LE PAYS RÉEL.

Le « pays réel » est une expression que nous n’aimons pas, car c’est la réaction qui souvent l’a employée.

Il n’empêche. Nous sommes en droit et en mesure de dire que le « pays réel », celui qui n’a pas de représentation politique, celui qui travaille ou cherche à pouvoir vivre, celui qui lutte et qui prend des coups, est dans les mêmes dispositions hostiles qu’il y a un an, voire pire, envers un pouvoir qui le maltraite.

Les grèves sauvages se poursuivent à la SNCF : elles sont totalement justifiées. De la part des cheminots, le tournant se confirme : ils ne veulent plus marcher au sifflet, ils veulent contrôler leur mouvement de bout en bout, parce qu’ils savent qu’il n’y aura plus de retour si Macron et sa bande restent.

Les gens de Rouen enfumés par Lubrizol ont accueilli Macron d’une manière qui a dû lui rappeler le Puy-en-Velay un certain soir de décembre 2018.

Et voici des Gilets jaunes du Gâtinais. Grève générale le 5 décembre disent-ils.

Grève générale, Dehors Macron, le pays réel l’a ressenti, le pays réel se remet à le penser, le pays réel se met à le dire, le pays réel peut le faire.

 

 

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Compte-rendu de la réunion du 20 octobre 2019

Compte-rendu de la réunion du 20 octobre 2019 à l’initiative d’Arguments pour la Lutte Sociale.

Nous mettons à la disposition de nos lecteurs le compte-rendu de la réunion tenue à Paris le dimanche 20 octobre 2019 à l’initiative d’Arguments pour la lutte sociale. Nous avions lancé cette réunion dans notre article du 12 septembre dernier intitulé Perspective politique ? Chiche !

Lire le compte-rendu (PDF)

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Le vent du monde (éditorial du 25-10-2019)

Depuis quelques jours, une petite musique assez nouvelle se fait entendre dans les médias et éditoriaux. Rien de moins que l’idée d’une vague d’insurrections ou de révolutions dans le monde entier en cette fin d’année 2019 ! Certains éditorialistes évoquent pour illustrer cela le film le Joker où folie du malheur individuel (aux causes sociales) et hooliganisme généralisé s’abattent sur une ville-monde symbole. Vision de peur, mais aussi vision d’espoir quand on entend soudain sur une chaîne de grande écoute que «Aucun continent n’échappe au mouvement de contestation» (Antenne 2, 22 octobre à midi).

Gardons la tête froide et comprenons d’où vient cette «ambiance». Beyrouth, Quito et Santiago sont les trois cités qui l’ont soufflée dans la tête des éditorialistes et là, il ne s’agit pas de l’air du temps, mais de toute la lourdeur du réel.

Au Liban, l’annonce d’une taxe sur les appels téléphoniques (annulée depuis) a été l’étincelle d’une vague énorme de grèves et de manifestations exigeant de vrais services publics, et corollairement la destruction des mafias corrompues qui structurent l’État et du système d’appartenances confessionnelles qui vise à diviser la société, le tout sous le mot d’ordre commun des révolutions arabes : Le peuple veut la chute du régime, et avec la présence notée des réfugiés syriens aux côtés du peuple libanais. Grèves, manifestation et défi à l’autorité affectent toutes les zones confessionnelles et particulièrement celles tenues par le Hezbollah, fer de lance de la contre-révolution en Syrie. Cela au moment même où les manifestations massives reprennent en Irak, dans les zones considérées comme «chiites», où le cri est, là encore, Le peuple veut la chute du régime, assorti de Dehors l’Iran et Dehors l’Amérique.

Au moment où Poutine organise la distribution des territoires, les uns à Erdogan, les autres à Bachar, dans le Nord de la Syrie, la liste des révolutions arabes démarrées en 2011 (Tunisie, Égypte, Libye, Syrie, Yémen, Bahreïn), complétée déjà depuis des mois du Soudan et de l’Algérie, voit le Liban et l’Irak se joindre à eux. Là est l’espoir réel pour tous les peuples de la région, les Kurdes compris.

Cependant, dans cette Amérique latine qu’il serait humainement plus juste d’appeler indo-négro-latine, semble s’être déclenchée une série d’explosions en chaîne.

