Brexit: quand l’histoire se répète comme une farce

Brexit: quand l’histoire se répète comme une farce

par Roger Silverman (Londres)

Source : cet article est paru originellement sur le blog Oakland Socialist le 22 janvier dernier.

Par une parole célèbre, Marx a dit que l’histoire se répète comme une farce. Cependant, malgré cela, il aurait peut-être eu du mal à imaginer la pantomime à laquelle se livre maintenant la classe dirigeante britannique.

A peine après avoir franchi sans trop d’égratignures le cap des élections de juin 2017 en promettant un «gouvernement fort et stable», celui de Theresa May ressemble aujourd’hui davantage aux clowns géniaux des films muets, évitant les tartes à la crème et glissant sur des peaux de banane.

Au cours des 18 mois qui ont suivi ces élections, 32 ministres ont démissionné, dont un vice-Premier ministre, deux secrétaires d’État successifs à la sortie de l’UE, deux secrétaires d’Irlande du Nord, les secrétaires d’État aux Affaires étrangères, à la Défense, au Développement international, à l’éducation, aux Transports, au Travail et aux Pensions, sans parler des nombreux mandarins de moindre importance, dont plusieurs d’entre eux laissent apparaître ouvertement leurs «interrogations sur leurs positions».

Theresa May en difficulté

Au cours de la semaine écoulée, May a à peine survécu aux votes de confiance de son propre groupe parlementaire et du parlement dans son ensemble, alors que l’accord proposé avec l’UE qu’elle avait négocié au cours des deux dernières années a été rejeté avec humiliation par le Parlement par un vote colossal de 432 voix contre 202 – une défaite retentissante pour le gouvernement et historiquement sans précédent.

Et aujourd’hui, après avoir été chargée par le Parlement de présenter une proposition alternative, quel est son nouveau plan ? Pourquoi, pour encore mener des discussions avec le parti ultra-conservateur DUP [le Parti unioniste démocratique – parti sectaire protestant de droite en Irlande du Nord] sur ce même accord que le DUP a déjà rejeté, avant de revenir vers l’UE pour quémander des concessions sur ce qu’ils ont déjà refusé.

Déclin de l’impérialisme britannique

Comment le capitalisme britannique se trouve-t-il dans un tel pétrin ? Il fut historiquement le premier au monde à renverser une monarchie féodale et à trancher la tête d’un roi ; le premier à s’industrialiser, faisant de la Grande-Bretagne «l’atelier du monde» ; une puissance mondiale qui régnait autrefois sur le plus grand empire de l’histoire.

Il y a un demi-siècle, un ancien secrétaire d’État américain avait fait remarquer que la Grande-Bretagne avait «perdu un empire mais n’avait pas encore trouvé de rôle» ; c’est mille fois plus vrai aujourd’hui.

Dans les années 1980, Margaret Thatcher a délibérément détruit tout le reste de la puissance industrielle britannique dans un effort désespéré pour limiter le pouvoir des syndicats, laissant l’économie britannique à la merci de ses secteurs les plus prédateurs et parasites : la finance et l’immobilier, des blanchisseurs d’argent sale se faisant sucer par les oligarques du monde entier, dissimulant leurs profits dans des paradis fiscaux à l’étranger.

Tout ce qui soutient l’autorité politique de cette aile de plus en plus dominante de la classe dirigeante, c’est son exploitation du vil héritage impérial du chauvinisme jingo, pour siphonner le mécontentement de ses millions de victimes qui souffrent dans une révolte xénophobe contre l’UE.

Brexit «soft» ou accord «Norvège Plus»… rien ne fonctionnera

Cette faction du parti conservateur est enthousiasmée par la perspective d’une rupture décisive avec l’UE, qui lève toutes les garanties limitées imposées par cette dernière contre la «concurrence déloyale» et ouvre les vannes à des accords commerciaux non réglementés avec les États-Unis, y compris la privatisation pure et simple du NHS (Service National de Santé).

Un autre groupe, basé dans le secteur manufacturier en déclin, cherche désespérément à préserver les lucratifs marchés continentaux et la disponibilité d’une main-d’œuvre bon marché offerte par un Brexit «souple», si ce n’est le maintien de l’adhésion à l’UE. Tory Britain est rapidement à court d’options.

Certains réclament un accord «Norvège plus» – acceptant toutes les règles de l’UE tout en renonçant à leur formulation ; d’autres optent pour la solution thermonucléaire : un Brexit «sans accord» qui plongerait la Grande-Bretagne dans la catastrophe. La probabilité de l’effondrement de la blague que constitue un tel gouvernement, se profile à l’horizon.

Irlande et Écosse

Ce n’est pas pour la première fois que l’establishment britannique a du mal à se débarrasser des démons de ses crimes passés en Irlande. Après trente ans de guerre civile, la dernière vague de «troubles» dans le Nord n’a pris fin que dans le contexte de l’adhésion commune des deux pays à l’Union européenne, qui a ouvert la frontière et facilité la reconnaissance d’une «dimension irlandaise».

Sans une union douanière continue (ce que May a exclu, mais une option qui a la faveur de Corbyn), l’érection d’une nouvelle frontière en dur menace de faire apparaître le fantôme des conflits passés. Il est pour le moins ironique que l’Angleterre finisse par perdre non seulement son dernier coin d’Irlande, mais aussi l’Écosse, qui a voté massivement contre le Brexit.

Corbyn

Jeremy Corbyn s’oppose à la pression des Blairistes, l’establishment déplacé d’hier, de réclamer un soit disant « vote du peuple » – un second référendum, dans le pari désespéré d’aboutir avec chance à un résultat différent cette fois-ci, la restauration du statu quo failli, et en ignorant la réaction furieuse qu’elle provoquerait. Il insiste à juste titre sur le fait que la vraie division en Grande-Bretagne ne se situe pas entre les partisans de la sortie (Leavers) et ceux du maintien (Remainers), mais entre le « plus grand nombre » et les « quelques uns ».

Ce qui compte, c’est la lutte pour protéger et renforcer les droits et le niveau de vie des travailleurs. Jamais plus un gouvernement travailliste ne doit se plier aux diktats de la classe dirigeante, qu’ils proviennent de Bruxelles, de Washington ou de la City londonienne.

