Quelques jours après l’offre sur un plateau de leur victoire aux talibans, les choses se précisent. La « communauté internationale » se veut certes « horrifiée », mais elle veut s’entendre avec les talibans, composante de l’ordre mondial. Le ministre français Le Drian a d’une manière inimitable, vendu la mèche en demandant aux talibans de « former un gouvernement inclusif » (sic !).

C’est ce qu’ils tentent de faire, en reprenant eux-mêmes le délicieux terme « inclusif », sous l’égide du mollah Baradar au rôle clef analysé dans l’article de V. Présumey. Hamid Karzaï, ancien président fantoche installé par l’invasion de 2001, et le sinistre Gulbuddin Hekmatyar, vieux chef islamiste sanguinaire, seraient déjà à Kaboul, en toute inclusivité.

Contre qui est dirigée cette « inclusivité » ? Jeudi 19 aout, anniversaire de la proclamation d’indépendance de l’Afghanistan contre l’empire colonial britannique en 1919, des milliers de manifestants, femmes sans voile en tête, sont sortis dans la rue, au moins, pour ce qu’on sait, à Kaboul, Jalalabad, Asadabad et Khost. A Kaboul ils ont défié le siège gouvernemental occupé par les talibans, opposant le drapeau national historique à leurs emblèmes politico-religieux. La répression directe aurait, pour ce que l’on sait, fait au moins trois morts.

Ces faits doivent être reliés à l’ « hypothèse » de l’article de J Chastaing : un mouvement national pachtoune laïque et marxisant a, dans l’année écoulée, en relation avec les grandes mobilisations populaires qu’a connu le Pakistan, délogé les talibans de leur bastion militaire du Waziristan. Malgré les fluctuations de ce mouvement liées aux directions de l’opposition pakistanaise, cela signifie l’affirmation de luttes sociales et démocratiques défiant à la fois le Pakistan et les talibans, au cœur du peuple pachtoune. L’entente pour laisser le pouvoir d’État aux talibans à toute allure serait aussi dûe à la peur des mobilisations populaires qui avaient déjà sapé leur base arrière.

Nous pouvons donc dire que les talibans à l’ouest, la Tatmadaw c’est-à-dire la sanguinaire armée birmane, à l’est, encerclent l’immense sous-continent des mobilisations paysannes et ouvrières de longue durée, posant la question du pouvoir politique et de la réorganisation de la société sur la base des besoins humaines et terriens, du mouvement paysan indien notamment. Mais ces forces barbares ne sont fortes que du soutien de fait de la « communauté internationale », l’ « occident » prenant un air pincé au nom des « droits de l’homme », tout en collaborant, la Chine et la Russie les étayant ouvertement.

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre le seul point concret de l’allocution du président français Macron le 16 août dernier : les mesures à prendre contre les réfugiés. C’est en fait la collaboration ouverte avec les talibans contre les peuples d’Afghanistan (et aussi du Pakistan et du Tadjikistan) qui est ainsi préparée. Quant à la collaboration masquée, ne nous faisons aucune illusion : elle a déjà commencé.

Tout à fait de la même manière que dans l’Amérique de Trump, plusieurs États et municipalités avaient défié le président pour l’accueil des réfugiés, de nombreuses municipalités françaises, de Strasbourg à Marseille, affirment leur volonté (qu’il faudra bien entendu confirmer) de les accueillir !

L’action démocratique pour l’accueil des réfugiés est la revendication centrale par laquelle, en France, nous devons nous opposer à l’ordre mondial des Macron, Biden, Xi Jinping, Poutine et mollah Baradar !