019

Le boxeur qui a repoussé une attaque policière samedi dernier aurait réagi par indignation devant des scènes d’envoi de gaz et de matraquage, et il est parfaitement envisageable de dire que son intervention a peut-être fait baisser le niveau de violence de ce qui était en train de se produire, s’étant terminée par le retrait des policiers et l’arrêt de l’affrontement.

Il se serait présenté de lui-même aux autorités et serait en garde à vue. Christophe Dettinger viendrait d’un milieu de gens du voyage et a été plusieurs fois champion de boxe. Naturellement, comme cela arrive à toute figure des gilets jaunes, une armada de bonnes consciences s’est précipitée sur son compte Facebook pour une inspection en bonne et due forme. Et, oh bonne mère, il aurait dans le passé liké des photos de Coluche et de Marion Maréchal Le Pen. On notera aussi que le socialiste Jérôme Guedj le connaissait, de par ses activités associatives sportives, mais le condamne à présent, comme de bien entendu. 

C’est sur la base de ces quelques informations que l’on a vu passer des messages s’indignant que l’on puisse prendre la défense de quelqu’un qui est « lié » à M.M. Le Pen !
Ce lien se réduit à un ou des l
ikes supposés. Et ce ne sont pas ces likes qu’il s’agit de défendre, mais son action du 5 janvier, pour laquelle il risque 5 ans de prison et 75 000 euros d’amendes. Alors, tu « choisis ton camp, camarade ? »

Et dis-toi bien, camarade vertueux, que si tu veux réellement réduire l’influence des idées d’extrême-droite, ce n’est pas en conspuant ce boxeur que tu le feras, bien au contraire.

Rappelle-toi ; même si cette comparaison te fera sans doute braire, qu’il fut un temps où de bonnes consciences vertueuses de gauche refusaient de défendre un militaire carriériste, conformiste et réactionnaire dénommé Dreyfus.

Et surtout, ne perd pas de vue le moment présent, où un pouvoir exécutif aux abois ne chante plus que les mots répression, punition, fermeté, pas de pitié, frappons, frappons, frappons …

Amnistie et libération immédiate de tous les manifestants condamnés, arrêt de toutes les poursuites judiciaires, liberté de manifester, à bas le fichage et la répression. solidarité ouvrière !

Lundi 07-01-2019.

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« Dérives populistes dans le mouvement ouvrier hier et aujourd’hui », un livre de Robert Duguet

« Dérives populistes dans le mouvement ouvrier hier et aujourd’hui », un livre de Robert Duguet

publié par Edilivre, décembre 2018

La grande crise des années 1930 conduisait hier au deuxième cataclysme mondial ; dans le mouvement ouvrier se développeront des courants populistes, dont les plus importants protagonistes finiront dans la collaboration avec Vichy et le nazisme. Passée l’embellie des 30 glorieuses, la social-démocratie, d’une manière générale le réformisme, a cessé de garantir aux populations laborieuses les conquêtes de civilisation acquises à la fin de la guerre. 

La dérive populiste, déjà inscrite dans une aile du nouveau parti socialiste de 1971, se manifeste aujourd’hui avec force : ironie de l’histoire qui voit un Jean Luc Mélenchon, qui a combattu durant 30 ans pour défendre l’identité socialiste, rallier aujourd’hui des positions populistes et nationalistes. L’histoire bégaie ?

Lire une présentation plus précise…

 

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Rassemblement devant l’Ambassade du Nicaragua 10 janvier 2019 à 18h30

Deuxième planton devant l’Ambassade du Nicaragua : JEUDI 10 JANVIER 2019 A 18h30

34 rue de Bugeaud
Paris 75016
M° Porte Dauphine

Le Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua a décidé de faire des plantons devant l’Ambassade du Nicaragua tous les deuxièmes jeudis du mois à 18h30.

Venez nombreux et nombreuses !

Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua

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Appel aux syndicats adopté par l’assemblée régionale à Lille des Gilets jaunes

(350 Gilets jaunes présents selon un participant, mais estimation « gonflée » selon un autre)

Communiqué de la part des Gilets Jaunes Hauts de France à l’intention des organisations syndicales

Voilà sept semaines que la mobilisation des « Gilets Jaunes » ne connaît pas de répit. Nous sommes au quotidien sur les ronds – points, sur les autoroutes, dans la rue chaque samedi face à une répression des plus violente ! D’aucun pensait qu’avec les fêtes, notre mouvement prendrait fin, mais nous sommes encore là, bien décidés à ne rien lâcher !

Ce mouvement est inédit, intersectoriel, de portée internationale, indépendant de toute structure politique traditionnelle. Mais de la politique, nous en faisons tous les jours. Nous avons enfin compris que nous n’avions besoin de personne pour penser à notre place. Et certainement pas de professionnels de la politique qui prennent des décisions en notre nom mais qui pourtant ne connaissent rien de notre quotidien.

Nous luttons contre l’exploitation que la grande majorité du peuple subit au profit d’une minorité de riches, de plus en plus riches. Alors que les dividendes versés aux actionnaires n’ont jamais été aussi importants, la France d’en bas se crève pour des salaires de misère !

Pour bloquer l’économie et avoir enfin une vie juste, nous avons besoin d’une grève générale. Nous demandons aujourd’hui aux organisations syndicales de se positionner clairement du côté des exploité.e.s, de soutenir notre lutte et d’y prendre part en appelant à une grève générale reconductible dès janvier 2019 afin de permettre à tous les salarié.e.s d’exercer leur droit de grève et de pouvoir se joindre à la lutte.

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Le message du Nouvel An que j’aimerais entendre de Jeremy Corbyn…

Présentation

Ce souhait de vœux pour le Nouvel An est issu de la plume de Roger Silverman, un militant du Labour britannique et l’un des principaux animateurs du WIN (Workers International Network / Réseau pour une Internationale Ouvrière) avec lequel nous entretenons des rapports fraternels.

Message de vœux

Alors que nous inaugurons 2019, la Grande-Bretagne sous les Tories (conservateurs) se précipite vers le désastre. Le plan de May pour le Brexit a été rejeté de toutes parts, par ceux qui ont voté en faveur de la sortie (Leave) et du maintien (Remain) dans l’UE. Dans quelques semaines, nous nous retrouverons dans l’abîme avec un dénouement sans accord (No-deal). Loin d’être «fort et stable», ce gouvernement est sur le point de s’effondrer.

La Grande-Bretagne conservatrice est hantée par des spectres inconnus depuis l’époque victorienne: des travailleurs faisant la queue devant des banques alimentaires, des enfants allant à l’école affamés, d’anciens soldats dormant dans les rues. C’est la vraie raison pour laquelle des millions de personnes ont protesté en votant pour le changement. Ce qui compte maintenant, c’est ce que nous allons faire pour redonner aux gens leur espoir et leur dignité. Et cela est impossible sous ce gouvernement d’escrocs milliardaires.

C’est pourquoi j’appelle le peuple britannique à se lever et à demander que sa voix soit entendue. Prenons conseil auprès de nos camarades travailleurs en France et dans le monde. Nous avons maintenant besoin d’élections générales et d’un nouveau gouvernement doté d’un nouveau mandat démocratique pour un changement réel. Je ne suis plus prêt à limiter ma contribution aux manœuvres parlementaires. J’appelle tout le monde : partisans du Leave ou du Remain, travailleurs, étudiants, chômeurs, retraités, migrants… Que vos racines familiales soient ancrées en Grande-Bretagne, en Bulgarie, au Bangladesh, en Pologne ou au Pakistan… Venez à Parliament Square et faites-vous entendre dans les couloirs de Westminster et à Downing Street. Nous voulons au moins 100.000 personnes là-bas, avec ou sans vos gilets jaunes, chantant d’une seule voix : May Démission ! Tories dehors ! Élection générale maintenant !