Notes du blog Oakland Socialist : Roger Silverman a écrit un article sur l’historique du Brexit, que les lecteurs trouveront ici. Nous avons publié toute une série d’articles sur le Brexit, dont plusieurs qui s’opposent à ceux qui à gauche soutiennent le Brexit. Ces articles peuvent être trouvés ici.

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Syrie : encore de dures leçons.

En septembre dernier, les manifestations de masses, relançant le mot d’ordre clef des révolutions arabes, dont le contenu s’est retrouvé sur le Maïdan … et en France aujourd’hui, Ach-chaab yourid isqât al-nizâm, Le peuple veut la chute du régime, dans l’enclave d’Idlib en Syrie, avaient contraint Bachar et Poutine à marquer le pas et à négocier avec Erdogan un accord de non-attaque de l’enclave, moyennant quoi Erdogan promettait, prenant en otage résistance syrienne et population, de faire retirer les armes lourdes des abords de la ligne de cessez-le-feu, et d’épurer les djihadistes du Hayat Tahir al Cham (HTS, ex-al Nosra). La population d’Idlib et la masse des réfugiés hostiles à la charia obligatoire étaient disposés à régler les comptes avec les djihadistes.

En dehors de l’enclave surpeuplée d’Idlib, que l’on pourrait comparer à Gaza en plus précaire encore, l’autre secteur de la Syrie à échapper à la restauration du régime vermoulu et corrompu du tortionnaire Bachar qui n’a d’autre base que la peur et le soutien russe et iranien, était donc le Rojava, tenu par l’organisation nationaliste kurde PYD et ses milices, les YPG. Loin d’être une « commune libre », il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un morceau de l’appareil d’État baathiste, chambres de torture inclues, rétrocédé par Bachar dans la panique, au PKK-PYD, et en aucun cas d’un territoire issu d’une insurrection réelle, si ce n’est, indirectement, comme produit déformé de la révolution syrienne. De fait, il valait mieux vivre au Rojava que sous Bachar ou sous Daech, et la place faite aux femmes, au delà de sa mise en image dans la com’ du PKK-PYD, était un élément progressiste fort. Le « confédéralisme démocratique », loin d’être un idéal libertaire comme se l’imaginent quelques nouveaux adeptes de la terre promise, permettait de respecter théoriquement les frontières existantes et de ne pas poser la question d’une unité nationale démocratique de la nation kurde, qui ferait exploser celles-ci et les États anti-démocratiques de la région, ou ce qu’il en reste.

Fin décembre, Donald Trump a annoncé le retrait unilatéral de toutes les troupes US en Syrie parce que le boulot serait soi-disant fait contre Daesh. Cette annonce était l’une de ses réponses à la tenaille de l’enquête Mueller qui se resserre sur lui et sa famille et fait monter le spectre d’une destitution ou d’une démission forcée, avec ses interventions contre le gouverneur de la banque centrale US (Fed) et, surtout, le délirant shutdown stoppant la paye des fonctionnaires fédéraux. Comme il était prévisible, ce retrait des troupes US de Syrie n’a en réalité pas commencé, tant il va à l’encontre des intérêts réels de l’impérialisme nord-américain. Il n’empêche qu’il a déclenché de nouveaux processus en Syrie, la Russie et les puissances régionales ayant plus de marges de manœuvre encore et comptant bien en profiter pendant qu’elles le peuvent.

Le PYD au pouvoir au Rojava étant de plus en plus menacé par Erdogan, qui veut détruire ce qu’il considère comme la base arrière du PKK dans sa lutte contre le peuple kurde tout entier et ses droits démocratiques et nationaux, avait, avant même les annonces de Trump, tendu officiellement la main (officieusement elle l’a toujours été) à Bachar el Assad, tout en tentant de se présenter auprès des États-Unis, mais aussi de la France et du Royaume-Uni, comme les meilleurs policiers anti-Daesh – autre légende : les meilleurs combattants, et non pas policiers, contre Daesh, sont venus de la résistance syrienne et des miliciens d’Alep, que le PYD a contribué à livrer à Bachar, et le contrôle par le PYD de régions arabes prises à Daesh s’avère difficile, répressif et coûteux. Au bout du bout, la direction du PKK-PYD-YPG ne cherche d’autre issue qu’un rôle de supplétif dans un État baathiste restauré au service de Bachar … triste épilogue pour le « confédéralisme démocratique, libertaire et féministe » rêvé par certains qui nous ont refait toute la geste du paradis socialiste déjà faite par d’autres envers d’autres territoires, mais épilogue parfaitement prévisible.

Mais épilogue que ne méritent pas le peuple kurde et ses combattants luttant pour leur liberté. La victoire passait non par des alliances avec tous les diables impérialistes ou sous-impérialistes que l’on veut, mais par la lutte commune des Kurdes et des Arabes pour faire la révolution démocratique jusqu’au bout contre Bachar – et Erdogan. Du côté des Syriens d’Alep puis d’Idlib, la défiance envers, non pas « les Kurdes », mais les milices YPG alliés des tortionnaires de Bachar trois fois pour une, les a souvent renvoyés du coté du faux protecteur Erdogan.

Au lieu d’analyser la nature sociale et politique réelle des forces en présence, ce qui permettait de comprendre qu’encore à Idlib en septembre dernier on était dans une zone libérée par l’insurrection, où les droits démocratiques pouvaient mieux, ou moins mal, s’exercer, que n’importe où ailleurs en Syrie, et qu’à Kobané malgré des marges d’expression pour les soutiens étrangers et l’affirmation officielle de l’égalité des femmes et des hommes, on était dans un morceau, certes en pleine dérive, de l’ancien État contre lequel la révolution s’était dressée, ceux des « anti-impérialistes » qui vouaient un culte aux « Kurdes » en sont donc arrivés à s’effrayer du retrait militaire annoncé par Trump ! L’impérialisme US était supposé détruire tous les pays où il mettait les pieds, sauf, mystérieusement, le Rojava, et son retrait ouvrir la voie au massacre des Kurdes par Erdogan, directement.

Nos « anti-impérialistes » en arrivent de la sorte à se faire de lourdes illusions envers … les troupes nord-américaines : s’imaginent-ils que même si elles sont encore là, un accord entre Washington, ou le Pentagone, ou les généraux sur place, et Erdogan, ne serait pas possible pour massacrer les Kurdes ? La présence des troupes US n’a jamais été et n’est en rien une garantie pour eux.

