Le mouvement de la jeunesse parti des lycées vient de très loin. Il est le fait de la génération du Covid, des guerres et du basculement climatique, qui a subi Macron et Blanquer. Il combine des exigences universelles et fondamentales – « Nous voulons vivre, pas survivre », disent bien des pancartes – et des revendications précises parfaitement formulées : des bâtiments humains adaptés au réchauffement, assez des classes à 35 ou plus, des postes de profs, des toilettes décentes, et à bas Parcoursup (et foutez-nous la paix avec nos portables, on est pas des zombis !).
Chacune de ces revendications immédiates est un défi au pouvoir exécutif et au capitalisme.
Le ministre de l’Intérieur Nunez impulse depuis le début violence et provocation, écrivant aux préfets le 30 septembre : « L’usage proportionné de la force ne doit jamais inhiber l’action pour rétablir l’ordre. » Tout est dit : l’État de droit ne saurait nous inhiber, donc « On peut cogner, chef ? Oui ! ».
Cette violence, dont le livre noir est d’ores et déjà aussi grave que début mai 1968, se cumule avec celle des groupes lumpen ou mafieux qui débarquent avec des mortiers et servent de prétexte à la violence policière, et à toutes les formes de provocation, certains médias s’y consacrant en exclusivité.
Mais le mouvement charrie, telle la marée, les provocations avec lui, les emporte et va plus loin. Il s’étend telle une nappe : parti des lycées de la banlieue parisienne, il a gagné tout le pays en passant souvent, avant les lycées de centre-ville, par des petits établissements de petites villes, avec le rôle notable des filles dans son organisation et son affirmation. Et ce sont les lycéens qui entraînent les étudiants !
Il n’a évidemment pas été déclenché par un coup de sifflet de LFI ou de quelque organisation que ce soit. LFI et toutes les organisations de gauche, du mouvement ouvrier et écologistes, sont parfaitement légitimes à y intervenir, quelles que soient les discussions nécessaires sur leurs orientations. Le RN y est interdit. Les élus comme Bally Bagayoko – qui a été exemplaire et a montré ce qu’est le vrai « maintien de l’ordre » – ont la responsabilité de se porter entre les lycéens d’un côté et les fauteurs de violence, police et bandes lumpen, de l’autre.
Quand la préfecture de police de Paris, le ministère de l’Intérieur, le premier ministre, le président, CNews, Bolloré et le RN disent que tout a été manipulé, il n’est pas impossible qu’ils soient sincères, tel Poutine croyant ses services qui lui disaient pouvoir prendre l’Ukraine en 3 jours !
Rien n’a été manipulé à l’échelle de ce mouvement, qui pose la question de l’avenir, de l’ordre social et du pouvoir, et retentit déjà internationalement, à commencer par la Wallonie et Bruxelles où se développe depuis l’an dernier un mouvement ressemblant par de nombreux aspects.
La masse des jeunes a besoin de perspectives pour aller de l’avant. Bien sûr, les syndicalistes, les élus responsables et les militants, doivent se porter à leurs côtés, mais cela n’est pas suffisant.
Le gouvernement est ébranlé et titube en mélangeant trois tactiques : la violence pure organisée depuis la place Beauvau, les fermetures massives de lycées avec interdiction de s’en approcher, et, le plus ridicule, la « plate-forme participative en ligne » du ministère de l’Éducation nationale !
Le mouvement a commencé à ébranler le budget, pour lequel Lecornu a besoin de Le Pen, en produisant le retrait des hausses de droits d’inscription en BTS et en Prépas. Il peut défaire tout le budget Macron/Lecornu/Le Pen s’il se poursuit et entraîne avec lui la masse des salariés. Il peut, non pas « faire reculer », mais battre et faire chuter le gouvernement et l’exécutif. Macron est acculé à chercher d’ores et déjà des solutions institutionnelles qu’il avait écartées lors de sa dernière conférence de presse, il y a très longtemps, à savoir une semaine : dissolution, article 16, démission.
L’affrontement social avant la présidentielle, non bridé, mais accéléré par celle-ci, a commencé. En avant !
Prochaine manche : la grève politique et de solidarité en soutien aux manifestations de la jeunesse le mardi 6 octobre prochain.
https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/alsace/blocage-des-lycees-ce-qui-est-inedit-c-est-l-ampleur-de-la-repression-estime-un-sociologue-specialiste-des-mouvements-sociaux-de-jeunesse-3427206.html
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