Macron l’européen ? Du pipeau.

On nous serine qu’il faut dimanche voter (ou non !) en fonction des seuls «enjeux européens». La grande majorité votera ou pas en fonction d’un enjeu, nommé Macron : le pouvoir exécutif en France, qui a entrepris de casser les droits sociaux et qui pour cela a rompu avec les normes de l’État de droit, est le problème européen premier auquel nous sommes confrontés.

Mais ceux qui nous bassinent avec l’idée selon laquelle il ne faut pas se «tromper d’élections», parce qu’en réalité ils ont peur du mouvement pour chasser Macron qui, pour l’essentiel, ne passera pas par cette élection, sont pour autant bien en peine de nous expliquer quoi que ce soit d’intelligent, de non convenu, sur ce qui se passe en Europe !

Ce 23 juin, les élections «européennes» ont lieu au Royaume-Uni, par avance. La majorité des gens ne votera sans doute pas, et le «Parti du Brexit» de l’ex-leader de l’UKIP Nigel Farrage (financé par l’affairiste Arron Banks dont l’épouse russe est accusée d’espionnage par les services britanniques) raflerait la mise, sauf à Londres où l’électorat Labour risque de voter lib-dems. Effondrement du gouvernement et tremblement des bases électorales travailliste et torie, aggraveront encore la crise de décomposition de l’État britannique.

Dans ce contexte, la position «inflexible» de Macron peut interroger. Il affiche ne pas avoir peur d’un Brexit «dur» et préconise d’en finir au plus vite – d’ici au 31 octobre à présent. Du point de vue des intérêts capitalistes français bien compris, ceci ne semble pas très rationnel et de plus, la menace d’une frontière en mer d’Irlande et non sur la terre d’Irlande, qui est le point véritablement impossible pour l’impérialisme britannique dans les modalités de Brexit que veut lui imposer la Commission européenne, offre un contraste à première vue étonnant avec le soutien sans faille à la monarchie post-franquiste prolongée d’Espagne contre les aspirations démocratiques du peuple catalan, par exemple.

Certes, le gouvernement français peut estimer qu’un Brexit «dur» en catastrophe serait un moindre mal par rapport à une présence britannique maintenue dans les institutions de l’UE qui finirait de dynamiter celles-ci, mais il a en fait agi comme il fallait pour placer Londres dans une situation impossible qui aggrave la crise des relations internationales en Europe. Macron veut affirmer une autorité assez vaine par rapport à Berlin, tout en répondant peut-être à des intérêts financiers s’imaginant que Paris pourrait récupérer de beaux morceaux de la City. Quoi qu’il en soit, ceci ne fait pas une «politique européenne» ainsi qu’il le prétend (les journalistes qui ont fait la cour à Macron dans son interview à la presse régionale se sont bien gardés de le questionner là-dessus : blablater sur «l’Europe» est une chose, en parler réellement une toute autre).

La principale conséquence de cette «inflexibilité» a été de conduire Angela Merkel à officialiser le fait que les relations avec l’exécutif français sont «difficiles». Ce sujet là a par contre fait l’objet de développements de la part de Macron, exigeant une entente franco-allemande reposant sur une confrontation de positions. C’est là encore un jeu erratique sans perspectives à terme. Le «couple franco-allemand» est en panne, et ceci a été mis au grand jour par le Brexit. Il l’est parce que tant l’impérialisme allemand que l’impérialisme français sont affaiblis par la crise globale du capitalisme: la Deutsche Bank est la grande malade de la finance européenne … La forme de l’État et la place de l’exécutif sont, sous des formes nationales très différentes, en crise très grave dans les trois pays.

En résumé, il n’y a pas, ou il n’y a plus, de politique européenne macronienne cohérente, mais il y a des gesticulations françaises proportionnelles à l’affaiblissement des autres puissances capitalistes européennes, avant tout du Royaume-Uni et de l’Allemagne. Ces gesticulations ne peuvent en aucun cas devenir un renforcement du capitalisme français qui prendrait la tête du prétendu navire Europe.

En témoigne d’ailleurs le gloubiboulga de ce qui devait être le grand rassemblement macronien au parlement européen. LREM sont a priori membres de l’«Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe» mais le FDP allemand les y attend de pied ferme en n’ayant aucunement l’intention de faire des concessions aux demandes budgétaires de la France. En même temps, Macron s’est acheté le soutien de dirigeants issus de la social-démocratie en crise généralisée, du côté du SPD allemand et du chef du gouvernement portugais. Mais, pour couronner le tout, il est allié à Ciudadanos en Espagne, formation actuellement minée par ses accointances avec l’extrême-droite franquiste de Vox …

Si tant est qu’un État soit plus ou moins à la tête d’une coalition de forces politiques européennes, c’est la Russie, et cette coalition est celle des extrêmes-droites ou «populismes de droite» incarnée notamment par Salvini et Le Pen. Macron cherche, on le sait, à se faire passer pour le nouveau Saint Georges terrassant ce dragon. Or, il n’est absolument pour rien dans le coup dur que l’hydre vient de se prendre dans la figure, avec la publication au moment opportun d’une vidéo datant de 2017, exhibant la corruption (et, accessoirement, la stupidité) totale du chef du FPÖ Strache, avec des oligarques proches de Poutine, ce qui a fait exploser la coalition FPÖ-Conservateurs au pouvoir. Rappelons que le FPÖ, Parti Libéral Autrichien, fondé par les anciens nazis, est le modèle de la droite rénovée européenne, depuis bien des années.