La menace de leur départ, qui ne se fait pas (et ne se fera pas de sitôt), mais qui les paralyse relativement, accélère par contre les manœuvres. Du PYD intensifiant son rapprochement avec Bachar. Puis, en retour, du HTS qui a manifestement passé un accord avec Erdogan, ciblé contre les Kurdes, mais dont les premières victimes ont été … les combattants et la population de l’enclave d’Idlib.

En deux semaines, le HTS est passé à l’attaque contre les forces, cinq fois supérieures en nombre, du Front de Libération Nationale, version « turcisée » de l’ancienne Armée Syrienne Libre qui tenait Idlib. La Turquie a, au même moment, coupé toute aide, et via les positions que ses agents avaient prises dans ce qui restait des organisations armées de la résistance syrienne, elle a consciencieusement paralysé celles-ci. Arrivé à Idlib, le chef du HTS, Abou Mohamad al-Joulani, qui intervient rarement publiquement, a immédiatement fait savoir qu’il était avec la Turquie, contre le Rojava.

Des poches, dans le djebel Zawya, résistent encore par les armes au HTS, et les 150 000 habitants de la zone Sud-Est de l’enclave, autour de Maarat-al-Noman, ont imposé au HTS, manquant de cadres, de ne pas occuper leurs villages et camps de réfugiés, mais pour combien de temps ?

Erdogan a donc livré Idlib aux islamistes. Immédiatement, comme dans un jeu bien rôdé, le ministre des Affaires étrangères russes, S. Lavrov, a fait savoir que Idlib étant devenue une base terroriste (passons sur le fait que M. Lavrov a toujours dit que Idlib était une base terroriste ! ), les accords Poutine-Erdogan-Rohani de septembre ne tenaient plus. Autrement dit, la reconquête d’Idlib, sachant cette fois-ci que sa population et les réfugiés qui s’y concentrent ne pourront pas se battre et seront, souvent, démotivés, à la différence de septembre dernier, peut être entreprise par l’aviation russe et l’armée de Bachar (avec quelques supplétifs des YPG …). Parions que si cela a lieu, ils commenceront par bombarder les zones qui résistent encore au HTS … et que pendant ce temps, Erdogan pourrait tenter de « nettoyer » le Rojava, pour le négocier ensuite avec Bachar.

Les leçons syriennes sont dures. Mais elles sont nécessaires. Pour continuer le combat.

Le 23-01-2019.

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Benalla au Tchad : du grave, du lourd, du Macron !

Alexandre Benalla, auditionné par la commission d’enquête sénatoriale, pour la seconde fois, a refusé de répondre à la plupart des questions, invoquant, défense de rire, la « séparation des pouvoirs », une mise en examen pour ses passeports diplomatiques étant survenue (opportunément ? ) juste avant cette audition.

Il a affirmé n’avoir aucun lien avec l’oligarque russe Iskander Makhmudov, ce que confirment son complice Vincent Crase (qui, lui, ne peut nier en avoir !) et l’officine officieuse Sputnik !

Et il a affirmé n’avoir « plus de contacts » avec « la présidence » depuis le … « 24 décembre » : un cadeau du père Noël !

La commission d’enquête sénatoriale est à peu près, un comble qui mesure l’ampleur de la décomposition des institutions de la V° République, l’un des seuls lieux d’activité pouvant encore porter le nom de « parlementaire » en France ! N’en demandons toutefois pas trop à nos sénateurs : ils ne sont pas allés jusqu’à aborder de plein pied les affaires africaines de Benalla.

Un important article d’un ancien haut fonctionnaire français, lié à des milieux oppositionnels tchadiens, Thomas Dietrich, paru dans Libération le 21 janvier, expose des faits gravissimes. On pouvait se demander à quels investissements étaient destinés les 250 millions pour lesquels Benalla était allé voir Déby, 15 jours avant Macron. Il est venu le voir en compagnie d’un homme d’affaire israélien, Hababou Solomon, pour mettre en place une société d’exploitation massive des gisements aurifères du Tibesti, au Nord du Tchad, à capitaux principalement qataris, qui rétrocédera 35% des bénéfices au clan Déby personnellement. Un mois et demi auparavant, le bourg de Kouri Bougoudi était bombardé et d’autres localités de population toubou attaquées, ainsi que les campements d’orpailleurs « sauvages ». En effet, le BRGM (Bureau des Recherches Géologiques et Minières, organisme d’État français) a fait état début septembre de l’existence de gisement aurifères considérables au Tibesti. Remontons encore quelques mois en arrière : en février 2018, Déby était menacé par une grève des fonctionnaires, l’État étant en faillite, et il s’en sortait par une aide de la banque Rothschild et, d’autre part, on voyait une aide militaire française considérable se déployer pour assister l’armée de Déby au Tibesti déjà : logistique, transports, soins médicaux, espionnage radar.

Nous avons là une « Opex » (opération extérieure de l’armée française) qui ne dit pas son nom, qui ne vise pas des djihadistes alors qu’officiellement ce sont eux les ennemis, mais qui assiste un dictateur corrompu dans sa mainmise sur le Nord de son pays, et les gisements aurifères mis en évidence par l’aide française, en tuant, chassant et bombardant les populations toubou, provoquant en retour une nouvelle guérilla dont la Libye disloquée est la base arrière.

Cette intervention militaire officieuse donne son cadre à la visite de Benalla à Déby : c’est sur les territoires ainsi mis au pas que les amis affairistes proche-orientaux de Benalla sont venus, avec lui, mettre au point le monopole d’exploitation et la répartition de la rente (ne doutons pas que chacun a sa part). Idriss Déby passant, surtout depuis la gabegie totale en Centrafrique et la chute de Compaoré au Burkina, pour le meilleur ami de la France en Afrique …

De fait, il est le meilleur ami de Macron et de Benalla en Afrique !

D’autre part, selon un article paru dans Mediapart le 16 janvier, Benalla a été grassement payé, en août et septembre dernier, par une société de sécurité créée juste auparavant, animée par un ancien militaire servant d’ « agent de protection » à l’oligarque proche de Poutine, Iskander Makhmudov : lui-même, son complice Crase (et Sputnik !), ont donc amusé le Sénat sur ce point.

