Note de la rédaction
Dan La Botz nous a demandé la possibilité de faire paraître la traduction en français de son texte, initialement paru en langue anglaise sur le site australien Links. Nous accédons à sa demande au titre de la libre et nécessaire discussion entre militants et courants dans le mouvement ouvrier et révolutionnaire.
Dan La Botz, né en 1945, est entré dans le mouvement révolutionnaire aux USA durant les années de contestation et de fortes mobilisations de la jeunesse contre la guerre du Vietnam et avec les autres sujets qui ont occupé l’actualité d’alors : lutte pour les droits civiques des Noirs, apparition du féminisme à partir de la lutte pour la liberté de l’avortement et de la contraception, début du mouvement gay après les émeutes de Stone Hall, et surtout la vague de grèves dans l’industrie à la fin des années 60 jusqu’au bout des années 70 avant le retour de bâton incarné par Reagan.
Dan s’est investi dans le mouvement des International Socialists, au départ initié par Hal Draper. Il a connu les évolutions chaotiques au sein du mouvement révolutionnaire sous l’effet des contre-coups de l’émergence du néo-libéralisme. Ainsi, il compte parmi les fondateurs des Teamsters for a Democratic Union (TDU) en 1975 qui, hélas !, de mouvement contestataire à la base opposé à la bureaucratie mafieuse du puissant syndicat des Teamsters est devenu dans les dernières années récentes une caution sinon une composante de ladite bureaucratie.
Après sa période en tant que chauffeur de camion, il a été enseignant. Il a travaillé au Mexique dans les années 80, en lien avec le PRT (section mexicaine du SU) pour soutenir les syndicalistes combatifs voulant promouvoir un syndicalisme indépendant du pouvoir du PRI face aux transformations de l’économie du pays avec le phénomène des maquiladoras.
Dan a participé à la création de Solidarity, à l’animation de la revue « third-campiste » New Politics. Il a contribué au rapprochement entre Solidarity et la Quatrième Internationale (ex-SU), tenant chronique régulièrement dans International Viewpoint et dans l’Anticapitaliste.
Ces dernières années, de Black Lives Matter aux mouvements d’opposition à Donald Trump, la gauche à travers l’émergence des DSA avec la hausse spectaculaire des adhésions par dizaines de milliers, phénomène jamais vu aux USA depuis les temps héroïques de Eugène V Debs ou les débuts du Pari communiste, a connu un retour spectaculaire sur la scène politique. Néanmoins, le poids du campisme au sein de cette gauche va de pair avec la question non résolue de l’émergence d’un parti ouvrier indépendant des Democrates.
La prégnance du campisme et de la forme secte parmi les nombreux groupes de surface nationale ou locale dans cette gauche US renouvelée constituent le contexte de cette réévaluation du passé soutenue par Dan. Ceci sera certainement son testament politique car des ennuis de santé liés à l’âge vont certainement le mettre sur la touche d’ici peu. Raison de plus pour publier son texte.
Et nous espérons qu’à défaut de poursuivre la discussion sous une forme écrite, nous aurons les moyens d’échanges verbaux encore longtemps avec Dan.
Nous poursuivrons ce débat par la publication d’autres contributions d’auteurs voulant répondre à Dan.
La rédaction.
Introduction du texte de Dan La Botz
Bien que mort depuis plus d’un siècle, Vladimir Lénine demeure une figure centrale des débats sur le marxisme moderne, de par son rôle prépondérant dans la Révolution russe, son talent stratégique et tactique reconnu, et ses théories politiques célèbres. Évaluer Lénine s’avère toutefois complexe, compte tenu du contexte turbulent et complexe de son époque et de ses conséquences. Adulé en Union soviétique, vilipendé ailleurs, il nous faut faire preuve de discernement pour saisir toute la portée de sa pensée et de son œuvre.