Vous vous demanderez : mais quel programme alternatif le Labour peut-il offrir ? Ma réponse ? Que nous quittions ou non l’Union européenne, ce qui importe, c’est de défendre et de promouvoir les droits des familles ordinaires de la classe ouvrière. Nous mettrons nos compétences collectives au travail, investirons dans la croissance, rétablirons des salaires et des conditions de travail et des droits syndicaux décents, nous reprendrons le contrôle de nos ressources énergétiques et des transports ainsi que de notre service de santé (NHS), nous mettrons fin à la pauvreté née de l’austérité et à la cupidité des entreprises. Nous ne laisserons personne se mettre en travers de notre chemin, que ce soit de Bruxelles, de Washington ou de la City de Londres. Un gouvernement travailliste cherchera à négocier un accord sur le Brexit qui nous donne la liberté d’atteindre ces objectifs. Si nous échouons, nous allons revenir vers les gens pour prendre leur décision. Ce que je garantirai, c’est qu’à l’intérieur ou à l’extérieur de l’UE, aucun gouvernement travailliste ne se soumettra aux ordres de patrons non élus.

C’est la seule façon de parvenir à une véritable bonne et heureuse nouvelle année.

Roger

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Deuxième Appel des Gilets Jaunes de Commercy : L’assemblée des assemblées !

Les Gilets jaunes de Commercy viennent de lancer un deuxième appel dont nous reproduisons le lien.

DEUXIÈME APPEL DE COMMERCY : L’ASSEMBLÉE DES ASSEMBLÉES !

Notre deuxième appel s’adresse :

A tous les Gilets Jaunes. A toutes celles et ceux qui ne portent pas encore le gilet mais qui ont quand même la rage au ventre.

Cela fait désormais plus de six semaines que nous occupons les ronds-points, les cabanes, les places publiques, les routes et que nous sommes présents dans tous les esprits et toutes les conversations.

Nous tenons bon !

Cela faisait bien longtemps qu’une lutte n’avait pas été aussi suivie, aussi soutenue, ni aussi encourageante !

  • Encourageante car nos gouvernants ont tremblé et tremblent encore sur leur piédestal
  • Encourageante car ils commencent à concéder quelques miettes.
  • Encourageante car nous ne nous laissons désormais plus avoir par quelques os à ronger.
  • Encourageante car nous apprenons toutes et tous ensemble à nous respecter, à nous comprendre, à nous apprécier, dans notre diversité. Des liens sont tissés. Des modes de fonctionnement sont essayés. Et ça, ils ne peuvent plus nous l’enlever.
  • Encourageante aussi, car nous avons compris qu’il ne faut plus nous diviser face à l’adversité. Nous avons compris que nos véritables ennemis, ce sont les quelques détenteurs d’une richesse immense qu’ils ne partagent pas : les 500 personnes les plus riches de France ont multiplié par 3 leur fortune depuis la crise financière de 2008, pour atteindre 650 milliards d’€ !!! Les cadeaux fiscaux et sociaux faits aux plus grandes sociétés s’élèvent également à plusieurs centaines de milliards par an. C’est intolérable !
  • Encourageante enfin, car nous avons compris que nous étions capables de nous représenter nous mêmes, sans tampon entre les puissants et le peuple, sans partis qui canalisent les idées à leur seul profit, sans corps intermédiaires davantage destinés à amortir les chocs, à huiler le système, plutôt qu’à nous défendre.

Nous pleurons aujourd’hui les victimes de la répression, plusieurs morts et des dizaines de blessés graves. Maudits soient ceux qui ont permis cela, mais qu’ils sachent que notre détermination est intacte, bien au contraire !

Nous sommes fiers de ce chemin accompli si vite et de toutes ces prises de conscience qui sont autant de victoires sur leur système écrasant.

Et nous sentons très bien que cette fierté est partagée par énormément de gens.

Comment pourrait-il en être autrement, alors que ce système et ce gouvernement qui le représente n’ont de cesse de détruire les acquis sociaux, les liens entre les gens, et notre chère planète ?