Celui dont Macron, qui peine visiblement à s’en séparer, voulait faire le chef de sa garde prétorienne (on l’imagine actuellement, à la tête de pelotons de la Bac, en train de se faire des gilets jaunes ? …), est donc en relation au moins indirecte avec la haute oligarchie russe et, dans le même temps, il a négocié un contrat pour des affairistes proche-orientaux avec le dernier grand allié de la France en Afrique, un dictateur corrompu, contrat dont la mise en œuvre passe par la mise au pas voire l’éviction des populations dans la région concernée, laquelle éviction a commencé depuis un an, avec l’aide active de l’armée française.

  • Justice pour le Tibesti !
  • Benalla en prison !
  • Macron doit rendre compte !
  • Arrêt des opérations militaires françaises en Afrique !

Le 23-01-2019.

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La question, c’est le pouvoir, c’est l’État.

Le « grand débat national » devrait être, pour ses promoteurs, au centre de la situation politique. Méthode Coué et incantations magiques sont convoquées : « Cette semaine, quelque chose a bougé. La domination du champ médiatique a changé de camp« , proclame l’éditorialiste de La Montagne sous le titre La semaine du virage. Diantre !

Le samedi étant dans la présente période le moment le plus important de la semaine, celui-ci n’a pourtant pas apporté de « virage » :

  • toujours 84 000 manifestants selon le ministère de l’Intérieur, c’est-à-dire nettement plus, sans compter les manifestations de femmes du dimanche ;

  • une forte combativité sur un mot d’ordre : Macron dégage ;

  • l’une des plus fortes manifestations à Toulouse depuis le début ;

  • et des violences policières, encore et encore, encouragées par le sieur Castaner qui en nie l’existence, ce qui vaut permis de mutiler.

On peut raconter ce que l’on veut, mais cette durée, conjuguée aux grèves et à la fermentation dans les établissements scolaires, sur lesquelles nous allons revenir, atteste que non, il n’y a pas eu de virage. Nous sommes, ainsi que nous l’avions prévu, dans une période de turbulence ouverte depuis la crise pré-révolutionnaire de novembre-décembre. Et ce n’est pas fini !

Le Monde de samedi titre :  » … des gilets jaunes aux allures de cortège syndical« . Plus encore qu’à Paris, les fusions de cortèges « gilets jaunes » et syndicaux sont nombreuses dans tout le pays – en fait, chaque fois ou presque qu’il y a un cortège syndical : Toulouse justement, Le Havre, Rouen … soit des villes qui ont vu de puissants cortèges syndicaux encore en 2016-2017, justement. Ce titre du Monde cache une interprétation ambiguë : le regroupement des uns et des autres inquiète, mais en même temps les « allures de cortège syndical » sont censées signifier un assagissement (1) !

Ce n’est pas le cas, au vu des « violences », surtout policière mais aussi de la résistance croissante qu’elles rencontrent, de l’indignation qu’elles suscitent.

Ce n’est pas non plus le cas eu égard à ce qui se cherche encore en profondeur dans le salariat à travers un nombre de grèves qui ont significativement augmenté depuis deux mois et qui arborent souvent elles-mêmes le gilet jaune, sans aucune contradiction avec la couleur rouge. Plusieurs de ces grèves remportent de petits succès sur les salaires et les primes, qui renforce le moral des travailleurs et vont totalement à l’encontre de la politique de Macron et du MEDEF.

Nous aurons l’occasion de revenir sur l’appel de la CGT à une journée d’action le mardi 5 février, déclinée dans certaines unions départementale comme « journée de grèves généralisées » voire de « grève générale ». Mais penchons-nous sur les développements immédiats.

Par exemple, les personnels de restauration de la caisse des écoles de Paris 15° avec leur syndicat CGT ont gagné par la grève une augmentation des heures de travail dans les contrats, le paiement des heures supplémentaires en retard, un meilleur régime indemnitaire et d’importantes promesses de créations de postes pérennes, ainsi que le paiement des heures de grève (pas de retrait sur salaire). De telles « petites » victoires n’ont rien de négligeable et doivent être mises en relation avec la situation politique, dans laquelle l’affaiblissement de Macron peut conduire à affaiblir tous les patrons (dont des employeurs publics, comme ici).

Dans l’Éducation nationale, les syndicats de la FSU en lycées et collèges (SNES, SNUEP, SNEP et SNETAP), avec notamment les fédérations CGT et SUD et les organisations lycéennes, appellent à une grève jeudi 24 janvier assortie de réunions d’établissements et d’assemblées générales visant à discuter de la suite. Cet appel intervient alors que les baisses de dotations, suppressions de postes et fermetures de classes arrivent dans les lycées, les collèges et aussi dans les écoles. Les revendications mises en avant sont : « le retrait de la réforme des lycées, du baccalauréat et de Parcoursup, l’abandon du projet de service national universel, l’arrêt des suppressions de postes, l’augmentation des salaires, le respect de la liberté d’expression et de manifestation. » Ces revendications essentielles sont incompatibles avec le maintien de Macron !

Les données réelles de la situation nous conduisent donc à répéter encore que, non, même si le « champ médiatique » (pour reprendre les termes de l’éditorialiste de La Montagne) a tourné, la réalité, elle, n’a pas tourné … et le « grand débat » n‘y peut pas grand chose.

Macron s’est livré à deux shows, tenant de la performance sportive (encore que des milliers d’enseignants dans ce pays parlent tous les jours aussi longtemps qu’il l’a fait à deux reprises !), d’où il ressort, selon le « champ médiatique », que le contact serait renoué avec les maires (à défaut de l’être avec la population) et tout le monde pourrait s’exprimer.

Sauf que les doléances dont la Fédération des Maires Ruraux a fait la synthèse le 14 janvier, ont pour aspect central le maintien et le rétablissement des services publics, alors que Macron demande à son « grand débat » de dire lesquels doivent fermer !

Sauf que selon René Revol, maire (FI) de Grabels dans l’Hérault, le débat avec les « maires », présidé par un ministre, a vu les préfets désigner les maires autorisés à s’exprimer !

Les préfets désignant les maires : voila bien l’essence de l’autoritarisme bonapartiste, issu tout droit du coup d’État de Brumaire (1799) qui, pour mettre fin à la Révolution, avait instauré la nomination des maires : l’exact contraire de la libre administration locale dans le cadre de l’égalité des droits et de l’égalité devant la loi, devant l’impôt, devant le service public !