Sommaire
- La conception du parti selon Lénine
- Les conditions objectives : (…)
- Une autre condition objective
- Les Thèses d’avril et le (…)
- Dissolution de l’Assemblée constituante
- Le gouvernement soviétique
- La gestion autocratique
- La Tchéka et la Terreur rouge
- Le communisme de guerre
- La guerre contre l’Église
- Le retard de la Russie
- La rébellion de Cronstadt
- L’interdiction des factions
- Lénine confère le pouvoir à Staline (…)
- Le léninisme a-t-il conduit au stalinisme
- Autres possibilités
Considérez ceci : après sa mort en 1924, à l’âge de 53 ans, il fut quasiment canonisé. Son corps embaumé, exposé dans un cercueil ouvert dans son tombeau de la Place Rouge, devint un lieu de pèlerinage pour des dizaines de millions de fidèles communistes. Ses idées subirent un sort similaire. L’État soviétique publia ses ouvrages les plus importants – véritables textes sacrés – en de nombreuses langues, à des centaines de milliers d’exemplaires, et les distribua gratuitement ou à prix modique dans de nombreux pays. À l’époque de Staline, les communistes créèrent le terme « marxisme-léninisme » pour désigner leur idéologie. Partout en Union soviétique, puis en Europe de l’Est et dans le monde entier, la lecture de l’œuvre de Lénine devint le fondement même de l’idéologie communiste. Même les communistes dissidents ou rivaux, comme les maoïstes et certains trotskistes, adoptèrent l’appellation marxiste-léniniste, et Lénine fit partie intégrante de leur dogme. J’ai dit que Lénine fut canonisé, mais j’aurais dû dire déifié : le dieu d’une religion d’État dans les pays communistes.
Le marxisme-léninisme, bien sûr, n’a pas seulement été imposé par les États communistes à leurs peuples, mais aussi adopté avec enthousiasme et de façon volontaire par les aspirants révolutionnaires des pays capitalistes et en développement. Je me souviens de mes débuts dans les milieux de gauche dans les années 1960 : tous les groupes de jeunes que je rencontrais organisaient des groupes d’étude pour lire et discuter de Lénine, généralement de manière très passive, acceptant sans esprit critique les enseignements du père de la pensée et de l’organisation révolutionnaires modernes. Après tout, nous étions de jeunes militants qui lisions Lénine parce qu’il avait construit le parti révolutionnaire, les bolcheviks, qui avait mené la Révolution russe. Et nous voulions construire un parti révolutionnaire dans notre propre pays, quel qu’il soit, pour mener la révolution nationale et contribuer à la révolution internationale. À cette époque, des groupes radicaux faisaient la même chose partout dans le monde : ils lisaient Lénine et devenaient léninistes. Cette expérience se répète aujourd’hui, à une échelle moindre, parmi les jeunes de gauche de nombreux pays, y compris aux États-Unis. Cet essai se veut une mise en garde à leur intention.
Lire le texte complet
Commentaire de Marc Daniel Lévy :
A lire ….
Vers une Psychologie de l’involution séculaire des partis de l’Émancipation sociale
(Premier volet d’introduction)
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Salut camarades,
la mort de Lénine le 21 janvier 1924, à quel regrets se prononçaient les peuplades Khor ! Staline l’a fait embaumer Lénine pour mieux l’enterrer de son temps, tuer ses idées révolutionnaires, avec les vieux bolchéviks pendant les purges sanglantes, des procès truqués de Moscou…
Comme le disait la vieille chanson de la Révolution d’Octobre 1917…
» Dans le froid et la famine, dans les villes et dans les champs, à l’appel du grand Lénine, se levaient nos partisans ! » On pourrait en rester là pour donner la dimension historique de ce géant que fut Lénine le vainqueur (pas seul) d’une grande révolution !
J’ai lu presque les 44 tomes des oeuvres complètes rien ou peu à enlever !
Laissons à Léon Trotsky, son camarade de combat dans la Révolution russe, ces paroles sur la mort de Lénine… dans discours et message écrit en Gare de Tiflis, le 22 janvier 1924.
Lénine est mort
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/04/lt1924042100p.htm
Alors, camarades, « Pas touche à Lénine » !
Fraternellement,
Laurent Gutierrez
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De Marc Daniel Lévy :
Hypnose et suggestion – Old new world…
Vers une Psychologie de l’involution séculaire des partis de l’Émancipation sociale (Suite 1)
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De Marc Daniel Lévy :
Hypnose et suggestion, encore.
Vers une Psychologie de l’involution séculaire des partis de l’Émancipation sociale. (Suite 2)
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De Marc Daniel Lévy :
« L’Hypnose en masse »
Vers une Psychologie de l’involution séculaire des partis de l’Émancipation sociale (Suite 3)
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De Marc Daniel Lévy :
D’un potentiel humain riche de ressources à une malédiction politique
Vers une Psychologie de l’involution séculaire des partis de l’Émancipation sociale, Suite 4
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De Marc Daniel Lévy :
La question du « Vojd » * (Hypnose 6)
Vers une Psychologie de l’involution séculaire des partis de l’Émancipation sociale, Suite 5
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En dépit de quelques appréciations avec lesquelles on peut tomber d’accord, la thèse fondamentale du texte me semble dépourvue de sens : il est aussi absurde de dire « adieu » à Lénine » que de lui dire « bienvenue ». La question est de savoir en quoi, dans la période présente, il reste actuel ou est complètement dépassé, quelles sont ses erreurs, etc.
