« Fini l’abondance et l’insouciance », c’est pire que la phrase attribuée à Marie-Antoinette (« S’ils n’ont pas de pain qu’ils mangent de la brioche »). Les larges masses ont compris que la crise (du capitalisme) est là, avec le chaos climatique et la sécheresse, la hausse des prix et le recul des salaires réels, l’épuisement organisé de l’école publique et de l’hôpital public pour pouvoir maintenant les sous-traiter et les privatiser, et la guerre de Poutine. Mais elles comprennent tout aussi bien que lorsque Macron joue l’anxiété et la provoc, c’est pour les paupériser, les assécher, les vidanger, les spolier, elles, au profit du CAC 40.

Dans ces conditions, un syndicalisme et une opposition de gauche qui jouent leur rôle n’auraient qu’à soutenir les luttes déjà engagées pour les unir, les généraliser et les centraliser.

Que constatons-nous ? Des appels à une grève nationale Atsem le 1° septembre pour les uns, le 5 septembre pour les autres, une grève nationale Énergie le 13 septembre, un mouvement national des chômeurs le 14 septembre, une grève nationale santé pour les uns le 22 septembre, pour les autres le 27 septembre, une grève pour le climat le 23 septembre, une grève nationale interprofessionnelle le 29 septembre, sans compter les mouvements nationaux professionnels, les mouvements régionaux…

Ces appels constituent-ils une déferlante contre patronat et gouvernement ? Non, ils constituent une dispersion organisée contre le mouvement réel pour qu’il ne déferle pas. Ils se combinent aux laborieuses tractations entre « mouvement social » et « NUPES » pour savoir quand, comment, où, se déroulera la marche « contre la vie chère » initiée par J.L. Mélenchon : quoi qu’il en soit pas avant mi-octobre, pas en semaine, pas à l’Élysée, pas à Matignon, pas au Palais-Bourbon.

Or, Macron ne fait pas que jacter sur l’ « abondance » et l’ « insouciance ». Il a mis en place une nouvelle structure d’état de siège, opaque et se superposant aux instances gouvernementales et constitutionnelles : un « Conseil de défense », encore un, cette fois-ci consacré à l’ « énergie », au motif de la crise bien réelle causée par la diminution des livraisons de gaz russe, l’obsolescence du parc nucléaire français et l’échec du pari nucléaire, et la sécheresse aggravée. Aucune mesure sociale, de répartition ou de protection, n’a été prise, mais un « Conseil de défense » siège. Rappelons le bilan du précédent « Conseil de défense » dit sanitaire : officiellement 154.000 morts, et plus en réalité, les fermetures de lit et la casse de l’hôpital poursuivies tout du long.

Un conseil de défense : voila pour le volet autoritaire du régime bonapartiste macronien, pourtant affaibli et illégitime à poursuivre ainsi. Il va avec le volet « participatif » : dans quelques jours, le 8 septembre, sera inauguré un « Conseil National de la Refondation ». Aussi bien Gérard Larcher, le président LR du Sénat, que les 4 groupes parlementaires de la NUPES, ont fait savoir qu’ils n’iront pas. Mais que feront Martinez (CGT) et Souillot (FO) ? Les militants « informés » s’attendent à ce qu’ils n’aillent pas, mais alors pourquoi ne pas le dire ?

On ne pourra pas dire qu’on n’a pas été avertis :

« La Première ministre a assuré ce jeudi que des discussions sur les retraites seraient lancées après l’inauguration le 8 septembre du Conseil national de la refondation. Elle n’a pas évoqué ce dossier explosif parmi les priorités de l’exécutif à l’issue du séminaire gouvernemental de mercredi. » (Les Échos du 1° septembre).

« Le gouvernement va “bien évidemment” faire la réforme des retraites, assure la Première ministre Élisabeth Borne jeudi 1er septembre sur France Inter, alors qu’elle ne l’a pas évoquée mercredi à l’issue du séminaire gouvernemental qui fixait le menu de l’exécutif pour les mois à venir. Cette réforme “reste un enjeu très important”, dit-elle.

« On souhaite engager les discussions avec les organisations patronales et syndicales, on souhaite avoir des discussions évidemment avec les parlementaires », ajoute la cheffe du gouvernement. Ces discussions « s’engageront après le Conseil national de la refondation ».

« On a un Conseil national de la refondation que le président de la République tiendra la semaine prochaine et dans la foulée on va avoir un programme de discussions d’abord sur l’assurance chômage avec les organisations patronales et syndicales, mais il faut aussi qu’on puisse parler de ce sujet [la réforme des retraites] qui est un sujet complexe, il ne faut pas le nier », détaille-t-elle. »

La participation de la CGT et celle de la CGT-FO n’est pas une éventualité qui se discute. La responsabilité de leurs dirigeants est de faire savoir haut et fort, sans plus attendre, qu’ils ne participeront pas et appellent à ne pas participer. Le choix n’est pas entre y aller en catimini ou ne pas y aller en catimini. Il est de donner force et publicité au refus de participer à la mascarade autoritaire et « participative » d’un président desséché sitôt élu pour un quinquennat de trop !

Dirigeant syndicaux, commencez par dire que vous n’irez pas !

Quant à savoir si vous irez ou non à la « grande marche (éventuelle) de la NUPES », dont vous nous entretenez beaucoup plus, les travailleurs verront bien s’ils se saisiront ou non d’un tel appel, mais c’est tout de suite qu’ils ont besoin de l’unité pour affronter la baisse des salaires réels et l’abondance et l’insouciance du capital qui détruit la terre et les humains.

Aplutsoc, le 05/09/2022.