On remarquera la prudence et la difficulté du pouvoir exécutif dans sa gestion des « corps intermédiaires » : les organisations syndicales, appelées par lui à plusieurs reprises au secours et dont les directions nationales ont répondu à ces appels, ne sont pas pour autant associées es qualité au dit « grand débat ». Si Laurent Berger (CFDT) appelle ses militants à y participer « comme citoyens », la CGT parle d’ « enfumage », ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle aurait « quitté les lieux de dialogue social » comme le raconte Le Monde, car celui-ci se déroule aussi, « grand débat » ou pas, dans des pseudos concertations sur la casse des retraites, des droits des chômeurs ou des statuts des fonctionnaire – notons que toutes les fédérations de fonctionnaires demandent maintenant le retrait des projets de casse des statuts.

Le projet du pouvoir est de se refaire, cahin-caha, une petite santé afin de reprendre l’offensive en même temps ou juste avant les élections européennes, par un éventuel référendum, couplé à un éventuel changement de gouvernement, qui tentera de replâtrer le régime de la V° République, faute de pouvoir le faire advenir dans son autoritarisme plénier comme le voulait initialement Macron.

La place des Européennes dans le dispositif de replâtrage du régime doit nous conduire à mettre en discussion leur boycott. Il est tout à fait logique que les sondages ne voient émerger que LREM et le RN (outre le fait que DLF mange LR !). L’un et l’autre, LREM et RN, se posent en parti de l’ordre. Marine Le Pen en dit le moins possible, espérant que la noyade de Macron et de tous les autres chefs de parti aspirants Bonaparte (pour J.L. Mélenchon c’est pratiquement fait …), la laissera émerger, mais uniquement par défaut. (2)

Aucune force politique officielle ne met en exergue la vraie question centrale qui est pourtant celle que scandent des centaines de milliers de manifestants : le président est, pour l’heure, cassé, et il n’a pas de remplaçant potentiel. Voila pourtant une situation inédite dans l’histoire de la V° République !

C’est de cela que des militants révolutionnaires responsables doivent parler, et mettre au centre des discussions : chasser Macron et la grève générale. Tout n’est pas résumé ainsi, mais tout passe par là : la question du pouvoir et de l’État doit être mise sur la table !

VP, le 20-01-2019

Notes 

(1) Pour le second samedi consécutif le groupuscule Unité continentale, avec son chef l’ex-para mercenaire pro-russe dans le Donbass Victor Lenta, a noyauté le SO des gilets jaune à Paris, et s’est précisément opposé à la jonction de la grande manif gilets jaunes et du petit cortège CGT en lançant « Martinez pote de Macron ». De quoi la présence deux samedi de suite de Lenta dans ce SO est-elle le nom ? Pas du « fascisme » des gilets jaunes, qui ne sont tout simplement pas au courant, mais de la gabegie et de l’absence coupable des forces politiques et syndicales du mouvement ouvrier. Au lieu de conspuer un tel fait, ce sont elles qui ont la responsabilité d’être avec les travailleurs et d’éviter les provocations et autres infiltrations ! Ajoutons que les défenseurs de la liberté ukrainienne s’interrogent sur l’absence de poursuite envers cet individu. Au moment où on en apprend tous les jours sur les Benalla, Crase and co, c’est une vraie question !

(2) En outre, cette place des Européennes dans le dispositif de sauvetage du régime va susciter l’interférence entre la crise française et la crise britannique, l’échec de Theresa May à faire adopter par le parlement les modalités du Brexit qu’elle avait négociées avec les autres puissances impérialistes d’Europe, conduisant à un risque juridique majeur, expression de la crise politique globale de l’UE, qui ne manque pas de sel : ces élections européennes pourraient s’avérer invalidables si le Royaume-Uni, dont la sortie n’est pas encore actée, n’y participe pas, mais elles pourraient aussi s’avérer invalidables si le Royaume-Uni, dont la sortie est convenue, y participait !

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Du prolétariat et des populistes

« Sont-ce des populistes ? – Non, sire, c’est le prolétariat ! »

Les commentaires et analyses concernant le mouvement des gilets jaunes ont souvent un point commun : ils insistent sur sa supposée hétérogénéité, sur l’éclectisme et le confusionnisme fréquent des références idéologiques, parlent de « peuple », de « classes moyennes », de « perdants de la mondialisation », etc.

Nous parlons, pour notre part, de prolétariat, et nous insistons au contraire sur la réelle homogénéité d’un mouvement social dans lequel de larges secteurs du prolétariat se constituent comme tel, dans l’action commune et tout ce qu’elle implique de vie en commun, de discussion et de chaleur humaine.

Le prolétariat n’est pas un sujet prédestiné ni un ange rédempteur. Il a tous les défauts de l’humanité aliénée, exploitée et opprimée, dont il tend aujourd’hui à être la principale composante, si on agrège les masses paysannes paupérisées vouées à la prolétarisation.

Il se définit simplement ainsi : celles et ceux qui pour vivre ne peuvent que vendre leur force de travail.

Notez bien que cette définition englobe les chômeurs, les précaires et les « auto-entrepreneurs », qui forment actuellement une très grande partie du prolétariat. Elle englobe aussi les retraités et la jeunesse en formation. C’est donc une expression à la fois synonyme et plus large que « classe ouvrière » et que « salariat ».

Dans la lutte, c’est-à-dire la lutte des classes, le prolétariat s’auto-constitue. Actuellement, on peut même voir les femmes du prolétariat s’auto-affirmer comme telles, par les manifestations de femmes gilets jaunes du 6 janvier dernier, renouvelées à Montpellier notamment ce samedi 12 janvier.

Le prolétariat en dehors de sa lutte est une poussière humaine. « La classe ouvrière est révolutionnaire ou elle n’est rien. » (Marx au dirigeant lassalien, principal dirigeant du mouvement ouvrier organisé en Allemagne à cette date, J.B. Schweitzer, 13 février 1865).

Dans cette lutte il se dote d’organisations, qui jouent ensuite un rôle important dans son existence comme classe, mais qui sont des organisations existant dans la société civile bourgeoise, dans le mode de production capitaliste. L’existence du prolétariat comme classe ne saurait se réduire à une « lutte de classe traditionnelle » passant nécessairement par ses anciennes organisations.