En Équateur, d’abord, où la hausse féroce des prix des carburants (annulée depuis) a suscité grève générale et marche sur la capitale des peuples indiens, conduisant le président Lenin Moreno – successeur conflictuel de Rafael Correa et d’un régime «populiste de gauche» – à fuir la capitale tout en faisant tirer l’armée, instaurant l’«état d’urgence» tout en négociant avec les organisations indiennes un recul en rase campagne concernant les mesures d’austérité antisociale qu’il s’était engagé à mettre en œuvre auprès du Fonds Monétaire International.

Une massive auto-organisation spontanée associée à un solide mouvement de centralisation pour prendre d’assaut capitale et pouvoir ont arraché cette première victoire, qui bien entendu ne règle rien.

Simultanément, au Chili,c’est la hausse des tickets de métro (annulée depuis) qui a enclenché un mouvement révolutionnaire spontané d’une importance considérable. Les gens se sont organisés pour passer en masse gratuitement dans les stations de métro et contre eux, la police est vite venue épauler les contrôleurs puis l’armée, la police. L’armée est celle de Pinochet, celle du 11 septembre 1973. Pour toute l’Amérique du Sud, pour le monde, un affrontement entre le peuple et l’armée au Chili se charge d’une lourde portée. La grève s’est généralisée, non pas de manière «classique» mais par le biais des bandes auto-organisées de jeunes et de pauvres sans-emplois allant d’un nœud logistique à un autre, les Indiens dans le Nord du pays s’y sont mis en bloquant les routes, et les dockers bloquent les ports. L’armée a assassiné des dizaines de personnes, elle a torturé, elle a violé. Mais elle rencontre un peuple qui en a assez et veut l’affronter, qui, dans la nuit du couvre-feu, tape sur les casseroles à ses balcons et fait entendre les chansons de Victor Jara, renouant le lien coupé de l’histoire symbolisé par les mains de l’artiste populaire. Le président néolibéral Pinera a affirmé que des bandes armées ont déclaré «la guerre» au «Chili». Il déclare ainsi la guerre au peuple : c’est son éviction et c’est la destruction de cette armée criminelle qui sont les points de passage vers la réalisation de la démocratie.

Dans les comités de quartiers de Santiago, on se réfère aux gilets jaunes et on discute de l’organisation d’élections à une assemblée constituante.

Non seulement la crise révolutionnaire au Chili ébranle et suscite manifestations et discussions dans tous les pays voisins et au-delà (dont l’Argentine où des élections ont lieu ce dimanche), mais en Uruguay aussi, d’énormes manifestations ont fait irruption contre le projet du pouvoir, soumis à référendum le 27 octobre, de recourir à l’armée contre «l’insécurité» qui résulte de la destruction néolibérale des droits et garanties.

En Haïti, pays le plus pauvre du continent et sans doute du monde, puni par le capitalisme mondial pour avoir été la première République noire d’esclaves auto-émancipés, les manifestations se poursuivent pour chasser, là aussi, le président Jovenel Moïse, en finir avec la corruption, instaurer la démocratie comme fondement de la construction du bien-être.

Tout à fait caractéristique de cette chaîne de crises révolutionnaires qui reprend en Amérique du Sud, en Amérique centrale et dans les Antilles, est sa déconnexion des représentations convenues de la gauche et du «populisme» européen sur le prétendu «épicentre latino-américain». Que ce soit dans des pays passés par le cycle du «populisme de gauche» ou dans des pays passés par le cycle des dictatures néolibérales, les soulèvements sont similaires, leurs revendications visent la démocratie et le respect comme conditions du bien-être, le rejet des pouvoirs corrompus de droite ou de gauche est le même et le mot d’ordre arabe «Le peuple veut la chute du régime» peut se conjuguer en espagnol, en mapuche ou en créole. D’ailleurs, ce n’est (hélas) plus «la CIA» qui accuse le président bolivien Evo Morales, autrefois leader d’un mouvement paysan devenu président aymara, d’avoir truqué les dernières élections, c’est l’avis général, et ici aussi, les éléments d’une explosion se réunissent, qui ne risquent de profiter à la droite basée à Santa Cruz de la Sierra, près du Brésil, que par la faute de «la gauche» au pouvoir. Et les insurrections vénézuélienne et nicaraguayenne couvent et risquent de se réveiller aux échos chiliens et écuadoriens.