Il nous faut donc continuer, c’est vital. Il nous faut amplifier ces premiers résultats, sans hâte, sans nous épuiser, mais sans nous décourager non plus. Prenons le temps, réfléchissons autant que nous agissons.

Nous appelons donc toutes celles et ceux qui partagent cette rage et ce besoin de changement, soit à continuer à porter fièrement leur gilet jaune, soit à l’enfiler sans crainte.

Il faut désormais nous rassembler partout, former des assemblées citoyennes, populaires, à taille humaine, où la parole et l’écoute sont reines.

Des assemblées dans lesquelles, comme à Commercy, chaque décision est prise collectivement, où des délégués sont désignés pour appliquer et mettre en musique les décisions. Pas l’inverse ! Pas comme dans le système actuel. Ces assemblées porteront nos revendications populaires égalitaires, sociales et écologiques.

Certains s’autoproclament représentants nationaux ou préparent des listes pour les futures élections. Nous pensons que ce n’est pas le bon procédé, tout le monde le sent bien, la parole, notre parole va se perdre dans ce dédale ou être détournée, comme dans le système actuel.

Nous réaffirmons ici une fois de plus l’absolue nécessité de ne nous laisser confisquer notre parole par personne.

Une fois ces assemblées démocratiques créées, dans un maximum d’endroits, elles ouvriront des cahiers de revendications.

Le gouvernement a demandé aux maires de mettre en place des cahiers de doléances dans les mairies. Nous craignons qu’en faisant ainsi nos revendications soient récupérées et arrangées à leur sauce et qu’à la fin, elles ne reflètent plus notre diversité. Nous devons impérativement garder la main sur ces moyens d’expression du peuple ! Pour cela, nous appelons donc à ce qu’ils soient ouverts et tenus par les assemblées populaires !

Qu’ils soient établis par le peuple et pour le peuple !

Depuis Commercy, nous appelons maintenant à une grande réunion nationale des comités populaires locaux.

Fort du succès de notre 1er appel, nous vous proposons de l’organiser démocratiquement, en janvier, ici à Commercy, avec des délégués de toute la France, pour rassembler les cahiers de revendications et les mettre en commun.

Nous vous proposons également, d’y débattre tous ensemble des suites de notre mouvement.

Nous vous proposons enfin de décider d’un mode d’organisation collectif des gilets jaunes, authentiquement démocratique, issu du peuple et respectant les étapes de la délégation.

Ensemble, créons l’assemblée des assemblées, la Commune des communes.

C’est le sens de l’Histoire, c’est notre proposition.

VIVE LE POUVOIR AU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, ET POUR LE PEUPLE !

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Voyons un peu les choses du point de vue présidentiel …

Un peu d’histoire.

La présidence de la République est la clef de voûte de l’appareil d’État en France. Historiquement, cette institution dérive du titre de premier consul, puis d’empereur, de Napoléon Bonaparte, dont la fonction était d’utiliser sa légitimité nationale de type plébiscitaire pour « terminer la révolution ».

Tel était aussi le sens de l’invention de la présidence de la République proprement dite par la constituante bourgeoise de 1848, devant la peur sociale de l’insurrection prolétarienne de juin. Elle n’avait pas prévu que cette institution allait permettre de désigner Napoléon le petit, lequel allait à nouveau constituer un empire et se lancer dans un cycle de guerres, moins flamboyantes que celles de son grand-oncle (qui se souvient qu’alors la France entreprit d’envahir le Mexique ? !), et qui le conduiront à sa perte.

La nature impériale de l’institution présidentielle fut apparemment conjurée par la constitution de 1958 complétée en 1962, le général De Gaulle utilisant sa posture bonapartiste pour régler la sortie de l’empire colonial français au lieu de se lancer dans un nouveau cycle de guerres. La V° République, troisième édition (quatrième en comptant le régime pétainiste) de régime adossé en France à l’intervention de l’armée et d’une camarilla présidentielle (la « société du 10 décembre » de Napoléon le petit), avait comme ces régimes précédents, pour vocation d’adapter le fonctionnement « démocratique » français à un appareil d’État d’origine bonapartiste, armature bureaucratique, préfectorale, militaro-policière, intellectuelle, technocratique, de nature totalement contradictoire aux aspirations démocratiques de la population, et que les « lois de décentralisation » successives, loin de réduire, ont conduit à proliférer encore plus.