C’est là un évènement important. Depuis l’an dernier, le gouvernement autrichien s’est positionné comme le cœur d’un nouvel «axe» entre Rome et, virtuellement, Berlin, via le ministre de l’Intérieur et dirigeant de la CSU bavaroise, Horst Seehofer, qui a imposé son maintien à Merkel. Ce gouvernement a fait passer de graves mesures antisociales : l’augmentation de la durée légale maxima du travail à 12 heures par jour et la semaine de 60 heures ! Outre le lien Rome-Munich-Berlin, il était au cœur d’un autre axe, Francfort-Budapest en quelque sorte, entre le cœur de l’UE et le groupe de Visegrad.

L’explosion de ce gouvernement est un coup dur pour toutes ces constructions et opérations. Mais, de même que Macron et la France n’étaient pour rien et ne pouvaient que s’inquiéter d’un tel «axe», de même ne sont-ils strictement pour rien dans la rupture de son maillon diplomatique central. On ne sait d’ailleurs pas d’où est venue la diffusion de cette vidéo, à l’évidence recelée depuis quelques années : différentes hypothèses ont été émises, depuis une vengeance des organes russes pour cause de promesses de contrats juteux non tenues, à un coup des services nord-américains (agissant indépendamment de Trump, mais cela, ce n’est pas nouveau !), jusqu’aux services allemands qui ont, justement, rendu public leur refus de coopérer avec le contre-espionnage autrichien par manque de confiance concernant son imperméabilité vis-à-vis des organes russes, cela précisément vendredi 17 mai, quelques heures avant la diffusion de la vidéo des conversations tenues à Ibiza entre le chef du FPÖ et une «séduisante nièce d’oligarque» … Cette dernière hypothèse semble la plus logique : le «coup» serait donc venu de Berlin.

L’alliance des nationaux-populistes en Europe, avec toutes ses contradictions, ne doit pas être réduite un simple épouvantail. Le rôle de financier et de coordinateur de la Russie dans cette affaire est un secret de polichinelle qui ne relève d’aucune diabolisation et d’aucune paranoïa. Mais, pas plus que la restauration du couple franco-allemand, que les affres du Brexit, ou que les gesticulations macroniennes, elle n’est porteuse d’une quelconque solution pour le mode capitaliste de production sur le continent.

L’issue démocratique, unissant les peuples d’Europe – et au-delà – passe par l’opposition à toutes ces nébuleuses, alliances et autres conglomérats. Aucun ne mérite d’être soutenu contre les autres, tous ont leurs contradictions et bien des passerelles les réunissent – ainsi, les «macroniens» vers l’extrême-droite via Ciudadanos et Vox. Le vrai débat européen, c’est celui de l’internationalisme rompant avec le capital et les États existants.

23-05-2019.

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Le référendum contre Macron a eu lieu : la démocratie serait qu’il soit respecté !

 

PicsArt_05-22-06.48.25En cette veille d’élections « européennes », M. Macron a, par fait du prince, préempté la « presse régionale » pour qu’il soit dit qu’il est en première ligne de ce scrutin et de ses enjeux. En même temps, ses relais, telle l’éditorialiste du journal la Montagne, ânonnent que « le risque, dimanche prochain, est que l’électeur se trompe d’élection » : en votant – ou en ne votant pas – contre Macron, l’électeur se tromperait ; en votant Macron, il aurait un comportement « européen » !

Ces enfilages de perles et de sophismes reposent sur un mensonge éculé, par lequel on tente de faire passer Macron pour le dernier rempart des libertés politiques face à l’hydre Le Pen-Bannon-Poutine-Salvini-Orban …

Or, comme le prouvent d’ailleurs pour leur part toutes les figures de l’hydre supposée, le « libéralisme » économique, qu’elles ont en commun avec Macron, ne rime pas avec les libertés politiques, et c’est précisément avec Macron que ceci s’exhibe avec cruauté et violence, violence pour les libertés publiques.

Sous Macron, la V° République crépusculaire française a fait de notre pays le plus répressif des « grandes démocraties occidentales ». Avec, au plus haut point, cette caractéristique des Trump et des Poutine : le mensonge d’État, les fake news comme mode de gouvernement, associé à la dénonciation de toute critique comme étant des … fake news !

Qu’il suffise de rappeler la manipulation, qui ne diffère des trucages d’un quelconque dictateur corrompu que par sa dimension, montée par l’exécutif pour faire passer des citoyens fuyant la brutalité de ses hommes armés pour les agresseurs du service de réanimation d’un hôpital, et, voici peu, la proclamation par l’IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale), de la déontologie parfaite … des groupes d’hommes armés qui ont maltraité près de 160 jeunes à Mantes-la-Jolie, pendant des heures, en décembre dernier.

Le fait politique et juridique caractéristique de la V° République crépusculaire de M. Macron est le suivant : l’État ment et ne respecte pas ses propres lois (celles-ci fussent-elles contestables par ailleurs), autrement dit on sort de la norme dite de « l’Etat de droit ». C’est uniquement en raison du rapport de force que le degré de violence et d’écrasement des libertés publiques reste contenu : l’exécutif veut clairement se délester des normes de droit.

De sorte que la prétention macronienne à jouer les remparts contre ceux qui, en Europe, font la même chose que lui, devient plus que risible : détestable.

C’est ainsi qu’envers les migrants, c’est bien avec Salvini, quels que soient les conflits de puissance entre France et Italie (d’ailleurs antérieurs à l’arrivée au pouvoir de Salvini), que la France s’emploie à refouler les jeunes africains vers les marchands d’esclaves et les violeurs des bandes armées étatiques libyennes.