Rien ne ressemble plus, dans les méthodes et dans les victimes – opposants politiques, syndicalistes, et, massivement, jeunes des quartiers pauvres, femmes …- que la répression par les militaires flanqués de mafieux à Caracas ou à Quito, à Santiago ou à Managua.

Cette vague sud-américaine est donc, au fond, unificatrice des révolutions qui viennent. Et, au Chili, elle est confrontée de manière immédiate à ce qui est latent, par exemple, en Algérie, et qui a été à l’origine du carnage en Syrie : la nécessité de détruire l’armée, cœur de l’État capitaliste.

Et cette vague nous concerne et va nous concerner en Europe comme en Amérique du Nord, où les vieux États nord-américain et britannique s’enfoncent dans une crise sans fin.

Le vent se lève, et cette année n’est pas finie.

25-10-2019.

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Echos du côté de l’écologie populaire et sociale

Présentation

Lors de la réunion organisée par Aplutsoc ce 20 octobre, nous avons eu la participation de représentants du courant de l’écologie populaire et sociale qui sont en train de prendre une initiative de regroupement et de développement. Si les animateurs d’Aplutsoc sont plutôt investis dans les formes classiques du mouvement ouvrier, notamment dans les syndicats et associations, nous sommes convaincus que l’urgence climatique et ses conséquences sociales vont amener à la prise d’initiatives communes sous une forme d’un front rouge-jaune-vert pour sauver la planète et toutes les formes de vie menacées par la course au profit.

A cette occasion, nous avons posé quelques questions à l’un des initiateurs, Patrick Farbiaz.

Question : Vous organisez des rencontres les 9 et 10 novembre à Paris d’une assemblée Constituante « pour une écologie populaire et sociale ». Pourquoi ?

Réponse : L’écologie politique après le républicanisme, le socialisme, est le nouveau terme de l’émancipation. Mais comme les idéologies du passé, le mot ne résume pas à lui seul le contenu. De même que social démocratie, social libéralisme, communisme s’opposaient, que le républicanisme à la sauce thermidorienne n’avait pas grand chose à voir avec le robespierrisme, le blanquisme ou la république de Jules Ferry, l’écologie est divisé entre l’écologie de marché, l’écologie d’accompagnement sociale démocrate d’EELV sans compter les sensibilités qui sont celle de l’effondrement ou de l’écologie profonde, voire de l’éco-fascisme. Notre écologie se définit comme une écologie de transformation, en rupture avec les précédentes. Cette écologie de rupture avec le capitalisme que nous nommons l’écologie populaire et sociale est elle même traversée par plusieurs courants : éco-féminisme, objection de croissance, justice environnementale, éco-socialisme, écologie sociale.

Question : Sur quelles idées forces la rassembler ?

Réponse : L’écologie populaire part du constat que crise sociale et crise environnementale sont les deux facettes d’une même médaille : étant intimement liées, on ne peut les traiter séparément. Elle opte pour le dépassement du capitalisme par la reconversion de la production dans un sens non productiviste, par la relocalisation de l’activité, par la redistribution des richesses et du temps, par la maîtrise collective des biens communs et par la transformation des rapports au travail. L’écologie populaire n’est donc pas un élément à rajouter à un programme comme la culture ou la finance mais la matrice de notre orientation politique anticapitaliste.

L’écologie populaire n’est ni consensuelle ni neutre. L’écologie n’échappe pas aux rapports sociaux et aux affrontements qui en découlent du local au global. D’emblée, elle a mis au centre de sa réflexion le conflit entre les classes populaires et l’oligarchie politique et économique, pour la simple raison que l’humanité ne subit pas la crise écologique de la même manière. Les inégalités de revenu, de pouvoir, de capacité culturelle, qui sont à l’origine des crises écologiques expliquent que nous n’ayons pas les mêmes capacités à nous prémunir de ses effets. L’objectif de l’écologie populaire est l’éradication des inégalités sociales, de pouvoir et écologiques et, pour commencer, la démarchandisation de l’eau, de l’air, de la terre et en général de tous les biens communs (santé, éducation, culture)

Question : Mais pourquoi fonder un nouveau mouvement aujourd’hui ?