« Démocratie présidentielle » comme le disent les manuels de droit, ce régime place la démocratie sous l’encadrement présidentiel, par un décalage décisif de la « séparation des pouvoirs » plaçant le législatif, avec l’initiative gouvernementale des lois et tout le dispositif du 49-3, des ordonnances, etc., sous l’égide de l’exécutif, d’une manière typiquement bonapartiste, allant en sens inverse de la volonté constituante des révolutionnaires de 1793, aussi bien que, par la suite, de la Commune et des partisans de la « République sociale, démocratique et laïque » dans le mouvement ouvrier.

 Un peu d’Engels.

 Rappelons, car ce n’est pas suffisamment connu, ce qu’en pensait Friedrich Engels, en l’occurrence bon analyste :

« Une chose absolument certaine, c’est que notre parti et la classe ouvrière ne peuvent arriver à la domination que sous la forme de la république démocratique. Cette dernière est même la forme spécifique de la dictature du prolétariat comme l’a déjà montré la grande révolution française. » (Critique du programme d’Erfurt, 1891).

 » … c’est actuellement un fait connu que pendant toute la révolution, jusqu’au 18 Brumaire, l’administration totale du département, de l’arrondissement et des communes se composait d’autorités élues par les administrés eux-mêmes, qui, dans le cadre des lois générales de l’État, jouissaient d’une liberté complète ; que cette administration autonome provinciale et locale, semblable à ce qui se passe en Amérique, devint précisément le levier le plus puissant de la révolution, et cela à un point tel que Napoléon, immédiatement après le coup d’État du 18 Brumaire, s’empressa de la remplacer par le régime préfectoral encore en vigueur de nos jours et qui fut donc, dès le début, un instrument de réaction. » (note complémentaire à l’Adresse du conseil central de la Ligue des communistes de mars 1850, dite La révolution en permanence, ajoutée par Engels en 1885).

La réalisation de la démocratie (la « dictature du prolétariat ») passe par la forme achevée de la république démocratique, d’un système électif à tous les niveaux, de l’assemblée détentrice du pouvoir central à chaque territoire, et chaque unité économique, et par la destruction, entamée par la Commune, de l’appareil d’État militaro-bureaucratique du capital.

Inversement, le régime bonapartiste place sous la tutelle de cet appareil la totalité des assemblées élues à tous les niveaux, reproduit le principe du chef irresponsable à chaque échelon, dont ceux de la fonction publique, et organise l’intégration des syndicats sous le nom courant de « dialogue social », tout en préservant le despotisme patronal dans le cadre de chaque unité économique productive de capital.

 A la recherche de la personnalité présidentielle assortie …

De cette fonction du bonapartisme, l’institution présidentielle sous la V° République est le bélier et la clef de voûte. En 1958-1962 puis avec la démission du premier, et inégalé, Bonaparte de ce régime que fut Charles De Gaulle, en 1969 suite à la grève générale de mai-juin 1968, elle s’est imposée à travers un certain nombre de compromis, liés au circonstances initiales brièvement évoquées ci-dessus (en résumé : nous en sommes au déclin relatif de l’impérialisme français dans le monde, et non plus à son affirmation « impériale » en Europe), puis à la résistance et à la contre-offensive de la jeunesse et du prolétariat. D’où l’expression de « bonapartisme bâtard et inachevé » employée notamment par certains trotskystes pour le caractériser à ses débuts.