Elle se renouvelle en permanence et certaines organisations n’apparaissent que lorsque la lutte des classes se généralise et se centralise, tels les soviets russes en 1905, les räte (conseils) allemands en 1918, etc.

On voit alors bien des représentants des anciennes organisations se crisper et protester : ils défendent les appareils de celles-ci et non plus la constitution du prolétariat en classe révolutionnaire, mais bien au contraire la préservation de l’ordre social et politique existant dans lequel ils s’étaient fait une niche, même lorsque, sincèrement, ils pensaient défendre les intérêts ouvriers.

La défense de ses organisations en tant qu’organisations de classe, et non en tant qu’appareils de l’ordre existant, suppose au contraire qu’on agisse pour leur unité dans l’action de classe, avec la classe (y compris donc, et surtout en ce moment, les samedi et sur les ronds-points !), tout en combattant leur intégration à l’État capitaliste par le moyen de mauvais accords, de structures étatiques d’intégration, de participation, cogestion et « dialogue social ».

Il n’est pas de combat sérieux pour l’indépendance des organisations en dehors du combat pour leur pleine implication dans la lutte des classes, lequel conduit forcément à affronter leurs directions, lesquelles poussent au contraire, avec des contradictions, vers leur intégration à l’État et à l’entreprise.

 * * *

Revenons aux gilets jaunes. Les considérations ci-dessus aident à comprendre que les caractériser comme « populistes » est absolument sans signification. Un mouvement social se caractérise par ses composantes sociales, leurs revendications et la dynamique de leur action.

Ici la principale composante sociale est prolétarienne, les revendications portent sur le niveau de vie (niveau des salaires et impôts indirects), et la dynamique va vers l’affrontement avec le pouvoir exécutif régnant. Que ce soit pour le dénoncer ou pour le louer, croire avoir caractérisé ce mouvement par le terme de « populiste » revient à s’aveugler complètement.

Ensuite, c’est justement en misant sur ce contenu social et cette dynamique démocratique que l’on peut, et que l’on doit, combattre les confusions, infiltrations, tentatives de dévoiement, etc.

 Heurs et malheurs du populisme.

 Par contre, s’agissant de courants idéologiques et d’organisations politiques constituées sur des fondements idéologiques, la caractérisation, qui vient d’ailleurs de ces propres organisations, comme « populiste », a un contenu beaucoup plus prégnant.

Voici un prolétaire qui entre en lutte pour la première fois de sa vie, ou la seconde – s’il est vieux il a autrefois fait mai 68, s’il est jeune un ou deux blocages lycéens voici une décennie -, affronte la police, appelle les syndicats à venir aussi, refuse toute représentation, puis envisage d’élire ses propres délégués sous contrôle permanent, et s’agrège à un collectif de lutte matérialisé par le port d’un vêtement de travail fluorescent : il parle un langage confus, dénonce « l’oligarchie », « les riches », « les politiques », « le pouvoir de l’argent », il n’est pas très familier de l’informatique mais il va sur les réseaux sociaux où il like ce qu’il voit passer et donc souvent n’importe quoi, d’ailleurs il lui arrive de lâcher des vannes racistes, mais il se met à comprendre que dans la lutte tous sont ensemble.

Au demeurant, ses emballements momentanés sur tel ou tel thème, avec le « RIC » ou le « tirage au sort », et ses confusions de vocabulaire, répètent sur le mode d’une expérience concrète accélérée toutes les bévues, toutes les confusions, que les représentants patentés de la « gauche radicale » ont pu faire et ont commis depuis trois décennies, et dont ces derniers ne sont généralement pas sortis, bien qu’ils se pensent bien supérieurs à ces confus gilets jaunes si suspects à leurs yeux !

Et voici un ancien ministre d’un gouvernement de cohabitation de la V° République, qui, s’opposant aux dérives les pires de son ancien parti le PS, a fini par agréger sur sa personne l’espoir d’une alternance politique, mais qui, prenant conscience de ce fait, a alors choisi de proclamer qu’il fallait se mettre au dessus de la lutte des classes (dont il ne nie pourtant pas l’existence), dépasser la « forme parti », reléguer les syndicats aux seules luttes salariales en semaine, et rassembler au delà des anciens clivages, autour de sa personne, contre la seule « oligarchie », pour « fédérer le peuple » toutes classes sociales confondues, ce qui le conduit à mettre une sourdine aux positions qu’il avait eu, à un moment donné, en faveur de l’accueil des migrants.

Il est possible que le premier personnage présenté ici et le second aient, dans leurs trajectoires respectives, un vocabulaire qui se croise et se ressemble.

Mais le premier est un prolétaire qui apprend dans la lutte (sans aucune prédestination), le second un politicien qui a théorisé et systématisé, théorie et pratique, son « populisme ». Ils sont en fait très différent l’un de l’autre.

La différence essentielle réside dans la dynamique de leur action politique.

Le prolétaire gilet jaune cherche l’affrontement avec le pouvoir exécutif. Son mot d’ordre central c’est « Macron dégage ». Quand on lui demande par qui remplacer Macron cette question le surprend, soit parce qu’il n’y avait pas pensé soit parce qu’il a déjà pensé qu’il ne faut pas, justement, le remplacer.

Le politicien « populiste de gauche » a, lui, redéfini son opposition à la V° République ainsi : me faire élire président, et ensuite, octroyer une pseudo constituante à ma botte en mixant la dénonciation de la « forme parti » et le tirage au sort, pour définir une supposée VI° République.

La dynamique de l’action du premier va vers la république sociale, démocratique, dont le trait décisif est le suivant : la DESTRUCTION de l’appareil d’État préfectoral et parasitaire mis en place dans ce pays depuis Napoléon.

La dynamique de l’action du second va vers la préservation et la reproduction, sous un autre nom ou pas que celui de V° République, de l’État capitaliste français ayant cette forme spécifique, l’État préfectoral bonapartiste.

D’un côté, le mouvement du prolétariat, qu’il faut rendre conscient, former, organiser, vers l’Etat-Commune, la démocratie effective, de l’autre la préservation de l’État capitaliste toujours plus autoritaire et envahissant, que ce soit en mode « Bolsonaro » ou en mode « Maduro » !