Réponse : Plusieurs faits nous ont pousser à accélérer ce regroupement.

Le mouvement des Gilets jaune et sa convergence avec le mouvement de la justice climatique. Nous estimons que les Gilets Jaunes sont le premier mouvement de survie social écologique de masse en Europe. De même dans les marches climat, la génération Extinction Rebellion est consciente qu’elle est menacée directement par le dérèglement climatique. La seule expression politique qui leur est fournie est celle d’EELV qui est, de notre point de vue, en pleine dérive néo-centriste alignée sur les Verts allemands. Il faut maintenant qu’émerge une force clairement écologiste anticapitaliste. Nous nous sommes regroupés entre deux courants issus des Verts ( LA coopérative Ecologie sociale, et le mouvement écolo, un mouvement décroissant, (décroissance Occitanie) et un mouvement issue des Alternatifs ( Alternatives et autogestion). Nous voulons non créer un nouveau groupuscule mais plutôt un pôle ouvert qui structure les courants divers de l’écosocialisme à l’écologie sociale, de l’écoféminisme, à l ‘objection de croissance.

Invitation à l’assemblée Constituante de PEPS (Pour l’Ecologie Populaire et Sociale)

« Pour une Ecologie Populaire et Sociale»

9 et 10 novembre 2019

29, avenue Ledru-Rollin 75012 Paris / Métro quai de la Rapée ou Gare de Lyon

Nous appelons à l’assemblée Constitutive issue de l’Appel pour une Ecologie Populaire et Sociale signé par des militants écologistes de courants divers se reconnaissant dans une écologie de transformation en rupture avec le capitalisme vert. Des Rencontres tenues les 26 et 27 août 2019, ont débouché sur la Charte de Burlats.

Cette Assemblée Constitutive a pour objectif de faire naître une force d’écologie sociale engagée dans les alternatives et les luttes sociales écologiques, le développement des communs, les ZAD, l’éducation populaire, les Marches Climat et les Gilets Jaunes, la construction de listes communalistes. Parce que pour nous l’écologie politique n’est pas neutre, qu’elle oppose celles et ceux qui luttent pour leur survie, les pauvres, les terrestres, contre les forces de destruction, les riches et les multinationales qui détruisent la planète, notre écologie n’a rien à voir avec l’écologie capitaliste et social-libérale et combat résolument l’éco-fascisme.

La force que nous créons regroupera l’écologie de transformation dans sa diversité : anticapitaliste, éco-féministe, décoloniale et antiraciste. Nous appelons toutes celles et tous ceux, organisé.e.s ou non en collectifs, les Gilets jaunes et Verts, les écologistes sociaux et libertaires, les éco-socialistes, les éco-syndicalistes, les éco-féministes, les objecteurs de croissance, les communalistes, les autogestionnaires, les antiracistes à s’auto-organiser pour se fédérer.

  • Sergio Coronado / Bénédicte Monville : Coopérative Politique de l’Ecologie Sociale
  • Elise Lowy / Jean Lafont : Mouvement Ecolo
  • Roger Winterhalter / Yvette Rossignol : Alternatives et Autogestion
  • Christian Sunt / Gilles Quiniou : Décroissance Occitanie

Pour tout contact, commentaire, demande de renseignements : appeleps@lilo.org

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FRANCO, SANCHEZ, LA CATALOGNE ET LA LIBERTÉ DANS L’ÉTAT ESPAGNOL.

Louis de Bourbon, prétendant légitimiste au trône de France, portait avec d’autres membres de la famille de Franco le cercueil de celui-ci, à l’occasion de son bannissement du Valle de los Caidos.

Qu’on ne s’y trompe jamais : les têtes couronnées n’ont pas changé, même si en France on les voit plus souvent en Une de Point de Vue, ou dans les pages des soirées de gala dans Paris Match.

Sans couronne en France (mais pas sans influence et sans titre sous la 5ème « République »), pas dans le Royaume d’Espagne, où cette famille règne encore sur l’État espagnol, une famille, Bourbon, dans laquelle coule du sang Franco.