Au delà de ce débat, le texte de La Botz contient quelques affirmations qui sont quant à elles factuellement fausses. Ainsi, l’auteur affirme que « Dans le domaine de la littérature et de la culture, Lénine a introduit, et ses partisans ont adopté et transformé en dogme, l’idée de partinost, ou esprit de parti. Cela signifiait que les intellectuels et les artistes devaient suivre la ligne du parti dans leur travail ». Cela n’a jamais été le cas du vivant de Lénine. Au contraire, malgré les goûts artistiques plutôt traditionnels de Lénine, les premières années après Octobre 1917 on vu un foisonnement littéraire et d’avant-gardes artistiques sans précédent et nullement une mise sous tutelle des arts par le parti. L’imposition du « réalisme socialiste » comme dogme du parti dans les arts a eu lieu 10 ans après sa mort. L’article de Lénine de 1905 intitulé « L’organisation du parti et la littérature de parti », instrumentalisé par les staliniens pour museler les artistes, concernait en réalité les textes publiés dans la presse du parti de l’époque qui, logiquement, devaient suivre la ligne de ce même parti : cela ne concernait donc pas le reste de leur travail ou oeuvre en dehors des organes partisans !
Dan affirme par ailleurs qu’en « février 1917 (…) des opportunités démocratiques se développèrent, mais le parti avait connu plus d’une décennie de direction autoritaire qui rendait le changement difficile. » Ce passage est peu clair, mais en tous les cas plusieurs travaux (Broué, Rabinovitch…) ont montré que le parti bolchevique de 1917 était un parti vivant, profondément démocratique, presque semi-libertaire, bordélique pourrais-t-on même dire, traversé par des courants et des débats pluriels et en parfaite syntonie avec l’état d’esprit démocratique des masses ouvrières.
Plus loin, Dan La Botz affirme que « tant les bolcheviks que les mencheviks voulaient renverser le gouvernement provisoire et établir un nouveau régime ». Concernant les menchéviques, c’est absolument faux; il voulaient faire pression et « gauchir » le gouvernement provisoire (dans lequel ils entrèrent) et non le renverser.
Concernant Brest-Litovsk, le texte affirme que « Lénine imposa au Comité central la décision de signer une paix ». Lénine n’ « imposa » rien du tout: ce fut le résultat de multiples, longs et pénibles débats et votes qu’il perdit souvent d’abord pour finalement obtenir in extremis une très courte majorité au CC bolchevique, grâce à l’abstention de Trotsky.
La Botz signale ensuite en passant que les Socialistes-révolutionnaires de gauche, opposé à la paix de Brest-Litovsk « menèrent un soulèvement contre le gouvernement soviétique ». C’est là ce que le Lénine et bolchevique firent croirent pour justifier l’écrasement de leurs adversaires, mais cela est également factuellement faux: les SR de gauche voulaient provoquer une nouvelle guerre avec l’Allemagne impérialiste et non renverser le gouvernement soviétique bolchévique: ils n’avaient aucun plan de ce genre et les affrontements de juillet furent le résultat de plusieurs quiproquos et d’actions-réactions réciproques et non le résultat d’un plan insurrectionnel préétabli.
Concernant la Tchéka, on atteint ici la confusion chronologique la plus totale: « Le 30 août 1918, Fanny Kaplan, membre des SR, a tiré sur Lénine lors d’une tentative d’assassinat, le blessant gravement. Peu après, l’organe de direction soviétique nouvellement créé, le Conseil des commissaires, a mis en place la Tchéka ». Le Sovnarkom (Conseil des commissaires du peuple) fut constitué dès la victoire de l’insurrection en octobre 1917, tandis que la Tchéka fut créee en décembre 1917, et non en août 1918. Et ce n’est pas Dzerjinsky, chef de la Tchéka, qui déclencha la terreur rouge en septembre 1918, mais la direction du parti bolchevique les organes dirigeants des Soviets, Sverdlov (président du Comité exécutif central des Soviets) en tête.
Tout le passage sur la guerre russo-polonaise tend à montrer que c’est Lénine qui « prônait donc une guerre contre la Pologne » en 1920. C’est inexact: c’est la Pologne qui a lancé une vaste offensive militaire contre l’Ukraine et la Biélorussie soviétiques. Lorsque cette attaque fut stopée et repoussée, Lénine fut à ce moment là (et à ce moment là seulement) effectivement partisan de poursuivre la contre-offensive de l’Armée rouge jusqu’à Varsovie, espérant vainement soulever le prolétariat polonais. Mais ce n’est pas lui qui a déclenché cette guerre.
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