Or, depuis la démission de De Gaulle, malgré la longue durée de ce régime, la question de retrouver une institution présidentielle vraiment forte, avec une personnalité présidentielle assortie, a été récurrente et, à la longue, de plus en plus insistante, en raison d’une part de la résistance sociale à l’intérieur, d’autre part des contradictions extérieures subies par l’impérialisme français, intégré à la Communauté Économique Européenne puis à l’Union Européenne et à la zone euro, seule puissance nucléaire autonome par rapport aux États-Unis en « Occident », contrôlant indirectement avec des difficultés croissantes les appareils d’État d’une vingtaine de pays africains.

Sarkozy voulait rétablir un plein pouvoir présidentiel, donc en quelque sorte faire de la V° République un « bonapartisme assumé et achevé », sans réaliser d’ailleurs la contradiction totale entre cette prétention et le poids réel de la « France dans le monde » et en Europe, que ceci aurait cruellement manifesté s’il avait réussi. Mais il n’a pas réussi et François Hollande, issu de cet échec, ne semblait justement pas « configuré » pour y réussir à son tour – ne prétendait-il pas au rôle de « président normal » ? Il a pourtant essayé, dans le cadre de la crise provoquée par les crimes islamistes de novembre 2015 : état d’urgence, mise en cause du droit de la nationalité, et attaque frontale contre le droit du travail formaient un tout, qui a aggravé la crise du régime tout en suscitant ce qui était d’abord apparu comme « la » solution, et qui est maintenant « le » problème : Macron.

 Un affaiblissement inédit.

Qu’il soit Jupiter tonnant ou Manu en prince polisson, Emmanuel Macron avait clairement mis le cap vers l’autoritarisme renforcé et la restauration d’une fonction présidentielle de type pleinement bonapartiste. Ceci supposait qu’il parvienne à encadrer le corps social, population, syndicats et élus locaux. Comme on le sait, malgré son succès à faire passer une première batterie de contre-réformes (ordonnances, Parcoursup, SNCF …), il y a échoué, ce qui rétrospectivement paraît avoir été inévitable, et le fossé s’est creusé à travers par exemple les sentiments des retraités et la crise des maisons de retraite, et le centre du pouvoir. Un immense fossé.

On connaît la suite récente, dont il faut préciser qu’elle s’est déclinée en deux moments : le moment « Benalla » de la crise et de l’étalage de turpitudes au sommet, et le moment « gilets jaunes » où la lutte des classes soudain explose et pose la question de chasser Macron, avec des manifestations perçues, dans le pays et dans le monde, comme insurrectionnelles et visant l’Élysée.

Nous avons donc au moment présent un président cassé, et une institution présidentielle, clef de voûte de l’État, sévèrement affaiblie. Il est dans cet état pour avoir tenté de relancer et d' »achever » l’affirmation bonapartiste, voire impériale, de la V° République. C’est une situation nouvelle, inédite, et éminemment instable et transitoire même si l’on ne sait combien de mois elle peut durer, ou non.

 Le salaire des policiers, un révélateur.

Certes, exécutif et aussi patronat aimeraient bien reprendre le « rythme des réformes » qui, on le sait, appelle notamment à l’ordre du jour de ces prochains mois la retraite à points et la casse des statuts de la fonction publique.

Mais un fait récent révèle la difficulté considérable vers laquelle ils se dirigent : ils ont lâché en catastrophe, sans que ceci ne leur soit demandé clairement par les organisations de ces fonctionnaires assez spéciaux que sont les policiers, une véritable hausse de salaire de 120 euros à ces derniers, tout en clamant que le point d’indice, base du calcul des salaires dans la fonction publique, ne bougera pas. Les hauts fonctionnaires et fonctionnaires d’autorité, qui ne sont pas les cadres des services publics mais l’appareil bonapartiste d’encadrement et, aujourd’hui, de casse de ceux-ci, sont stupéfaits et inquiets de ce « précédent ».

Tout le monde s’attend à voir à la rentrée les revendications salariales déferler dans la fonction publique, même dans l’enseignement. C’est dire. Et ceci s’appuie sur les grèves que la crise dite des gilets jaunes ont déclenchées dans les petites et moyennes entreprises, dans la distribution, dans les collectivités locales, pour les salaires et pour la « prime de Noël », annonce la plus « imprudente » de Macron lors de son allocution du 10 décembre.