Le bannissement symbolique de Franco initié par le gouvernement espagnol, s’il représente un acte de dignité à l’égard des hommes et des femmes tombés sous la dictature, ne peut voiler la réalité : le gouvernement espagnol et sa justice, en déniant aux catalans leur droit à l’autodétermination, c’est-à-dire d’abord leur droit à reprendre le fil rompu de la République, agissent en rouages de la continuité franquiste du régime espagnol, de même que le refus maintenu de condamner et de punir les atrocités du régime dictatorial est un symptôme essentiel de cette continuité.

Ajoutons, pour « couronner » le tout, que le ministre de la Justice espagnole représentait le gouvernement à l’exhumation, retransmise à la télévision publique, de Franco !

Dans l’État espagnol :

  • CONDAMNATION DES ATROCITÉS DU RÉGIME FRANQUISTE, DE SES RESPONSABLES TOUJOURS EN VIE, c’est à dire CHUTE DU RÉGIME DE SES CONTINUATEURS !

  • DROIT À L’AUTODÉTERMINATION PARTOUT,

  • DONC RÉPUBLIQUE POUR TOUS !

24-10-2019.

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Contribution sur la place des femmes kurdes dans la guerre et la crise actuelles.

Les femmes kurdes ont pris une place importante dans la mobilisation et sont en première ligne contre Daech et les armées d’Erdogan. Comment ces femmes kurdes ont-elles pu s’organiser et prendre les armes contre Daech ?

Ainsi que le soulignait déjà en 2015 Nursul Kilic, représentante en Europe du Mouvement des femmes kurdes dans une interview au journal Le Point :

« Elles sont imprégnées de l’héritage de résistante des femmes kurdes : des artistes, des chanteuses comme Aysha Shan, Meryem Xan, ou Sakine Cansiz (une des fondatrices du PKK) qui chantent ou prennent la parole pour le pouvoir avec les femmes et la démocratie. »

« Ce mouvement s’est structuré en 1987 avec l’Association des femmes Kurdes. Celle-ci a permis aux femmes de s’organiser indépendamment et de s’interroger sur le rôle de la femme dans la famille, sur la laïcité, sur l’émancipation. Pour que les femmes se rendent compte qu’elles ne sont pas des esclaves, qu’elles ne doivent pas se soumettre au système patriarcal, aux règles du mari, du père ou du frère. Les femmes sur le front ne sont que l’avant-garde de ce vaste mouvement international… »

« Elles sont prêtes à mourir pour leurs idées. Le régime militaire et policier d’Erdogan tue, viole et assassine aussi bien des militantes, étudiantes, des petites filles qui allaient à l’école, des femmes enceintes…aussi depuis les élections de juin, 400 femmes ont été assassinées par l’armée ou la police. Et c’est bien les femmes qui sont visées (ce que j’appelle aussi un « féminicide ») »

« C’est cette violence du système patriarcal qui va des excisions aux mariages forcés, de la violence conjugale à la torture en prison, de la vente des femmes dans les bazars de l’esclavagisme sexuel de l’État Islamique aux passeurs esclavagistes en tout genre… »

« C’est le sort que subissent entre autres les femmes dans les pays en guerre (Mali, Niger, Yémen, Kurdistan, Syrie, Irak), mais aussi ailleurs dans le monde (Brésil, Indes, Noires aux USA, etc.). »

Nous partageons cette analyse fondée sur l’expérience de décennies de luttes dans lesquelles les femmes ont affirmé et gagné leur place propre. Ceci est particulièrement visible dans le mouvement national kurde actuel, surtout du fait de la guerre avec Daesch et Erdogan. Mais c’est aussi l’illustration d’une tendance internationale de fonds. Partout les femmes rejettent l’oppression et l’exploitation dans tous les domaines : salaires et emplois, mais aussi avortement, contraception, divorce, liberté de faire sa vie, mais encore défense du droit à la vie menacé par les violences conjugales ou familiales, les viols, les excisions, l’exploitation sexuelle, sans oublier l’oppression religieuse et toutes les lois rétrogrades.

La contribution des femmes kurdes, tant au mouvement national kurde qu’à la poussée internationale des femmes, est un fait incontournable qui n’a rien eu d’un feu de paille. Au contraire, depuis son apparition, il n’a pas régressé, il s’est enraciné et élargi. Seule une terrible défaite infligée par la contre-révolution pourrait le faire reculer ou disparaître.