Et c’est ainsi que Macron, qui déplore, dans son interview à la presse régionale, que « les groupes d’influence américains ou les oligarques russes affichent des proximités avec les gouvernements » parle, apparemment sans s’en rendre compte, de lui-même : celui qui était destiné à organiser sa garde prétorienne, et qui serait peut-être aujourd’hui installé à la place Beauvau, sans l’existence d’une partie de la presse qui n’est pas « tenue », Alexandre Benalla, est en connexion directe et étroite, sonnante et trébuchante, avec les dits « oligarques russes » (et l’était lorsqu’il veillait sur la vie privée du prince) !

A ce premier mensonge aussi risible et détestable sur le caractère de rempart de Macron envers « les nationalismes », s’en ajoute un second : Marine Le Pen serait son adversaire et les élections européennes seraient un « référendum anti-Macron ». Macron prétend que « toutes les autres listes en font un référendum contre le président de la république et le gouvernement. »

En réalité, Macron a soif de Marine Le Pen, et voudrait, en affirmant que les mouvements sociaux dans ce pays sont sans débouché politique, que la seule alternative, ce soit elle. Il se prépare à dire qu’il est légitimé pour finir son quinquennat si la liste « Renaissance » la devance, où qu’il l’est pour « résister » et donc rester en place si elle passe derrière elle. Dans un cas comme dans l’autre, la fonction présente réelle de Marine Le Pen est claire : aider Macron à rester au pouvoir.

Dans un cas comme dans l’autre, ce sera un mensonge, car le mouvement réel de la majorité cherche à se grouper dans les luttes sociales, cela non pas pour faire des élections européennes un « référendum contre Macron », mais pour chasser Macron, dont la rue exige la démission depuis des mois et des mois. Dimanche 26, ceci ne sera que confirmé avec les abstentions et les votes pour les listes issues du mouvement ouvrier, tout en sachant très bien que la bataille pour les besoins vitaux de la société, la bataille pour les libertés publiques, est devant nous.

Car oui, le référendum anti-Macron a eu lieu et il a lieu tous les jours dans ce pays. La démocratie serait qu’il soit respecté !

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Safari contre la vérité sur la présence impérialiste

Voila maintenant 3 jours que s’accumulent sur FB les messages « hommage à nos soldats et honte aux deux abrutis » et qu’on se fait traiter de complotiste si on émet le moindre doute sur les communiqués gouvernementaux.

Un article du Monde en l’occurrence remet donc les pendules à l’heure sur un point : la zone du Nord-Bénin n’était pas désignée comme dangereuse avant que l’enlèvement de ces personnes ne s’y produise.

Par contre, les rapports sérieux, non médiatisés, font état par exemple de 86 morts et d’enlèvements de civils, pour la seule semaine du 22 au 28 avril dans 9 secteurs du Mali, 6 du Burkina, 2 au Niger, pour 2 arrestations (source : Think Peace Sahel). La plupart de ces faits ne relèvent pas de groupes « djihadistes » identifiés mais de groupes armés non identifiés, qui peuvent ou non se révéler djihadistes.

En réaction à la volonté des peuples, fortement exprimée ces dernières années au Burkina ou au Mali, de prendre leurs affaires en main, l’interventionnisme systématique, les agressions islamistes, l’affaissement des États en tant que services publics (mais non en tant que groupements armés), sont en train de produire un effondrement.

Le plus grave est sans doute la diffusion de groupes djihadistes qui ne sont pas du type AQMI, c’est-à-dire mafieux et issus de morceaux de l’État libyen effondré en 2011 (combien de nervis de Kadhafi se sont-ils habillés en « djihadistes » ?), mais celle de groupes de type Boko Haram recrutant des pauvres ados en déshérence et jouant sur les questions ethniques.

Dans cet effondrement la présence militaire française ne fait pas partie de la solution, mais du problème, comme on l’a vu de manière accablante en Centrafrique.

Il est donc raisonnable de penser que la mise en exergue outrancière de cet enlèvement, sa prise en main médiatique par Emmanuel Macron qui, dans le même temps, poursuit des opérations nullement anti-djihadistes mais fortement liées aux affaires louches de la Idriss Déby-Alexandre Benalla connexion, dans le Nord du Tchad, tout en armant les deux camps en lice dans la nouvelle guerre civile libyenne, il est raisonnable de penser que ces roulements de tambour ne nous disent pas tout.

Il est aussi permis de craindre que le battage fait autour des « islamistes peuls » en cause, à ce qu’il semble, dans cette affaire, ne fournisse de prétexte à de nouveaux massacres de prétendus « chasseurs dogons » contre les peuls.

Ce battage vise aussi à faire passer pour indispensable une présence militaire qui, pourtant, vient de connaître là l’un de ses fiascos supplémentaires maquillé en haut fait héroïque !

Troupes françaises hors d’Afrique comme djihadistes hors d’Afrique, place à la démocratie de la majorité du peuple qui, de Ouaga à Bamako, a déjà fait la preuve de sa capacité à établir la sûreté des citoyens quand on ne l’interdit ou qu’on ne la court-circuite pas !

VP, le 12-05-2019.

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Situation politique et élections «européennes».

«Je vous écris une lettre, M. Castaner, répondez-moi s’il vous plaît …»

Les agressions organisées par M. Castaner le 1° mai contre les organisations syndicales ont ouvert une nouvelle phase, avons-nous affirmé, dans laquelle vont se combiner à un degré amplifié crise et décomposition au sommet et mouvements sociaux.

Quelques jours plus tard on pouvait penser que nous avions exagéré, si l’on s’en tenait aux réactions officielles des syndicats eux-mêmes et des partis «de gauche» ou apparentés.

