Le budget de l’exécutif Macron/Lecornu est confronté à la perspective d’une crise financière des dettes soi-disant « publiques ». Les taux d’intérêts des obligations d’État françaises (bons du Trésor) atteignent 4,5%, le niveau le plus élevé en Europe, le taux de référence allemand étant à 3,5% – signalons que les taux étatsuniens sont à 5%. Les médias assomment le public avec « la dette qu’il faudra rembourser ».

Rappelons une chose – que pratiquement personne n’explique : la dette « publique », depuis la fin du XVII° siècle en Angleterre, est le mécanisme de base qui lie les États à la rentabilité du capital. Les États empruntent au capital financier et, en temps normal, ils ne « remboursent » jamais, car les titres de dette « publique » circulent de capitaliste en capitaliste dans les bourses du monde entier, leurs intérêts étant payés par les impôts, pour des montants ayant depuis longtemps dépassé le montant initial des emprunts ! C’est là le matelas de la spéculation financière, un mécanisme parasitaire indispensable à la rentabilité du capital, lequel dénonce le « coût » des dépenses publiques, alors que la principale dépense publique l’alimente !

C’est donc au nom de la « dette » sacrée qu’il faudrait soi-disant rembourser, alors qu’il s’agit en réalité de l’entretenir d’autant plus que les taux de profit baissent, que Lecornu annonce un « effort de 54 milliards d’euros » sur le budget 2027, « effort » que doivent supporter « l’État », c’est-à-dire en réalité les fonctionnaires (gel du point d’indice, suppressions de postes et donc de classes et de lits d’hôpitaux), les collectivités locales, les retraités « aisés » (mais dans des définitions de l’ « aisance » où circule le chiffre de 2000 euros par mois !), les étrangers qui se verraient privés d’aides sociales même quand ils travaillent, les malades par le flicage des arrêts maladie, les locataires menacés par le blocage de l’APL, mais pas les grands patrons : une baisse de 2,5 milliards est annoncée sur la surtaxe de l’impôt sur les sociétés !

Au mensonge sur la dette soi-disant publique, s’ajoutent ici d’autres fétiches idéologiques : celui selon lequel imposer les profits ruinerait le pays en faisant fuir les grands patrons qui sont par ailleurs biberonnés par l’État et sa dette « publique », celui qui amalgame les dépenses « sociales » de la Sécu et des retraites, qui sont du salaire socialisé, aux dépenses de l’État, pour les inclure dans « le déficit » afin de les diminuer, donc en fait de baisser la part collective des salaires, celui selon lequel le coût de l’État serait celui des enseignants, des infirmiers ou des agents de l’environnement, lesquels exercent en réalité des fonctions sociales utiles sur lesquelles se greffe la productivité du capital, qui n’irait pas sans elles.

Et celui du RN qui ne fait de la démagogie que sur les prix des carburants, mais ne veut pas bloquer les loyers, et oppose de soi-disant « travailleurs » groupant patrons parasitaires de l’agro-industrie et autres avec les salariés du privé, contre les « assistés » que seraient les fonctionnaires, les étrangers, les précaires et la plupart des jeunes !

C’est donc un budget de guerre sociale qui s’annonce.

Précisons ici un point. Certains courants politiques disent « budget de guerre » tout court, arguant de la non-baisse des dépenses militaires, et accusant Macron de préparer « la guerre ».

Mais la guerre est déjà là : celle que Poutine mène contre les Ukrainiens et fait planer contre l’Europe centrale et l’ensemble de l’Europe, celle que Trump menace de mener contre l’Amérique latine, Cuba, le Canada et le Groenland, prenant en étau l’Europe, celle qu’il mène contre l’Iran dont il a en même temps conforté le régime, conduisant au blocage des détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb, celle de Netanyahou contre les peuples palestinien et libanais, celle qui se développe au Sahara et au Sahel au profit des djihadistes, les dictateurs prorusses menant leur propre guerre contre les peuples de la région, celle qui menace en mer de Chine. La guerre est déjà là.

Les dépenses militaires programmées par Macron et Lecornu n’y répondent pas, mais alimentent les trusts industrialo-financiers de l’armement, et sont organisées autour du nucléaire, et non pas autour des drones et des armes dont disposerait une autodéfense populaire démocratique. La guerre qui vient n’est pour eux que motif à guerre sociale, exactement comme les gouvernements Daladier en 1938-1939 !

