Désormais, ce n’est plus ni une supposition ni une hypothèse de travail. Désormais, à l’ouest il y a bien du nouveau ! De New York à Berlin, et de Madrid à Paris, ça bouge. Et ça bouge plutôt fort. Pratiquement coup sur coup, la gauche radicale intronise les siens aux mairies des villes-monde comme New York et Berlin. Et encore plus important, des majorités de jeunes des pays comme les États-Unis, l’Espagne, l’Allemagne et la France se radicalisent et portent leurs sympathies souvent actives à ces mêmes gauches radicales ! Il faudrait être blasé, insensible ou tout simplement aveugle pour ne pas remarquer et ne pas tenir compte d’un tel évènement qui crève les yeux…

En Espagne d’abord, où les manifestations, les occupations des places et les autres actions exemplaires des jeunes militantEs du Syndicat des locataires (Sindicato de Inquilinas y Inquilinos) ont redonné l’initiative à ceux d’en bas, en remettant à l’ordre du jour une des plus brûlantes questions sociales, le droit au logement ! Diffusant et popularisant l’appel de cette admirable dame de 87 ans qu’est Maricarmen Abascal (« Ma maison a été toute ma vie et je dois maintenant la laisser derrière moi, mais cela ne veut pas dire que je vais cesser de me battre. Je n’ai pas réussi à défendre ma maison, mais je me suis battu pour que les autres apprennent à se battre pour la leur. Ce que je veux, c’est que ce problème des fonds vautours soit éliminé… Battez-vous, ne restez pas à la maison »), ces milliers de jeunes militants ont réussi en quelques jours, un extraordinaire exploit : d’abord, stopper net l’offensive xénophobe et raciste de la droite et de l’extrême droite à l’occasion de « l’invasion » de Ceuta par des migrants marocains, dont plusieurs ont d’ailleurs été torturés atrocement par les policiers espagnols, selon Amnesty International. Et ensuite, imposer à la coalition de gauche (PSOE+Sumar), de faire ce qu’elle n’a pas fait depuis 8 ans qu’elle est au pouvoir : légiférer pour interdire les expulsions par les fonds vautour et geler les loyers.

Évidemment, ce n’est pas un hasard que le syndicat espagnol des locataires exige « un gel des loyers en vigueur, comme a été fait à New York (« como se ha hecho en Nueva York »). Ou l’expropriation des logements aux mains des fonds vautour, à l’instar de ce que promet de faire Elif Eralp, la triomphatrice des élections à Berlin, laquelle admet d’ailleurs, publiquement qu’elle a beaucoup appris de Zohran Mamdani, le jeune maire de New York et chef de file de la nouvelle gauche radicale qui est en train de chambarder le paysage politique des États-Unis. Manifestement, les uns profitent des succès et des expériences des autres, et des liens se tissent déjà entre ces mouvements et ces organisations de la gauche radicale. D’ailleurs, c’est ce qu’explicite le  porte-parole du Syndicat des locataires espagnols Alicia del Rio quand elle proclame que le mouvement doit « s’étendre à d’autres territoires par le biais des délégations régionales ou de quartier, mais aussi nationales et internationales », avant de conclure en appelant à la grève générale !

Même un simple coup d’œil aux revendications et aux programmes de cette nouvelle gauche qui gagne suffit pour constater que ses succès doivent énormément à leur radicalité. C’est ainsi que Elif Eralp et son parti Die Linke arrivent à plus que doubler leur score de 2023 (obtenu d’ailleurs avant la — malheureuse- scission de la très droitière Sarah Wagenknecht) grâce à leur promesse phare d’exproprier les grands groupes immobiliers et autres fonds vautour, et de transférer les presque 300.000 logements qu’ils possèdent au secteur public. Mais, ce n’est pas tout. C’est cette radicalité de leurs programmes, mais aussi de leurs pratiques, qui attire, enthousiasme, et mobilise les impressionnantes et inédites foules de jeunes gens grâce auxquels Mamdani, Eralp ou même de Sindicato de Inquilinas espagnol arrivent à des succès électoraux et autres qui étaient totalement impensables il y a encore deux ans !

En effet, la deuxième grande et très prometteuse caractéristique de tous ces mouvements et formations de gauche tant aux États-Unis qu’en Europe, est leur capacité d’inspirer et de mobiliser les jeunes. Il s’agit ici d’une « nouveauté » absolue attendue depuis au moins 40 ans, qui augure bien de l’avenir, car on constate déjà combien grande est la force de frappe et le potentiel anticapitaliste de cette jeunesse radicalisée de deux côtés de l’océan Atlantique. C’est ainsi qu’à Berlin, Die Linke a triomphé chez les jeunes, obtenant 43 % chez les 18-24 ans et 49 % chez les 25-34 ans ! Et même 55% chez les jeunes femmes de moins de 30 ans !

Ces pourcentages déjà extraordinaires, sont pourtant inférieurs à ceux obtenus par Mamdani à New York : 75% chez les jeunes de 18 a 29 ans, et même… 82% chez les jeunes femmes ! Succès personnel de Zohran Mamdani ? Sans doute oui, mais pas seulement. Selon un récent sondage de Gallup, 57 % des Américains âgés de 18 à 34 ans ont une opinion favorable du socialisme, contre 43 % pour le capitalisme. Et selon un sondage de CNBC, 46% des Americains de 18 à 34 ans ont une bonne ou très bonne opinion des Democratic Socialists (DSA) de Mamdani. Et pour ceux qui penseraient que les succès auprès des jeunes de Mamdani et des DSA ou d’Eralp et Die Linke seraient dus à la « spécificité de leurs cas », il y a pour les démentir le cas, nullement secondaire, de la France où, selon Le Monde, Jean Luc Melenchon, leader de la gauche plutôt radicale de la France Insoumise, « recueille entre 40 % et 45 % des intentions de vote chez les 18-24 ans en vue de l’élection présidentielle de 2027 ».

Alors, ce n’est pas du tout surprenant que ce soit exactement cette jeunesse française qui est en train de prendre, ces jours-ci, la tête des manifestations populaires de plus en plus massives et déterminées, contre les politiques antisociales d’austérité draconienne du président Macron. Et ce n’est pas également surprenant, que manifestement paniquées, la droite française au pouvoir secondée par l’extrême droite de Marine Le Pen, attaquent durement tant Mélenchon et son parti que le mouvement lycéen et étudiant en pleine expansion, craignant de plus en plus que l’étincelle de la révolte des jeunes mette le feu à une société française déjà prête à exploser.

Qui a dit que les jeunes de nos temps si obscures et cauchemardesques seraient condamnés à être résignés et passifs ?

YM, 01/10/2026