Car après avoir parfois parlé de commission d’enquête parlementaire ces derniers se rabattaient sur leur préoccupation de l’heure : la campagne des élections européennes, laquelle ne comporte pour aucun d’eux la question de la démission de Castaner et encore moins celle de Macron (ce constat vaut pour les listes FI, Génération.s, PS/Place publique, PCF et LO, sans parler d’EELV et sans même oublier le «Parti révolutionnaire Communistes» ).

Quant aux syndicats, Philippe Martinez pour la CGT, à la veille de son congrès confédéral, a écrit une demande d’explication à … Christophe Castaner. Qu’on ne vienne pas dire que les syndicats ne font pas de politique et n’ont donc pas à demander la démission d’un ministre (d’ailleurs, selon P. Martinez, «il y a un problème»: avec qui ? avec le préfet Lallement ; certes …).

Toute lutte de classe est une lutte politique et ce n’est pas pour rien que « Macron démission » est le véritable mot d’ordre de toute véritable manifestation ouvrière aujourd’hui dans ce pays, et pas seulement parmi les gilets jaunes. De plus, la question des libertés démocratiques est centrale pour l’existence du syndicalisme. C’est donc une orientation politique que de reconnaître comme interlocuteur un Castaner qui, ceci dit, n’a pas répondu au secrétaire confédéral de la CGT …

On ne trouvera pas non plus de positions nationales caractérisant la violence policière antisyndicale du gouvernement et en tirant les conséquences du coté des autres centrales prises à partie ce 1° mai, FO (dont le communiqué «déplore et condamne l’enchaînement de la violence dans le cadre de la manifestation syndicale à Paris», ce qui, dans le meilleur des cas, ne veut strictement rien dire), FSU et Solidaires. Concernant la FSU, les premières déclarations de B. Groison ont soulevé des réactions et ont été suivies d’une lettre ouverte au premier ministre, ne s’adressant donc pas à M. Castaner mais à l’ensemble du gouvernement pour exiger «toutes les explications» et «le respect du droit de manifester».

CGT et Solidaires ont refusé de participer à la «conférence sociale» du 6 mai. Tant mieux, mais l’alternative au «dialogue social», c’est non seulement la combativité qui ne manque pas parmi les militants, mais l’unité et la centralisation. Contre qui ? Contre patronat et gouvernement. La lutte des classes est une lutte politique et pour gagner sur les revendications, l’adversaire est politique. C’est incontournable.

De Paris 1° mai à Nice 9 main: le fil des copains et des coquins.

Ainsi donc les choses semblaient reprendre le train-train. Et puis ce fut la grève de la fonction publique du 9 mai. Une grève importante, massivement suivie dans plusieurs établissements publics, lorsque les personnels s’en sont saisis. Mais une grève qui n’avait de sens que dans la recherche de l’épreuve de force avec ce gouvernement qui, par les lois Dussopt de «transformation de la fonction publique», et Blanquer, tente de mener à bien la suite de son entreprise de destruction de tous les droits sociaux.

Et c’est donc là que de petits Castaner ont à nouveau sévi. Ce fut à Nice, et donc de la part de la même bande de copains et de coquins qui s’est illustrée dans les violences, les mensonges et les pressions sur Geneviève Legay. 3 étudiants et un militant connu du SNES-FSU, membre de ses instances nationales au titre de la tendance École Émancipée, militant également de la Roya citoyenne en solidarité avec les migrants, Olivier Sillam, a été agressé de manière organisée par la conjonction de policiers extérieurs à la manifestation et de membres de l’officine Alliance, qui n’a rien d’un syndicat, qui l’avait infiltrée par le biais de la CGC. Son procès pour «outrage» est prévu pour décembre.

Le député Eric Ciotti, leader de l’aile droite de LR, auteur de l’amendement à l’article 1 de la loi Blanquer contre l’école publique qui prétend instituer le drapeau dans les salles de classe, amendement accepté par Blanquer de bon cœur, a appelé à le suspendre de l’Éducation nationale.

Ses collègues et ceux de plusieurs lycées ont tous débrayé le lendemain. Au cas où la direction de la FSU aurait voulu l’oublier, elle apprend là que sa destruction, en tant que syndicalisme unitaire de l’enseignement, est au programme des provocateurs policiers, gouvernementaux et autres LR.

10 jours après ce 1° mai, l’analyse selon laquelle nous entrons dans une période marquée par l’aggravation des affrontements et de la crise de l’État se trouve donc bel et bien confirmée.

Alors, ces Européennes ?

Ce constat fait, il nous faut à présent, tout de même, parler un peu des élections européennes !

Si nous l’avons peu fait jusqu’à présent, ce n’est ni par dédain «gauchiste» des élections, ni par désintérêt des «affaires européennes» qu’en fait nous abordons souvent, car il le faut.

C’est pour une raison beaucoup plus simple, une raison qui doit constituer le point de départ de toute analyse sérieuse des conditions de ce scrutin : il ne s’inscrit en rien dans le cours «naturel» des affrontements sociaux, ne pèse pas sur eux (à la différence de présidentielles, de législatives ou de municipales), et, moins que jamais cette fois-ci alors que pourtant jamais il n’a soulevé passion ou enthousiasme, ce scrutin n’est saisi par la masse de toutes celles et tous ceux qui ont, depuis des mois, fait grève et manifesté, occupé des ronds-points et protesté, comme susceptible de leur apporter quoi que ce soit.

Le mouvement réel va vers l’abstention avec un naturel que confirment d’ailleurs les sondages, puisque c’est l’électorat potentiel des listes dites «de gauche» qui se détourne le plus de ce scrutin.

