Prise de parole, ce 21 octobre, de Léo Genebrier, secrétaire de l’UL CGT d’Aubenas avant son entrée au commissariat de la ville pour répondre à la convocation qu’il a reçue après la manifestation locale du 17 octobre.

Camarades,
Nous sommes devant le commissariat d’Aubenas. Je suis convoqué ici, ce soir, par le commissaire de la police nationale, suite à la manifestation du 17 octobre.
Le 17 octobre, ce n’est pas une date comme les autres. Le 17 octobre 1961, à Paris, des Algérien·nes, des travailleurs immigrés pour la plupart, manifestent pacifiquement.
Le préfet Papon leur impose un couvre-feu, à elles et eux seul·es. Un ordre raciste, couvert par les plus hautes sphères du pouvoir gaulliste et de l’État français. Ce soir-là, des dizaines de milliers d’Algérien·nes descendent dans la rue.
Hommes, femmes, enfants. La police les attend. Au moins 12 000 arrestations. 200 mort·es cette nuit-là. 325 sur septembre et octobre 1961. Un racisme d’État.
Un massacre d’État, voulu et protégé par le pouvoir gaulliste. Ni oubli, ni pardon. Aujourd’hui, c’est la même police. Le même État.
Depuis mi-septembre, des lycéen·nes réclament des moyens pour leurs lycées.
La réponse : plus de 6 000 interpellations en une semaine. Près de 7 000 gardes à vue. Dont 86 % de mineur·es. Ce n’est pas un dérapage. C’est un système. Une police raciste. Violente. Aux ordres de l’État bourgeois et du capital.
Hier contre le peuple algérien, pour défendre l’ordre colonial. Aujourd’hui contre la jeunesse, pour défendre l’ordre capitaliste. Même ordre. Même répression.
Hier, de Gaulle. Aujourd’hui, Macron. Deux présidents, une même Ve République, née en 1958 en pleine guerre d’Algérie. Un pouvoir fort. Autoritaire. Qui gouverne contre le peuple. Et qui, dès qu’on lui résiste, déchaîne une violence d’État hors norme.
De 1961 aux lycéen·nes d’aujourd’hui, c’est la même histoire de répression. Et le 17 octobre 2026, le bilan est lourd.
Plusieurs décès signalés à Paris, le 17 et le 18 octobre. Plusieurs blessé·es graves. Les circonstances restent à établir.
Nous appelons celles et ceux qui ont assisté aux faits à témoigner. Nous voulons la vérité. Pas un nouveau silence.
Nous le rappelons : depuis le début du mouvement lycéen, et lors des mobilisations du week-end dernier, il n’y a eu aucun incendie. Aucune casse. Rien de tout cela grâce aux forces de l’ordre.
C’est grâce à l’autodiscipline de nos camarades lycéen·nes. Et aussi, un peu, grâce à la pratique et au soutien de l’UL CGT d’Aubenas, qui a déclaré de nombreux rassemblements pour les couvrir et les protéger, entre autres, de la police.
Par contre, de la violence, nous en avons vu.
Et elle était uniquement le fait de la police. Des interpellations musclées, voire violentes, à Aubenas comme à Privas. Et il y a aussi des inculpé·es chez nous. Comme Gor, lycéen de Privas, à qui nous apportons tout notre soutien, et qui passera en procès le 2 décembre.
Aujourd’hui, la force du désordre, c’est Macron, son gouvernement et sa police. Ce n’est pas la jeunesse. Ce ne sont pas les travailleur·ses qui se soulèvent pour leurs justes revendications.
Pourquoi cette violence ? Parce que le pouvoir a peur. En 1961, l’État colonial avait peur. Il a perdu.
Ce n’est pas nous qui avons peur. C’est le pouvoir.
À Aubenas, Gwendoline, Michel, et moi aujourd’hui : un seul but, nous intimider. Nous décourager de toute mobilisation. Mais ces manœuvres ont l’effet inverse. Elles renforcent notre combativité.
Elles nous confirment la faiblesse et la peur du pouvoir en place. Et elles nous disent une chose : c’est maintenant et demain qu’il faut se mobiliser !
Notre syndicat le dit sans condition :
- nous défendrons toujours la liberté de manifester,
- la liberté d’expression,
- la liberté syndicale.
Aucune convocation, aucune pression ne nous fera taire.
Toucher à un·e militant·e syndical·e, c’est s’en prendre à l’ensemble des travailleur·ses.
Ce pouvoir mène partout la même politique : la guerre au dehors, l’austérité au dedans. Il nous parle de patrie. Mais les prolétaires n’ont pas de patrie. Leur guerre n’est pas la nôtre.
Notre adversaire est chez nous : le capital, ses gouvernants, ses marchands de canons.
Alors regardons où va l’argent.
Pour nous, l’austérité.
- 7 milliards d’économies sur la santé.
- 3,6 milliards sur les retraites.
- 4 018 postes supprimés à l’école.
- 1 milliard de crédits en moins pour la jeunesse.
Pour eux, l’argent public.
- 435,7 milliards pour l’armée, sur 2024-2030.
- 211 milliards d’aides aux entreprises, en 2023, sans contrôle ni sanction.
D’un côté, on nous serre la ceinture. De l’autre, on arrose les actionnaires et les marchands d’armes.
Nous, nous voulons autre chose.
- Le gasoil à 1,50 € le litre maximum.
- Une hausse générale des salaires, des minima sociaux, des pensions.
- La défense de nos services publics.
Ce mouvement, c’est la jeunesse qui l’a lancé. Elle nous montre la voie. Aidons-la, rejoignons-la, de toutes nos forces.
Et ce n’est plus seulement ici : c’est toute l’Europe qui se soulève !
Voilà pourquoi l’UL CGT d’Aubenas appelle à la convergence. Pas seulement dans les mots. Dans la grève.
Construisons des grèves partout où c’est possible, dès que possible. Dans nos entreprises. Nos services. Nos administrations. Rejoignons les initiatives du 24 et du 31 octobre. Préparons le blocage total du pays lors de la grève interprofessionnelle du 5 novembre.
Pour soutenir les lycéen·nes, les gilets jaunes, les gilets rouges, les précaires.
Discutons-en avec nos collègues, avec nos voisin·es. Faisons de la grève le point de rencontre de toutes nos luttes. Pour qu’elle dure. Pour toucher le capital là où ça lui fait mal.
Ni silence, ni peur.
Solidarité avec Gwendoline, avec Michel, avec toutes celles et tous ceux qui sont réprimé·es.
Gloire au peuple algérien.
Ni oubli, ni pardon pour les martyrs du 17 octobre 1961.
Faisons converger toutes nos colères. Faisons-les converger dans la grève.
Source : Page Facebook de l’UL CGT d’Aubenas