Cependant, il est nécessaire de ne pas occulter des problèmes politiques de fond qui se posent au Rojava et en Syrie, alors que bien des militants de la gauche radicale, voir des libertaires ayant souvent le mot « Kronstadt » à la bouche dans les polémiques, se focalisent exclusivement sur la place des femmes kurdes dans cette lutte.

Nursul Kilic affirme :

« Un système confédéraliste est déjà en place dans le Rojava, le Kurdistan syrien, comprenant les trois cantons Afrin, Ciziré et Kobané qui sont « autogérés » selon un mode de consensus collectif, le multi-culturalisme, l’économie alternative et surtout l’égalité femmes-hommes, la parité absolue avec un système de co-présidence de chaque gouvernement cantonal. »

… mais cela ne constitue pas plus qu’un effet de vitrine politique.

Il faut souligner que le confédéralisme démocratique à la Murray Boochkin n’est que l’habillage d’un choix politique : celui consistant à abandonner le combat pour un État national kurde remettant en cause les frontières des États existants, et donc à renoncer à l’unification des Kurdes de Turquie, de Syrie, d’Irak et d’Iran. Il s’agit au mieux de gagner un espace libéré kurde au sein d’un État syrien inviolable, permettant éventuellement de fournir une base arrière pour les actions du PKK en Turquie.

Face au soulèvement révolutionnaire syrien de 2011, le PKK/PYD a accepté de prendre en charge la gestion du Rojava dans le cadre de l’effondrement de l’appareil d’État de Bachar El Assad. Pire les forces kurdes des FDS ont participé à des combats aux côtés des forces assadistes, créant de solides récriminations parmi les populations arabes ou turkmènes et aidant ainsi à les jeter dans les bras de forces réactionnaires islamistes. Enfin, même si les combattantes kurdes ont courageusement et efficacement battu Daesch, elles l’ont fait dans le cadre d’un accord bien plus que « tactique » avec l’US Army et les forces françaises. Dans cette affaire, il ne s’agit pas que de logistique militaire mais bien de l’insertion de combattants dans un dispositif découlant des choix stratégiques de grandes puissances.

Le Rojava est ainsi devenu « une terre promise de la révolution, une de plus, mais soutenue et armée par l’oncle Sam, une inexplicable étrangeté… ». Étrangeté qui se retourne aujourd’hui, après les choix fantasques de Donald Trump, en un piège mortel.

La rédaction d’Aplutsoc l’affirme  : « Le peuple veut la chute du régime, en arabe, en persan, en kurde, bientôt en turc ! »…C’est la ligne de force du moment présent, de Téhéran à Beyrouth, du Caire à Khartoum, d’Alger à Ankara. Mais cela ne serait pas valable pour Idlib et le Rojava ?

La seule alternative, c’est de construire un mouvement socialiste et démocratique de masse, donc féministe, dans l’indépendance à l’égard de toutes forces du capital…et donc en dehors des alliances et des combines avec les puissances impérialistes comme avec les tyrans secoués par leur peuple. Les combattantes kurdes méritent un tel choix politique, car elles ont déjà payé un lourd tribut dans le combat pour la liberté et aussi, parce que les intérêts historiques des femmes dont elles sont porteuses, le réclament.

Louise Trio, le 23-10-2019.

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Sous la crise du Brexit, l’affaiblissement séculaire de l’impérialisme britannique.

Ce 19 octobre 2019, le parlement britannique, réuni un samedi pour la première fois depuis la guerre des Malouines, devait, espérait la presse européenne, ratifier l’accord enfin trouvé sur un Brexit « pas dur » entre Boris Johnson et la Commission européenne.

Car, oyez la bonne nouvelle, l’impossible s’était réalisé, un accord avait été trouvé ! Ceci mérite une explication, car la version officielle qui, en gros, en attribue le « mérite » aux cernes sous les yeux de M. Michel Barnier, ne permet pas d’y rien comprendre.