En aucun cas on ne saurait lui donner tort ! Si encore la campagne des élections européennes consistait, ne serait-ce que pour une seule des 4 à 6 listes «de gauche» ou peu ou prou issue du mouvement ouvrier, à agir pour chasser Macron, en appelant à l’unité dans une manifestation place Beauvau exigeant déjà la démission de Castaner, la situation s’en trouverait modifiée.

Mais justement non: la campagne des élections européennes leur sert à tous d’alibi, à la fois pour cultiver une division qui n’est même plus désespérante, mais seulement agaçante, et pour ne pas poser les questions réelles,c’est-à-dire la question du pouvoir en France – une vraie «question européenne», pourtant, que l’on ose prétendre le contraire!

Précisons au passage que la rhétorique sur «votez pour nous pour faire de ce scrutin un référendum anti-Macron», initialement lancée par la FI, n’y change strictement rien et peut d’ailleurs justifier tout autre vote, dont celui pour le RN qui le revendique aussi. Dans tout le pays les manifestations scandent depuis des mois, elles, « Macron démission ».

Un scrutin taillé pour Macron quel qu’en soit le résultat …

La division de «la gauche» est une composante écrite par avance du tableau, qui va avec la fonctionnalité, tout aussi écrite par avance, que ce scrutin doit avoir pour Macron.

Il s’agit de le présenter comme ayant franchi l’étape du printemps 2019 après la crise pré-révolutionnaire de la fin de l’année précédente, cela en le posant de manière précaire, mais répétée car il n’a pas d’autre fétiche politique à mettre en avant dans l’électorat (tout le reste, «jeunesse», «nouveau monde», «disruptivité»… a fait flop jusqu’au fond du caniveau) comme le seul rempart possible au RN (y compris au RN complété des listes de Dupond-Aignan, Philippot, Asselineau, et des groupuscules racistes ou «royalistes» qui ont aussi présenté des listes), ainsi que, plus largement, le rempart international, le rempart interplanétaire, face à, excusez du peu, Trump, Poutine, Erdogan, Orban, Salvini …

De ce point de vue, l’enjeu n’est pas de savoir si la liste «Renaissance» (LREM-MODEM, plus éventuellement la liste de l‘UDI) sortira derrière ou devant le RN. Dans les sondages c’est le yoyo entre elles, et les médias voudraient en faire un suspense haletant pour les foules, qui s’en moquent: elles ont bien raison.

Elles ont raison parce que si les macroniens sont devant l’extrême-droite au sens large ou les prétendus «souverainistes de droite», cela profitera à Macron.

Mais si les macroniens sont derrière les mêmes cela profitera aussi à … Macron.

Dans le premier cas, il se présentera comme le bouclier qui a gagné et il passera à la casse de la fonction publique et des retraites.

Dans le second cas, il se présentera comme la dernière chance du genre humain … et il passera à la casse de la fonction publique et des retraites !

Alors que dans un cas comme dans l’autre, le total des deux «camps», l’union nationale autour du président Macron et l’union nationale soi-disant souverainiste de droite, est minoritaire.

La majorité ne votera pas, et, outre LR qui verse de part et d’autre, le total des intentions de vote à «gauche» dépasse chacun de ces «camps» alors même que la majorité de cet électorat ne votera pourtant pas.

On doit d’ailleurs noter au passage que, tandis que s’exhibent la décomposition au sommet de la FI et l’effacement du PS voulu par sa direction, cette campagne permet au PCF une sorte de recomposition en tant que parti, phénomène réel mais limité, qui ne modifie pas l’analyse d’ensemble faite ici de la place de ce scrutin dans la lutte des classes.

Dans un cas comme dans l’autre, les chances réelles de Macron de réussir la casse de la fonction publique et des retraites, ou non,dépendent de la lutte des classes directe.

mais qui voit quand même la campagne Macron prendre l’eau !

Or celle-ci l’a déjà beaucoup usé et l’a conduit à la répression, à l’État de non-droit en train de se systématiser, à la V° République crépusculaire. Et cela se répercute sur la campagne de LREM. Le nécessaire se réalise par le biais du contingent, c’est bien connu. En l’occurrence, le contingent s’appelle Mme Nathalie Loiseau, tête de liste.

Comme la barque est chargée!

C’est une ancienne du GUD (car c’est cela que signifient les informations sur ses «erreurs de jeunesse avec des copains»). Elle ne veut que des migrants «sincères» et «qui ont été invités». Quand elle veut la jouer féministe elle ne trouve rien de mieux à dire qu’en politique les femmes ne devraient pas être traitées comme le sont «les romanichels». Et quand elle parle d’accélérer le rythme de la campagne pour faire plaisir au chef, le mot qui lui vient est Blitzkrieg. Quand paraîtront ces lignes, elle pourrait bien en avoir encore sorti une belle …

Sous ces anecdotes perce la nécessité : il est désormais impossible de faire croire que le populisme «extrême-centriste» de Macron puisse être en quoi que ce soit le rempart au populisme de droite des Le Pen et autres énumérés plus haut puisqu’il est leur frère jumeau.

Par conséquent, la propre campagne macronienne est en train de dériver et de se décomposer, à l’image de la dérive du pouvoir exécutif auquel cette campagne est suspendue.

A la grande fureur de Macron, comme le raconte le Canard Enchaîné, les Raffarin et autre maire de Bordeaux, gros poissons venus de LR, qui avaient annoncé le soutenir, ce qui était un choix politique majeur et de poids, affichent maintenant un profond silence. Quant à celui qui l’a fait roi, Gérard Collomb, il répond à la question d’un journaliste sur la situation de Macron, avec laconisme façon Droopy (le personnage de Tex Avery) : «il est en difficulté». Autre question : voterez-vous pour sa liste ? Je vous réponds oui parce qu’il me l’a demandé, réplique en substance ce grand comique involontaire … qui ajoute «il faudrait que M. Castaner soit inattaquable»!