Voila pourquoi il ne saurait y avoir aucun état d’âme à avoir combattu la politique de rupture avec le mouvement ouvrier de J.L. Mélenchon, et à soutenir la lutte des gilets jaunes sur le terrain. Dans les deux cas, il s’agit de politique prolétarienne.

L’explosion sociale et la crise de régime ouvertes en novembre-décembre 2018, loin de confirmer les pronostics de J.L. Mélenchon, les ont infirmés : sa « révolution citoyenne » devait passer par les urnes, manière imprécise de dire qu’elle devait passer par les institutions de la V° République. Il devait gagner la présidentielle pour ce faire, mais en refusant de regrouper le mouvement ouvrier, il a juste raté le coche. Il devait ensuite gagner les législatives pour imposer une cohabitation à Macron, dans le cadre des institutions, le résultat fut bien entendu l’inverse : une assemblée croupion à hégémonie macroniste, aujourd’hui rejetée, comme le président, par la lutte sociale. Il a ensuite, c’est déjà loin, appelé à manifester contre les ordonnances Macron contre le code du travail en fixant par avance une date (le 20 septembre 2017) qui suivait leur adoption …

La suite à l’avenant : ce n’est pas tant pour des raisons idéologiques (« populisme », « populisme de gauche », ou retour à l' »union de la gauche » ?), écume des questions de fond, qu’en raison de l’opposition pratique du chef de la FI à toute rupture avec la V° République, ne dénonçant Macron que pour anticiper la cohabitation avec lui, n’ayant que les Européennes comme perspective, et déclarant être contre « la grève générale » (intervention à l’Assemblée nationale, début juillet 2017), que la FI s’est affaiblie, divisée, et a finalement reçu les gilets jaunes sans doute comme une divine surprise, mais à laquelle elle n’avait contribué en rien. 

Appendice.

Dans ce processus, le fonctionnement bonapartiste dit « gazeux » de cette organisation [ La France Insoumise ] a produit un phénomène spécifique qui pourrait faire les délices d’une étude socio-psychologique : la sécrétion continuelle de candidats au rôle de conseillers-courtisans du chef, régulièrement éconduits et mis au piquet – « bannis », sic.

Ce samedi 12 janvier une partie de ces pieds écrasés, adhérents sincères ou non du « populisme », tout court ou « de gauche », se sont rassemblés sur la base suivante : « la souveraineté de la nation et des droits sociaux », saluant la levée du « peuple oublié » (mais surtout pas du prolétariat, terme absent de toutes leurs proclamations), et posant la question, pour y répondre oui : « la souveraineté d’une république laïque, démocratique et sociale, est-ce suffisant pour rassembler ? » (Jacques Cotta).

Le trio central de ce regroupement est constitué du tandem Collin-Cotta, qui avaient tenté de retrouver le rôle de conseiller-coach-porte-plumes de J.L. Mélenchon, plus un grand éconduit récent de celui-ci, D. Kuzmanovic, représentant de la « ligne Poutine », contre les Ukrainiens, contre les Syriens, pour Maduro, pour l’armée française, sa présence en Afrique, son arme nucléaire …

L’appel sur lequel se base ce regroupement ne dit pas un mot de la V° République, et pour cause. Or, pour reprendre les termes de Cotta, comment avoir une république laïque, démocratique et sociale sans rompre avec la V° et son appareil d’État ?

La préservation de celui-ci est le non-dit qui sert de base à ce regroupement. Causons souveraineté, laïcité, démocratie, Europe, mais gardons « notre » État.

Du point de vue de la démocratie réelle et conséquente, qui est celui du prolétariat, cet appareil doit être DÉTRUIT. Pas de constituante souveraine sans destruction de l’armature préfectorale et bonapartiste !

Ainsi castrée, la « souveraineté d’une république laïque », etc. façon J. Cotta, est effectivement une base pour rassembler large, puisque la NAR (Nouvelle Action Royaliste), organisation qui préconise une monarchie constitutionnelle, rompant avec l’UE, et rénovant les corporations maurassiennes sous une forme autogestionnaire, est de la partie ! Ainsi la « république laïque, etc. », façon Cotta, pourrait-elle avoir un roi !

Rassembler large vaut bien une messe : n’a-t-elle pas déjà un président, cette chère « république » ?

L’État capitaliste français a aujourd’hui un représentant, Macron. Sa politique, outrances, provocations et gags compris, découle des intérêts généraux du capital en France. Le regroupement des éconduits de Jean-Luc renforcé des monarchistes modernes (plus un secteur issu du MRC, plus le Pardem, ses rivaux du MS21, etc.) s’imagine être plus proche du « peuple » en gilets jaunes que ce dernier, mais en se structurant sur la base réelle de la préservation de l’État capitaliste existant, il ne fait que dessiner, à partir de la crise de la FI, les contours d’une version « gauche » (pour l’instant) de Debout La France.

C’est la question malicieuse que pose la journaliste du Figaro à Jacques Cotta (le Figaro du 11 janvier), à laquelle celui-ci répond que « Dupond-Aignan et Le Pen ne sont pas en faveur d’une véritable répartition des richesses« . Certes, mais ne pourrait-on point considérer qu’à certains égards, ils ne sont pas contre la « souveraineté d’une république laïque, démocratique et sociale » telle que redéfinie en creux par J. Cotta et par l’appel Collin-Cotta-Kuzmanovic, conservant l’appareil d’État de la V° République ? Tout reste donc possible !

VP, le 13/01/18.

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Le point au 13 janvier 2019

Le week-end des 5 et 6 janvier a vu les mouvement des gilets jaunes repartir de plus belle, déjouant les souhaits et prévisions du pouvoir, affrontant directement ses forces de police le 5, mettant en avant les femmes travailleuses dans une vague historique de manifestations féministes au sens fort du terme dans ce pays, le 6.

Tout au long de la semaine, la ligne de dénonciation de la « foule haineuse », lancée par Macron dans ses vœux du nouvel an, a prévalu au niveau du pouvoir et des principaux médias. Le prétendu philosophe Luc Ferry a dit tout haut ce que toute la macronie pense et dit plus ou moins ouvertement, à savoir qu’il serait temps de tirer sur la foule (il a en effet appelé police et armée à se servir de leurs armes !). Et le trouble Castaner, la veille du samedi 12, lançait la provocation : les manifestants, annonçait-il, seraient les complices des casseurs.