B. Johnson a capitulé sur un point essentiel, sur lequel les tories et lui-même avaient voici peu fait tomber Theresa May : le maintien de l’Irlande du Nord dans l’espace économique de l’UE et le positionnement de la frontière douanière dans la mer d’Irlande. A juste titre de leur point de vue, les nostalgiques de la gloire de l’Empire, les défenseurs de l’United Kingdom (le Royaume Uni – unissant quoi ? eh bien, précisément : la Grande-Bretagne et l’Irlande colonisée, aujourd’hui réduite à l’Irlande du Nord, d’où son nom !), et les unionistes « protestants » du DUP, poussent des hurlements.

C’est là-dessus que Boris Johnson est soudain devenu conciliant, et les cernes de Michel Barnier ne sauraient en expliquer quoi que ce soit. Pour comprendre ce recul clef sur une question tout à fait centrale concernant la monarchie et les vieux habits défraîchis de l’impérialisme britannique, il faut remonter quelques semaines en arrière et franchir l’Atlantique. Au mois d’août, 54 élus au Congrès américain, démocrates et républicains, se définissant comme d’origine irlandaise ou comme « amis de l’Irlande », ont formé un « caucus » rappelant que les États-Unis sont garants de l’accord dit du « vendredi saint » [Good Friday Agreement ] qui a mis fin à la « frontière physique » séparant l’Irlande du Nord du reste de l’Irlande. Et, surtout, ils ont affirmé qu’il ne saurait y avoir d’accord commercial tel que celui que préparent Trump et Johnson comme alternative à l’UE pour Londres, en cas de remise en cause de cette absence de frontière. Leurs soutiens au Congrès US ont augmenté depuis, Nancy Pelosi , sa présidente, s’y joignant.

Naturellement, ces développements sont concomitants à la formidable crise au sommet de l’impérialisme US autour de l’impeachment et des « trahisons » militaires de Donald Trump. Il est apparu à Johnson que sa politique d’alignement économique sur Washington demandait ce recul. Et il l’a concédé.

Rien n’est plus faux que de raconter, comme on peut encore le lire ça et là, que ce serait le « capital financier de la City » qui combat le Brexit, lequel serait exigé par la légitimité populaire du référendum de 2016. Les personnages qui entourent Johnson, comme Jacob Rees-Mog le notoirement méprisant représentant de son gouvernement aux Communes, et Johnson lui-même, forment une clique typiquement britannique, si l’on peut dire, aux intérêts fondamentalement financiers et immobiliers. A la différence de Trump, dont la fortune, elle aussi financière et immobilière, est directement liée au blanchiment de l’argent des oligarques russes, cette clique pro-Brexit, ultra-conservatrice, ultra-thatchérienne, n’est pas ressentie comme un corps étranger à l’establishment : elle est au contraire la quintessence, la substantifique moelle de ce qu’est aujourd’hui la jet set assise sur la City.

Mais justement, elle incarne fort bien le déclin historique de la City et, en ce sens, l’échec historique du thatchérisme en tant que le thatchérisme était une tentative de ressusciter l’impérialisme britannique dans une connexion étroite avec Washington (l’axe Reagan-Thatcher), comme épicentre de la mondialisation financière relié aux paradis fiscaux du monde entier (et rétrocédant, dans la perspective de son intégration à ce processus, Hong-Kong à la Chine « populaire »). Pendant des années la City a été à nouveau n°1 pour la capitalisation boursière planétaire, mais non plus comme foyer central d’exportation de capitaux comme au bon vieux temps de l’Union Jack, avant 1929, mais en position de centre mondial des services financiers, ce qui toutefois faisait illusion : c’était là, au fond, l’illusion principale du thatchérisme. Ce n’est plus le cas : le London Stock Exchange n’est plus que la 6ème place boursière mondiale, après Wall Street, le NASDAC également à Wall Street, Tokyo, Shanghai, Hong-Kong.

Le véritable point de blocage, depuis 2016, sur la mise en œuvre du Brexit, portait sur l’Irlande. Le maintien de l’Irlande du Nord dans l’espace économique de l’UE, bien que sa monnaie soit la Livre Sterling et non l’euro, porte en lui la réunification de l’Irlande, vieille exigence démocratique et nationale dont la disparition de la frontière physique entre les deux Irlande en 1998 était la vraie victoire. Que Paris surtout, et Berlin, puis le « caucus » des congressistes US, se soient montrés d’une telle inflexibilité sur ce point avec l’impérialisme britannique, non pas par sympathie pour la réunification démocratique de l’Irlande mais par crainte de la crise qu’ouvrirait le rétablissement d’une frontière physique terrestre, permet de mesurer à quel point l’impérialisme britannique, qui fut le cœur du capitalisme mondial, de l’industrialisation, où Marx écrivait le Capital, est dévalué.