Vendredi 18 septembre, Macron a réuni les représentants des partis et des principaux candidats, et tous sont venus, pour leur dire que la menace de guerre et la crise des carburants sont là pour longtemps. C’est que Macron veut tenir. Tous ont acquiescé à son constat, tout en disant à la sortie que les besoins urgents ne sont pas pris en compte. Mais son constat est faux : les élections aux États-Unis, les reculs russes en Ukraine, la crise globale qui monte, n’annoncent pas une perpétuation de la situation présente, mais de nouveaux ébranlements dans lesquelles les larges masses interviendront.

En France, c’est contre le budget de guerre sociale de Macron-Lecornu que la mobilisation va se lever, en exigeant, par contre, des dépenses publiques indispensables et urgentes : celles de l’urgence climatique face à la catastrophe thermo-capitaliste, celles d’une prise en main de l’agriculture et des forêts pour nourrir la population et préserver l’accès à l’eau, celles de la loi intégrale réclamée par les féministes et enfantistes, qui appelle un « budget intégral » qui ne pourra évidemment pas figurer dans ce budget de guerre sociale, celle de la défense et du redressement de l’école publique et de la santé publique, et celle, ajouterons-nous, beaucoup moins coûteuse que les subventions à Dassault et Thalès et que le nucléaire, d’une préparation véritable à la guerre pour la démocratie contre Trump et Poutine !

Et, immédiatement, il faut bloquer les prix des carburants, des loyers et de l’alimentation de base !

Cette mobilisation a commencé dès le 15 septembre, comme le décrit Laurent Dégousée dans son article de ce numéro d’Interventions syndicales. Elle va se déployer avec les journées des 26 et 29 septembre. Quel doit être son but ? Évidemment l’annulation de ce budget de guerre sociale.

Battre ce budget, c’est aussi battre ce gouvernement dont sa prolongation ne saurait faire oublier son caractère minoritaire et illégitime, et c’est donc battre Macron et Lecornu. Camarades syndicalistes, de cela, il ne faut pas avoir peur !

Au contraire, la mobilisation pour battre le budget de guerre sociale de Macron-Lecornu met et va mettre le RN en grande difficulté.

Car ce budget ne peut passer que par, au moins, l’abstention du RN. En protégeant Macron, Lecornu et leur budget, le RN montre qu’il gouvernerait avec le même budget encore aggravé, tombant le masque. D’ores et déjà, il faut donc appeler à la mobilisation contre le budget Le Pen/Lecornu !

Si ce budget tombe, soit directement par une explosion gréviste dans le pays, soit par le vote d’une motion de censure que le RN ne pourrait pas ne pas voter faute de voir son potentiel électoral s’effondrer, alors ce gouvernement tombe, et la crise politique, la crise de régime de la V° République, est rouverte avant la présidentielle : mais ne serait-ce pas la meilleure chose qui pourrait arriver ?

Notons d’ailleurs que selon le Canard Enchaîné du 16 septembre, Lecornu aurait « lâché, l’air de rien », qu’il ne « faut pas écarter la possibilité que le Président décide de dissoudre en cas de censure du gouvernement ». Un tel évènement, plaçant ainsi, à l’encontre de l’esprit des institutions de la V° République, des législatives avant la présidentielle, ne serait pas un acte de force du président, mais un coup décisif porté au régime. L’alternative politique en effet n’est pas l’élection présidentielle, mais l’affrontement social disloquant la V° République et imposant une assemblée constituante.

Nous nous dirigeons vers la crise de régime, et le RN le sait qui veut la conjurer en visant l’élection de Le Pen qui tenterait un coup d’État en combinant dissolution et référendum constitutionnel xénophobe. Le scenario de l’affrontement social contre le budget Macron-Lecornu dessine donc la voie qui, seule, peut battre Le Pen en la battant avant le 18 avril 2027.

Dans cet édito, nous n’avons pas parlé des candidats de gauche à la présidentielle, des primaires du PS ou de l’orientation de J.L. Mélenchon. Bien entendu, il faudra y revenir, mais pourquoi n’en avons-nous pas parlé ici ? Parce que les candidatures et la division des candidats, qui tiennent la première place dans le cerveau de bien des militants, sont en réalité des données faussement indépendantes, totalement surdéterminées par l’affrontement social qui seul peut trancher et tranchera, là aussi.

Éditorial destiné au numéro du 21 septembre 2026 du bulletin Interventions Syndicales