La journée du samedi 12 janvier a donc été une nouvelle défaite politique pour ce pouvoir exécutif engagé dans la fuite en avant répressive, suite logique de sa fuite en avant dans les contre-réformes antisociales.

D’une part, il n’y a pas eu de morts (en France ; en Belgique un gilet jaune renversé par un camion est décédé sur un barrage) malgré les violences policières (au moins deux yeux crevés, à Paris et à Bordeaux …).

D’autre part, Castaner a bien dû avouer que la mobilisation était en hausse, bien qu’il ait arrêté les compteurs à 86 000, chiffre aussi absurde qu’à l’accoutumé.

Il faut prendre la mesure de ce qu’est une situation dans laquelle se pose, de samedi en samedi, la question de combien de morts et de blessés fera la répression.

Elle entraîne bien entendu la nécessité de l’unité contre la répression et de l’organisation du secours et de la défense juridique contre un État qui n’est pas, si tant est qu’il l’ait déjà été, l’État de droit, et en la matière on constatera une fois de plus la carence du mouvement ouvrier et démocratique « traditionnel » dans ses principales composantes.

Mais plus encore, la répression et l’hystérie de la « macronie » attisent la question démocratique centrale, celle que tous les états-majors politiques esquivent : qu’ils dégagent.

Parmi les gilets jaunes, la poussée vers l’auto-organisation consistant dans la délégation et la coordination, prenant la place des porte-paroles autoproclamés et incontrôlables, progresse depuis le second appel de Commercy, auquel ont répondu favorablement de nombreux regroupements de gilets jaunes comme celui de Montreuil.

Et, même mouvement sur le fond, les gilets jaunes de Toulouse s’adressent aux organisations syndicales pour aller les chercher afin d’aller à la grève générale.

Unité avec les organisations ouvrières et élections de délégués mandatés et révocables, là est la voie du succès.

Dans l’intérêt d’un tel développement, il convient donc de dénoncer et de faire toute la lumière sur la manière dont s’est constitué un « service d’ordre » de « brassards blancs » dans la manifestation parisienne des gilets jaunes d’hier.

En effet, il apparaît que l’extrême-droite a infiltré ce SO d’une cinquantaine de membres, très mobiles, au point de le contrôler de fait. Victor Lenta, ex-para, « identitaire », soupçonné d’avoir pris part à l’incendie d’une mosquée en 2009, et mercenaire de Poutine dans le Donbass alors que beaucoup de gilets jaunes se réfèrent, à juste titre, au Maïdan ukrainien pour définir leur mouvement, a été identifié dans ce SO.

Beaucoup de gilets jaunes veulent à juste titre un SO, mais pas pour les encadrer eux, pour les protéger et, au besoin, faire bloc contre les charges policières. Ce n’est pas ce qu’a fait le SO façon Lenta, soucieux d’interdire tout affrontement avec la police au motif de ne pas céder aux provocations : le cas échéant les liens policiers de ce provocateur poutinien devront eux aussi être éclaircis.

Enfin, ceci évitera aux anti-gilets jaunes professionnels de compléter la provocation en affirmant mensongèrement, ainsi qu’on peut le lire sur les réseaux sociaux, qu’en « choisissant » un Lenta les gilets jaunes auraient « choisi leur camp » !

 * * *

Où en est Macron ?

La fuite en avant répressive, déjà en cours, ne marchera pas, c’est clair. S’ils tirent, la marée ne refluera pas, bien au contraire.

La dissolution de l’assemblée en l’état actuel n’aurait qu’un seul résultat certain : l’élimination des élus macronistes. Un référendum tel qu’il en est question dans les hautes sphères suppose d’avoir fabriqué un minimum de faux consensus auparavant, et ils n’en sont pas là.

Macron ne peut donc que continuer à naviguer à vue en combinant répression et participation, en une sorte de caricature bégayante de ce qu’avait été l’action de l’exécutif gaullien entre mai-juin 1968 et le Non au référendum de 1969.

Le « grand débat » a commencé par deux épisodes illustratifs.

Le Conseil Économique, Social et Environnemental, institution vouée à la « participation » et à l’association des syndicats aux décisions du pouvoir, a lancé un questionnaire qui, trusté par la droite et l’extrême-droite, a vu quelques milliers de réponses (autant dire rien du tout) mettre en tête des « préoccupations des Français » la remise en cause du mariage pour tous. Tout en faisant accuser les gilets jaunes d’être les coupables, le pouvoir a confirmé que, à la différence de l’ISF, un tel sujet n’est pas tabou pour lui !

Deuxième épisode, la présidente du machin censé organiser les débats publics, Chantal Jouanno, a démissionné de l’organisation du « grand débat », son salaire indécent de haute fonctionnaire, de près de 15 000 euros (une paille il est vrai, comparé aux grands actionnaires !) ayant été connu suite à des questions sur Twitter.

Ces deux petits épisodes résument bien les choses. CGT et Solidaires ont boycotté la réunion inaugurale. Mais c’est la totalité du « grand débat » que les organisations syndicales ainsi que les associations d’élus doivent boycotter !

Non pas seulement parce qu’il s’agit d’une farce et que tout le monde le sait. Mais parce que c’est, avec le dialogue social sur les retraites et le statut de la fonction publique, l’ultime planche de salut de Macron qui veut ainsi tenir jusqu’aux Européennes.

L’unité « gilets jaunes/gilets rouges », la voie du succès pour les gilets jaunes comme pour la jeunesse et pour les grévistes dans des centaines de petites et moyennes entreprises de tous les secteurs, exige que l’on ne collabore pas avec Macron ou ses ministres mais qu’on les combatte, pour nos revendications !

 Pas de participation à la farce du « grand débat » !

Que les représentants syndicaux arrêtent tout « dialogue social » sur la casse sociale !

L’issue politique c’est : Macron dégage !

Ce ne sont pas les droits sociaux qu’il faut casser,

c’est l’État de la V° République : unité dans le blocage et la grève générale !

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Les menaces de Castaner, les raisons de manifester

Castaner a déclaré que « tous ceux qui manifesteraient demain seront complices des casseurs ».

C’est une attaque frontale contre la liberté d’expression, de manifestation. C’est la menace physique comme seule politique.

LA DÉMOCRATIE C’EST DEHORS MACRON, CASTANER et BENALLA !

DEMAIN SAMEDI MANIFESTONS EN MASSE.

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