Le glorieux programme de Johnson est celui du déclin convulsif. Son accord mis en œuvre conduirait inéluctablement à la demande par l’Écosse soit de l’indépendance, soit, pour le moins, d’un statut comparable à celui de l’Irlande du Nord. Les données économiques d’un pacte de libre-échange commercial avec les États-Unis conduisent à la précarisation accrue du salariat et à la déstructuration des services publics, notamment du NHS (Santé publique), au cœur des discours de Jeremy Corbyn, qui, dépecé, serait livré aux entreprises « médicales » US (dont le grand succès, rappelons-le, est d’avoir rendu addicts aux opiacés des millions de working poors aux États-Unis …). Johnson reculait sur la question irlandaise tout en maintenant tout ce qui, dans le « Brexit » qu’il prépare, vise à reprendre la thatcherisation au point où elle s’était arrêtée.

Seulement, cette « thatcherisation au carré » ne restaurera pas la puissance britannique. Elle ne peut être mise en œuvre qu’en agressant les salariés de tout le pays et en commençant par tenter de les diviser, au nom du Brexit, entre nationaux et non nationaux : les dizaines de milliers d’espagnols et de portugais travaillant dans le NHS, le million de polonais, les centaines de milliers de salariés français, jeunes ou non, précaires ou non, … seraient les premières victimes d’une régression généralisée. Régression au terme de laquelle le reste de l’empire – une Angleterre clivée entre un centre londonien parasitaire et financier mais perdant une grande partie de son cosmopolitisme, donc décadent, et des campagnes post-industrielles dévastées – pourrait presque devenir à terme, en caricaturant (un peu ?) quelque chose comme … le 52ème État croupion des États-Unis (Porto-Rico étant, dans ce cas de figure, le 51ème) !

Il n’est donc pas surprenant que, ce samedi 19 octobre, les Communes n’aient, une fois de plus, pas marché – que ce soit par opposition à la menace sur le NHS et les droits sociaux comme le dit Corbyn, ou par dépit de la décomposition de l’empire acceptée par le capitulard Johnson – et que les Communes aient voté un amendement tentant de reporter l’échéance. Il ne s’agit pas là d’un affrontement entre les représentants de la volonté populaire – Johnson et Rees-Mog ! – et un « parlement bourgeois », comme une pensée conservatrice (dominante dans les milieux militants, à la différence des couches sociales révoltées) peut le croire en France, où il est temps de ne pas plaquer sur le Royaume-Uni notre propre histoire du référendum manqué par Chirac en 2005, car ce n’est pas exactement la même histoire.

Comme on l’a vu, suite à ce vote de samedi, Johnson a enrichi encore l’opéra bouffe en cours en envoyant une lettre signée et une lettre non signée à Bruxelles, et en en faisant écrire une troisième par son ambassadeur. Il est parfaitement possible que, dans quelques jours, le Brexit soit proclamé accompli par Downing Street et reporté par Westminster. On verra. Ce qui est sûr est que l’implosion des deux grandes constructions anglo-saxonnes, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et République des États-Unis d’Amérique du Nord, 11 ans après l’entrée dans la crise financière globale du capitalisme en 2008, et alors que la crise climatique s’accélère, constitue un moment nouveau de l’histoire globale sur lequel il y a largement matière à rire, à pleurer, et surtout à comprendre.

Surtout à comprendre : la pire imbécilité serait de ricaner de cette crise, comme si la France, l’Allemagne, l’Italie, sans oublier la monarchie espagnole, défiée par la nation catalane, sans pour autant représenter les Espagnols … se portaient mieux !

L’UE n’est pas une construction démocratique associant les peuples, le Brexit montre que la rupture capitaliste avec elle peut être pire encore, et donc la question de la prise en charge de ces aspirations démocratiques à la libre association des peuples est pleinement ouverte, pour l’avenir et dès à présent.

VP, le 21/10/2019.

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