Il est donc possible, finalement, que même ce scrutin «européen» programmé entièrement pour que le seul vainqueur en soit Macron, que sa liste soit devant le RN ou qu’elle soit derrière, finisse par l’affaiblir un peu plus encore !

* * *

Dans ce cas, ce sera le résultat des affrontement sociaux et de leurs répercussions électorales. Des camarades, des lecteurs de notre blog vont refuser de voter ou vont voter pour telle ou telle liste issue du mouvement ouvrier. L’important est que ce scrutin ne parvienne pas à ralentir la lutte des classes de celles et de ceux d’en bas.La question politique déterminante est bien de s’organiser pour centraliser ce combat contre l’exécutif.

11-05-2019

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Libérez Louiza Hanoune !

Louiza Hanoune, dirigeante du PT algérien, vient d’être arrêtée ce 9 mai dans le cadre de l’enquête déclenchée par le clan militaire au pouvoir contre le clan Bouteflika.

Mais cela a une signification plus ample : le pouvoir veut montrer qu’il peut arrêter des dirigeants politiques, et ceci ne doit pas être accepté.

Tous les militants, notamment ceux de tradition trotskyste se sont, depuis les élections ayant suivi le printemps kabyle de 2001, boycottées par tous les partis autres que le FLN et le … PT, plus qu’interrogés sur la collusion entre la direction du PT, la Sécurité militaire algérienne et ce que l’on appelle « le système ».

On ajoutera que lors de la scission entre POI et POID en 2015 (où le PT était côté POI), nous avions envisagé que des vérités sortent à ce sujet, et dû constater que tel n’a pas été le cas (malgré le fait que Jean-Jacques Marie, du POID, s’était vu dénoncer par la direction du POI pour avoir posé des questions sur les liens avec l’État algérien dans une correspondance privée !), le courant de la TCI-POID préservant l’omerta à ce sujet puisque les manœuvres de L. Hanoune s’étaient faites en principe en accord avec Lambert et que tout ce qui touche à Lambert est sacré …

Mais le « système » est toujours au pouvoir en Algérie et le message qu’il lance avec cette arrestation vise toute la population et toutes les organisations indépendantes ou qui voudraient le devenir, telles ces sections UGTA qui se mettent à fonctionner comme des syndicats indépendants de l’État !

La militaro-kleptocratie au pouvoir n’a pas de légitimité pour juger qui que ce soit. Elle doit DÉGAGER.

S’il y a des explications à avoir, de manière franche et démocratique, avec quelque courant politique que ce soit, ce sera au grand jour et par la réalisation de la démocratie, qui implique qu’ils dégagent.

Donc : liberté inconditionnelle pour Louiza Hanoune !

Le 10-05-2019.

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Crise de régime et crise sociale : nouveau créneau.

Editorial du 4 mai 2019

Nous entrons dans la troisième phase de la période ouverte le 17 novembre dernier.

Les évènements du 1° mai à Paris, comme ceux d’un an avant (mais on s’en était aperçu quelques semaines plus tard avec l’ouverture de l’affaire Benalla), marquent probablement un nouveau seuil dans la crise de régime radicale de la V° République.

Nous nous risquons à dire qu’après la crise prérévolutionnaire de novembre-décembre 2018 et ses nombreuses répliques depuis, lorsque sous la forme des « gilets jaunes » des masses de prolétaires ont directement tenté de renverser l’exécutif, puis après la période d’approfondissement sous la forme de grèves locales et de mise en mouvement des personnels de l’enseignement public, nous entrons avec ce 1° mai dans une troisième phase où crise au sommet et mouvement d’en bas vont plus que jamais interagir.

Des annonces à la colère de Macron.

Les « annonces de Macron » censées conclure « l’épisode des gilets jaunes », comme disent les éditorialistes, et le « grand débat », n’ont marqué aucune inflexion sérieuse de la situation et sont tombées dans une grande indifférence méprisante de la part de l’immense majorité. Et ce n’est pas là un « effet Notre-Dame » – au demeurant, l’incendie de Notre-Dame pointe lui-même avec acuité la gabegie et la casse de la protection du patrimoine en tant que service public. Entre les fuites de sa première intervention, puis la comédie d’une conférence de presse organisée façon Poutine, les « annonces de Macron » sont perçues comme ce qu’elles sont : l’habillage de la volonté de continuer à casser la fonction publique et les retraites pour achever le sale boulot que lui ont confié ses commanditaires.

Ceci ne mérite pas plus de commentaires ici car, si l’on pourra par ailleurs revenir sur tel ou tel aspect concernant les retraités, l’école ou l’hôpital, l’essentiel à présent se concentre dans la question de la force du pouvoir central. Avec l’usage illégal généralisé de la violence et la dernière « loi anticasseurs », Macron s’est doté d’un dispositif à la Erdogan, mais sans en avoir les moyens politiques. Toutes les violences du pouvoir, ainsi que l’effarante accumulation de mensonges, sont perçues comme des signes de peur et, au lieu de faire peur, elles suscitent la colère. Telle est la forme crépusculaire prise par la crise de la V° République.