 Manœuvres constitutionnelles ?

Par un apparent paradoxe, certains commentateurs et politiques préconisent que le pouvoir macronien prenne un peu plus de temps sur les retraites et se ressaisisse de la réforme constitutionnelle.

Celle-ci, visant à faire du parlement une pure chambre d’enregistrement à la façon du corps législatif de Napoléon 1°, et non plus l’assemblée certes « croupion », mais nécessaire à la légitimité du pouvoir, qu’il est sous la V° République, avait reporté à une date indéterminée lors de la première phase de la crise, celle de la crise au sommet, au moment de l’ « affaire Benalla » qui, justement, avait suscité une enquête parlementaire.

L’idée serait de faire revenir une réforme constitutionnelle par le biais du « grand débat national » supposé répondre aux « gilets jaunes », lequel doit avoir lieu sous un pilotage étroit et précis du pouvoir, tout en faisant appel aux syndicats, aux élus locaux, et, comme cela semble être en train de se préciser, aux églises.

Par la magie de la prétendue démocratie soi-disant participative, cette caricature bonapartiste de la vraie démocratie demandée par la population mobilisée, des propositions magiques devraient sortir et peut-être, qui sait, être validées par un référendum, re-légitimant le président. Non seulement nous en sommes bien entendu très loin mais le jeu est très risqué !

Mais dans l’immédiat, il est intéressant de voir comment les thèmes à la mode dans certains réseaux sociaux, qui n’ont pas du tout l’impact de masse imaginaire qu’on leur attribue, à savoir le « référendum à la carte » (qu’il soit « populaire », « citoyen » ou autre) et le tirage au sort, sont parfaitement susceptibles d’être récupérés par les managers du « grand débat participatif ». Et il est et sera amusant d’observer une partie des commentateurs affairés à dénoncer le fascisme, le populisme, la vulgarité, la méchanceté de ces gilets jaunes parlant de référendums voire de tirage au sort, en faire leur propre pain quotidien pour venir au secours du pouvoir en place !

Tout cela est très fragile. Tout cela est très fragile parce que, si la grande majorité des gilets jaunes n’ont jamais entendu parler de ce confusionniste nommé Chouard que des secteurs « de gauche » inquiets fantasment comme étant leur prétendue idole, il est vrai que soudain, ces histoires de référendum et de tirage au sort ont pris une grande place, et que ceci n’est pas seulement dû au tam-tam médiatique, mais s’explique très simplement : après le 10 décembre, les premiers reculs conjugués à la protection apportée à l’exécutif par les directions syndicales nationales, ont soldé le fait que Macron passerait les fêtes. Dès lors, « RIC » et autres ont pris plus de place comme substituts à ce qui reste le mot d’ordre démocratique de fond : « Macron dégage ».

A l’étape actuelle, le pouvoir navigue à vue et ne sait pas comment il tentera de rebondir, entre manœuvres de démocratie « participative » et reprise du cours haletant des contre-réformes antisociales.

 Pas de perspective européenne pour le « macronisme ».

En même temps, et cet aspect est important, il mesure la fragilisation de sa posture au plan international.

Au niveau européen, nous allons bien entendu entendre répéter deux fois plus encore que les élections européennes seront vraiment décisives puisque la crise est grave. Mais justement, pour cette raison, elles ne le seront pas.

En effet, la contradiction principale selon ces prophètes serait celle des démocrates libéraux, symbolisés par Macron, et des populistes, tels que Orban, Duda-Kaksynski, et Conte-Salvini. Mais, outre que si cela était vrai, Macron serait vraiment le plus mauvais cheval pour résister à Salvini et Orban, leur pavant littéralement la voie, cette description superficielle ne correspond pas aux tendances qui montent en Europe, lesquelles peuvent se résumer ainsi : dans chaque pays, opposition croissante du prolétariat et de larges couches de la population envers le pouvoir exécutif, que celui-ci soit démocrate-libéral ou démocrate-populiste.

