La presse ce matin est centrée sur la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt : près de 44% des voix, au moins la moitié de l’électorat CDU s’est déplacé vers un parti qui, très clairement, est pour tout le monde l’héritier des nazis, et en même temps pro-russe.
C’est là un évènement qu’il est vain de vouloir relativiser ou sous-estimer. Deux faits complémentaires en éclairent la signification.
La révélation par le gouvernement allemand de l’origine russe d’une tentative d’attaque de l’aéroport de Leipzig, ouvrant une grave crise diplomatique, n’a pas ou peu freiné la poussée de l’AfD.
Et le BSW, parti « de gauche radicale » prorusse et antimigrants, avec aux alentours de 5% des voix, est en position charnière : la question se pose donc de son alliance avec l’AfD, ou, ce qui revient au même, de son abstention au parlement du Land, pour lui permettre de gouverner celui-ci.
Derrière l’AfD, il y a Poutine, Musk et J.D. Vance. L’unité antifasciste, la défense de l’Etat de droit, le front commun pour la démocratie, à l’échelle européenne comme en France, ne sont possibles qu’en partant de cette réalité.
D’autres scrutins arrivent en Allemagne : élections municipales en Basse-Saxe le 13 septembre, Länder de Berlin et du Mecklembourg le 20 septembre. L’enjeu immédiat est bien entendu celui d’un « effet-domino » escompté par l’AfD, ou pas. Une percée de Die Linke est annoncée par les sondages à Berlin.
Les militants de gauche en France doivent bien comprendre la nature des organisations allemandes Die Linke, d’une part, BSW, d’autre part. La scission de Die Linke par sa dirigeante, la stalinienne Sarah Wagenknecht, visait à lancer un mouvement populiste sur le modèle organisationnel de LFI, de Podemos et de Cinque Stelle. Elle a échoué électoralement.
Ce n’est pas Die Linke, qui, suite à cette scission qui lui a fait du bien, est l’équivalent allemand de LFI : Die Linke est traversé de courants et de débats, notamment sur l’Ukraine. C’est le BSW qui devait représenter une tentative avortée de LFI à l’allemande, mais avec une orientation antimigrants. Les contacts du POI avec l’AfD (attestés par plusieurs articles d’Informations Ouvrières soulignant l’engagement « pacifiste » de responsables syndicaux membres du BSW), et, par lui, de la direction de LFI, n’ont jamais cessé. Le BSW est à présent la charnière permettant à l’AfD de gouverner. Dans les Länder d’ex-RDA, c’est d’ailleurs la masse de l’électorat vieillissant de Die Linke autrefois, qui vote à présent AfD, Die Linke progressant maintenant dans la jeunesse.
Les héritiers prorusses du nazisme représentent, en Allemagne, la vassalisation à Trump et à Poutine, les Etats-Unis de Trump-Vance soutenant à fond l’AfD et accordant à Poutine sa sphère d’influence sur l’ex-RDA voire sur tout le pays. C’est pourquoi s’imaginer que le danger immédiat serait celui du pangermanisme, comme semble le croire J.L. Mélenchon, laisse avant tout la voie libre à Trump, à Poutine, et donc à l’AfD.
En France, ceci va accélérer la crise du RN, dont le représentant Louis Alliot vient d’appeler à « couper le robinet » (sic) pour l’Ukraine, ce parti représentant le même abaissement, mais cherchant à le masquer car c’est là son talon d’Achille.
Mais surtout, ceci appelle à l’unité à gauche, à la fois contre Trump et Poutine et leurs représentants nationaux, et contre les politiques qui, de Berlin à Paris en passant par Bruxelles, leur ont pavé la voie : c’est dans l’affrontement social contre le budget que préparent Macron et Lecornu que l’unité doit être imposée, pour battre le RN, avec Macron et la V° République, avant le 18 avril prochain.
Cette victoire est possible, et sa condition sine qua non est, de plus en plus, la clarté sur la défense de l’Europe contre Trump, Poutine et l’extrême-droite. C’est cela, l’unité antifasciste !