Dans la presse a fuité le fait qu’au premier conseil des ministres faisant suite à sa conférence de presse, le mardi 30 avril, Macron aurait engueulé ses ministres comme des gamins, ou plutôt comme un Jupiter au petit pied pris de peur devant la persistance absolue de son impopularité, morigénant ses exécutants par une menace de remaniement punitif – notons au passage la maladresse grandissante du brillant escolier soi-disant « maîtres des horloges », trépignant à la manière de Joe Dalton.

Où Castaner estime qu’il faut violenter les chefs syndicaux.

Le lendemain 1° mai, ministère de l’Intérieur et médias avaient largement annoncé par avance que le scenario du 1°mai précédent devait se reproduire ainsi qu’ils l’avaient écrit : des « black blocs » dont M. Castaner disait connaître parfaitement les effectifs et la composition, devaient venir attaquer Paris. Tout était prévu : comme le dira le jour même un responsable de l’officine Alliance, « eux et nous étions au rendez-vous ». Ces gens-là n’arrivent même plus à dissimuler que le droit à la sûreté des citoyens n’est pas leur préoccupation. La seule chose qu’ils n’avaient pas dite à l’avance dans ce scenario mis au point par avance, c’était ce qui allait y correspondre au grain de sel supplémentaire du 1° mai 2018, à savoir les agissements des Benalla et consorts.

On a vu. Ce sont M.M. Castaner, son adjoint Nunez de la DGSI, et Lallement surnommé « le préfet tueur », qui ont en fait innové par rapport au scenario annoncé par eux à l’avance. Ils ne se sont pas contenté d’orchestrer avec « Alliance » nassage et prise en otage des manifestants par des duels CRS- « black blocs » dans la tête de manif. En fait cet aspect est même passé au second plan. Dés le début, les CRS ont chargé directement la manif, avec une prédilection marquée pour … les directions syndicales. Philippe Martinez a dû être évacué après l’attaque du camion de tête de la CGT. De nombreux blessés ont été faits par des tirs de LBD dans les services d’ordre syndicaux. A neuf reprise, le « carré de tête » a été bombardé de lacrymos. Des images très claires montrent une charge visant le ballon de tête CGT, renforcée d’un canon à eau.

Les trois pieds nickelés de service, Castaner, Nunez et Lallement, voulaient-ils offrir un hommage à Macron qui avait piqué sa petite crise la veille ? Les directions syndicales CGT, CGT-FO, FSU et Solidaires prises pour cible étaient-elles l’offrande pour faire sourire sa majesté, un peu comme un Kadyrov offre des têtes à son parrain Poutine même quand il ne l’a pas forcément demandé expressément ? En clair, cette décision hautement politique d’attaquer physiquement les directions des centrales syndicales nationales qui, depuis des mois, cherchent à éviter l’affrontement central qui vient, et qui sont conviées à de prochaines « conférences sociales », implique-t-elle Macron lui-même, ou pas ?

Il ne peut de toutes façons que la couvrir. Alors même que la CFDT et la CFTC avec les organisations patronales MEDEF, CPME et U2P publiaient le 29 avril un appel commun à défendre leurs valeurs communes, appelées par eux « valeurs fondamentales de l’Union européenne », et à voter – Macron, implicitement mais clairement – aux élections dites européennes de fin mai, Castaner aurait-il jugé bon de montrer que la violence physique doit s’exercer aussi envers les appareils centraux CGT, FO, FSU et Solidaires eux-mêmes ?

C’est Castaner qui a voulu voler la manif.

Sans juger la décision du SO de la FSU de quitter la manifestation alors qu’il était menacé physiquement, on ne peut que contredire le verdict de la dirigeante de cette fédération, Bernadette Groison, disant s’être « fait voler la manif » par des éléments incontrôlés. Ce sont la répression et la provocation policières qui ont attaqué la manif. Répression qui commençait bien avant avec les contrôles, les arrestations arbitraires, la fermeture des transports en commun. Que, dans ces conditions, il y eut 40 000 manifestants, et des centaines de milliers dans le pays, nettement plus qu’un an avant, indique que nous ne nous sommes pas faits « voler » notre manif, mais que l’État, Macron, Castaner, ont voulu blesser, terroriser, interdire, violenter.

C’est cela que devrait dénoncer B. Groison, en tant que responsable de la première fédération de l’enseignement public, héritière d’une tradition de défense des libertés publiques et de refus des pouvoirs spéciaux qu’il convient de rétablir : quand le gouvernement frappe, on n’en « appelle » pas au gouvernement, on le combat.

Déchaînement de violence et dérapage de trop.

 La décision politique de frapper les syndicats a ouvert les vannes à un déferlement de violences abjectes dont les images s’accumulent depuis. Ce sont ces manifestants, dont des personnes âgées, poussées et entassées derrière une grille. Ce sont des gifles, des coups de pieds à la tête sur un homme jeté au sol, et cette matraque introduite sous le pantalon d’une victime pareillement jetée. Et ce sont ces dizaines de manifestants qui se sont enfuis dans l’enceinte de la Pitié-Salpétrière et ont été, comme les images filmées par le personnel de l’hôpital en attestent parfaitement, poussées vers le Bloc réanimation, pendant que d’autres hommes armés en uniforme s’introduisaient dans la cité universitaire voisine.

Ici commence la seconde partie du dérapage par lequel la crise politique va rebondir.

Est-ce que Castaner et sa bande ont donné des ordres pour provoquer ce qui s’est passé à la Salpétrière, mettant ainsi en danger les patients eux-mêmes, ou est-ce que nos Javert au petit pied, apprenant l’incident, s’en sont emparés pour faire croire que les manifestants avaient attaqué l’hôpital ?