En Italie, le gouvernement Salvini-Conte vient de remettre à plus tard ses mesures « sociales » sur le revenu universel et les retraites, et sa politique anti-migrants suscite une large indignation.

En Allemagne, le système des partis politiques institué après 1947, qui avait résisté à la réunification, est en train de s’effondrer.

En Hongrie, des manifestations de masse se sont déclenchées contre la mesure phare du « populiste social » Orban, à savoir des milliers d’heures supp » contraintes, appelées la « loi d’esclavage ».

En Espagne, les mobilisations de type gilets jaunes sont saisies par les Catalans et, probablement, par les Basques.

La confrontation sociale monte partout. Le clivage principal n’est pas entre libéraux et populistes mais entre les besoins sociaux de la majorité, d’une part, les politiques menées par les libéraux et les populistes, d’autre part.

Dans cette situation, les partis existants, anciens ou récents, font que les élections européennes ne permettent pas, ou de manière très indirecte et peu accessible au plus grand nombre, de représenter ce vrai clivage fondamental. C’est donc plutôt l’abstention qui risque de le « représenter ».

Un parti en Europe aurait les moyens de modifier cela, mais il est peu probable que sa direction s’en rende compte. Il s’agit du Labour Party britannique, dont la résurrection ces dernières années en a fait pratiquement le seul parti vivant d’Europe, et un parti ouvrier par sa base.

Il se trouve que c’est Pamela Anderson, l’ancienne actrice d’Alerte à Malibu, qui (confirmant au passage que les femmes symboles sexuels ont un cerveau), après avoir soutenu les gilets jaunes et pris position pour la défense des migrants en Italie contre Salvini, a déclaré à Jacobin, la revue de la gauche intellectuelle américaine, que Corbyn, dirigeant du Labour, pourrait se poser et poser son pays en alternative pour l’Europe, proposant une union des peuples démocratique par en bas – en développant son idée : ni Brexit, ni UE, démocratie. Corbyn tâtonne et hésite entre demande d’élections générales et refus d’un second référendum, tout en s’étant décrédibilisé par son incapacité à traiter sérieusement la question de l’antisémitisme – un problème qui traduit les pesanteurs et héritages de la gauche du XX° siècle …

Bref, le macronisme comme perspective européenne a autant, ou plus, de plomb dans l’aile que le macronisme post-jupitérien en France.

 Macron, Idriss Déby, Poutine, Sarkozy.

En outre Macron est aujourd’hui (22 décembre) à N’djamena, pour rencontrer le tyran Idriss Déby et discuter du rétablissement de la position française en Centrafrique, où la Russie, après la Libye du général Hattar, a pris des positions envers l’État défaillant.

Dans ce cadre, à l’adresse notamment de ceux qui voient ou veulent voir en Macron un rempart contre Poutine, et qui pensent que les trolls russes ont attisé la crise des gilets jaunes – l’élément de provocation a été présent dans cette crise mais la marée a emporté beaucoup de provocations …-, il est bon d’attirer l’attention envers les contacts répétés de Macron et de Sarkozy ces dernières semaines, nommant Sarkozy pour le représenter à la cérémonie d’investiture présidentielle en Géorgie, le même Sarkozy qui s’est récemment rendu en Russie, ainsi que François Fillon qui, lui, continue à rencontrer officiellement Poutine.

Ce « besoin de Sarkozy » ainsi manifesté par Emmanuel Macron pourrait ne pas avoir que ces causes intérieures. La crise française va de pair avec de grandes manœuvres diplomatiques et parties de billard à plusieurs bandes, très loin de l’image d’un Macron immaculé supposé manier le glaive de la liberté avec les Trump et les Poutine.

Mais ces manœuvres, à leur tour, s’insèrent dans un cadre mondial surplombé par l’accélération prévisible de la crise à Washington, il faudra donc y revenir sur cette base …

VP, 22-12-2018.

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