Dans une simple démocratie parlementaire, disons, à l’anglo-saxonne, cette question ferait aujourd’hui même l’objet d’une enquête publique devant une cour publique. Mais nous sommes dans la V° République crépusculaire des copains et des coquins.

Ce qui est sûr est donc que Castaner, suivi d’Edouard Philippe au-dessus de lui, et, en dessous de lui, de la direction antisociale de l’AP-HP autour du personnage sans scrupules que l’on sait être Martin Hirsch, a décidé de lancer, au soir du 1° mai, une campagne relayée par les médias contre les « odieux assaillants » de l’hôpital, mais que ceci a fait pshiit et s’est retourné contre lui en une journée.

Il est vraisemblable que Castaner, se doutant que les témoignages sur l’ampleur des violences ainsi que les protestations obligées allaient se multiplier, a voulu couvrir ses traces par une fake-new grandiose prouvant que ses séides avaient protégé la veuve, l’orphelin et le patient en réanimation. On voit ici le caractère minable de Castaner : il n’a simplement pas compris que le rapport de force dans le pays et le fait que tout naturellement des milliers de gens filment ce qui se passe réellement, lui interdisaient une telle infamie.

Il l’a donc commise. Mais, au-delà du caractère minable du sbire, il y a une logique profonde, celle de la crépusculaire V° République macronienne : de violences en provocations l’exécutif s’affaiblit en affirmant sa force.

Une situation nouvelle au sommet.

Philippe a « renouvelé sa confiance en Castaner ». Rappelons que Castaner est à l’Intérieur suite à l’affaire Benalla, qui a provoqué le départ de Collomb, l’homme qui avait fait roi … Macron.

Que Macron soit ou non directement à l’origine des exploits de Castaner de ces derniers jours, le président, comme avec Benalla, est prisonnier de la camarilla qu’il a lui-même constituée, situation inédite dans la V° République.

Ces évènements obligent les forces politiques situées « à gauche » (on remarquera en effet la prudence sur ce sujet de LR et du RN) à exiger, pour le moins, une commission d’enquête parlementaire, voire la démission de Castaner.

Effectivement la démission de Castaner est une exigence démocratique, au regard des simples normes du droit, de caractère immédiat.

Mais la démission de Castaner signifierait que Macron est plus nu que jamais et va continuer à s’enfoncer. Castaner est une planche pourrie mais Macron va sans doute s’y accrocher.

Se pose donc la question d’une vraie bataille pour la démission de Castaner. Taper réellement sur Castaner, c’est taper sur Macron, sur l’exécutif, sur le régime. On ne peut combattre pour virer Castaner si l’on craint de faire tomber Macron : dehors Macron !

La grève de la fonction publique jeudi 9 mai prochain aura, que cela plaise ou non, cette dimension politique.

Ne serait-il pas temps que les syndicats et les organisations de défense des libertés publiques appellent à une manifestation centrale en direction du ministère de l’Intérieur pour exiger la démission de son tenancier ?

Car cette demande ne doit pas rester principielle, elle doit se traduire dans les actes, car maintenant ça suffit. Contre le régime du coup d’État et de la violence, il faut le rassemblement au grand jour de la démocratie.

Le 04-05-2019.

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Karol Modzelewski est mort ce 28 avril 2019

On peut lire qu’il était « une grande conscience de la Pologne démocratique » ou « une grande figure de la dissidence anticommuniste ». Il n’aurait sans doute souscrit à aucune de ces formulations.

Sa perte est en tout cas majeure pour le mouvement ouvrier dans toute l’Europe … même si une majorité de militants ne savent probablement pas pourquoi.

Né à Moscou en 1937 (« mauvaise année au mauvais endroit », disait-il !) dans une famille de permanents communistes réprimés sous Staline et néanmoins fidèles, ayant choisi l’identité nationale polonaise après une enfance russe, il fait la liaison, dans les grèves de 1956,entre les étudiants et le leader ouvrier Gozdzik, il rédige et publie la « Lettre ouverte au POUP » (le PC polonais) avec Jacek Kuron en 1965, il lance involontairement la contestation culturelle et étudiante de 1968 en Pologne, il intervient au bon endroit et au bon moment en septembre 1980 pour que Solidarnosc, dont il a proposé le sigle, soit une organisation nationale et non pas (comme Walesa l’avait accepté dans un premier temps) une somme de syndicats régionaux, il oriente ce qui fut alors le plus grand syndicat de l’histoire européenne vers le contrôle de la production, et ce sera encore lui, en 1989-1990, qui formera la seule opposition parlementaire aux réformes néolibérales en Pologne, affirmant que Solidarnosc en 1980 voulait l’autogestion et pas la privatisation.

Dans les intervalles entre ces évènements et la prison, il a trouvé moyen d’être un historien majeur du haut Moyen Age en Europe centrale et orientale.

Dans ses mémoires récemment éditées en français(« Nous avons fait galoper l’histoire« , Édition de la Maison des Sciences de l’Homme) – les 200 pages qui racontent de l’intérieur l’année de Solidarnosc sont un grand, grand document d’histoire des combats prolétariens, qui mérite de devenir un classique de l’histoire des grèves de masses.

Tout militant syndicaliste de la CGT, par exemple, mériterait de connaître cela. Évidemment cela suppose (et aiderait) à comprendre ce que fut le prétendu « socialisme réellement existant » et à jeter aux poubelles de l’histoire les discours disant que tout cela c’est CIA et Vatican …

Non, tout cela, ce fut l’œuvre des prolétaires et d’hommes éclairés comme Karol Modzelewski, qui, en rompant depuis 1956 avec tout parti communiste, fut, dans le fait, un très grand … communiste.
Chapeau bas.

29-04-2019.

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